‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint LucChapitre 17 sur 58 · V. 13 et 14 2. La troupe des a*nges sort tout à coup des · texte numérisé non relu

V. 13 et 14 2. La troupe des a*nges sort tout à coup des

1 V. 12. BZ omettent xo devant a^stov. — N*D omettent xsi(asvov. — NCBLPSZ quelques Mnn. Syr. ItPleriq«« Or. ajoutent xai devant xstjxevov (tiré de v. 16). — T. R. lit -r, devant ^a-cvr] avec F*K seulement (tiré de v. 16).

* V. 14. ItPleriq"e Ir. Or. etc. omettent ev devant avGpwrots. —

profondeurs de ce monde invisible qui nous environne de toutes parts. Par son cantique, elle vient donner le ton à l'adoration de l'humanité. La variante de quelques alex. et des traductions latines qui lisent le gén. eùSoxiaç, au lieu du nomin. eùjox&a, est en faveur dans l'exégèse moderne : « paix aux hommes de bonne volonté. » Le cantique se divise dans ce cas en deux propositions parallèles, soit que l'on rapporte les mots : et sur la terre, à ce qui précède:. « Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts et sur la terre; paix aux hommes de bonne volonté, » — soit, ce qui est certainement préférable, qu'on les lie à ce qui suit : « Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ; et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté. » Dans cette seconde interprétation, le parallélisme est complet: les trois idées paix, hommes, sur la terre, dans le second membre, répondent aux trois idées gloire, Dieu, dans les lieux trèshauts, dans le premier. Les hommes font monter leur louange vers Dieu, dans les cieux; Dieu fait descendre sa paix vers eux, sur la terre. Le gén. eu&o*fotç, de bonne volonté, pourrait se rapporter aux dispositions pieuses dont une partie des hommes sont animés envers Dieu. Mais cette interprétation est peu naturelle. EùSoxia d'eu&Mttfy se complaire en, 3 ^2n, indique une bienveillance entièrement gratuite, dont l'initiative est dans le sujet qui l'éprouve. Ce terme ne convient donc pas à la relation de l'homme avec Dieu, mais bien à celle de Dieu avec l'homme. Il faut par conséquent, avec cette leçon, expliquer: Paix sur la terre aux hommes qui sont les objets de la bienveillance divine. Mais cet emploi du génitif est singulièrement rude et presque barbare ; les hommes de bienveillance, pour dire: ceux sur lesquels repose la bienveillance. . . , c'est

N*ÀB*DIt.Vg. Ir. et Or. (dans la traduction latine) lisent B*8oxwt« au lieu de nuSoxia.

une locution sans exemple. Nous sommes ainsi ramenés à la leçon du T. R. que présentent 14 Mjj., parmi lesquels L et Z, qui marchent ordinairement avec les alex., la traduction cophte, qui est dans le même cas, et la Peschito. Avec cette leçon, le cantique se compose de trois propositions, dont deux parallèles et une troisième qui forme le lien entre les deux. Dans la première: gloire à Dieu dans les lieux très-hauts, les anges demandent que des espaces inférieurs où ils viennent de descendre, du sein de l'humanité, s'élève une louange qui, montant de cieux en deux, parvienne jusqu'au sanctuaire suprême, aux lieux très-hauts, et y glorifie les perfections divines qui éclatent dans cette naissance. La seconde: paix sur la terre, est le pendant de la première. Tout en provoquant la louange de la part des hommes, les anges appellent la paix à descendre d'auprès de Dieu. Cette paix est celle qui résulte de la réconciliation des hommes avec Dieu; elle renferme le principe de la cessation de toute guerre ici-bas. Ces deux propositions ont le caractère du vœu, de la prière. Le verbe sous-entendu est IVru, soit. La troisième, qui n'est liée aux précédentes par aucune particule, proclame le fait qui motive cette double prière. Si la relation logique était exprimée, elle le serait par le mot car. Ce fait, c'est celui de la faveur extraordinaire dont les hommes sont les objets de la part de Dieu, et qui éclate dans le don qu'il leur fait en ce moment. Le sens est: « Car Dieu se complaît dans les hommes. » En parlant ainsi, les anges semblent dire : Dieu ne nous en a pas fait autant k nousmêmes. (Hébr. II, 16.) L'idée d'eù<Wia, bienveillance, rappelle la première proposition : « Gloire à Dieu ! » tandis que l'expression : envers les hommes, rappelle la seconde : « Paix sur la terre! » Pour le mot eùJoxia c*mp. Eph. I, 5 et Phil. II, 13. — Quand les témoins du bienfait chantent,

comment ceux qui en sont les objets pourraient-ils demeurer muets?

III. La visite des bergers: v. 15-20. — L'ange avait indiqué un signe aux bergers, et les avait invités à en constater la réalité. Ils obéissent à cette injonction.

Y. 15-20 *. Le T. R. présente au v. 15 une expression singulière: « Et il arriva que lorsque les anges se furent retirés. . . les hommes, les bergers se dirent. ...» On ne saurait mieux rendre l'impression des bergers, quand, après la disparition des anges, ils se retrouvèrent seuls entre hommes. L'omission des mots xal oi àv6ptoiroi chez les alex. est due à l'étrangeté de cette forme, dont ils n'ont point compris le sens. Le x.a( devant oi àvQpcoxoi est sans doute le signe de l'apodose, comme le 1 hébreu; mais il fait ressortir en même temps la corrélation entre la disparition des anges et l'acte des bergers qui se mettent en devoir de leur obéir. L'aoriste slrov du T. R. est certainement préférable à l'imparf. iloïkow des alex., puisqu'il s'agit d'un acte qui doit immédiatement en produire un suivant : « Ils se dirent (non : ils se disaient) l'un à l'autre : Allons donc. » — Le terme pr^-a, ainsi que si souvent ITT, désigne la parole en tant qu'accomplie (ysyovo;). On voit combien la forme araméenne primitive est conservée avec soin jusques dans les plus petits détails. — kva, dans àveupov, exprime la découverte successive des objets énumérés. 'Eyvcoptcav, ou àieyvwpicav (alex.), v. 17, peut signifier constater; cependant au v. 15 syvwpurav signifie faire connaître; et c'est aussi au v. 17 le sens le plus naturel. Il y a

1 V. 15. nBLZ beaucoup de Mun. Syrsch Itr^iq'»5 Vg. Or. omettent xai oi av0po>7:o'.. — N B Italiti : sXaXouv au lieu de eircov. — V. 17. K B D L Z : spo)ptaav au lieu de ô*i£YV0,Ptaav- — v- 20- Au heu d'srea-rpstj/av que lit t. R. avec un»1 partie des Mnn. seulement, tous les autres documents: U7w«rps<|>av.

gradation: le ciel avait révélé; et maintenant par le soin des hommes la publicité va croissant. Ce sens met aussi le v. 17 en rapport plus direct avec ce qui suit. Le composé Stayvcopt^Êiv, divulguer, nous paraît par cette raison préférable au simple (chez les alex.).

Les versets 18-20 décrivent les impressions diverses produites par ce qui vient de se passer. Au v. 18, une surprise vague chez la plupart (tous ceux qui entendirent). En opposition (Se), v. 19, une impression profonde et un travail intérieur, chez Marie. D'abord elle a soin de rassembler les faits dans son esprit pour les conserver (awmpetv); mais à cette première activité indispensable s'en rattache une seconde qui en est le but, celle de les comparer et de les combiner, pour découvrir la pensée divine qui les explique et les relie. Quelle distance entre cette activité réfléchie et l'étonnement facile du simple public! Dans l'impression de joie et d'adoration des bergers (v. 20), il y a plus que chez les simples auditeurs, moins que chez Marie. — Ao*(a(Eiv, glorifier, résulte du sentiment de la grandeur de l'œuvre; àtyeîv, louer, se rapporte à la bonté qui y éclate. — Liés comme ils le sont, les deux participes entendu et vu ne peuvent se rapporter qu'à ce qui se passe pour les bergers après leur arrivée dans l'étable. On leur raconta les circonstances remarquables qui avaient précédé la naissance de Jésus ; c'est à cela que se rapporte le mot entendu. Et ils contemplèrent la crèche et l'enfant; c'est ce qu'exprime le mot vu. Et le tout fut pour eux la confirmation du message des anges. Ils se convainquirent qu'ils n'avaient pas été les victimes d'une hallucination. — La leçon îwce- GTpE^av (ils s'en retournèrent) mérite évidemment la préférence sur la leçon du T. R., très-mal appuyée, Mbrfètym (ils retournèrent à leurs troupeaux).

Où ont été puisées ces indications frappantes sur l'im-

SIXIÈME RÉCIT. — CHAP. Il, 17-21. 167

pression des bergers et des assistants, et surtout sur celle de Marie? Comment voir là une broderie de l'imagination de l'auteur ou un fruit de la légende? Le coloris araméen d'ailleurs dénote une source antique. Plus on lit et relit le v. 19, plus on sent se former en soi la conviction que Marie est le premier et réel auteur de tout le récit. Cette narration si pure, si simple, si intime, formulée par elle, se sera conservée un certain temps sous forme orale, jusqu'à ce qu'elle ait trouvé un rédacteur, dont le travail est tombé entre les mains de Luc et a été par lui reproduit en grec.

Circoncision et présentation de Jésus.

Ce récit comprend : 1° la circoncision de Jésus (v. 21); 2° sa présentation dans le temple (v. 22-38); 3° une conclusion historique (v. 3940).

I. La circoncision : v. 21. — C'était sous la forme juive que Jésus devait réaliser l'idéal de l'existence humaine. La théocratie était le milieu divinement préparé pour le développement du Fils de l'homme. Aussi à son entrée dans la vie par la naissance succède, huit jours après, son entrée dans l'alliance par la circoncision. « Né d'une femme, mis sous la loi, » dit saint Paul, Gai. IV, 4, pour faire ressortir la relation entre ces deux faits. Le récit de la circoncision de Jésus est d'une brièveté qui contraste avec l'ampleur de celui de la circoncision de Jean-Baptiste (ch. I). Cette différence est naturelle ; la cérémonie toute juive de la circoncision a, dans la vie du dernier représentant de la théocratie, une importance qu'elle n'avait pas dans celle

de Jésus, qui n'entrait dans la forme de l'existence juive que pour la traverser.

V. 21 ». L'absence de l'article devant r^ipai oxt<j», est due au déterminatif tou xeptTefjiiv aùrov qui suit. En hébreu l'état construit (subst. avec complém.) exclut l'article. — La fausse leçon du T. R., to xa^tov au lieu d'arc-ov, provient de la cause qui a occasionné la plupart des fautes de ce texte, des besoins de la lecture publique. Gomme la section à lire commençait avec ce verset, il fallait substituer le nom ou pronom. Kai, tout en marquant l'apodose, fait ressortir la corrélation entre la circoncision et le don du nom. Ce xai est presque un totê, alors.

11. La présentation : v. 22-38. — Et d'abord le sacrifice : v. 22-24 2. A la suite de la circoncision, il y avait encore deux rites à accomplir. L'un concernait la mère. Lévitiquement souillée pendant huit jours après la naissance d'un fils, pendant quatorze jours après celle d'une fille, la mère israélite devait, après une réclusion de trente-trois jours dans le premier cas, du double dans le second, offrir dans le temple un sacrifice de purification (Lév. XII). L'autre rite concernait l'enfant; quand c'était un premier-né, il devait être racheté par une somme d'argent de la consécration au service de Dieu et du sanctuaire. En effet, la tribu de Lévi n'avait été choisie pour cet office qu'en remplacement des premiers-nés de toutes les familles israélites ; et afin de maintenir vivant dans le cœur du peuple le sentiment de son droit, Dieu avait fixé une rançon à payer pour chaque premier-né. Elle était de cinq sicles, soit en

1 NAB et 11 Mjj. 100 Mnn. Itp'«rifi,ie lisent au-ov au lieu de to -ociSiov, que lit T. R. avec 6 Mjj. Syrsch.

* V. 22. Au lieu de auTrjç, que lit T. R. avec quelques Mnn. seulement, et de auTou que lisent D et 6 Mnn., toutes les autres autorités lisent auTwv.

comptant le sicle à fr. 2»90 *, de près de 15 fr. (Ex. XIII, 2; Nomb. VIII, 16; XVIII, 15). — V. 22 et 23 se rapportent à la rançon de l'enfant; v. 24- au sacrifice de Marie. La leçon oùtwv, leur purification, est certainement la vraie. Ce pronom se rapporte à Marie d'abord, puis à Joseph qui est comme enveloppé dans sa souillure et obligé de monter avec elle. Chaque détail du récit est justifié avec le plus grand soin, dans les trois versets, par une prescription légale. — Le sacrifice pour la mère, v. 24-, se composait proprement de l'offrande d'un agneau, comme sacrifice pour le péché. Mais, quand la famille était pauvre, on se bornait à l'offrande d'une paire de pigeons ou de deux tourtereaux (Lév. XII, 8).

Dès le v. 25, Siméon devient le centre du tableau: v. 25- 28 racontent sa venue; v. 29-32 son cantique; v. 33-35 son allocution aux parents.

V. 25-28 2. Aux époques de dégénération spirituelle, quand le clergé officiel ne cultive plus que la forme, l'esprit se retire dans les profondeurs de la communauté religieuse et se crée des organes extra-officiels, souvent dans les classes les plus inférieures. Siméon, Anne, sont des représentants de ce sacerdoce spontané. On a supposé que Siméon pourrait bien être le rabbin de ce nom, fils du fameux Hillel, et père de Gamaliel. Mais ce Siméon, qui devint président du Sanhédrin en l'an 13 de notre ère, peut difficilement être celui de Luc, qui à la naissance de Jésus

1 Meylan, Dictionnaire biblique, p. 353.

2 V. 25. N*Km 10 Mnn. lisent euasjfyç au lieu d'euXa^;. — Aytov est placé après rjv par NABL et 14 autres Mjj. et presque tous les Mnn., tandis que T. R. le place avant tjv avec D quelques Mnn.

Itplerique §vr> y. 26. Au lieu de «ptV 7), NCB et 4 Mjj. : rcpiv r] av.

N*e: swç av. — Au lieu de xoptou, AbcCop : xuptov. — V. 28 nBLII It;,li,I- Ir. omettent auxou après ayxaXaç.

était déjà un vieillard. Cette supposition n'est guères compatible non plus avec le caractère religieux de notre personnage. Le nom de Siméon était l'un des plus usités en Israël. — Le terme de juste désigne les qualités positives ; celui de craignant Dieu (eù^aftoiç paraît être la vraie leçon), la vigilance à l'égard du mal. — La séparation de 7:veup.a et de aytov par le verbe viv dans la plupart des Mss. fait ressortir la notion de l'adjectif. Un souffle était sur lui, et ce souffle était saint. — XpvipiaTiÇeiv proprement : traiter une affaire ; de là : agir officiellement, communiquer une décision, rendre un oracle. — La leçon xupiov n'a ni vraisemblance ni autorité ; xuptou est le génitif de possession : le Christ que donne et envoie Jéhovah. — Il est dans la vie des instants décisifs, où tout dépend de la docilité immédiate à l'impulsion de l'Esprit. Les mots sv tw -nveu^an, en esprit ou par l'esprit, n'indiquent point un état d'extase, mais une impulsion supérieure. — On a vu une contradiction entre le terme yovstç, parents, et le récit de la naissance miraculeuse qui précède, et Meyer trouve dans ce fait la preuve que Luc se sert ici d'un autre document que dans ce qui précède. Quelle critique! Le mot parents est employé tout simplement comme désignant la qualité en laquelle Joseph et Marie paraissaient en ce moment dans le temple et présentaient l'enfant. — Le xai du v. 28 indique l'apodose, absolument comme si le circonstanciel sv tw etaayayetv . . . formait une proposition subordonnée ; ce xai fait en même temps ressortir la corrélation entre l'acte des parents qui présentent l'enfant et celui de Siméon qui se trouve là ouvrant les bras pour le recevoir. Par le terme de recevoir, le texte fait de Siméon le véritable prêtre, qui fonctionne en ce moment de la part de Dieu.

V. 29-32. « Maintenant, Maître, tu laisses aller ton serviteur en paix, selon ta parole; 30 parce que mes yeux ont

vu ton salut, 31 que tu as préparé à la vue de tous les peuples 32 pour être la lumière qui éclaire les nations, et la gloire de ton peuple d'ÏS7Yiël. »

La vivacité de l'intuition et la concision énergique qui régnent dans ce cantique rappellent les compositions de David. Siméon se représente lui-même sous l'image d'une sentinelle que son maître a placée en un lieu élevé, avec la mission d'attendre l'apparition d'un astre et de l'annoncer au monde. Cet astre désiré, il le voit; il publie son lever, et il demande à être relevé du poste occupé par lui si longtemps. C'est ainsi qu'à l'ouverture iï Agamemnon , dans Eschyle, la sentinelle placée pour observer l'apparition du feu qui doit annoncer la prise de Troie, contemplant enfin ce signal impatiemment attendu, chante à la fois et la victoire de la Grèce et sa propre délivrance. — Au fond de chacun des termes du v. 29 on retrouve l'image que nous venons d'indiquer: vOv, maintenant, c'est-à-dire enfin, après une si longue attente ! Le mot àiro"Xuet,v, délier, congédier, renferme les deux idées : relever du poste de sentinelle et délivrer du fardeau de la vie. Ces deux idées se confondaient ici puisque depuis longtemps l'existence terrestre n'était conservée à Simon qu'en vue de ce mandat spécial. Le terme ^EG^oTa, maître, exprime le droit absolu que Siméon reconnaît à Dieu sur sa personne. 'Pvi^à sou, ta parole, fait allusion au mot d'ordre que le chef donne à la sentinelle. L'expression: en paix, est le pendant du mot maintenant, qui commence le cantique ; ce cœur qui, depuis longtemps, n'était tout entier qu'attente, a maintenant trouvé la satisfaction qu'il désirait et peut quitter la terre en pleine quiétude.

Les v. 30 et 31 forment comme une seconde strophe. Siméon est maintenant libéré. Car ses yeux ont vu. — Le terme GWTvipiov, que nous ne pouvons traduire que par sa-

lut, n'équivaut, ni à celui de awTïîp, Sauveur, ni à celui de dwTYipta, salut. Ce mot, le neutre de l'adjectif wnfptaç, .sv/lutaire, désigne un appareil propre à sauver. Siméon voit dans ce petit enfant le moyen de délivrance que Dieu donne au monde. Le terme préparer est en rapport avec ce sens de <7toT*/]ptov : on dispose un appareil. On pourrait appliquer cette notion de préparation à la théocratie tout entière, par laquelle Dieu avait préparé depuis si longtemps l'apparition du Messie. Mais il est plus simple d'appliquer ce terme à la naissance de l'enfant. Le régime : à la vue de, doit s'expliquer dans ce cas par une idée intermédiaire. «Tu as préparé ce moyen pour le placer sous les yeux de . . . , » c'est-à-dire: afin que tous en puissent profiter. C'est une locution semblable à celle de Ps. XXIII, 5: « Tu as préparé la table devant moi. » Peut-être cette expression: à la vue de tous les peuples, est-elle en rapport avec le fait que cette scène se passait dans le parvis des païens. L'universalisme que renferment ces mots : tous les peuples, ne dépasse nullement l'horizon des prophètes, celui d'Esaïe en particulier (Es. XLII, 6; LX, 3); il est parfaitement à propos dans la bouche d'un homme auquel est attribué, comme à Siméon, l'esprit prophétique.

L'idée collective tous les peuples est divisée, dans la troisième strophe, en ses deux éléments essentiels: les Gentils et Israël. De la Genèse à l'Apocalypse, c'est là le grand dualisme de l'histoire, le contraste qui en détermine les phases. Les Gentils sont ici placés les premiers. Siméon comprenait-il déjà que le salut des Juifs ne se réaliserait qu'à la suite de l'illumination des païens et par son moyen? Nous verrons combien ce vieillard discernait profondément l'état moral de la génération contemporaine. Aidé de tout ce qu'Esaïe avait annoncé sur l'incrédulité future d'Israël, il pouvait être arrivé à la conviction du rejet prochain du

Messie par son peuple (v. 35). — L'idée du salut est présentée sous deux aspects différents, selon qu'elle est appliquée aux païens ou aux Juifs. Aux premiers, cet enfant apporte la lumière, aux seconds, la gloire. Les païens en effet sont plongés dans l'ignorance. Es. XXV, 7, ils sont représentés comme enveloppés d'un épais brouillard et d'une couverture d'obscurité; cette enveloppe est déchirée par le Messie. Le génitif sOvtov peut être envisagé comme génitif du sujet: l'illumination que reçoivent les païens. On pourrait aussi faire des païens l'objet de l'illumination: la lumière par laquelle la couverture qui les tient dans l'obscurité est déchirée et eux-mêmes sont tirés au grand jour. Mais ce second sens est un peu forcé. — Tandis que les païens ignorants reçoivent dans cet enfant la lumière de la révélation divine dont ils ont été privés jusqu'ici, les Juifs ^baissés sont tirés par lui de l'opprobre et obtiennent la gloire qui leur est promise. Sorti de leur sein, Jésus devient leur couronne aux yeux de l'humanité. Mais ce ne sera pas le commencement, ce sera le terme du drame messianique. — Dans ce cantique tout est original, concis, énigmatique même, comme les paroles d'un oracle. Dans ces riches et courtes sentences est renfermé le contenu de l'histoire des siècles futurs. La banalité légendaire n'a pas plus de part à la composition de ce joyau lyrique que la préoccupation dogmatique.

V. 33-35 *. Une satisfaction charnelle et pleine d'illusions pouvait aisément s'emparer du cœur des parents, de celui de la mère surtout, à l'ouïe de pareilles paroles. Siméon mêle à son message la goutte d'amertume qui, dans

1 V. 33. N BDL quelques Mnn. : o TraT^p ocutoo y.ai r\ pftXV)0 auxou, au lieu de \mz^ xai q pj-njp autou, que lit T. R. avec 13 Mjj. la plupart des Mnn. Syr. It. — V. 35. BLZ omettent 5e après aoo. — N* ajoute

zovrjpoi après ôiaÀoyiafJLOt.

un monde de péché, ne peut manquer à aucune joie, même sanctifiée. — Au lieu de Joseph, que lit le T. R., les alex. lisent: son père. On pourrait croire que la première de ces deux leçons est une correction dogmatique, si au v. 27 le même T. R. ne lisait le terme yoveï;, parents. Mais ce qui parle ici en faveur de la leçon alex., c'est qu'outre YAlexandrinus, elle a pour elle les deux anciennes traductions, le Peschito et Yltala. — Strauss trouve étrange 1* étonneraient de Joseph et de Marie. Ne savaient-ils pas déjà tout cela? Mais d'ahord ce que Siméon vient de dire du rôle de l'enfant à l'égard des païens, dépasse ce qui leur avait été dit jusqu'alors. Et surtout il y avait bien de quoi s'étonner de voir un inconnu, comme Siméon, s'exprimer sur cet enfant comme un homme complètement initié au secret de ses hautes destinées.

Dans l'expression il les bénit, v. 34, le mot les se rapporte uniquement aux parents; l'enfant est expressément distingué d'eux (celui-ci). — Siméon s'adresse spécialement à Marie, comme s'il eût discerné qu'un lien plus particulier l'unissait à l'enfant. 'I&ou, voici, annonce la révélation d'une vérité inattendue. Es. VIII, 44, le Messie était représenté comme un rocher sur lequel les croyants trouvent un refuge, mais contre lequel se brisent les rebelles. Siméon, dont le don prophétique s'était développé au contact des anciens oracles, reproduit simplement ici cette intuition. Les mots: est mis là pour, font comprendre que ce triage, dont le Messie sera l'occasion, rentre dans le plan divin. Les images de chute et de relèvement trouvent leur explication dans celle dont se sert Esaïe. L'expression : signal de contradiction, peut s'entendre de deux manières : ou bien c'est une apparition au sujet de laquelle les hommes discutent contradictoirement, ou bien c'est un signe qui, aussitôt qu'il apparaît, soulève contre lui Y opposition.

Dans le premier sens, cette expression reproduirait les deux idées de relèvement et de chute, et ne serait que la répétition de ce qui précède ; dans le second, elle rappellerait uniquement l'idée de chute et formerait la transition à ce qui suit: L'incrédulité générale de la nation, ne sera-telle pas la cause du sort douloureux du Messie et des souffrances qui ahreuveront le cœur de sa mère? Ce second sens est donc préférable . — Ainsi se comprend facilement la gradation xoù aoO &è ofrtvjç, et de plus toi-même, v. 35. Le U de la leçon reçue convient bien au contexte : « L'opposition que soulèvera cet enfant ira même jusqu'à ce point que ton propre cœur en sera transpercé. » — Il est naturel de rapporter ce qui suit à la douleur de Marie, quand elle contemplera le rejet et le meurtre de son fils. Des paroles telles que celle du LlIIe chapitre d'Esaïe: « Il a été broyé pour nos iniquités, » et celle de Zacharie : « Ils regarderont à moi qu'ils ont percé, » avaient éclairé Siméon sur ce mystère. Bleek a proposé une autre explication, moins naturelle, quoiqu'ingénieuse: « Tu sentiras s'élever dans ton propre cœur cette contradiction à l'égard de ton fils, lorsque toi-même seras en proie au doute à l'égard de sa mission. » Mais l'image d'épée doit désigner quelque chose de plus violent que le simple doute. Vu^ifï l'âme, comme siège des affections psychiques, et par conséquent de l'amour maternel. — On a cru à l'impossibilité de lier la proposition suivante: Afin que les pensées de plusieurs. . . à celle qui la précède immédiatement; et l'on a essayé, par cette raison, de faire de celle-ci une parenthèse et de rattacher le afin que à l'idée: Celui-ci est mis là . . . (v. 34). Mais cette construction violente n'est nullement nécessaire. La haine dont Jésus sera l'objet (v. 34) et qui percera le cœur de Marie d'une douleur poignante (v. 35) fera venir au grand jour les pensées hostiles à Dieu que recouvre chez tout ce

peuple le voile de la dévotion pharisaïque. Siméon a discerné, sous les dehors de la piété juive, l'amour de la gloire humaine, l'hypocrisie, l'avarice, la haine de Dieu. Et il reconnaît dans cet enfant celui à l'occasion duquel tout ce venin caché s'épanchera du fond des cœurs. Afin que. a le même sens que: est mis là pour. Dieu ne veut pas le mal, mais il veut que le mal présent éclate; c'est la condition de sa guérison ou de sa condamnation. ïIq'XXÔjv, de plusieurs, nous paraît plutôt un pronom, complément de xap&itov (des cœurs de plusieurs), qu'un adjectif (de plusieurs cœurs); comp. Rom. V, 16. — Le terme «WAoyiGpt, pensées, a ordinairement dans le N. T. une signification défavorable : il désigne le travail inquiet de l'intelligence au service d'un cœur mauvais. L'épithète wwKîpot, ajoutée par le Sinaïticus, est par conséquent superflue. Ces paroles de Siméon respirent une indignation concentrée. On sent que ce vieillard en sait plus sur l'état moral du peuple et de ses chefs qu'il n'en veut dire.

V, 36-38 K Anne fait, sous plusieurs rapports, contraste avec Siméon. Celui-ci est venu au temple poussé par l'Esprit; Anne y demeure. Siméon n'aspire qu'à mourir; Anne semble recouvrer la vigueur de la jeunesse pour célébrer le Messie. On pourrait faire des mots v) ow âcptcTaTo (v. 37) l'attribut de -h et des deux aurvi qui les séparent deux appositions de vAwa. Mais il est plus simple d'entendre h dans le sens de : il y avait, ou : il xj avait là, et de voir dans yi oùx atyfet«T$ un appendice destiné à ramener le

1 V. 37. n*ABLZ It:,li<i- : u»a au lieu de wa. — n* : sïsoopïxovTa au lieu d'oyôorf/.ov-a. — Les alex. omettent ar.o devant tou tepou. — \. 38. 9 Mjj. (alex.) quelques Mnn. : xot <xut7j tt], au lieu de xai <xu-rt kutt] tjj. — ABDLXZ : tw Oso), au lieu de tw xuptto que lit T. R. avec 14 Mjj. tous les Mnn. Syr. Itpi««-'q^ kBZ quelques Mnn. Up^"*1" Syrsch Ir. omettent ev, entre "Àuipcosiv et hfoueaXqp, que T. R. avec 15 Mjj. la plupart des Mnn., etc.

récit de la description de la personne d'Anne au fait actuel. Meyer, qui entend t.v de la même manière, recommence une nouvelle proposition avec le ocut-/} qui suit immédiatement et auquel il donne pour verbe àvÔwpio'XoyeÏTo (v. 38). Cette construction est moins naturelle, surtout à cause des déterminations intermédiaires, v. 37. npopeêyDtuïa sv hébraïsme (surtout avec icoXkaxç) ; I, 7. La pureté morale d'Anne ressort de l'expression Trapôevia, virginité, et de la longue durée de son veuvage. Les 84 ans datent-ils de sa naissance ou de la mort de son mari? Dans ce second cas, à supposer qu'elle se fût mariée à 45 ans, elle aurait eu 106 ans. Ce sens n'est pas impossible et il justifie peutêtre mieux un calcul aussi détaillé. Au lieu de wç, environ, les alex. lisent 2«ç, jusqu'à, leçon qui paraît préférable ; car la restriction environ ne serait admissible qu'avçc un nombre rond, 80, par exemple. Anne venait-elle au temple dès le matin, pour y passer tout le jour, ou y demeurait-elle même la nuit, établissant quelque part dans le parvis son pauvre grabat? L'expression de Luc est compatible avec ces deux suppositions. Ce qu'il veut dire, en tout cas, c'est qu'elle était morte au monde extérieur et ne vivait plus que pour le service de Dieu. — Nous ne saurions, avec Tischendorf d'après les alex., retrancher un des deux aimo (v. 38). Tous deux sont parfaitement motivés et l'omission s'explique aisément par la répétition du mot. — 'Avti, dans le composé àvÔco^o^oyetTo , pourrait se rapporter à l'espèce d'antiphonie qui s'établit entre Anne et Siméon. Mais dans les LXX, ce verbe composé correspond simplement à min (Ps. LXXIX, 13); àvxi n'exprime donc que l'idée de rétribution qui est inhérente à celle d'action de grâces (comme dans notre mot reconnaissance). La leçon alex. tw Oew, à Dieu, est probablement une correction venant de ce que, dans l'A. T., le 1er Vol. 12

verbe ccv9oji.o'Xoyeï<76ai n'a jamais d'autre régime que Dieu.

II est moins naturel de voir dans la leçon reçue une correction provenant du pronom oùrrô, lui, qui suit. — Il ne l'uni pas rapporter l'imparf. elle parlait uniquement au moment actuel ; elle agissait ainsi continuellement. La leçon de quelques alex. : « Ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem, » résulte évidemment d'une imitation fautive de l'expression : la consolation d'Israël (v. 25). Le régime à Jérusalem dépend naturellement du participe qui attendaient. Le peuple était partagé en trois partis. Les pharisiens attendaient le triomphe extérieur par le Messie ; les sadducéens n'attendaient rien; entre eux étaient les vrais fidèles, qui attendaient la consolation, c'est-à-dire la délivrance. C'étaient ces derniers, ceux qui, selon l'expression d'Ezéchiel (ch. IX), gémissaient sur les abominations de Jérusalem, que représentaient Anne et Siméon, et au milieu desquels la première se met à exercer le ministère d'évangéliste. Si Luc eût cherché, comme on le suppose, les occasions d'exercer sa muse, en inventant des personnages pour ses hymnes et des hymnes pour ses personnages, comment omettrait-il de placer ici un cantique dans la bouche d'Anne, comme pendant de celui de Siméon ?

III. Conclusion historique : v. 39-40 ^ — C'est un des traits constants du récit de Luc et qui persiste jusqu'à la fin, de faire ressortir, chez les acteurs du drame évangélique, leur scrupuleuse fidélité à la loi (I, 6; II, 22-24; XXIII, 56). Aussi est-il aisé de comprendre que l'antino-

1 V. 39. Quelques alex. : rcavra au lieu de a^avra. D'autres : xa-a au lieu de Ta xaïa. — n B Z : sr:c<Tcps<j;av au lieu de onsatpetjwv. — V. 40. N BDLItPlcri«iu« Vg. Or. omettent ^v£u;xa-i, après expa-raiouxo , que lit T. R. avec 14 Mjj. tous les Mnn. Syr. ltali,i — ncBL: aofiet au lieu

de aoy.x;.

miste Marcion se soit vu obligé de mutiler cet écrit pour l'adapter à son système. Mais ce qui est moins concevable, c'est que plusieurs critiques trouvent dans un tel évangile le monument d'une tendance systématiquement opposée au judéo-christianisme. Le fait est que la loi y est partout à la place qu'elle a dû occuper selon l'histoire. C'est sous sa sauvegarde que s'opère graduellement la transition de l'ancienne à la nouvelle alliance. 11 est aisé de sentir que v. 39 a une portée religieuse beaucoup plutôt que chronologique : « Ils ne rentrèrent à Nazareth qu après avoir satisfait en tout aux prescriptions légales. » — Le v. 40 renferme le court tableau de l'enfance de Jésus, comme pendant du tableau semblable, I, 66, relatif à Jean-Baptiste. C'est probablement de ce passage analogue qu'a été tiré, comme glose, le mot rçyeufjyrri, en esprit, qui manque dans les principaux documents alexandrins et gréco-latins. L'expression il croissait se rapporte au développement physique. La suivante il se fortifiait est précisée par les mots : étant rempli, ou, plus littéralement, se remplissant de sagesse; elle se rapporte au développement spirituel, intellectuel et religieux. La sagesse, qui formait le trait saillant de ce développement (chez Jean-Baptiste , c'était la force) , comprend, d'un côté, la connaissance de Dieu, de l'autre, l'intelligence pénétrante des hommes et des choses, au point de vue de la pensée divine. L'image (se remplissant) paraît être celle d'un vase qui, tout en grandissant, se remplit, et, en se remplissant, s'élargit de manière à contenir toujours davantage. On voit que Luc prend le développement et par conséquent l'humanité de Jésus au sérieux. C'est ici la croissance normale de l'homme au point de vue physique et moral. Elle s'accomplisait pour la première fois sur notre terre. Aussi la satisfaction de Dieu reposait-elle sur cet enfant, en qui se réalisait la pensée créatrice. C'est

ce que fait ressortir la dernière proposition du verset. Xàptç : la faveur divine. Ce mot contraste avec yetp, la main, ï, 66. Le régime à l'accus. eic'aÙTo marque l'énergie avec laquelle la grâce de Dieu reposait sur l'enfant, le pénétrant tout entier. Ce régime contraste avec celui de I, 66, (jLET'aÙToO, qui n'exprimait qu'une simple coopération. Ce tableau est emprunté en partie à celui du jeune Samuel (1 Sam. II, 26) ; seulement Luc omet ici l'idée de la faveur humaine, qu'il réserve pour le v. 52, où il décrira le jeune homme, et non plus l'enfant. — * Que l'on compare ce tableau d'une sobriété exquise avec les récits de l'enfance de Jésus dans les apocryphes, et l'on sentira combien doit être authentique la tradition qui a présidé à une semblable narration.

L'enfant Jésus à Jérusalem.

Le trait suivant, le seul que l'historien nous rapporte de la jeunesse de Jésus, est un exemple de cette sagesse qui caractérisait son développement. De presque tous les grands hommes, on cite un trait d'enfance dans lequel s'est révélée leur destination future. C'est ici le premier éclair de la grandeur spirituelle que Jésus a déployée dans son ministère. — Trois faits : I. La séparation : v. 41-45; II. La réunion : v. 46-50; III. Le séjour à Nazareth : v. 51. 52.

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