N lit yeyoaumevov sort au lieu de yeypartau
à lui-même. Là où l'œil de la chair ne voit qu’un témoin, ül y en a réellement deux. On rapporte en général ce témoignage du Pêre aux miracles, d’après V, 36. Mais le v. 16 nous met sur la voie d’une explication beaucoup plus profonde. Jésus décrit ici un fait intime qui s'applique aussi bien aux jugements qu'il prononce sur les autres qu'aux affirmations par lesquelles il rend témoignage à sa personne. Il sait bien que la connaissance qu'il a de lui-même ne repose pas seulement sur ce phénomène ordinaire et purement psychologique qu'on appelle en philosophie le fait de conscience, et que c’est dans la lumière de Dieu qu'il se contemple et se discerne lui-même. Il sait de plus que les témoignages dans lesquels il expose son sentiment intime, portent, aux yeux de quiconque à un sens pour percevoir Dieu, le sceau de leur divine origine’. — Dans cette expression (votre loi» les adversaires de l’authenticité ont trouvé une preuve de l’origine païenne de l’auteur. Sans aller aussi loin, M. Reuss explique cette expression par l’esprit de notre évangile qui n’aboutit à rien moins qu’à Cun abaissement, et presque à une dégradation de l’ancienne économie» (t. Il, p. 384). Nous avons déjà vu à la fin du
1. Une anecdote expliquera peut-être cette parole mieux que le commentaire. Vers 1660, Hedinger, chapelain du duc de Wurtemberg, se permit de censurer, en particulier d’abord, puis en public, son souverain pour une faute grave. Gelui-ci furieux l’envoya quérir, résolu qu'il était de le maltraiter. Hedinger, fortifié par la prière, se rendit auprès du prince portant sur sa figure l'expression de la paix de Dieu et dans son cœur le sentiment de sa présence. Après lavoir considéré, le prince lui dit : «Hedinger, pourquoi n’êtes-vous pas venu seul, comme je vous l'avais ordonné ? — Je suis seul, Monseigneur. — Non, vous n'êtes pas seul. — Que Votre Altesse me pardonne; mais je suis seul.» Le duc persistant avec une agitation croissante, Hedinger lui dit: «Gertainement, Votre Altesse, je suis venu seul; mais s’il a plu à mon Dieu d'envoyer un ange avec moi, c’est ce que je ne saurais dire.» Le duc le congédia sans avoir mis la main sur lui.
ch. V ce qu'il faut penser de ces assertions. Le fait est qu'en s'exprimant ainsi, Jésus obéit tout simplement au sentiment de sa position exceptionnelle, qu’il revendique dans tout le morceau. Comme 1l ne dit jamais notre Père, pas même dans l’allocution de l’oraison dominicale, mais mon Père ou votre Père (voir à XX, 17), parce que Dieu n’est pas son Père dans le sens où il est le nôtre, il ne peut pas davantage dire notre loi. Il pourrait bien dire ma loi; car il en est l’auteur (XII, 41). En s'adressant à ceux qui l'ont reçue, il peut leur dire aussi votre loi; mais il serait incompatible avec sa dignité de comprendre, sous une épithète commune sa relation et celle des Juifs avec linstitution mosaïque. Qui ne sent qu'il n’eût pu, sans déroger, dire VII, 19: «Moïse ne nous a-t-il pas donné la loi?» Lors même que sa soumission à la loi a été complète, elle est toujours restée libre et volontaire. — Le mot hommes n’est pas dans le texte hébreu; peut-être cette adjonction est-elle inspirée à Jésus par le contraste avec le caractère divin des deux témoins mentionnés au v. 48. Il est clair que, sous cette forme juridique, Jésus exprime au fond la même pensée que lorsqu'il parlait au v. 16 de la certitude mterne de son témoignage. L'idée de tout ce morceau est celle-ci: «Puisque vous réclamez un garant de ce que je dis de moi, le voici: c’est en Dieu que je me connais et que je affirme, comme c’est en lui que je vous connais et que Je vous juge.» Cest en vertu de cette lumière divine qui luit dans son intérieur et par laquelle il connaît aussi les hommes, qu'il est là comme la lumière du monde (v. 19).
Le fait intime auquel Jésus fait allusion, en s'exprimant ainsi, n'était certes pas de nature à être compris de tout le monde.
V. 19. «Ils lui disaient donc : Où est ton père ? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi ni mon Père; si
vous me connaïissiez, vous connaîtriez aussi mon Père.» — Tous ces discours de Jésus sont d’une portée si transcendante, qu'ils font l'effet de monologues dans lesquels Jésus se ressaisit lui-même et déploie les trésors qu’il découvre à chaque instant dans ce domaine sublime. A l’exception de Jean, les disciples eux - mêmes pouvaient-ils bien en pénétrer le sens ? Jean lui - même ne les recueillait - il pas parfois comme des énigmes que l'avenir devait résoudre ? Combien de personnes comprennent à cette heure, en pleine Église chrétienne, ce que dit saint Paul du témoignage intérieur de l'Esprit (Rom. VIIT, 16)? La question des auditeurs n’a donc rien d’inadmissible comme l’affirme M. Reuss (t. Il, p. 395); Jésus a parlé d’un second témoin : pour croire à son témoignage, il faudrait le voir et l’entendre. C'est donc avec une espèce de bonne foi qu’un certain nombre d’entre eux peuvent dire : «Où est-il donc, cêt autre qui témoigne pour toi? Si c’est Dieu, qu'il se fasse entendre ; si c’est quelque autre, qu'il se montre.» La réponse de Jésus signifie qu'il ne peut satisfaire à cette demande, et cela par le fait même qu’elle lu est adressée. Dieu ne peut être perçu par les sens; et quant à celui qui aurait su discerner Dieu spirituellement dans l’apparition de Jésus, ce n’est pas celui-là qui demanderait : Où est-1l ? Comp. XIV, 10.
V. 20. « Jésus prononça ces paroles-là enseignant près de la trésorerie, dans le Temple”; et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue.» — La position qu'occupent les mots tata Ta émmara, ces parales-là, en tête de la phrase, leur donne un sens emphatique : des paroles d’une telle gravité. Aussi le souvenir de la localité où elles avaient été prononcées,