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des enfants nés* dans l’impureté; nous n'avons qu’un père , Dieu. 42 Jésus leur dit”: Si Dieu était votre père, vous m'aimeriez; car, tel que me voici, c’est de Dieu que je suis sorti; car je ne suis pas non plus venu de mon chef, mais c’est lui qui m'a envoyé. 43 Pourquoi ne reconnaissez - vous pas mon langage? Parce que vous ne pouvez comprendre ma parole.» — Les Juifs, n'ayant rien de bon à répondre à Jésus, se prévalent du sens moral dans lequel il prend ie la notion de filiation et cherchent à l’exploiter à leur profit: «Ne parlons plus d'Abraham ; dans le domaine spirituel, auquel 1 paraît que tu penses, Dieu est notre seul père.» Le sens le plus simple des premiers mots, si diversement expliqués, nous paraît être celui-ci : Depuis le retour de la captivité (comp. les livres de Néhémie et de Malachie), l'union avec une femme païenne était envisagée comme illégitime , et lenfant issu d’un pareil mariage, comme bâtard. Is veulent done dire : «Nous sommes nés dans les conditions légales; pas une goutte de sang païen ne coule dans nos veines.» Cest lidée que saint Paul exprime positivement Phil. IE, 5: «Hébreu né d'Hébreux.» Le Juif transporte jusque dans le domaine moral l'élément charnel. Les sens de Meyer : Sarah, notre mère, ne nous a pas conçu dans ladultère ; — de Lücke, de Wette: Nous ne mêlons pas, dans notre culte, le monothéisme et l’idolâtrie (nopvetx dans le sens d’Os. IF, 4), ce qui pourrait renfermer une allusion aux Samaritains (Paulus) ; — et d’autres encore nous semblent forcés.
Jésus les dépouille encore de cette prérogative supérieure par le même moyen qu’il vient d'employer au v. 40, pour leur arracher la première : il pose un fait contre lequel
1. BD : oux eyevynômuey au lieu de ou yeyevynmeÿo. 2. Le ovy du T. R. n’a pour lui que 6 Mjj. Vg.
elle vient se briser. En vertu de son origine, dont il a distinctement conscience (v. 14), Jésus sait que son apparition est revêtue d’un sceau divin. Tout vrai enfant. de Dieu l’aimera donc. Le mauvais vouloir des Juifs contre lui suffit, en conséquence, pour leur ôter le titre d'enfants de Dieu. — Nous avons traduit très-librement les mots ya yao . . | ko. C’est le seul moyen de rendre la force de ce verbe (présent formé d'un parfait) : «Me voici. » Nous prenons ici sur le fait le langage de l'habitant du ciel qui se présente au monde avec la conscience toute fraîche du séjour qu'il vient de quitter. — "Eéñhov, je suis sorti, est rapporté par Meyer à la génération éternelle du Fils; n’est-1l pas plus naturel de l'appliquer à l’incarnation ? — Et ce n’est pas seulement la nature et l'apparition de Jésus qui ont un caractère divin; c’est aussi sa mission. Cet habitant du ciel n’est point venu de lui-même sur la terre; sa présence est le résultat d’une imjonction positive qu'il a reçue de Dieu (comp. X, 36).
Il semble, d’après cela, qu'il ne devrait y avoir rien de plus facile que de discerner l'accent divin et, si l’on peut ainsi dire , le timbre céleste de son langage. Pourquoi cela n’a-t-1l pas lieu de la part des Juifs? Parce que l'organe pour comprendre ce qui est spirituel leur manque. — Aa diffère de X9yos comme la forme diffère du contenu, le discours de la doctrine : «Vous ne distinguez pas mes discours d’une simple parole humaine. Pourquoi? parce que vous êtes impuissants à pénétrer le sens de ma doctrine ; elle ne parvient pas à prendre en vous le sens spirituel qu’elle a réellement.» Ils venaient d'en donner la preuve en ce moment même, v. 91-99. — Le «vous ne pouvez » désigne l’impuissance d’aperception provenant du manque d’organe. C’est ici la même idée que le où yugetv du v. 37.
Puis Jésus pénètre jusqu’au fond de cette impuissance,
et il y trouve la dépendance d’un être ennemi de la vérité qui les rend sourds à sa voix.
V. 44. «Le père” dont vous êtes issus, c’est le diable, et vous vous empressez d'accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement , et il n’est point dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui ; lorsqu'il dit le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et° le père du menteur.» — La lumière ne parvient point à percer dans le domaine juif, parce qu'il est sous l'empire d’un principe ténébreux. — “Ypeis, vous, est fortement accentué: Vous, qui vous targuez d’avoir Dieu pour père! — Hilgenfeld surprend ici lévangéliste en flagrant délit de gnosticisme. Selon lui, il faut traduire : « Vous êtes issus du père du diable. » Ge père serait le Dieu des Juifs, le Démiurge, qui serait donné comme père de Satan: comme s’il s'agissait ici de la filiation de Satan, et non de celle des Juifs! Toÿ GtaBohov est évidemment apposition de ratoôç : « Vous êtes d’un père... père tout différent de celui dont vous vous vantez d’être issus; et ce père, c’est le diable.» Les passions déréglées (éxbvmia) dont ce père est animé et qu'il leur inspire sont dévoilées dans la seconde partie du verset : ce sont la haine de l’homme et l'horreur de la vérité, précisément les tendances que Jésus avait reprochées aux Juifs v. 40. Le verbe Séhete est contraire à l'idée d’une dépendance fataliste que Hilgenfeld attribue à Jean ; il exprime l’assentiment volontaire , l'abondance de sympathie avec laquelle ils se mettent à l’œuvre pour satisfaire les appétits de leur père. Le premier de ces appétits, c’est la soif du sang humain. Plusieurs interprètes anciens et modernes (Cyrille, Nitzsch, Lücke,
RE
1. T. R. retranche, avec quelques Mnn. seulement, tou devant tatpoc. 2. Au lieu de xat, Isis et quelques Pères lisent xa@ws xou,
de Wette, Reuss) expliquent le mot avôguroutovos, homicide , par le meurtre d’Abel. Comp. ? Jean IE, 19. 15 : «Ne faisant pas comme Caïn, qui était du malin et qui tua son frère ... Quiconque hait son frère, est meurtrier.» Mais l'Écriture n’attribue expressément au démon aucune part dans le meurtre d'Abel, et la relation que Jésus établit iex entre la haine homicide de Satan et son caractère de menteur, doit porter plutôt à rapporter le mot avépuroxtévos à la séduction de l'humanité. En la faisant tomber dans le péché par son mensonge, Satan a réellement attiré sur elle la mort, non-seulement la mort sprituelle et morale, mais la mort physique. Il espérait, conformément à la menace divine, se débarrasser de l’homme, son rival, en le faisant pécher. L'expression : «Dés le commencement,» s'explique aussi beaucoup plus rigoureusement dans ce sens. Le sens de &oyn, commencement, ne diffère de celui de ce mot E, 4, qu'en ce qu'il s’agit ici du commencement de l’humamité, là de celui de la création. Quant à la citation tirée de la première épître, elle ne prouve rien en faveur de l’autre explication; car ce passage n'attribue nullement une part personnelle à Satan dans le crime de Caïn; cet acte y est simplement cité comme premier exemple de hame diabolique d’un homme contre son propre frère. Lorsqu’au v. 40 Jésus disait: «Vous cherchez à me faire périr, moi, un homme , » il avait déjà dans sa pensée l’idée de cette haine homicide exprimée par le mot &vépuroxtoyoc. On peut se demander si la haine de Satan contre lhumanité ne provenait pas de ce qu'il voyait déjà dans l’homme l'organe futur de la vérité divine et le destructeur de ses mensonges. l'est tout naturel, dans ce cas, que sa haine se concentre sur Jésus, en qui se réalise cette destination de la race humaine. Cette idée établirait la relation la plus intime entre la proposition que nous venons d'expliquer et la suivante.
Plusieurs interprètes anciens et modernes ont appliqué les mots oùy éoTnxev à la chute du diable. Vg.: in veritate non stetit. L’abbé Crampon*: à n’est point demeuré dans la vérité. Arnaud : à ne s’est point tenu dans. Ostervald: à n’a point persisté dans Mais le parf. Écrnxa signifie toujours, dans le grec sacré comme dans le grec classique : «je me suis placé dans un endroit, et j'y suis.» Jésus ne veut pas dire par ce mot que le diable ne s’est pas tenu dans le domaine de la vérité, qu'il en est sorti, mais que ce n’est pas là qu'il se tient et se meut présentement. Dans toute son activité, il est et reste étranger à ce domaine de la vérité qui est celui de la sainteté, essence réelle des choses; et cela, ajoute Jésus, parce qu’il lui manque intérieurement un principe de vérité : cette droiture de la volonté, qui aspire à la sainteté. Il faut remarquer l'absence d'article devant ce second œhnbetæ, vérilé : il manque imtérieurement de vérité; et c’est pour cela qu'il n’est pas dans la vérité, celle que Dieu révèle. Le Or, parce que, est le pendant de celui du v. 45. Tels fils, tel père. Des deux parts, on vit et on agit dans le faux, parce qu’on est faux.
Ge que Jésus vient d'exposer sous forme négative, il le reproduit sous forme positive dans la seconde partie du verset. Ne puisant rien dans la vérité divine, Satan re tout ce qu'il dit de son propre fonds, c’est-à-dire du néant; car la créature, séparée de Dieu, ne possède et ne crée rien de réel. Mentir est donc son langage naturel, aussi bien que dire la vérité est celui de Jésus (v. 88). — ’Ex tôv toy, de son propre fonds, caractérise admirablement cette faculté créatrice d’un être séparé de Dieu, dont le produit n’est jamais qu'une vaine fantasmagorie. — Le mot Veÿornc,
1. Les quatre évangiles, traduction nouvelle, etc., par l'abbé A. Crampon. Paris, 1864.
menteur, reproduit l’idée : CH n'y a pas en lui de vérité.» — Le substantif que représente adrod est soit bevotov, du menteur, Soit beudovc, du mensonge, que l’on peut tirer l’un aussi bien que l’autre de ce qui précède. Nous croyons, avec Lücke, que le contexte décide en faveur de la première alternative. Il s’agit ici, non de l’origine du mensonge, mas de la filiation des Juifs menteurs. C’est aussi cette idée à laquelle se rattachent les versets suivants."
Ce passage renferme la déclaration la plus décisive qui soit sortie de la bouche de Jésus-Christ sur l’existence, la personnalité et l’activité de Satan. Il est impossible d’appliquer ici la théorie de accommodation au moyen de laquelle on a cherché à atténuer la valeur des paroles de Jésus dans ses entretiens avec les démoniaques. C’est librement et de front que Jésus donne ici un enseignement positif sur cet être mystérieux. ù
V. 45-47. (Et moi, parce que je vous dis la vérité, veus ne me croyez pas. 40 Qui de vous peut me convaincre de péché? Et si” je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas?” 47 Celui qui est de Dieu comprend les paroles de Dieu; aussi ne les comprenez-vous pas, parce que vous n'êtes pas de Dieu.» — Jésus revient du pêre aux enfants : Ce qui, d'ordinaire, fait qu’on croit un homme, c'est qu'il dit la vérité. Mais les Juifs sont tellement remplis des ténèbres du mensonge, dont leur père a obscure leur cœur, que c'est, au contraire, parce que Jésus dit la vérité,
1. La lecon xa@wc xut (comme aussi son père) est une correction due aux Gnostiques, qui prétendaient trouver ici, comme Hilgenfeld, la mention du père du diable. Les Pères n’ont sans doute admis cette lecon qu’à la condition de lire oç av au lieu de otuv, comme Lachmann : «Quiconque: dit le mensonge.»
2. T.R.: et de, d’après 10 Mjj.; et tout court dans NX BCLX 20 Mnn. It. Ve. Syr. Cop. à
3. D omet tout le v. 46 (confusion des deux ov nioteuete mot).
qu'ils ne le croient pas. — ’Eyow, en tête: Moi, l'organe de la vérité. Pour justifier leur défiance à l’égard de son dire, il faudrait du moyns qu'ils pussent montrer quelque tache dans son faire; car la sainteté et la vérité sont sœurs. Le défi que Jésus jette à ses adversaires, dans la première partie du v. 46, montre qu'il se sentait parfaitement lavé par son apologie, ch. VIT, du crime dont on l'avait accusé, ch. V. Il faut bien se garder de prendre ici anæptia dans le sens inusité d'erreur (Calvin, Mélanchthon) ou même de mensonge (Fritzsche). Cest ici la même pensée que VIE, 48: Il ne s'élève de la conduite de Jésus absolument aucun motif de soupçon contre la vérité de son enseignement. — Cette question est suivie d’une pause; tout le monde se tait. L’aveu renfermé dans ce silence sert de prémisse au raisonnement suivant. (Eh bien, si, comme vous l’avouez vousmêmes, Jenseigne la vérité, pourquoi, vous, ne croyezvous donc pas?» [ci, une nouvelle pause; après les avoir invités à le juger, lui, il leur laisse le temps de se juger eux-mêmes; puis 1l prononce la sentence : « Vous n'êtes pas de Dieu. Voilà la vraie raison de votre incrédulité. » L'expression étre de Dieu désigne l’état d’une âme placée sous l'influence de l’action divine. Get état implique la libre détermination de l’homme. Autrement, le ton de reproche qui règne dans notre verset serait injuste et même absurde. — ’Axovey renferme ici l'idée de l’audition intelligente, sens auquel convient le régime à l’accusatif. — Aa toùto sert à appliquer le principe général posé dans la première partie du verset et est expliqué par la proposition OT... etc.
La parfaite sainteté de Christ résulte, non du silence des Juifs, qui pouvaient ignorer les péchés de leur interlocuteur, mais dé l'assurance avec laquelle s'affirme, dans cette question, la conscience immédiate que Ghrist a de la pureté
de sa vie. À supposer qu'il ne fût qu'un homme saint au plus haut degré, avec une conscience aussi délicate que celle qu'implique un pareil état, Jésus n’eût pu laisser passer inaperçu le moindre péché dans sa vie où dans son cœur, ni par conséquent poser à d’autres, sans hypocrisie, une telle question.