V. 23-27 l. L'entretien. — « Et il leur dit: Vous irez
1 V. 23. NBDL quelques Mnn. lisent sic trjv au lieu de ev xr{. — V. 24. Kaçapvaoujt, dans N'BDXIt. Vg. au lieu de Ka^epvaoujx que lit T. R. avec les 15 autres Mjj. les Mnn. et Vss. A peu près de même
même jusqu'à m' appliquer ce proverbe: Médecin, guéris-toi toi-même; tout ce que nous avons appris que tu as fait à Capemaiim, fais-le aussi ici dans tu patrie. 24. Mais il dit : En vérité, je cous déclare que nul prophète n'est accueilli dans sa patrie. 25 Mais, je cous le dis en vérité: il y avait plusieurs veuves en Israël, aux jours d'Elie, quand le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois, lorsqu'une grande famine régna sur toute la terre; 2(> et Elis ne fut envoyé à aucune d'elles, mais bien à une femme cuve de Sarepta an pays de Sidon. 27. Et il y avait plusieurs lépreux en Israël, au temps d'Elysée le prophète; et aucun d'eux ne fut nettoyé, si ce n'est Naéman le Syrien. » — Le sens de certainement, qu'a souvent tcovtg»Çj serait ici oiseux ; il signifie plutôt tout à fait : « La question que vous venez de me poser, n'est qu'un premier symptôme d'incrédulité. De la surprise vous passerez à la moquerie. Vous arriverez ainsi promptement au bout de la voie sur laquelle vous venez de faire le premier pas. » — Le terme TWLQçSokti, parabole, désigne tout discours figuré, soit qu'il consiste dans un récit complet, ou dans une courte sentence, sous forme d'image, comme les proverbes. Jésus venait de s'attribuer, à l'occasion des paroles d'Esaïe, le rôle de restaurateur de l'humanité. 11 avait décrit les différents maux dont souffraient ses auditeurs, et dirigé leurs regards sur lui comme sur le médecin envoyé pour les guérir. C'est ce que rappelle le proverbe cité. (Comp. wirpoç, médecin, avec lacaa.rai, guérir, v. 18). Ainsi : « Vous irez jusqu'à tourner en ridicule ce que vous venez d'entendre et à me dire : Toi qui prétends sauver l'humanité de ses misères, commence par te tirer de la tienne propre. » Mais comme, dans ce sens, ce
dans les autres passages. — V. 27. Les Mss. se partagent entre StSwvtaî (alex.) et St&ovos (T. R. , byz.). — Marcion plaçait probablement ce verset après XVII, 19.
proverbe ne paraît point se lier à la proposition suivante, plusieurs ont proposé une autre explication : « Avant de vouloir sauver l'humanité, tire ta ville natale de son obscurité, en l'illustrant par des miracles semblables à ceux que tu dois avoir faits à Capernaûm. » Mais il est très-forcé d'expliquer le mot toi-même dans le sens de : ta ville natale. La relation de ce proverbe avec la parole suivante s'explique, si nous voyons dans celle-ci l'indication du moyen par lequel Jésus peut encore prévenir le mépris dont on le menace dans sa patrie même : « Pour que nous te reconnaissions comme ce que tu prétends être, le Sauveur du peuple, fais nous ici quelque miracle, tel que ceux qu'on rapporte que tu as faits à Capernaûm. » Cette parole trahit un doute ironique à l'égard de ces faits merveilleux qu'on lui attribue.
Il ressort de cette parole, comme de Matth. XIII, 58 et Marc VI, 5, que Jésus ne fit pas de miracles à Nazareth : « Il ne put, est-il même dit, faire là aueun miracle. » Cette impossibilité était morale, comme dans d'autres cas semblables (Luc XI, 16. 29; XXIII, 35). Elle provenait de l'esprit dans lequel la demande était faite : on exigeait de lui un miracle d'ostentation (la troisième tentation du désert). Et c'est ce qu'il ne pouvait accorder sans faire ce que le Père ne lui montrait pas (Jean V, 49. 30). — L'allusion aux miracles de Capernaûm étonne, puisqu'il n'en a été raconté aucun ; et les interprètes modernes trouvent en général dans cette parole la preuve du désordre chronologique qui règne ici dans le récit de Luc. Il aurait placé cette visite beaucoup trop tôt. Cependant cette conclusion n'est pas si sûre qu'il le paraît. L'expression : dans la force de V Esprit (v. 44), renfermait implicitement, comme nous l'avons vu, l'indication de faits miraculeux accomplis dans ces premiers jours, et parmi lesquels il faut ranger, sans
doute, le miracle des noces de Gana (Jean II). Ce miracle fut suivi d'un séjour à Capernaûm (Jean II, 42), pendant lequel Jésus put faire quelques œuvres miraculeuses ; et ce fut après cela seulement qu'il prêcha publiquement à Nazareth. Ces premiers miracles ont été effacés par les événements subséquents, comme l'aurait été celui de Cana, si Jean ne l'eût tiré de l'oubli. S'il en est ainsi, le v. 23, qui semble au premier coup d'œil ne pas s'accorder avec le récit précédent, prouverait donc précisément la fidélité avec laquelle Luc a conservé la teneur de ses sources. Jean (II, 22) fait de même allusion à des miracles qu'il n'a point racontés. — La préposition e*ç, devant le nom Capernaûm, paraît être la vraie leçon : « faits à et en faveur de Capernaûm. »
Le Se (v. 24) indique une opposition. « Bien loin de chercher à obtenir votre foi par des coups de théâtre miraculeux, j'accepterai plutôt, comme prophète, le sort de tous les prophètes. » L'axiome rappelé ici par Jésus se retrouve dans la scène Matth. XIII et Marc VI, et, légèrement modifié, Jean IV, 44. Personne n'a plus de peine à discerner le caractère exceptionnel d'un homme extraordinaire, que ceux qui ont longtemps vécu avec lui sur un pied de familiarité. — Le Se (v. 25) est de nouveau adversatif : si par votre incrédulité vous m'empêchez d'être votre médecin, il en est d'autres que vous ne m'empêcherez pas de guérir. L'expression : en vérité, annonce quelque chose de grave; et il est évident que l'application de l'axiome v. 24 dépasse de beaucoup, dans la pensée de Jésus, la situation actuelle; Nazareth devient à ses yeux le type d'Israël incrédule. C'est ce que prouvent les deux exemples suivants, qui se rapportent aux relations d'Israël avec les païens. — Il parle d'une famine de trois ans et demi. Des termes de l'A. T. : pendant ces années-ci (1 Rois
XVI 1, 1), et : la troisième année (XVIII, 1), on ne peut conclure rigoureusement qu'à une sécheresse de deux ans et demi. Mais comme ce même chiffre de trois ans et demi se retrouve Jacq. V, 17, il appartenait probablement à la tradition des écoles juives. On raisonnait ainsi : la famine doit avoir duré encore un certain temps après la sécheresse. On voulait aussi retrouver le chiffre qui, depuis la persécution d'Antiochus Epiphane, était devenu l'emblème des époques de calamité nationale. L'expression : toute la terre, désigne la terre d'Israël avec les contrées avoisinantes connues. La leçon alex. SiSwviaç, le territoire de Sidon, pourrait bien être une correction tirée des LXX. La leçon 2t$&to$, la ville même de Sidon, fait de la capitale le centre duquel relèvent les villes d'alentour. — L'emploi, légèrement incorrect, du ei pnf, sinon, s'explique par l'application de cette restriction non à la notion spéciale de veuve israélite, mais à celle de veuve en général; de même v. 27; Matth. XII, 4; Gai. I, 49 et ailleurs. — Le second exemple (v. 27) est emprunté à 2 Rois V, lé. Le passage 2 Rois VII, 3 et d'autres prouvent combien la lèpre était répandue en Israël, à cette époque. La prophétie renfermée dans ces exemples s'accomplit jusqu'à cette heure : Israël est privé des œuvres de grâce et des merveilles de guérison que le Messie opère chez les païens.
V. 28-30 K Conclusion. — La menace que contiennent les exemples cités les exaspère : « Tu nous rejettes ; nous te rejetons, » répondent-ils par le fait. Le terme ixfio&tew, jeter dehors, indique qu'ils y mettent de la violence. — On montre, à quarante minutes de Nazareth, vers le sud-est, une paroi de rocher de 80 pieds, et (si l'on y ajoute une seconde pente qui se trouve un peu au-dessous) de 300
1 V. 29. nBDL quelques Mnn.: wais au lieu d'si; -o.
pie<fs de hauteur au-dessus de la plaine d'Esdraélon. C'est là que la tradition place cette scène. Mais Robinson envisage cette tradition comme peu ancienne. Elle n'est pas conforme d'ailleurs à l'expression : sur laquelle la ville était bâtie. Nazareth se déploie sur le versant oriental d'une montagne, où se trouve une paroi de rocher à pic de 40 à 50 pieds de hauteur. Cette localité plus rapprochée convient mieux au texte. — Le w<m de la leçon alex. signifie : de manière à 'pouvoir le précipiter. C'est pour cela qu'ils prirent la peine de monter si haut. Cette leçon est préférable au T. R. : elc to, dans le but de, — La délivrance de Jésus ne fut ni un miracle, ni une évasion; il traversa le groupe de ces furieux avec une majesté qui leur imposa. L'histoire présente quelques traits semblables. N'est-il pas permis de dire avec un critique : « Voilà le miracle qu'il leur laissa, faute d'autre. »
La plupart des critiques modernes envisagent cette scène comme identique avec celle de Matth. XIII et de Marc VI, placée par ces évangélistes à une époque beaucoup plus avancée. Il s'appuient : 1° Sur l'expression de surprise : N'est-ce pas ici le fils de Joseph? et sur la parole proverbiale vers. 24, qui ne peut avoir été répétée deux fois à quelques mois de distance ; 2° Sur l'absence de miracles, commune aux deux récits; 3° Sur la parole du v. 23, qui suppose une activité de Jésus à Capernaùm antérieure à cette visite à Nazareth. Mais comment expliquer dans ce cas les différences suivantes : 1. Chez Matthieu et Marc, pas un mot de la tentative de faire mourir Jésus. Tout se passe paisiblement jusqu'à la fin. 2. Où placer les quelques guérisons rapportées par Matthieu (v. 58) et Marc (v. 5)? Avant la prédication? Cela n'est guères compatible avec la parole mise dans la bouche des habitants de Nazareth, v. 23 (Luc). Après la prédication? Le récit de Luc exclut absolument cette supposition. 3. Matthieu et Marc placent la visite qu'ils racontent au point culminant etvers la fin du ministère galiléen, tandis que Luc commence par le récit que nous venons d'étudier la narration de ce ministère. On a essayé d'expliquer de deux manières cette différence : Luc aurait voulu faire comprendre, en plaçant là ce récit,
la raison qui avait engagé Jésus à s'ëtablir, non à Nazareth, mais à Capernaùm (Bleek, Weizsàcker); oubien il aurait fait de cette scène l'ouverture du ministère de Jésus, parce qu'elle préfigure le rejet des Juifs et le salut des païens, qui est l'idée capitale de son livre (Holtzmann). Mais comment concilier une transposition aussi arbitraire avec l'intention d'écrire par ordre, si hautement professée par Luc (I, 4)? Ces difficultés n'ont pas encore été résolues. Est-il donc impossible qu'après une première tentatire auprès de ses concitoyens au commencement de son ministère, Jésus en ait fait plus tard une seconde? N'est-il pas tout naturel au contraire qu'avant de quitter la Galilée pour toujours (ainsi a l'époque où Matthieu et Marc placent leur récit), il se soit adressé encore une fois au cœur de ses compatriotes, et que, s'il l'a de nouveau trouvé fermé, le choc cependant ait été "moins violent que dans la première rencontre? Quoi qu'il en soit, si les deux récits se rapportent au même fait, comme le veut la critique actuelle, celui de Luc me paraît mériter la préférence, et cela par deux raisons : 1. Le tableau si détaillé, si dramatique, tracé par lui, ne permet pas de douter de l'exactitude et de la haute originalité de la source à laquelle il l'a puisé, tandis que celui de Matthieu et de Marc, par ses contours effacés, trahit son origine traditionnelle. 2. Jean (IV, 4) cite, au commencement du tableau du ministère galiléen, l'aphorisme rapporté par les trois évangélistes sur le rejet que doit subir tout prophète de la part des siens. Il le cite comme une maxime énoncée déjà précédemment par Jésus, et qui avait motivé dès l'abord la marche de son ministère. Or comme les trois syn. sont d'accord à placer cette parole dans une visite à Nazareth, cette citation chez Jean prouve avec évidence que la visite en question a eu lieu au commencement (Luc) et non au milieu ou à la fin du ministère galiléen (Matthieu et Marc). Nous sommes ainsi conduits à admettre : 1. que la visite racontée par Luc est historique; 2. que son souvenir s'était perdu, comme celui de tant d'autres faits du commencement (noces de Cana, etc.), dans la tradition; 3. qn'elle avait été suivie d'une autre, vers la fin du ministère galiléen, dans le récit traditionnel de laquelle s'étaient introduits quelques traits appartenant à la première. Quant au séjour à Capernaùm, supposé par Luc v. 23, nous avons déjà vu qu'il est impliqué dans la description générale, v. 15. Jean II, 12 prouve que dès le premier moment l'attention de Jésus se porta sur cette ville, pour en faire sa résidence. C'était près de là
que demeuraient ses premiers disciples. La synagogue de Gapernaiim dut donc être l'une des premières où il prêcha, et par conséquent l'une de celles dont il est parlé v. 15.