‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean ... . Tome secondChapitre 85 sur 278 · L'origine spirituelle d'Israël: v · texte numérisé non relu

L'origine spirituelle d'Israël: v

V. 37 et 38. «Je sais bien que vous êtes la postérité d'Abraham; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne fait pas de progrès en vous. 38 Pour moi, je dis ce que‘ j'ai vu chez le Père”; et vous, vous faites les choses que” vous avez entendues de la part de votre père.» — Jésus ne récuse point l'authenticité des registres civils; tous ses auditeurs descendent réellement d'Abraham. Mais il allègue un fait moral qui anéantit Ja valeur de cette filiation dans le domaine dont il s’agit 101.

1. R BCDLX Or. quelques Mnn. Cop. lisent « au lieu de o que lit T. R.

avec EFGHKMST®UA A Mnn. It. Syr. et Tisch. (éd. 1859).

2. BCLT®X Or. retranchent mov qui se lit dans tous les autres Mss. ‘et presque toutes les Vss.

8. A peu près les mêmes autorités qui disent .« dans le premier mem-. bre, le lisent aussi-dans le second.

4. T. R. lit copaxate tapa to tarot, tandis que BGKLX 15 Mnn. Cop. Or. (souvent) lisent nxovoate Tapa tou œatpos. BLTS Or. (souvent) retranchent vuwy.

C'est exactement la même méthode polémique que celle de Jean-Baptiste Matth. IT et celle de saint Paul Rom. IX; Gal. IT. On cite ordmairement la seconde partie du v. 37 pour prouver que ce discours de Jésus n’est pas applicable aux Juifs qui avaient cru. Comment Jésus dirait-il à des croyants: «Vous cherchez à me faire mourir »? Maïs cette parole est expliquée par celle qui suit: « Parce que ma parole ne fait pas de progrés, ne parvient pas à se développer au dedans de vous.» Le mot xwostv ne signifie pas #rouver entrée (Ostervald) ou accès (Rilliet, Arnaud). I peut signifier, dans le sens transitif, contenir (H, 6), et, dans le sens intransitif, changer de place, avancer ; il se dit, par exemple, d’une eau qui coule, d’un trait qui transperce, d’une plante qui germe, d’un corps qui en pénètre un autre, d’un argent qui rend ses intérêts. Le sens intransitif est seul applicable ici. Ge reproche s'adresse donc à des gens qui avaient reçu, d’abord, la parole de Jésus, mais dans le cœur desquels elle rencontrait, à mesure qu'elle voulait y pénétrer plus avant, d'insurmontables obstacles, comme lorsqu'une grame, déposée dans le sol.et qui commençait à germer, avorte, par suite de la mauvaise qualité du terrain. L’obstacle, Jean la déjà fait pressentir : c'est ce cœur de Tovdæios (Juif) qui n’a pomt été brisé par un travail de conscience assez sérieux, et qui s’est montré au grand jour, au moment où Jésus a parlé d’esclavage spirituel «et d’affranchissement moral. Ces gens ressemblent, sous un rapport, à Nicodème, dont la foi

va bien jusqu’à reconnaitre en Jésus le Messie, mais non pas jusqu’à sentir la nécessité d’une nouvelle naissance. Ce sont les besoins spirituels qui leur manquent; ils ne peuvent, en conséquence, s'élever à l'intuition spirituelle des choses, et c'est en raison de cette Impuissance, qui leur est commune avec tout le reste du peuple, que Jésus, les identifiant avec les Juifs en général, leur dit: « Vous cher-

chez à me faire mourir,» tout comme il avait dit à Nicodème: « Vous ne croyez point.» Par de telles expressions, Jésus constate la solidarité qui existe encore, dans le fond, entre l’état de ses auditeurs et celui de ses ennemis, et leur. fait sentir la nécessité de rompre plus complètement avec leur état ancien, ou, sinon, d’obéir jusqu’au bout aux inspirations meurtrières qui animent le peuple dont ils font encore partie. Cette explication jette une pleine lumière sur l'exhortation du v. 31 : «Si vous demeurez fermes dans ma parole, vous serez vérilablement mes disciples.» Ou ma parole surmontera successivement tous les préjugés que vous entretenez encore; ou, si elle heurte contre quelque impénétrable obstacle, vous rentrerez bien vite dans le camp ennemi. Aux yeux de Jésus, cette rechute était maintenant consommée; et c’est pourquoi, dans le reste du discours, 1l ne distingue plus ces nouveaux croyants de la masse des Juifs.

Il n’y a donc ni incorrection, ni inconséquence dans ce récit. Pour celui qui va au fond des choses et en juge en se plaçant au point de vue de Jésus et de Jean lui-même, tout est parfaitement lié et motivé.

Au v. 38, Jésus explique la résistance que rencontre en eux sa parole, par leur filiation morale opposée à la sienne, Tandis qu’en parlant comme il le fait, il obéit au principe qui le domine , ils révèlent, eux aussi, en agissant comme ils le font, la puissance qui les subjugue. — Pour se décider entre les nombreuses variantes qu'offre le texte de ce verset, il est naturel de partir de ce principe, que les copistes auront plutôt cherché à conformer l’une à l'autre les deux propositions parallèles, qu'à y introduire des différences. En appliquant cette règle, nous arrivons précisément au texte qui présente le meilleur sens intrinsèque. C'est absolument celui du Ms. K (sauf le pronom prov dans

la première proposition); nous lavons rendu dans la traduction *. — La vue chez le Père ne se rapporte pas, comme le pensent Meyer, N. et d’autres, à la préexistence de Christ; la proposition parallèle, dans la seconde partie du verset, ne permet pas cette explication. Il s'agit ici de ce riche trésor de vérité spirituelle que Jésus avait puisé jusqu'alors dans la communion de son Père, et qui formait le principe de sa vie. Jésus parle spécialement ici de son enseignement (\æko), en rapport avec le v. 37 («ma parole»). — Par le retranchement du pron. mov, Dieu est caractérisé comme le Père dans le sens absolu du mot, ce qui convient bien au contexte. — Le oùv, donc, qui lie les deux propositions, renferme, comme le dit Meyer, une douloureuse ironie : ils sont aussi conséquents à leur principe, que lui au sien. — Le plur. &, les choses que, s'applique bien à la capricieuse diversité des velléités mauvaises et fait contraste avec le sing. ©, ce que, dans le premier membre, qui indiquait l'unité intrinsèque du bien. — Le terme entendre se rapporte à une inspiration, une suggestion, plutôt qu'à une révélation claire, comme celui de voir. Il peut s'appliquer aussi au rapport de Christ à Dieu (v. 40; V, 30); mais il convient, en tous cas, mieux que celui de voir à l’inspiration maligne qui passionne et qui trompe. La prépos. de la part de est en rapport avec l’ouie comme la prépos. auprès de avec la vue. — Le pron. u@v oppose leur père au Père; et l’expression «vous faites» rappelle le reproche «vous cherchez à me faire mourir » v. 37. Hengstenberg donne à roteîte le sens impératif : «Faites». Ce sens est moins conforme au contexte (voir l'explication de où).

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