‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint LucChapitre 22 sur 58 · IV, 14-IX · texte numérisé non relu

IV, 14-IX

Les synoptiques rattachent tous trois le récit du ministère galiléen à celui de la tentation. Mais les narrations de Matthieu et de Marc présentent ceci de particulier que le motif du retour de Jésus en Galilée doit, d'après eux, avoir été l'emprisonnement de Jean-Baptiste : « Ayant appris que Jean avait été livré, Jésus se retira en Galilée » (Matth. IV, 42); « après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée » (Marc I, 44). La tentation ne paraissant pas avoir coïncidé avec l'arrestation de Jean, on se demande où Jésus a passé le temps plus ou moins long qui s'est écoulé entre ces deux événements, et ce qu'il a fait dans cet intervalle? C'est une première difficulté. Il y en a une seconde : Gomment l'arrestation de Jean-Baptiste a-t-elle pu motiver le retour de Jésus en Galilée, c'est-à-dire dans les états de ce même Hérode qui tenait Jean emprisonné? Luc ne jette aucun jour sur ces deux questions que soulève la narration des autres syn., par la raison qu'il ne parle point en cet endroit de l'emprisonnement de Jean, et qu'il rattache simplement le commencement du ministère de Jésus à la victoire qu'il vient de remporter au désert. C'est Jean qui résout ces difficultés. D'après lui, il y a eu deux retours de Jésus en Galilée, que son récit distingue avec le plus grand soin. Le premier a eu lieu immédiatement après le baptême et la tentation (I, 44). C'est alors qu'il appela à le suivre quelques-uns des jeunes Galiléens qui s'étaient groupés autour

du précurseur pour attendre avec lui le Messie. Le second ost rapporté IV, 1; Jean le met en relation avec la jalousie des pharisiens contre Jean-Baptiste, ce qui explique le récit des deux premiers syn. Il paraît, en effet, d'après cela, que c'était des pharisiens qu'était parti le coup qui avait frappé Jean, et l'on comprend par conséquent que Jésus se déliât d'eux plus que d'Hérode lui-même *. Ce qui confirme la part qu'avaient prise les pharisiens à l'emprisonnement de Jean, c'est l'expression de livré qu'emploient Matthieu et Marc. C'étaient eux qui l'avaient fait saisir et livré à Hérode.

Les deux retours mentionnés par Jean furent séparés par toute une série de faits : la translation du domicile de Jésus de Nazareth à Capernaûm, un premier voyage à Jérusalem pour la fête de Pâques, l'entretien avec Nicodème et une activité prolongée en Judée, simultanément avec celle de Jean-Baptiste qui jouissait encore de sa liberté (Jean II, 12-IV, 43). Le second retour en Galilée, qui termina ce long ministère en Judée, n'eut lieu, d'après IV, 35, qu'au mois de décembre de cette même année, de sorte qu'une dizaine de mois au moins le séparèrent du premier. Les synoptiques, ne racontant qu'un seul retour, doivent avoir fondu les deux en un. Seulement, il y a entre eux cette différence que, chez Matthieu et Marc, c'est plutôt l'idée du second qui paraît dominer, puisqu'ils le mettent en relation avec l'emprisonnement de Jean; tandis que chez Luc ressort plutôt l'idée du premier, car il le rattache exclusivement à la tentation. La fusion de ces deux faits analogues, mais séparés par près d'un an d'intervalle, doit avoir eu lieu déjà dans la tradition orale, puisqu'elle a passé, non sans quelques différences, dans nos trois synoptiques. La narration de Jean a eu pour but exprès de

1 Bàumlein, Comment, iiber das Evang. Joh., p. 8.

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