I. La séparation: v. 41-45 ^ — L'idée de la fidélité à
1 V. 4L N*: sOoç au lieu d'exo;.— V. 42. NABKLXIT: ava(3aivov-cwv au lieu d'ava|3avTwv. — nBDL quelques Mnn. Syrsch omettent stç
la loi domine encore ce récit. D'après Ex. XXIII, 17; Deut. XVI, 16, les hommes devaient se rendre au sanctuaire pour les trois fêtes de Pâques, de Pentecôte et des Tabernacles. Les femmes n'étaient tenues à rien. L'école de Hillel leur demandait au moins le pèlerinage de la Pàque. — Le terme de yomç, parents, se lit auv. M dans tous les Mss., même clans ceux où il ne se trouve pas aux v. 27 et 43, ce qui prouve bien que dans ces passages il n'a pas été changé dans une intention dogmatique. — V. 42 : C'était à l'âge de douze ans que le jeune juif commençait à être soumis aux observances légales et à recevoir l'instruction religieuse ; il devenait alors fils de la loi. — Le partie, prés, de la leçon alex., âvaêaivovTwv, doit être préféré au partie, aor. du T. R., oévaêavTtov. Le présent exprime l'habitude; l'aor. est une correction provenant du partie, aor. qui suit. Les mots eiç 'lepoco'To^a doivent être retranchés d'après la leçon alex., qui mérite évidemment la préférence. C'est une glose qui s'explique facilement. — Les mots : selon la coutume de la fête, font peut-être allusion à la coutume de monter en caravanes. — Jésus passa ces sept jours de fête dans un saint ravissement. Tous ces rites parlaient divinement à son cœur pur ; et leur signification typique se découvrait graduellement à sa vive intelligence. C'est ce qui peut servir à expliquer le fait suivant. On a trouvé dans le terme trafyatnv, il demeura, l'indice d'une désobéissance volontaire et réfléchie. Rien n'est plus contraire à la pensée de l'historien (v. 51). La notion de persévérance renfermée dans ce verbe fait uniquement allusion à l'attachement de Jésus pour le temple et pour tout ce qui
IepoaoXotu.a. — V. 43. nBDL quelques Mnn. lisent rfvawav 01 yovet? auTou au lieu de syvoj Itocn^ xou T] [A7)T7]p auxou. — V. 45. nBCDL quelques Mnn. omettent ocutov. — NCBCDL: ava^-couvreç au lieu de ÇqtOOVtfç.
s'y passait. 11 résulta de là qu'au jour du départ il se trouva involontairement séparé du chœur des enfants dont il faisait partie. — Une fois laissé en arrière, où se rendre dans cette ville étrangère? L'asile d'un enfant, c'est la maison de son père. Jésus chercha tout naturellement le sien dans le temple. 11 fit là une expérience semblable à celle de Jacob (Gen. XXVI II). Dans son isolement, il apprit à connaître plus intimement Dieu comme son Père. Ne sent- on pas dans sa réponse (v. 49) la fraîcheur d'une intuition toute récente? La leçon alex. oi yweî$ a contre elle, outre les alex. À et C, les traductions ltala et Peschito. — Ce ne fut que le soir, au moment du campement, quand chaque famille se réunit pour la nuit, qu'on s'aperçut de l'absence de l'enfant. Quand on pense à l'âge de Jésus et à la confiance exceptionnelle dont devait jouir un enfant tel que lui, la conduite des parents, dans cette circonstance, n'a rien d'inexplicable. — Le partie, prés, le cherchant (v. 45) paraît indiquer qu'ils le cherchaient déjà en chemin, tout en retournant.
II. La rencontre : v. 46-50 K — Comme il n'est pas probable qu'ils eussent cherché Jésus deux ou trois jours à Jérusalem sans se rendre au temple, les trois jours datent certainement du moment de la séparation. Le premier est celui du voyage, le second, celui du retour, le troisième, celui de la rencontre. — Lightfoot parle, d'après le Talmud, de trois synagogues dans l'emplacement du temple, l'une à la porte du parvis des païens ; l'autre à l'entrée du parvis d'Israël ; la troisième dans le fameux péristyle lischehat hagasith, dans la partie S.-E. du parvis intérieur2. C'était là que les rabbins expliquaient la loi. Le désir de s'instruire
1 V. 48. N*B: ^-oujxev au lieu d'E^Tou^v. — V. 49. N*bSyrclir: Çt)Tsit£ au lieu d'sÇrjTEtxe.
* Hor. hebr. ad Luc. II, 46 (d'après Sanhedr. XI, 2).
y avait conduit Jésus. Le récit suivant ne lui attribue nullement le rôle de docteur. Pour appuyer ce sens contraire au texte, quelques critiques ont allégué le détail : assis au milieu des docteurs. Les disciples, dit-on, écoutaient debout. Cette opinion a été réfutée par Vitringa * ; et il suffirait de l'expression de Paul (Àct. XXII, 3) : assis aux pieds de Gamaliel, pour prouver le contraire. Néanmoins l'expression : assis au milieu des docteurs, prouve assurément que l'enfant occupait en ce moment une place d'honneur. Gomme la méthode rabbinique était d'enseigner en interrogeant, en posant, par exemple, un problème tiré de la loi, chacun, maître et disciples, avait l'occasion de montrer sa sagacité. Jésus avait fait quelque réponse remarquable ou quelque question originale ; et, comme il arrive lorsqu'un élève particulièrement intelligent se présente, il était devenu momentanément le point de mire de l'enseignement. Il n'y a rien, dans cette narration bien comprise, qui sente le moins du monde l'apothéose de Jésus. Les expressions : les écoutant et les interrogeant, ont même une tendance tout opposée. Josèphe, dans son autobiographie (c. 1), cite de sa jeunesse un fait assez semblable. Quand il n'était encore âgé que de quatorze ans, les prêtres et les hommes éminents de Jérusalem venaient l'interroger sur l'explication de la loi. Les apocryphes font de Jésus, en cette occasion, un professeur possédant l'oinniscience 2. Voilà la légende, brodée sur le fait simplement rapporté
1 Synag., p. 167.
2 Dans l'évangile de Thomas (du IIe siècle; déjà connu d'Irénée), Jésus, en route pour Nazareth, revient spontanément à Jérusalem; les docteurs sont frappés de stupéfaction en l'entendant résoudre les questions les plus difficiles de la loi et des prophéties. Dans un évangile arabe (de date postérieure au précédent), Jésus instruit les astronomes des mystères des sphères célestes et révèle aux philosophes les secrets de la métaphysique.
par l'évangéliste. Suvest;, l'intelligence, est la qualité personnelle dont les réponses, âicoxpiceiç , sont les manifestations. — La surprise des parents prouve que Jésus observait habituellement une humble réserve. — Il y a une teinte de reproche dans la parole de Marie. Son désir était probablement de se justifier elle-même de l'espèce de négligence dont elle paraissait s'être rendue coupable. La critique s'étonne de l'inquiétude exprimée par Marie : ne savait-elle pas quel était cet enfant? La critique raisonne comme si le cœur de l'homme fonctionnait à la façon d'un syllogisme. — Au reproche indirect de Marie, Jésus répond par une parole telle qu'elle n'en avait jamais entendue. Par ces mots : Pourquoi me cherchiez-vous ? il ne veut pas dire : « Vous auriez bien pu me laisser à Jérusalem. » La traduction littérale est : « Qu'est-ce que cela, que vous m'ayez cherché? » Et la réponse sous-entendue est : « Me chercher ainsi, c'était de votre part une inadvertance. Vous deviez bien penser que c'est ici que vous me retrouveriez. » La suite dit pourquoi. — La locution il ô'ti se retrouve Act. V, 9. Oùx. 7$eiT£ : ne saviez-vous pas ? non : ne savez-vous pas? L'expression Ta toG irarpoç pu peut, d'après l'usage grec, avoir un sens local : la maison de. . . , ou moral : les affaires de. . . Le premier sens est exigé par l'idée de chercher; et si l'on veut néanmoins admettre le second comme plus large, le premier devra y être compris. « Là où se traitent les affaires de mon Père, c'est là que l'on est sûr de me trouver. » — L'expression mon Père est dictée à l'enfant par la situation : on trouve un enfant chez son père. Ajoutons que, sans inconvenance, il n'eût pu dire : de Dieu, au lieu de : de mon Père. Car c'eût été faire ressortir d'une manière prétentieuse et affectée le caractère tout religieux de ses préoccupations habituelles et se mettre en scène comme un petit saint. Enfin, cette expression
ne renferme-t-elle point une réplique délicate, mais ferme, à la parole de Marie : ton père et moi? Toute allusion à la relation trinitaire doit sans aucun doute être écartée du sens de ce mot. Mais, d'autre part, la simple notion de paternité morale peut-elle suffire? Jésus, en se replongeant, durant ces jours d'isolement, dans l'intimité de sa relation morale avec Dieu, n'en était-il pas venu à reconnaître en lui l'auteur unique de son existence? Et n'est-ce pas là la cause de l'espèce de froissement qu'il éprouve en entendant sortir de la bouche de Marie le mot : ton père, auquel il oppose aussitôt avec une certaine vivacité l'expression : mon Père? — L'inintelligence de cette parole, de la part de Marie et de Joseph, paraît inexplicable à quelques critiques, à Meyer, par exemple, et à Strauss, qui conclut de ce détail à la fausseté du récit tout entier. Mais ce mot : mon Père, était la première révélation d'une relation qui dépassait tout ce qu'avait réalisé le judaïsme; et l'expression : « être aux affaires » de ce Père , formulait l'idéal d'une vie toute filiale, d'une existence absolument consacrée à Dieu et aux affaires divines, qui venait d'éclore peutêtre en ce moment même dans l'esprit de Jésus, et que nous ne comprendrions pas plus que Marie et Joseph, si la vie de Jésus n'avait passé sous nos yeux. Ce n'est qu'au moyen de la lumière que Marie a reçue plus tard par le ministère de son fils, qu'elle a pu dire ce qui est exprimé ici : qu'elle ne comprit point cette parole à l'heure même. — La source première de ce récit ne se trahit-elle pas clairement dans cette remarque? De quel autre a-t-elle pu émaner, que de Marie elle-même?
lll. Le séjour à Nazareth : v. 51 . 52 l. — Dès ce moment,
1 V. 51. Les Mss. et Vss. se partagent entre xat rj (xtjttjp et rj 8e p.7]-cYip. — n* BDM omettent taura. — V. 52. N L ajoutent ev ttj, B ev, devant aoyux. — D L Syr. ltPleri<iiie placent rjXixta avant ao^ta.
Jésus renferme au-dedans de lui cet idéal d'une vie toute consacrée au règne de Dieu, qui vient de briller à ses yeux. Pendant dix-huit ans, il vaque silencieusement aux affaires de son père terrestre, à Nazareth, où on l'appelle le charpentier (Marc VI, 3). La forme analytique r,v vwcoraaGopevos indique la permanence de cette soumission, et le partie, prés, moyen se soumettant, son caractère libre et réfléchi. Dans ce simple mot : se soumettant, Luc a résumé toute l'œuvre de Jésus jusqu'à son baptême. — Mais pourquoi Dieu ne permit-il pas que l'enfant restât dans ce temple de Jérusalem qui, pendant les jours de la fête, avait été son Eden? La réponse n'est pas difficile. Il n'eût pas manqué d'être jeté bientôt dans les discussions théologico-politiques qui agitaient la capitale ; et, après avoir excité l'admiration des docteurs, il eût par la tournure originale et indépendante de sa pensée, provoqué leur haine. Si l'atmosphère spirituelle de Nazareth était lourde, du moins elle était calme, et le travail de l'atelier, dans le recueillement de ce paisible vallon, sous le regard du Père, était pour le développement de Jésus un milieu plus favorable que le ritualisme du temple et les discussions rabbiniques de Jérusalem. — La remarque de la fin du v. 51 est analogue à celle du v. 19; seulement, au verbe cuvTvipeîv, qui désignait le grouppement d'un grand nombre de circonstances à rapprocher et à combiner, Luc substitue ici un autre composé : £i<xT7]p£Îv. Ce <$ioi désigne la persistance du souvenir à travers les circonstances qui eussent pu l'effacer, en particulier l'inintelligence signalée au v. 50. Elle garda soigneusement par devers elle ce mot profond comme un mystère inexpliqué. — Le verset 52 décrit l'adolescence de Jésus, comme le v. 40 avait dépeint son enfance; et ces deux courts tableaux correspondent aux deux tableaux analogues relatifs à Jean-Baptiste (I, 66. 80). Chacune de ces remar-
ques générales, si elle était seule, pourrait être envisagée, ainsi que cela a été proposé par Schleiermacher, comme la clôture d'un petit écrit particulier. Mais leur relation et leur réapparition périodique démontrent l'unité de notre écrit. Cette forme se retrouve dans le livre des Actes. — 'HXtxCft ne désigne pas ici Yàgt, ce qui donnerait un sens oiseux, mais la taille, la stature, comme XIX, 3. Ce terme comprend tout le développement physique, tous les avantages extérieurs ; ao<pia, la sagesse, se rapporte au développement intellectuel et moral. Le troisième terme : la faveur auprès de Dieu et auprès des hommes, complète les deux autres. Sur la personne de ce jeune homme était répandu un charme à la fois extérieur et spirituel qui provenait de la faveur de Dieu et qui lui conciliait celle des hommes. Cet être humain parfaitement normal était un commencement de réconciliation entre le ciel et la terre. Le terme de sagesse est plus en rapport avec : auprès de Bien ; celui de stature avec : auprès des hommes. — Les derniers mots : auprès des hommes, établissent un contraste entre Jésus et Jean-Baptiste , qui en ce même temps se développait dans la solitude du désert ; et ce contraste préludait à celui qui devait se manifester plus tard entre leurs deux ministères. — Il n'y a pas de notion dont la théologie paie plus chèrement l'oubli ou la négation, que celle d'un développement dans le bien pur. Cette notion décisive, le christianisme biblique la puise dans ce verset. Avec elle l'humanité de Jésus peut être acceptée, comme elle est ici posée par Luc, dans toute sa réalité.
Considérations générales sur les ch. I et II.
Il nous reste à apprécier la valeur historique des récits renfermés dans ces deux chapitres.
I. Caractères de la narration. — Nous avons déjà rappelé que Luc veut et croit sérieusement raconter des faits et non illustrer poétiquement des idées. Il déclare ne raconter que sur informations prises; il écrit avec l'intention de convaincre ses lecteurs de l'inébranlable certitude des choses qu'il raconte (I, 3-4); et, en parlant ainsi, il a tout spécialement en vue le contenu des deux premiers chapitres (comp. le àvwOsv, v. 3). Enfin, la nature même de ces récits ne permet pas une autre supposition (p. 84). A-t-il été lui-même la dupe de faux renseignements? N'était-t-il pas dans une position plus favorable que nous pour apprécier la valeur des communications qui lui étaient faites? Il n'y a pas deux manières, ce semble, de répondre à ces questions préalables. Quant à la question de fond, distinguons entre les faits et les discours ou cantiques. Le surnaturel dans les faits ne se trouve ici que dans une mesure que l'on peut appeler naturelle, une fois que le caractère surnaturel de l'apparition de Jésus est admis d'une manière générale. Marie devait accepter librement le rôle auquel elle était appelée ; pour cela elle devait y être initiée d'avance. Si les anges existent réellement et forment l'un des domaines du royaume de Dieu, ils étaient intéressés, comme les hommes, à la naissance de celui qui doit être le chef de cet organisme et régner sur tout l'univers moral. Il n'est donc pas étonnant qu'une manifestation de leur part accompagne cet événement. Que l'Esprit prophétique enlin ait pu avoir à cette époque des représentants en Israël, on ne pourrait le contester qu'en niant l'existence et l'action de cet Esprit au sein de cette nation dans tous les temps. Au point de vue des prémisses bibliques, la possibilité des faits racontés est donc incontestable. Dans les détails de l'histoire, le surnaturel reste renfermé dans les limites de la sobriété la plus stricte et de la plus parfaite convenance, et diffère absolument sous ce rapport du merveilleux des apocryphes *.
1 Aux traits déjà cités nous ajouterons les suivants, tirés de l'évangile de Jacques (IIe s.; : Zacharie est grand-prêtre; il interroge Dieu sur le sort de la jeune Marie, élevée
Les discours ou hymnes paraissent devoir être un élément plus libre et dans la tractation duquel l'imagination de l'auteur a pu se donner plus largement carrière. Ne faut-il pas voir dans ces morceaux quelque chose d'analogue à ces discours que les historiens anciens mettent si souvent dans la bouche de leurs héros, un produit de la muse chrétienne individuelle ou collective? Mais nous avons constaté qu'en faisant tenir à l'ange, à Marie, à Zacharie, le langage qu'il met dans leur bouche, l'auteur aurait fait, comme à plaisir, prophétiser à faux ses personnages. Ce serait autant d'oracles post eventum contra eventum! Jamais, après que l'incrédulité du peuple avait amené le divorce entre la Synagogue et l'Eglise, la muse chrétienne n'eût célébré les gloires de l'avenir messianique israélite avec l'accent d'espérance joyeuse et naïve qui domine dans les cantiques (I, 17; 54-55; 74-75; II, 10. 32). Les seules paroles que l'on pourrait suspecter à ce point de vue sont celles qui sont mises dans la bouche de Siméon. Car elles supposent une vue plus distincte du cours futur des choses en Israël. Mais, d'autre part, ce sont précisément l'hymne de Siméon et son allocution à Marie, qui, par leur originalité et leur concision pleine d'énergie, portent le sceau le mieux marqué d'authenticité. Nous avons rencontré, sans doute, dans ces cantiques, quelques expressions d une portée universaliste (« bonne volonté envers les hommes » II, 14; « lumière des Gentils » v. 32); mais ces traits ne dépassent nullement les limites de l'ancienne prophétie; et ils ne ressortent point d'une manière assez saillante pour signaler une époque où déjà le judéo-christianisme et le paulinisme auraient été en lutte ouverte. Cet universalisme est bien celui des premiers jours, simple, détendu, exempt de toute intention polémique. C'est le frais et normal épanouissement de la fleur dans son calice.
L'opinion la plus conforme aux caractères internes du récit aussi bien qu'à l'intention clairement exprimée du narrateur, est donc
dans le temple. Dieu lui-même ordonne qu'elle soit confiée à Joseph. La tâche de broder le voile du temple est dévolue it Marie par le sort. Quand elle apporte le travail, Elisabeth célèbre à sa vue la mère du Messie, sans que Marie sache elle-même pourquoi. Plus tard, c'est Jean, plus encore que Jésus, qui est l'objet des recherches jalouses d'Hérode. Elisabeth s'enfuit au désert avec son enfant; un rocher s'ouvre pour les recevoir; une clarté révèle la présence de l'ange qui les garde. Hérode interroge Zacharie qui ignore lui-même où est son enfant. Zacharie est alors égorgé dans le parvis; les tapis du temple hurlent; une voix annonce le vengeur; le corps du martyr disparaît; on ne retrouve que son sang changé en pierre.
certainement celle qui envisage comme historiques les faits et les discours contenus dans ces deux chapitres.
IL Relation des récits des ch. I et II avec le contenu des autres parties du N. T. — Le premier point de comparaison est le récit de l'enfance dans Matthieu, ch. I et IL On assure que les deux narrations sont inconciliables. — Nous demandons avant tout s'il y a deux narrations. Ce qu'on appelle le récit de Matthieu mérite-t-il vraiment ce nom? Nous trouvons dans les deux premiers chapitres de Matthieu cinq traits de l'enfance de Christ, qui sont mentionnés uniquement pour en rapprocher cinq paroles prophétiques et démontrer ainsi la dignité messianique de Jésus, conformément au thème de cet évangile, I, 1: Jésus, le Christ. Serait-ce bien là ce qui s'appelle un récit? N'est-ce pas plutôt un exposé didactique? L'auteur a si peu l'idée de raconter, qu'au ch. I, en traitant de la naissance de Jésus, il ne mentionne pas même Bethléem; il est exclusivement préoccupé du rapport du fait dont il parle, avec l'oracle Es. VIL Ce n'est qu'après avoir terminé ce sujet, quand il arrive à parler de la visite des mages, qu'il mentionne pour la pre^ mière fois, et comme en passant (« Jésus étant né h Bethléem»), cette localité. Et dans quel but? En vue de l'histoire? Nullement. En raison de la prophétie de Michée, qui va jouer un rôle dans la visite des mages, et où était annoncé à l'avance le lieu de la naissance du Messie. Sans cette prophétie, il eût encore bien moins pensé à mentionner Bethléem dans le second récit que dans le premier. Et c'est cette histoire à bâtons rompus, composée de faits entièrement isolés, cités uniquement dans un but apologétique, au moyen de laquelle on voudrait contrôler et critiquer un récit plus complet, tel que celui de Luc! N'est-il pas clair qu'entre deux narrations de nature aussi différente, il peut facilement rester des lacunes que l'hypothèse seule a les moyens de combler? — Deux traits sont communs à Luc et à Matthieu: la naissance de Jésus à Bethléem, son éducation à Nazareth. La vérité historique de la seconde de ces données n'est pas contestée. On prétend en échange que la première n'est qu'une invention de la légende à l'occasion de Michée V. Mais s'il en était ainsi, le fait ne se présenterait nulle part dans la tradition entièrement détaché de cette parole prophétique qui en serait l'âme. Or Luc ne renferme pas la moindre allusion à la prophétie de Michée. Il est donc naturel d'admettre que la première donnée appartenait à l'histoire, aussi bien