La préexistence éternelle de Jésus: v
Si Jésus voit la mort désarmée pour ses disciples, c’est qu’elle l’est pour lui-même; et si elle l'est pour lui (à moins
qu'il ne consente volontairement à se livrer à sa puissance), c'est qu'il appartient par essence à une sphère dans laquelle il n'y à ni transition du néant à l'existence, m chute de l'existence dans la mort.
V.54-56. «Jésus répondit: Si je me glorifie' moi-même, ma gloire n’est rien; celui qui me glorifie, c’est mon Père, lui dont vous dites qu’il est votre” Dieu; 55 et cependant, vous ne le connaissez pas, mais moi, je le connais; et si je dis que je ne le connais pas, je serai semblable à vous, menteur; maïs je le connais, et je garde sa parole. 56 Abraham, votre père, a tressailli de joie dans l'espoir de voir mon jour; et il l’a vu, et il s’est réjoui.» — Dans un sens, Jésus se glorifie bien lui-même chaque fois qu'il se rend témoignage; mais l’accent est sur &yo, moi, (moi seul, sans le Père, m'attribuant ce que le Père ne m'a point donné.» Comp. la forme toute semblable v. 19 et 16. C’est la réponse à la question : « Qui prétendstu étre? — Rien que ce que le Père a voulu que je fusse.» Et cette volonté paternelle est manifestée par des signes éclatants que discerneraient aisément les Juifs, si Dieu était réellement pour eux ce qu'ils prétendent, leur Dieu. Mais ils ne le connaissent pas; et voilà pourquoi ils ne reconnaissent pas celui qui vient de sa part et qu'il leur signale si clairement.
Cette ignorance de Dieu que Jésus rencontre chez les Juifs, réveille en lui, par la loi du contraste, le sentiment de là connaissance intime qu’il a de Dieu; et il laffirme, avec une force triomphante, au v. 55. Cest comme le paroxysme de la foi que Jésus a en lui-même, fondée sur la
1. Au lieu de Ooëa£o que lit T.R. avec 12 Mjj. et les Mnn., on lit SoËacw dans N BCD Italia Or.
2. Au lieu de vuwy dans T. R. avec NBDFX la plupart des Mnn. Jtleriqe On lit nov dans les 1? autres Mjj. 90 Mnn. Syr. et Tisch.
certitude de la connaissance directe qu'il a du Père. Ainsi se préparent les affirmations mouïes qui vont suivre, v. 56 et 58. Oidx indique une connaissance directe et intuitive, en opposition à éyroxate, qui désignait une connaissance acquise. — Par les derniers mots : «Je garde sa parole, » Jésus affirme qu'il a, dans la fidélité aux instructions de son Père, la même garantie de victoire sur la mort que ses disciples, dans l’obéissance persévérante à sa parole.
Puis, après avoir ainsi préparé la réponse qu'il avait à fare à leur question: «Es-tu plus grand que notre pére Abraham?» il tranche enfin le mot : «Oui! car j'ai été l'ob- Jet de son espérance sur la terre et de sa joie dans le paradis!» Il y a une sanglante ironie dans cette apposition : votre pére. Leur patron tressaillant de joie dans l'attente d’une apparition qui n’excite que leur haine! — Les mots «a tressailli…» désignent la joie de l'espérance, et les suivants, Ca vu et s’est réjoui,» celle de l’accomplissement. Ge contraste détermine le sens des deux propositions. La première doit se rapporter au joyeux tressaillement produit dans le cœur d'Abraham par la promesse messianique, pendant qu’il était sur la terre (Gen. XXIF, 48) : « Toutes les nations seront bénies en ta postérité, parce que tu as obà à ma voix.» — L'emploi de {vx avec le terme œyalläotar s'explique par le sentiment du désir qui s’attachait à une telle joie. — L'expression mon jour ne peut désigner que l’époque de l'apparition de Christ sur la terre (Luc XVI, 99), Les explications de Chrysostome (le jour de la Passion) et de Bengel (le jour de la Parousie) ne sont aucunement molivées 1c1.
Le rapport évident entre xat elde, et il a vu, et ivæ in, afin de voir, prouve que la seconde partie du verset se rapporte à l'apparition de Jésus sur la terre comme réalisation de l'attente d'Abraham. ’Eyaon, tl s’est réjoui, exprime
bien la joie calme de la vue, en opposition au tressaillement de l'attente (nyæktaoato). Il faut donc admettre, avec la plupart des interprètes modernes, que Jésus révèle ici un fait du monde supérieur et dont lui seul avait connaissance. Comme, à la Transfiguration, nous voyons Moïse et Élie au fait des circonstances de la vie terrestre de Jésus, ainsi Jésus déclare ici qu'Abraham, le père des croyants, n’y était point étranger. Mais nous ignorons sous quelle forme les événements de la terre peuvent être rendus sensibles à ceux qui vivent dans le sein de Dieu. Jésus affirme simplement le fait. — Cette interprétation est la seule qui laisse aux mots leur sens naturel. Les Pêres appliquent le etôe, à vit, aux types, tels que le sacrifice d’Isaac, dans lesquels le patriarche contempla, par anticipation, l’accomplissement des promesses. Les\réformateurs se représentèrent cette vue sous la forme due vision prophétique. Ges explications sont exclues par) l'opposition tranchée qu’établit le texte entre la joie de l'attente et celle de la vue réelle. Il en est de même de celle de Hengstenberg, qui applique les derniers mots du verset à la visite de l'ange de l’Éternel Gen. XVIII. L'expression mon jour ne peut recevoir, dans cette application, qu’un sens forcé. On ne cite plus que pour mémoire lexplication socinienne : «Abraham aurait tressailli de joie, s’il eût vu mon jour.» Que faire du second membre, dans cette interprétation?
En faisant ressortir cette double joie d'Abraham, à l’époque de la promesse et au jour de laccomplissement, Jésus fait rougir les Juifs du contraste entre leurs sentiments et ceux de leur prétendu père.
V. 57 et 58. «Sur quoi les Juifs lui dirent: Tu n’as pas encore cinquante‘ ans, et tu as vu Abraham*! 58 Jésus
1. À 3 Mnn. Chrys. : teooapaxoyta (quarante). 2, N: xat AfBp. ewpaxev ce (el Abraham l’a vu).
leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis: Avant qu'Abraham naquît', je suis.» — Ce n’est pas tant de l’assertion : «1 m'a vu,» que de ce qu’ajoute Jésus : «Et ù s'est réjoui,» que résulte l’exclamation des Juifs : «Tu as vu Abraham!» — Le chiffre cinquante est un nombre rond; cinquante ans désigne la clôture de l’âge viril. Le sens est: «Tu n’es pas encore vieillard.» Îl n’y a rien à conclure de là quant à l’âge réel de Jésus, puisque dix ou vingt années de plus, dans ce cas, ne changeaïent rien à la chose.
La formule aumy auvy annonce la grandeur de la révélation qui va suivre. Tandis que yevéotau (littéralement: devênt) désigne le passage du néant à l'être, etui, je suis, indique un mode d’être qui n’est point le résultat d’une telle transition, l'existence par essence. Jésus dit: je suis, non: J'étais. Gette dernière expression n’indiquerait ici qu'une simple priorité et serait à la rigueur compatible avec l’intuition arienne de la personne de Jésus, tandis que la première expression place le sujet parlant dans l’ordre absolu, éternel. Elle rappelle la parole du Ps. XC, 2: « Avant que les montagnes fussent nées et que tu eusses fondé la terre, d’élernité en éternité, Tu Es, 6 Dieu!» C’est bien, sans doute, du sein de sa conscience humaine que Jésus tire cette expression, mais après que cette conscience s’est ouverte à la révélation qui lui a été faite de l'identité de sa personne avec celle du Fils éternel. Il est conscient de lui-même comme Fils, d’une manière analogue à celle dont le croyant le reconnaît comme tel, après quil s’est révélé à lui. — L'éternité n’est pas proprement antérieure au temps. Le roiv, avant que, est donc une forme symbolique tirée de la conscience humaine de Jésus et qui exprime le rapport