‹ Commentaire sur l'Évangile de Saint LucChapitre 33 sur 58 · V. 39 1. La troisième parabole. — L'opposition tranchée · texte numérisé non relu

V. 39 1. La troisième parabole. — L'opposition tranchée

1 D Iti)lciki,ic et probablement Eusèbe omettent ce verset. — N B C L omettent euôewç. — nBL deux Mnn. Syrsch: /.prja-o; au lieu de XP1«wttpoç.

que Jésus vient d'établir entre le système légal et le système évangélique (première parabole), puis entre les représentants de l'un et ceux de l'autre (seconde parabole), ne doit pas entraîner les organes du principe nouveau à user de dureté envers ceux de l'ordre ancien. Ils doivent se rappeler qu'on ne passe pas facilement d'un système avec lequel on s'est identifié dès l'enfance, à un principe de vie tout différent. 11 faut laisser à de tels hommes le temps de se familiariser avec ce principe nouveau qu'on leur présente, et bien se garder, s'ils ne se rendent pas au premier appel, comme le péager Lévi, de leur tourner le dos. La conversion d'un péager peut être soudaine comme l'éclair, mais celle d'un scrupuleux observateur de la loi sera, dans la règle, une œuvre de longue haleine. L'image est, comme celle de la précédente parabole, empruntée a la situation actuelle. On converse après le repas; le vin, dans les outres, circule parmi les convives. A l'image des outres qui renferment le vin, peut aisément se rattacher l'idée des individus qui le boivent. Par sa vivacité un peu acerbe, le vin nouveau, quelque supérieur en qualité qu'il puisse être, répugne toujours au palais de l'homme habitué au vin dont les années ont adouci l'âpreté. De même il est naturel que ceux qui se sont reposés de tout temps sur les œuvres légales, s'effraient au premier abord, — et Jésus le comprend fort bien, — en face du principe de la pure spiritualité. C'est bien à tort que les alex. retranchent ici le mot eOOsw;, aussitôt. Dans cet adverbe se concentre précisément l'idée de la parabole. Il ne faut pas juger de telles gens sur leur première impression. L'antipathie qu'ils éprouvent au premier moment fera place peut-être à un sentiment contraire. Il faut leur donner du temps, comme Jésus l'a fait avec Nicodème. — Il y a un ton d'aimable gaîté dans ces mots : car il dit. « Essaie-t-on d'évangéliser ces vieux routiniers

de la loi, immédiatement ils vous répondent. . . » — Si on lit avec les alex. le positif y ^yjgtoç : « le vieux est doux, » la répugnance pour le vin nouveau est plus fortement accentuée que si on lit, avec le T. R., le comparatif: yfYicTOTepoç, plus doux; car dans le premier cas l'antithèse supposée est : (( Le nouveau n'est pas doux du tout. » Comme l'idée de comparaison est dans toute la phrase, les copistes auront été induits à substituer le comparatif au positif. La leçon alex. est donc préférable.

« Un grand moment, dit avec raison Gess, que celui où Jésus proclame d'une seule haleine ces trois choses : la nouveauté absolue de son esprit, sa dignité d'époux, et la proximité de sa mort violente. » — Si la première parabole contient en germe la doctrine de Paul, si la seconde fait pressentir son œuvre chez les Gentils, la troisième pose le principe d'où il a tiré sa méthode auprès de ses compatriotes : se faire tout à tous en s'assujettissant à la loi pour gagner les serviteurs de la loi (1 Cor. IX, 19. 20). — Quelle douceur, quelle condescendance, quelle charité, pour le fond, dans cette parole de Jésus (la troisième parabole) ! Quelle aménité, quelle grâce, quel à-propos dans la forme! Zeller voudrait nous persuader (Apostelgesch., p. 15) que c'est Luc qui a inventé cette touchante parole et qui l'a ajoutée de son chef, afin de rendre le paulinisme tranché des deux précédentes acceptable aux lecteurs judéo-chrétiens. Mais comment ne voit-il pas qu'en disant cela il se bat de ses propre mains? Si les deux premières paraboles sont tellement pauliniennes que Luc ait cru devoir en adoucir le sens par un correctif de son invention, cornmentse fait-il que les deux autres syn. ,ces évangiles foncièrement judéo-chrétiens, les aient transmises à l'Eglise, et cela sans le moindre adoucissement? A force de clairvoyance, parfois la critique ne voit plus clair. — Que l'ultra-paulinien Marcion ait omis cette troisième parabole, rien de plus naturel; cela prouve qu'il l'avait bien comprise ; car elle est la condamnation de son système. On ne saurait tirer de là aucune conséquence contraire à son authenticité. Le retranchement de ce verset dans D et quelques versions s'explique non moins aisément par son omission dans les deux autres synoptiques.

L'indépendance du texte de Luc et l'originalité de ses sources 1er Vol. 23

ressort manifestement de ce dernier passage, qui clôt si bien ce morceau. La différence que nous avons constatée dans la teneur de la première parabole, différence qui est toute en faveur de Luc, atteste également l'excellence du document où il a puisé. Quant aux autres, ils àe se sont pas plus servis de Luc que Luc ne s'est servi d'eux; auraient-ils rendu à plaisir l'enseignement de Jésus plus antinomien qu'il ne l'était?

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