VI. — Seconde scène sabbatique : VI
V. 6-Hi. — Matthieu (XII, 9), Marc (III, 1), placent-ils le fait suivant au même jour que le précédent? Il est impos-
1 V. 7. 14 Mjj. plusieurs Mnn. It. retranchent «nsrt après 8e; — NADL11: Oepomzuzi au lieu de OspaTieyaet. — N*BSX quelques Mnn. Syr. Italii- : xaTjqyopsiv au lieu de xa^yopiav. — V. 8. NBLquelques Mnn. : avSpi au lieu de av6pco7rco. — V. 9. kBL: srcpwxto au lieu de £7:epioT7)aw. — N B DLItPIeriq,ie : ujxaç si au lieu de upiaç ti. — nBDLX
sible de le dire (toxàiv, chez Marc, ne se rapporte pas à II, 23, mais à I, 21). Luc dit positivement : en un autre sabbat. Il a donc sa propre source. C'est ce que confirme le caractère du style, qui continue à être fortement hébraïsant (xot. . . xai. . . au lieu du pronom relatif). — Le dessèchement de la main désigne la paralysie par suite de l'absence des sucs vitaux, l'état qu'on appelle vulgairement le décroit. — Dans Matthieu, les adversaires posent directement au Seigneur la question de droit relative aux guérisons sabbatiques; ce qui, pris à la lettre, serait très-invraisemblable. Il est évident que, comme d'ordinaire, Matthieu resserre le récit du fait et court à la parole de Jésus qu'il développe plus que les autres. Les adversaires ont interrogé sans doute, mais, comme le rapportent Luc et Marc, uniquement par le fait et du regard. Ils observent comment il agira. — Le présent Ospaireus!,, s'il guérit, chez les alex., se rapporterait à l'habitude de Jésus, à son principe de conduite. Cette tournure est recherchée. Les espions veulent avant tout constater ce qu'il fera ; du fait ils déduiront aisément le principe. Il faut donc préférer la leçon reçue : 9eparau<7Ei, s'il guérira. — Les rabbins ne permettaient aucun traitement médical le jour du sabbat, à moins que le retard ne pût compromettre la vie ; l'école la plus sévère, celle de Schammaï, défendait même de consoler les malades ce jour-là (Schabbat, 42, 1).
V. 8. En face de ce ténébreux espionnage organisé contre lui, et qu'il discerne du premier regard, Jésus semble prendre plaisir à donner à l'œuvre qu'il va faire le plus
Syrsch ItPleriq(^: oHcoXesaiau lieu de aîraxteivai. — V. 10. 13 Mjj. : auxto au lieu de rto avOpojnw que lit T. R. avec NDLXIt. — T. R. avec Kn plusieurs Mnn. 6ïcot7)<jsv outwç. 12 Mjj. 80 Mnn. omettent ouxwç. — KDX plusieurs Mnn. It. : tÇ&ctvév. — 11 Mjj. plusieurs Mnn Syr. lt. omettent uy-r]?. — 13 Mjj. beaucoup de Mnn. lisent wç rj ocXXtj qu'omet T. R. avec kBL.
.")('» i TROISIÈME PARTIE.
grand éclat possible. Ordonnant à cet homme de se placer au milieu de l'assemblée, il l'ait de lui le sujet d'une vraie démonstration théologique. Matthieu omet ces détails si dramatiques, que nous ont transmis Marc et Luc. Eùt-il pu en agir ainsi s'il les eût connus? Le prétendu Proto-Marc n'était donc pas sous ses yeux, à moins que l'on ne suppose que c'est l'auteur de notre Marc canonique qui, de son chef, les a ajoutés dans son écrit. Mais, dans ce cas, comment Marc coïncide-t-il avec Luc, qui , dans cette hypothèse , ne doit pas avoir eu entre les mains notre Marc actuel, mais uniquement le Marc primitif (la source commune de nos trois syn.)? On le voit, il y a là un dédale, dont la critique, une fois engagée dans cette fausse voie, ne parvient pas à se tirer. — L'habileté de la question posée par le Seigneur (v. 9) consiste à présenter le bien omis comme un mal commis. La question ainsi posée est résolue; car quel pharisien oserait faire consister la prérogative du sabbat dans la permission de torturer et de tuer ce jour-là impunément? Cette question est un de ces traits de génie, ou plutôt une de ces inspirations du cœur, qui apprennent à bien connaître Jésus. En vertu de sa compassion, il sent peser sur lui la responsabilité de toutes les douleurs qu'il ne soulage pas. Mais, demandera-t-on, n'eût-il pas pu renvoyer la guérison au lendemain? A cette question il eût répondu simplement comme chacun de nous : Demain est à Dieu; aujourd'hui seul m'appartient. Le présent Mttpwrô, je vous demande (alex.), est plus direct, plus sévère, et par conséquent mieux approprié à la disposition d'esprit du Seigneur en ce moment, que le futur du T. R. : je vous demanderai. Par la même raison, nous croyons qu'il faut lire, non et, si, ou est-ce que, avec les alex., mais ti, et faire de ce mot, non un complément : « Je vous demande ce qui est permis, » forme par laquelle la sécheresse intentionnée
de l'allocution est trop atténuée (voir le cas opposé, VII, 40), mais le sujet de e£*ro; «Je vous interroge; répondezmoi! Qu'est-ce qui est permis, de. . . ou de. . . ; car, dans ma position, je ne puis pas ne pas faire l'un ou l'autre. » Matthieu place ici l'exemple de la brebis tombée dans un puits; argument qui, comme nous le verrons, est mieux placé clans Luc (XIV, 5. 6.) — V. 10. Un silence profond (Marc III, 4) est la seule réponse à cette question. Ceux qui ont tendu le piège y sont pris eux-mêmes. Jésus promène alors sur ses adversaires, rangés autour de lui, un long et solennel regard. Ce moment saisissant, o.mis dans Matthieu, est relevé dans Luc ; il est décrit dans Marc de la manière la plus dramatique. On sent ici combien Marc puise à une source rapprochée de la personne du Sauveur ; il dépeint l'impression de douloureuse indignation que les témoins purent lire en ce moment dans son regard : « avec colère, affligé de l'endurcissement de leurs cœurs. » — L'ordre que Jésus donne au malade d'étendre la main, a lieu de surprendre. N'est-ce pas justement ce qu'il était empêché de faire? Mais, comme tout appel adressé à la foi, cet ordre renfermait une promesse, celle de la force nécessaire pour l'accomplir, si seulement la volonté d'obéir était là. Il faut essayer, sur la parole de Jésus (V, 5), et la force divine accompagne l'effort. Le mot uynfc est probablement tiré de Matthieu ; il est retranché par six Mjj . Il serait peut-être hasardé de retrancher aussi les mots wç i à\M avec les trois Mjj, qui les omettent. — C'est ici que le Cod. D place la sentence générale v. 5.
L'évangile judéo-chrétien que Jérôme avait trouvé chez les Nazaréens, racontait en détail la prière de ce malade : « J'étais maçon, gagnant de mes mains ma subsistance; je te prie, Jésus, de me rendre la santé, afin que je ne mendie pas honteusement ma nourriture. » C'est ainsi que dès le
premier pas hors du portique de nos évangiles canoniques on rencontre l'amplification et la vulgarité. La dignité apostolique a disparu.
Le mot avoia (v. 11), proprement : démence, par lequel Luc exprime l'effet produit sur les adversaires de Jésus, désigne littéralement la privation du vouç, de la faculté de discerner le vrai du faux. Ils étaient fous de rage, veut dire Luc. La passion, en effet, détruit chez l'homme le sens du hon et du vrai. Matthieu et Marc indiquent uniquement le résultat extérieur, le complot ourdi dès ce moment contre la vie de Jésus : « Ils tenaient conseil pour le faire férir. » Marc ajoute aux pharisiens les Hérodiens. Les premiers ne pouvaient en effet entreprendre quelque chose d'efficace en Galilée contre la personne de Jésus qu'avec le concours d'Hérode, et pour l'obtenir il fallait gagner ses conseillers à leurs projets. Pourquoi n'aurait-on pas espéré d'amener ce roi à faire, à l'égard de Jésus, ce qu'il avait fait à l'égard de Jean-Baptiste?
Holtzmann croit pouvoir prouver, par la conformité de certaines paroles de Jésus dans les trois récits, qu'ils doivent avoir une source écrite commune. Gomme si des paroles aussi frappantes que celle-ci : Le Fils de l'homme est seigneur même du sabbat, ne pouvaient pas se conserver par la tradition orale! Les divergences caractéristiques que nous avons observées à chaque ligne dans le cadre historique du récit, sont incompatibles, nous l'avons vu, avec l'usage d'un document commun.