‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint LucChapitre 23 sur 58 · MINISTÈRE GALILÉEN · texte numérisé non relu

MINISTÈRE GALILÉEN

rétablir cette distinction effacée (comp. Jean II, 11; III, 24; IV, 54). C'est ainsi que dans les syn. l'intervalle entre ces deux retours a disparu et que les deux séjours en Galilée qui les ont suivis et qu'avait séparés ce ministère en Judée, ne forment chez eux qu'un tout continu. Aussi est-il difficile de déterminer dans lequel des deux il faut placer chacun des faits que les syn. racontent au commencement du ministère galiléen.

Il ne faut pas oublier que l'évangélisation apostolique et l'enseignement populaire dans les églises étaient dominés non par l'intérêt historique, mais par celui de la fondation et de l'affermissement de la foi. Les faits de nature homogène s'étaient donc groupés dans cet enseignement jusqu'à se confondre entièrement. Nous verrons de la même manière les différents voyages à Jérusalem massés par la tradition en un seul et même pèlerinage placé à la fin du ministère de Jésus. Ainsi s'explique le grand contraste qui domine la narration synoptique : la Galilée et Jérusalem. Ce ne fut que lorsque Jean, indépendant de la tradition et puisant dans ses souvenirs personnels, rendit à cette histoire ses phases variées et ses articulations naturelles, que le tableau complet du ministère de Jésus apparut aux yeux de l'Eglise.

Mais pourquoi n'est-ce pas en Galilée que Jésus a commencé son activité, comme il semblerait l'avoir fait réellement, d'après les synoptiques? La réponse à cette question ressort de Jean IV, 43-45. Dans cette contrée où il avait passé sa jeunesse, Jésus devait s'attendre à rencontrer plus que dans toute autre certains préjugés opposés à la reconnaissance de sa dignité messianique : « Nul prophète n'est facilement reçu dans sa patrie » (Jean IV, 44). C'est pourquoi il ne voulut entreprendre son œuvre auprès de ses compatriotes galiléens, qu'après avoir déjà remporté quel-

ques succès au dehors. La réputation qui le précéderait à son retour, devait servir à lui frayer la voie auprès d'eux (Jean IV, 45). C'était donc la Galilée qu'il avait en vue, même pendant cette première activité en .ludée. Il comprenait bien que cette province serait le berceau de son Eglise ; car le joug du despotisme pharisaïque et sacerdotal ne pesait pas sur elle comme sur la capitale et ses environs. La fibre humaine, paralysée en Judée par la fausse dévotion, vibrait encore chez ces montagnards aux franches et vives allures, et leur ignorance lui paraissait, avec raison, un milieu moins impénétrable à la lumière d'en-haut que les fausses clartés de la science rabbinique. Comp. la parole remarquable X, 24 .

Le plan de cette partie n'est pas aisé à discerner; car elle retrace un développement continu, sans coupures marquées ; c'est un tableau des progrès, à la fois spirituels et extérieurs, de l'œuvre de Jésus en Galilée. Ritschl a cru que le principe du mouvement se trouvait dans l'hostilité croissante des adversaires de Jésus; et il établit ainsi la division : IV, 16 — VI, 44: absence de la lutte; VI, 42 — XI, 54 : l'attitude hostile que prennent, l'un vis-à-vis de l'autre, les deux adversaires. Mais 4° les premiers symptômes d'hostilité éclatent bien avant VI, 42; 2° le passage IX, 54, sur lequel passe la division de Ritschl, est évidemment, dans l'intention de l'auteur, l'un des nœuds principaux du récit ; 3° la haine croissante des adversaires de Jésus n'est qu'un accident de son œuvre, et nullement le principe déterminant de son développement. Ce n'est donc pas là qu'il faut chercher le principe de la division. L'auteur nous paraît avoir jalonné lui-même sa route par une série de faits entre lesquels il y a une gradation facile à saisir. D'abord Jésus évangélise sans avoir un cortège de disciples réguliers; bientôt il appelle à lui quelques-uns de

ses auditeurs les plus assidus pour faire d'eux ses disciples permanents ; au bout d'un certain temps, du milieu de ces disciples devenus fort nombreux, il en élève douze au rang d'apôtres; enfin il confie à ces douze une première mission, et fait d'eux ses évangélistes. Cette gradation dans la position de ses aides correspond naturellement : 1° au progrès interne de son enseignement; 2° à l'extension locale de son œuvre ; 3° à l'accroissement de l'hostilité des Juifs avec lesquels Jésus rompt de plus en plus, à mesure qu'il organise son œuvre propre ; elle peut donc fournir la mesure du progrès total. — Nous sommes par là conduits à la division suivante :

1er Cycle, IV, 14-44, s'étendant jusqu'à la vocation des premiers disciples.

2e Cycle, V, 1-Vï, 11, jusqu'à la nomination des Douze.

3e Cycle, VI, 12-VIÏI, 56, jusqu'à leur première mission.

4e Cycle, IX, 1-50, jusqu'au départ de Jésus pour Jérusalem.

A ce moment, l'œuvre de Jésus en Galilée est terminée ; il dit adieu à ce champ de travail, et, se dirigeant vers Jérusalem, il emmène avec lui en Judée le produit de ses labeurs précédents, son Eglise galiléenne.

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