‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint LucChapitre 15 sur 58 · I, 5-II · texte numérisé non relu

I, 5-II

Le premier et le troisième évangile s'ouvrent l'un et l'autre par un cycle de récits relatifs à la naissance et à l'enfance de Jésus. Ces récits ne paraissent pas avoir fait partie de la tradition léguée à l'Eglise par les apôtres (v. 2). Du moins ni l'évangile de Marc, le document qui paraît reproduire sous la forme la plus adéquate le type de la prédication primitive, ni l'échantillon le plus ancien que nous possédions de cette première évangélisation , le discours de Pierre chez Corneille (Act. X, 37-4-8), ne remontent au-delà du ministère de Jean-Baptiste et du baptême de Jésus. Cela tient sans doute à ce que la prédication apostolique avait uniquement un but d'édification. Elle était destinée à fonder la foi ; et pour cela les apôtres n'avaient autre chose ta faire qu'à rendre témoignage de ce qu'ils avaient eux-mêmes vu et entendu pendant qu'ils avaient été avec Jésus (Jean XV, 27; Act. I, 21-22).

Mais ces faits par lesquels commençait cette prédication supposaient des circonstances antérieures. Des événements si extraordinaires, s'ils étaient réels, ne pouvaient être survenus sans préparation. Ce Jésus, que Marc lui-même désigne dès l'abord (1,1) comme le Fils de Dieu, ne pouvait être tombé du ciel, comme un homme fait, à l'âge de 30 ans. Comme le botaniste, après avoir admiré une fïeur nouvelle,. 1er Vol. 6

fouille le sol pour extraire les racines de cette plante dont le vulgaire se contente de contempler la corolle, ainsi parmi les croyants, chez les Grecs surtout, devaient se trouver des esprits réfléchis — Luc et Théophile en sont des représentants — qui éprouvaient le hesoin de compléter ce qui manquait aux récits des témoins officiels du ministère de Jésus, relativement aux origines de cette histoire.

L'intérêt historique lui-même, éveillé par la foi, devait tendre à dissiper l'obscurité qui enveloppait la première apparition d'un être aussi exceptionnel que celui qui était l'objet de la tradition évangélique. A mesure que le premier élan de la foi faisait place au travail de la réflexion, à l'époque de transition de la première à la seconde génération de chrétiens, ce besoin dut se faire sentir avec une vivacité croissante. Luc s'est efforcé de le satisfaire dans ses deux premiers chapitres. Il est évident que le contenu de cet Evangile de l'enfance ne provient ni de la tradition apostolique (v. 2), ni de l'un des nombreux écrits auxquels il a été fait allusion (v. 1;, mais qu'il est dû aux renseignements particuliers qu'avait recueillis Luc. C'est à ces deux chapitres spécialement que Luc fait allusion dans le v. 3 du prologue (àvtoôsv, dès l'origine).

Un besoin analogue doit s'être fait sentir, probablement à la même époque, dans le monde judéo-chrétien ; seulement il partait d'un autre principe. Il ne s'agissait pas ici de la satisfaction du sens historique. La préoccupation de la question messianique, dans ces cercles-là, dominait tout. On voulait donc savoir si dès le commencement l'enfant n'avait pas été divinement signalé, aussi bien que plus tard l'homme fait, comme le Messie. Les deux premiers chapitres de saint Matthieu sont manifestement destinés à répondre à ce besoin.

L'on s'explique ainsi naturellement l'extension de l'histo-

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