N commence ainsi le verset: skgyev ouv autots o Insous
relation métaphysique entre le Père et le Fils ou le Logos. Mais si l’on donne , comme nous l'avons fait, au v. 17 un sens strictement approprié au contexte, les v. 19 et 20 n'ont point ce caractère théologique plus ou moins oiseux ; ils ont, aussi bien que le v. 17, une application directe et pratique au cas donné. Jésus veut dire, non: Je suis ceci ou cela pour mon Père; Je soutiens avec lui telle ou telle relation, mais: Quelque œuvre que vous me voyiez faire, lors même qu’elle vous scandaliserait, comme celle pour laquelle je suis inculpé maintenant, soyez bien assurés que , Fils dévoué et soumis, je ne l'ai faite que parce que jai vu mon Père la faisant à ce moment même. Ge n’est point là de la métaphysique ; c’est tout simplement de l’apologie ; et cette défense de son œuvre incriminée et de son activité en général, Jésus la fait jaillir d’une incommensurable profondeur, de la loi la plus profonde de sa vie morale, de sa dépendance filiale du Père. Cette réponse ressemble au : «Je ne puis autrement,» de Luther, à Worms; ou, pour prendre un exemple plus rapproché, Jésus met son œuvre sous la sauvegarde de celle du Père, comme l’impotent venait de mettre la sienne sous la garantie de celle de Jésus.
Cest ce qu'il fait d’abord, dans la première proposition du v. 19, sous une forme négative : Rien par moi-même; puis, dans la seconde, sous la forme affirmative : Tout, pareillement au Père. — Jésus va chercher l'intuition de cette relation au plus profond de sa conscience ; c’est ce qu'exprime aury amy. — L'expression où Svvata, ne peut, ne désigne point une impossibilité métaphysique ou d'essence. Le Fils ne possède-t-il pas le privilége divin d'avoir la vie en luiméme (v. 26), par conséquent celui de pouvoir la communiquer à volonté? Cette impuissance est purement morale. Cela ressort du terme même de Fils, que Jésus substitue à
dessein au pronom moi du v. 17. C’est par son caractère filial, en effet, que Jésus se sent empêché d'agir de lui-méme en un moment quelconque. Mais il possèderait certamement la faculté d'agir autrement, s’il le voulait; et voilà l'idée qui permet de donner à l’expression àp° éauroÿ, de lui-même, un sens réel et sérieux. À toutes les phases de son existence, le Fils a un trésor de vie propre dont 1l pourrait user indépendamment du Père. Comme Logos, il a, d'après le v. 26, le pouvoir de créer : il pourrait tirer de son chef des mondes du néant et s’en faire le Dieu, etvar ox O:6, Phil. IE, 6. Mais : nv tods tv Oedv, 1 était tout à Dieu (Jean I, 1); et, plutôt que de devenir ce que Satan aspire à être, le Dieu d’un monde à lui, il a préféré demeurer dans sa position de Fils et n’user de son pouvoir créateur qu’en Dieu et pour Dieu. Cette loi de sa vie divine est aussi celle de sa vie humaine. Comme homme, il est privé sans doute de sa forme‘ de Dieu, mais il possède :d’abord les facultés humaines, auxquelles se sont ajoutées depuis le baptême les forces messianiques. Avec cela 1l pourrait créer dans le sens où crée chaque homme de génie, créer par et pour lui-même, ou fonder un règne à lui et dominer de son chef, comme chaque conquérant. N'est-ce pas à cette faculté très-réelle que s’adressèrent les diverses suggestions de Satan, au désert? Mais il s’est volontairement et incessamment refusé à tout usage semblable de ses forces humaines et messianiques, et, liant invariablement son œuvre à celle du Père, il a ainsi maintenu et confirmé librement son caractère de Fils. Tout est moral dans cette relation. Le non-pouvoir dont 1l s’agit ici n’est que le côté négatif de l'amour filial. — La proposition éav un &.…., «s’il ne le voit faire,» ou plutôt: «s'il ne voit le Père le faisant,» n’est qu’une apposition épexégétique des mots &p éavtod, de soi-même : «De soi-même, c'est-à-dire s'i ne...» — Le partic. prés.
mouoüyte, faisant, correspond à dort, tout à l'heure, du v. A7, et en reproduit exactement l’idée, telle que nous l’avons expliquée.
L'amour filial n'empêche pas seulement, le Fils d'agir par lui-même; il le fait entrer positivement dans l’œuvre du Père. Cest l’idée de la seconde partie du v. 19. Le car s’explique facilement : Toute œuvre propre est impossible au Fils, parce qu’il est tout entier voué à l’accomplissement de celle du Père. Un tel modèle absorbe et, pour le moment du moins, déborde complètement le temps et la force de celui qui se consacre à le reproduire fidèlement. — Ne semblet-1l pas que Jésus emprunte les images qu'il emploie dans ce verset à cet autre travail auquel il se livrait jadis dans l'atelier de Nazareth, au service de celui qui lui servait icibas de père? La loi de son travail était alors d'adapter con- . Stamment son œuvre à celle de Joseph, d'y coopérer à chaque instant dans la mesure de son intelligence et de sa force, aussi longtemps que le jour durait et que Joseph travaillait lui-même. Cette communauté de travail couvrait évidemment la responsabilité de l’enfant pour chaque acte ainsi accompli. Dans une œuvre infiniment supérieure, Jésus réclame maintenant le bénéfice d’une position toute pareille. Il vit dans un autre atelier, celui des œuvres du Père. Car le ciel lui à été ouvert. Il épie le point auquel est parvenu à chaque instant le travail divm sur la terre, et toutes ses facultés d'homme et ses prérogatives de Messie sont employées à y concourir. — À ya &v: les choses que, quelles qu'elles soient. Il n’y en a pas une qu’il laisse volontairement lui échapper. C’est sous l'impulsion de cette divine initiative qu'il a accompli l'œuvre qui les a scandalisés, et par ce pluriel Jésus fait déjà entendre qu’il en accomplira bien d’autres encore qui porteront le même caractère. Dans cette parole, la naïveté de la forme contraste avec la subli-
mité du fond. Jésus parle de cette relation intime avec l'Être des êtres comme s’il s'agissait de la chose la plus simple du monde. C’est la parole de l'enfant de douze ans : «Ne faut-il pas que je sois dans ce qui est à mon Pére?» élevée à une plus haute puissance. Mais cette correspondance de l'œuvre du Fils à celle du Père ne peut exister qu’à une condition; c’est que le Père dévoile constamment au Fils la marche et les besoins de son œuvre:
V. 20. « Car le Père aime le Fils, et il lui montre tout ce qu'il fait lui-même; et il lui montrera des œuvres plus grandes encore que celles-ci, afin que vous soyez dans l’étonnement.» — Le Fils ne peut partager l’œuvre du Père (v. 19) qu'autant que celui-ci consent à l’initier à son travail. Or cette initiation du Fils est assurée. Elle résulte de l'amour infini que le Père a pour lui. Ainsi s’explique le car qui lie ce verset au précédent. Le terme quety, . qui exprime le sentiment de la tendresse (chérir), convient bien à l'intimité de la relation ici décrite. HE, 35, le mot æyarav, qui indique l’amour d'approbation et en quelque sorte d’admiration (&yawat), était en place, puisqu'il s’agissait dans ce passage de la communication de la toutepuissance. — Le Seuxvverw (montrer) du Père correspond au Bhéreu (regarder) du Fils (v. 19) et en est tout à la fois la condition et la conséquence. Le Père dévoile au Fils son œuvre, afin que celui-ci puisse y concourir; et d'autre part c'est ce concours constant et fidèle du Fils qui lui assure la continuité de cette révélation.
Mais l'initiation du Fils au travail du Père, quoique devant être complète, ne s'opère que par degrés. Cest ce qu’exprime la dernière partie du verset. Déjà l'expression & yap av, les choses quelconques que, dans le v. 19, faisait pressentir une extension de l'horizon qui se découvrait aux regards de Jésus autour du miracle actuel, comme
point de départ et comme centre. Met£ova, des œuvres plus grandes, est le mot par lequel Jésus commence à dévoiler à ses auditeurs ces perspectives plus vastes déjà présentes à sa pensée, et que la suite du discours va dérouler. Tov- Toy, que celles-ci, se rapporte à la guérison de l’impotent et à tous les miracles du même genre dont Les Juifs avaient déjà été témoins. Jésus ne les a accomplis à chaque fois qu’au signal du Père et tels que les réclamait la continuation de son œuvre; c’est dans ce sens qu'ils lui ont été montrés. C'est dans le même sens que des œuvres supérieures à celles-là vont lui être montrées dans la suite. Cette gradation dans le montrer du Père et le voir du Fils est remarquable. À mesure que Jésus grandit lui-même en intelligence et en force, la part qu'il prend à l’œuvre du Père devient plus considérable. Il connaît mieux cette œuvre; et - il la prend en mains plus complètement. Dès le baptême surtout, cette initiation et cette participation se sont infimiment agrandies. Et ce développement n’est point à son terme. Il n’y parviendra que lorsque Jésus, ayant obtenu, comme homme, la forme d'existence qu'il possédait comme Logos, sa gloire (XVII, 5), aura recouvré aussi la science et la puissance divines. Alors l’œuvre de Dieu tout entière lui sera montrée et remise; aussi Jean dit-il dans l’Apocalypse (I, 1), en accord parfait avec notre passage : (La révélation de Jésus-Christ, que le Père lui a donnée.» C'est lexégèse de notre dstée, montrera. Et seulement alors il pourra prendre en man l’œuvre du Père dans sa totalité. «Et le bon plaisir de l'Éternel prospérera dans sa main » (Es. LE, 10). |
Il n’y à pour nous qu'un moyen de nous former une idée quelque peu vivante de ce rapport de Jésus avec le Père, décrit dans ces deux versets. C’est d'entrer nous-mêmes dans une relation semblable avec Jésus. Plus le croyant se voue