‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 79 sur 278 · NBDLTX:eeyev au lieu d'etnev · texte numérisé non relu

NBDLTX:eeyev au lieu d'etnev

lélisme entre les expressions «d’en-bas» et «de ce monde» (v. 23), il est difficile de ne pas rattacher au premier de ces deux termes l'idée de l'Hadès (v. 22). Le terme «en-bas» renferme ici, comme dans une seule et même idée, la terre et le Schéol, séjour des morts, en opposition au ciél; et la seconde partie du verset n’est pas la reproduction pure et simple de l’idée renfermée dans la première : elle complète l'antithèse locale par l'opposition morale signalée entre Jésus et ses auditeurs. Ce monde, c’est la vie humaine constituée indépendamment de la volonté divine et, par conséquent, en opposition avec élle. La forme négative : « Mor, je ne suis pas de ce monde,» exprime la répulsion qu'inspire à Jésus tout ce système de vie purement mondaine. Leur perdition est en conséquence certaine, s'ils refusent de s'attacher à lui, qui seul pourrait Les élever au ciel (v.24). La courte proposition dans laquelle Jésus formule le contenu de la foi, est remarquable par l'absence d’attribut. Toute l'attention se porte ainsi sur le sujet : éyw, moi, moi et nul autre. L’attribut sous-entendu est tout ce que les cœurs israélites peuvent se représenter de plus désirable : « Celui que vous cherchez, qui seul peut vous affranchir de vos péchés, vous élever au ciel.» Plusieurs, tirant Pattribut du verbe, interprêtent : « que je suis Gelui qui suis» d'après Ex. II, 14. Ce rapprochement n’est pas suffisamment justifié par l'expression n1 même par le contexte. Hengstenberg cite avec plus de raison Deut. XXXII, 39: « Voyez maintenant que c’est mot , et qu'il n’y a pas d'autre Dieu que moi (LXX : iôexe Ge éyu eu).» Es. XLIE, 10: « Afin que vous reconnaissiez que c’est moi.» Dans ces paroles de Jéhovah, lattribut sous-entendu est : celui qui suis tout ce que vous pouvez désirer, la pleine satisfaction de vos besoins. La parole de Jésus a au fond le même sens, et il serait incompréhensible que, sans la conscience de sa

PREMIER CYCLE. — CHAP. VIII, 23-925. 219 divinité, 1l eût pu s'approprier une formule qui, dans l’Ancien Testament , était comme la signature de Jéhovah.

En s'exprimant ainsi, Jésus s’est déclaré le Messie, tout en évitant le terme de Christ, sujet à tant de malentendus en Israël; mais c’est ce mot que ses auditeurs voudraient lui arracher ; c’est là le but de cette question: « Qui es-tu donc, toi? » En d’autres termes : «Aïe le courage de trancher le mot!» On pouvait espérer en effet d'exploiter contre la vie de Jésus une déclaration expresse sur ce point. La réponse de Jésus est l’un des passages les plus controversés de l'évangile. Il y a deux classes principales d’interprétatons : Gelles qui donnent à apy le sens de commencement et qui appliquent ce terme soit au commencement de la prédication de Jésus : «Ge que je vous dis dès le commencement,» soit au commencement absolu, dans le sens du prologue : «Je suis dès le commencement (l'éternité) ce que je vous dis.» Mais, dans le premier cas, l’inversion de iv æoxnv n’est-elle pas bien dure, et n’eût-il pas fallu le parf. Xekœhnxx, au lieu du prés. xx1@? Dans le second, le sens de &oyn eût été absolument impénétrable pour les auditeurs, et au lieu du terme }x16, qui ne porte que sur la forme, 1 eût fallu Xéyo, qui se rapporte au contenu. La seconde elasse d’interprétations donne à tv dpy%v un sens adverbial dont il n’y a pas d'exemple dans le Nouveau Testament, mais qui est fréquent dans le grec profane. Aussi a-t-il été admis ici par plusieurs anciens interprètes grecs (Chrysostome, Euthymius) : « Absolument, précisément (funditus).» D’après ce sens, Jésus veut dire : « Ce que je suis? Absolument ce que je vous dis; ni plus ni moins que ce que renferme ma parole. » Il en appelle à tous ses témoignages sur lui-même, comme à l’expression adéquate de ce qu'est sa personne et sa mission. Ce second sens rend parfaitement compte de la position des mots tv &oxrv, du choix

du pronom 6, tr, loul ce que, de la partic. xat, qui fait ressortir avec beaucoup de force l'identité absolue entre son étre et son dire, de l'emploi du verbe Xaë au lieu de \éyo — car Jésus accentue ici l'identité de la forme (son parler) avec le fond (son étre) — et enfin du temps présent du verbe, qui est incompatible avec le sens temporel de tv äoyxnv. — Nous omettons une foule d'explications qui ne sont que des variétés de ces deux sens principaux ou qui s’en écartent trop complètement pour pouvoir être prises en considération.

L'application de cette réponse de Jésus était qu'il suffit d'approfondir le témoignage qu’il se rend à lui-même pour y découvrir toujours mieux son être. On ne doit chercher dans sa personne rien de moins et rien de plus que ce qu'il affirme. Sur cette voie on apprendra successivement à le connaître comme le vrai Temple (ch. Il), l’eau vive (ch. IV), le vrai Fils (ch. V), le pain du ciel (ch. VD), etc. Et c’est de cette manière que son nom de Christ se formera spontanément dans le cœur du croyant comme une trouvaille, ce qui vaudra infiniment mieux que de lavoir appris par un enseignement venant du dehors. Pour être salutaire, cette profession : «Tu es le Christ,» doit être le fruit des expériences de la foi (VI, 66. 69). L’acclamation du jour des Rameaux n’a pas eu d'autre origine ; Jésus n’a jamais cherché ni accepté un hommage dû à une autre cause. Gette réponse est l’un des traits les plus remarquables de la sagesse de Jésus. Elle explique parfaitement pourquoi, dans les Synoptiques, il interdit aux Douze de dire qu'il est le Christ.

V. 96 et 27. «J'ai beaucoup de choses à dire et de jugements à porter sur votre compte; mais celui qui m'a envoyé, est véridique; et ce que j'ai entendu de lui’,

Page 1