V. 4-5 1. Le terme second-premier est omis parles alex
1 V. 1. NBL quelques Mnn. Syrsch Italici- omettent osu-spo-pwTw. — V. 2. nBCLX quelques Mnn. omettent auxotç. — V. 3. NBDLX Syr. omettent ov~;. — V. 4. nDKII quelques Mnn. omettent eXa$? xat. BGLX lisent Àa(3wv. — V. 5. D place ce verset après v. 10. Voir à v. 5 (fin).
Mais cette omission est condamnée par Tischendorf luimême. Matthieu et Marc n'offraient rien de semblable, et l'on ne savait quel sens donner à ce mot, qui ne se retrouve nulle part dans toute la littérature sacrée et profane. Il en existe une dixaine d'explications. Ghrysostome supposa que, lorsque deux jours fériés et sabbatiques se suivaient, le premier recevait le nom de second-premier : le premier des deux. L'expression ne s'explique pas naturellement dans ce sens. — Wetstein et Storr admettent que l'on appelait premier, second, troisième, le premier sabbat du premier, du second, du troisième mois de l'année; le sabbat second-premier serait ainsi le premier sabbat du second mois. Ce sens, quoique peu naturel, est moins forcé. — Scaliger pensa que, comme Ton comptait sept sabbats depuis le 16 nisan, second jour de la semaine pascale, jusqu'à la Pentecôte, le sabbat second-premier désignait le premier de ces sept sabbats : le premier sabbat après le second jour de la Pàque. Cette explication, admise par de Wette, Néander et d'autres modernes, convient bien à la saison où doit s'être passée la scène suivante. Mais le terme ne correspond pas naturellement à l'idée. — Wieseler suppose que l'on appelait sabbat premier, second, troisième, le premier sabbat de chacune des sept années qui formaient le cycle sabbatique ; le sabbat second-premier désignerait ainsi le premier sabbat de la seconde année du cycle septennaire. Cette explication a été favorablement accueillie par l'exégèse moderne. — Elle nous paraît cependant moins vraisemblable que celle qu'a présentée, pour la première fois, Louis Cappel : l'année civile israélite commençant en automne, au mois de tischri (mi-septembre à mi-octobre environ), et l'année ecclésiastique au mois de nisan (mimars à mi-avril environ), il y avait ainsi chaque année deux premiers sabbats : l'un, au commencement de l'année ci-
vile, dont le nom aurait été premier-premier; l'autre, au commencement de l'année religieuse, que l'on aurait appelé second-premier. La forme du terme grec est favorable à cette explication très-simple en elle-même : second-premier signifie naturellement un premier doublé ou bissé. — Mais il reste une autre explication qui nous paraît plus probable encore. Proposée par Selden », elle a été reproduite tout récemment par Andreœ dans son excellent article sur le jour de la mort de Jésus 2. Quand les témoins chargés de constater l'apparition de la nouvelle lune en vue de la fixation du premier jour du mois ne se présentaient devant la commission du Sanhédrin, assemblée pour recevoir leur déposition, qu'après l'holocauste, ce jour était bien déclaré le premier du mois ou sabbat mensuel (capparov ^pûTov,. sabbat premier) ; mais comme le moment d'offrir le sacrifice de la nouvelle lune était passé, on sanctifiait aussi le jour suivant ou second du mois (aappaTov oxsL>Tspo77pcoTov> sabbat second- premier). Ce sens convient bien à l'idée qu'exprime naturellement ce terme (premier bissé) et à l'impression qu'il produit d'être emprunté aux subtilités du calendrier juif.
Bleek, peu satisfait de ces diverses explications, admet une interpolation. Mais pourquoi aurait-elle eu lieu dans Luc, plutôt que dans Matthieu et Marc? Meyer pense qu'un copiste aura écrit en marge 7upcoTw, premier, par opposition à sTs'pco, Vautre (sabbat) v. 6 ; que le copiste suivant, voulant, en raison du sabbat indiqué IV, 31, corriger cette glose, aura écrit oWrspw, second, au lieu de rptorw, premier, et qu'enfin de ces deux gloses réunies sera provenu le mot second-premier, qui a fait invasion dans le texte. Quel tissu d'invraisemblances! Holtzmann pense que Luc
1 De anno civili et calendario veteris ecclesiœ jvdaïcœ.
2 Dans le journal : Beweis des Glaubens, septembre 1870.
avait écrit xpcoxw, le premier, en datant du voyage rapporté IV, 44, et qu'en raison de IV, 31, un correcteur anxieux aura ajouté le second) d'où notre leçon. Mais l'intervalle qui sépare notre récit de IV, 44 n'est-il pas trop considérable pour que Luc eût employé le mot premier en rapport avec ce voyage? Et dans quel but aurait-il fait ressortir si particulièrement cette qualité de premier? Enfin comment la glose de ce copiste aurait-elle fait invasion dans un si grand nombre de documents? Weizsâcker (Unters. p. 59) oppose les deux premiers sabbats mentionnés IV, 16. 33 aux deux mentionnés ici (v. I. 6) et pense que le nom second-premier veut dire que c'est ici le premier du second groupe. Comment attribuer une telle niaiserie à un écrivain sérieux ! Ce terme étrange ne peut avoir été inventé par Luc ; il n'a pas été non plus introduit accidentellement par les copistes. Evidemment tiré du vocabulaire juif, il reste là, chez Luc, comme un témoin parlant de l'originalité et de l'antiquité de ses sources. De plus cette désignation précise du sabbat où le fait avait eu lieu, trahit un narrateur témoin de la scène.
De l'expression de Marc -rcapanropeuecrôai, passer à côté, il semblerait résulter que Jésus passait le long, et non, comme dit Luc, au travers du champ (4wOTopeueflrdai)s. Mais comme .Marc ajoute : à travers les blés, il est clair qu'il se représente deux champs adjacents, séparés par un sentier. — L'acte des disciples était expressément autorisé par la loi (Deut. XXI II, 25). Mais cela se passait le jour du sabbat; voilà le grief. Arracher, froisser les épis, c'était moissonner, moudre, travailler! C'était une infraction aux 39 articles généraux dont se composait le code sabbatique des pharisiens. WoV/ovtsç, froissant, est placé à dessein à la fin de la phrase: voilà le travail! — Meyer, pressant la lettre du texte de Marc, o&ov -juoteïv, faire le chemin, prétend que
les disciples ne pensaient point à manger, mais voulaient uniquement se frayer un passage à travers le champ, en arrachant les épis. Selon lui, il eût fallu, dans le sens ordinaire, le moyen -oieiTÔai, non l'actif irouv/. Il traduit donc: « frayaient la voie en arrachant (wXXovrèç) les épis (Marc omet^coyovTc:, les froissant). Il conclut de là que Marc seul a conservé la forme exacte du fait, altérée chez les deux autres sous l'influence de l'exemple suivant qui se rapporte à un aliment. Holtzmann d'exploiter cette idée au profit de l'hypothèse du Proto-Marc. Mais 4. Quel voyageur pensera jamais à se frayer le passage dans un champ de blé, en arrachant épi après épi ! 2. Si l'on voulait presser l'actif TcoieEv, comme le fait Meyer, il signifierait que les disciples pratiquaient un chemin pour le public (frayer la voie) , et non pour eux-mêmes seulement ; car dans ce cas il faudrait aussi le moyen! Le sens ordinaire est donc le seul possible, même dans Marc, et les conclusions critiques en faveur du Proto-Marc sont sans fondement. — La forme hébraïsante de la phrase de Luc (èylvero. . . xm âWXov), qui ne se retrouve point chez les deux autres, prouve qu'il a son document particulier. Pour la personne des accusateurs, comp. V, 17-21. 30-33. — Le mot au-roiç, qu'omettent les alex., a peut-être été ajouté à cause du pluriel suivant : Pourquoi faites-vous. . . ? — Il résulte de ce fait que Jésus a passé un printemps et par conséquent aussi une Pàque en Galilée avant sa Passion. Encore une coïncidence remarquable avec le récit de Jean (VI, 4). — L'exemple tiré de 1 Sam. XXI, cité v. 3. 4, est choisi avec un parfait à-propos. Jésus n'aurait pas eu de peine à montrer, sans doute, que l'acte des disciples, quoique contraire peut-être au code pharisaïque, s'accordait parfaitement avec le commandement mosaïque. Mais, placée sur ce terrain, la discussion eut pu dégénérer en casuistique ; il la transporte donc dans un domaine où
il se sent maître de la position. La conduite de David repose sur ce principe que, dans les cas exceptionnels où une obligation morale se trouve en conflit avec une loi cérémonielle, c'est celle-ci qui doit céder. Pourquoi? Parce que le rite est un moyen, et le devoir moral le but; or en cas de conflit le but prime le moyen. L'absurdité du pharisaïsme consiste précisément à subordonner le but au moyen. Le grand-prêtre devait conserver la vie de David et de ses compagnons en vue de leur mission, même aux dépens d'un commandement rituel; car le rite est là pour la théocratie, et non la théocratie pour le rite. Ailleurs Jésus ira jusqu'au bout ; il montrera à ses adversaires, — et c'est ce qu'il y aura de plus poignant, — que quand il s'agit de leur avantage propre (pour sauver une pièce de bétail, par ex.), ils savent parfaitement agir d'une manière analogue et sacrifier le rite à un intérêt qui leur paraît supérieur (XIII, 44 et suiv.). — De Wette entend oùSé dans le sens de pas même : « Vous ne connaissez donc pas même l'histoire de votre grand roi ! » Ce sens se rapprocherait de la tournure un peu ironique de Marc : « N'avez-vous donc jamais lu. . . — pas une seule fois, dans le cours de vos profondes études bibliques ! » Mais il paraît plus simple d'expliquer avec Bleek : « N'avez-vous pas aussi lu. . . ? Ce fait ne figure-t-il pas dans votre Bible aussi bien que l'ordonnance sabbatique ? » Le détail : et à ceux qui étaient avec lui, n'est pas expressément indiqué dans l'A. T.; mais, quoi qu'en dise Bleek, il y est impliqué : David n'eût pas demandé cinq pains pour lui seul. Jésus le fait ressortir, parce qu'il veut établir un parallèle entre ses apôtres et les gens de David. — Le pron. ouç ne se rapporte pas à tchc (xer'aÙTou, comme dans Matthieu (le présent t^tén ne le permet pas), mais à àpTouç, comme objet de cpayetv; et pf est donc pris ici dans son sens régulier. Il en est autrement
dans Matthieu, où il pi est employé comme Luc IV, 26. 27. Mare nomme comme grand sacrificateur Abiathar, tandis (jiic, d'après i Sam., c'était Achimélech, son fils (comp. 2 Sam. Vlll, 17; 1 Chron. VIII, 16) ou son père (selon Josèphe, Antiq. VI, 42, 6). La question est obscure. — Dans Matthieu Jésus cite un second exemple de transgression sabbatique, le travail des prêtres dans le temple le jour du sabbat, pour les holocaustes et autres services religieux. Si l'œuvre de Dieu dans le temple affranchit l'homme du repos sabbatique, combien plus le service de celui qui est le Seigneur même du temple, ne doit-il pas l'élever à la même liberté !
Le Cod. D et un Mn. ajoutent ici le récit suivant : «Le jour même, Jésus, voyant un homme qui travaillait pendant le sabbat, lui dit : 0 homme, si tu sais ce que tu fais, tu es bienheureux; mais si tu ne le sais pas, tu es maudit et transgresseur de la loi. » Ce récit est une interpolation semblable à celle du récit de la femme adultère chez Jean, mais avec cette différence, que ce dernier est probablement la reproduction d'un fait réel, tandis que le premier ne peut être que controuvé ou altéré. Personne n'eût pu travailler publiquement en Israël le jour du sabbat sans être immédiatement puni; et Jésus, qui ne s'est jamais permis la moindre infraction au vrai commandement mosaïque (quoi qu'en puissent dire les exégètes), n'eût certainement pas autorisé chez un autre cette émancipation prématurée .
Après avoir traité la question au point de vue du code, Jésus s'élève au principe. Les apôtres eussent-ils même rompu le repos sabbatique, ils n'auraient pas péché pour cela; car le Fils de l'homme dispose du sabbat; et ils sont à son service. Nous retrouvons ici la formule connue /-ai e'Xeysv, et il leur disait, dont le sens est (voir à V, 36) :
(( D'ailleurs j'ai quelque chose de plus grave à vous apprendre. » Le sabbat, comme institution pédagogique, ne doit subsister que jusqu'à ce que le développement moral de l'humanité en vue duquel il a été institué, soit achevé. Ce but atteint, le moyen tombe naturellement. Or ce moment arrive avec l'apparition du Fils de Vhomme. Représentant normal de la race, il est lui-même le but réalisé; il est donc élevé au-dessus du sabbat comme moyen éducatif; il peut par conséquent en modifier la forme, et même, dès qu'il le trouvera bon, le supprimer tout-à-fait. — Kai : même du sabbat, cette propriété, par excellence, de Jéhovah ; à combien plus forte raison de tout le reste de la loi ! » — Comment, peut-on prétendre, en face d'une telle parole, que Jésus n'a accepté le rôle de Messie que depuis l'entretien de Césarée de Philippe (IX, 18), et sous l'impulsion de Pierre ?
Marc intercale, avant cette déclaration, une de ces courtes et graves paroles, comme il nous en a conservé plusieurs, qu'il ne peut avoir inventées ni ajoutées de son chef, et que les deux autres syn. n'eussent pas davantage retranchées, s'ils eussent employé son livre ou le document dont il se servait (le Proto-Marc) : « Le sabbat est fait pour Vhomme, et non l'homme pour le sabbat. » Dieu n'a pas créé l'homme pour la plus grande gloire du sabbat; mais il a établi le sabbat pour le plus grand bien de l'homme. Par
1 Ce n'est pas sans raison que Ritschl . dans son bel ouvrage Entstehung der aU-cathol. Kirche, 2e édition, est parti de ce passage, commun aux trois syn., pour démontrer que l'abolition delà loi, condition de l'universalisme chrétien, n'est point une idée importée par Paul dans la religion de Jésus, mais un élément intégrant de la doctrine de Jésus lui-même. Elle appartient à cette base commune sur laquelle reposent et l'œuvre de Paul et celle des Douze; c'est ce qu'a déjà prouvé la parabole des deux vêtements (V, 36).
conséquent, s'il arrive jamais qu'il s'élève un conflit entre le bien de l'homme et le repos sabbatique, c'est le sabbat qui doit céder. De sorte que (ÔGte Marc II, 28) le Fils de l'homme, en tant que chef de la race, a le droit de disposer de cette institution. Cette pensée, expressément indiquée dans Marc, est celle que nous avons dû faire intervenir pour expliquer l'argumentation, chez Luc.
Sommes-nous autorisés à conclure de cette parole à l'abolition immédiate de toute institution sabbatique dans l'Eglise chrétienne? Nullement. Gomme, dans sa déclaration V, 34. 35, Jésus annonçait non l'abolition du jeûne, mais la substitution au jeûne légal d'un jeûne plus spirituel, ainsi cette parole sur le sabbat fait pressentir des modifications importantes que subira dans l'Eglise la forme de cette institution, mais non son abolition complète. Elle cessera d'être une observance servile, comme dans le judaïsme, pour devenir la satisfaction d'un besoin intérieur. L'abolition complète n'aura lieu que quand l'humanité rachetée sera parvenue tout entière à la parfaite stature du Fils de l'homme. Le principe : Le sabbat est fait pour l'homme, reste en vigueur, dans une certaine mesure, tant que dure cette économie terrestre, pour laquelle le sabbat a été établi, dès l'origine, et à la nature de laquelle il est si parfaitement approprié.