IV. — La députation de Jean- Baptiste : VII
Ce fait, qui est raconté seulement par Matthieu (ch. XI) et Luc, et qu'ils placent différemment, est motivé par tous
dette de la même manière. Le bruit des œuvres de Jésus est parvenu jusqu'à Jean. Si Luc ne dit pas expressément, comme Matthieu, que le précurseur était en prison, c'est que, quoi qu'en dise Bleek, cette situation était suffisamment connue par la remarque III, 19. 20. — Mais comment le bruit des miracles de Jésus, des œuvres du Christ (Matthieu), peut-il faire naître dans son esprit le doute que paraît renfermer sa question ? Strauss a exprimé malicieusement sa surprise de ce qu'aucun faiseur de conjectures n'ait encore proposé de substituer dans Matthieu : qox cbtou- Ta:, n'ayant pas entendu parler, àâxowoç, ayant entend)!. Mais cette contradiction apparente est précisément la clef de ce morceau. Jean ne doute certes pas que Jésus ne soit un envoyé divin; car il l'interroge. Il ne paraît pas même lui refuser toute part dans l'œuvre messianique : « Jean ayant appris dans sa prison les œuvres du Christ » (Matthieu). Ce qu'il ne comprend pas, c'est que précisément ces œuvres du Christ ne soient pas accompagnées de la réalisation de tout le reste du programme messianique qu'il avait jadis proclamé lui-même, du jugement théocratique en particulier. (( Il a son van en sa main. . . ; la cognée est déjà mise à la racine des arbres. » Ce Messie-juge qu'il avait annoncé si solennellement et dont l'attente avait ébranlé le peuple, Jésus ne se mettait nullement en devoir de le devenir. Il disait au contraire : « Je suis venu, non pour juger, mais pour sauver » (Jean III, 17). Ce contraste, insoluble pour Jean, entre la forme dfe l'œuvre messianique, telle que l'accomplissait Jésus, et le tableau qu'il en avait tracé luimême, le conduit à se demander si le rôle messianique ne serait pas réparti entre deux personnages différents; l'un, Jésus, fondant le règne de Dieu dans les cœurs par la parole et les miracles de charité; l'autre, chargé d'exécuter le jugement théocratique et d'élever par les actes de puis-
sance l'édifice national et social du règne de Dieu sur la terre. Voilà le vrai sens de cette question de Jean : « Devons-nous en attendre [non proprement un autre, mais] un différent (sTepov, dans Matthieu et peut-être aussi dans Luc)? » Nous savons en effet que l'on attendait plusieurs envoyés divins. Jésus n'était-il point peut-être ce prophète, que les uns distinguaient du Christ (IX, 19 ; Jean I, 20. 21. 25), que les autres identifiaient avec lui (Jean VI, 14. 15)? Sans doute si cette pensée était celle du précurseur, c'était une défaillance de foi ; et Jésus la caractérise bien comme telle (se scandaliser en lui, v. 23). Mais il n'y a rien là d'impossible. Ce n'est pas sans raison que Jean avait dit de luimême : « Celui qui est de la terre, parle comme étant de la terre » (Jean III, 31), et que Jésus l'a déclaré plus petit que le moindre des croyants. Ces alternatives d'élévations admirables et d'affaissements soudains et profonds sont le propre de tous les hommes de l'ancienne alliance ; soulevés un instant au-dessus d'eux-mêmes, mais non encore renouvelés intérieurement, ils retombent bientôt à leur niveau naturel. Il n'y a donc nul besoin de recourir à l'hypothèse de Chrysostome, admise par Calvin, Grotius, etc., que Jean a voulu procurer à ses disciples l'occasion de se convaincre de la dignité de Jésus, ou de supposer, avec Hase, que l'intention de Jean était de stimuler Jésus et d'activer la marche de son œuvre. Ces explications ne répondent ni à la lettre, ni à l'esprit du texte.
Ce morceau comprend : 1° la question de Jean et la réponse de Jésus : v. 18-23; 2° le discours de Jésus sur la personne et le ministère de Jean : v. 24-35.
1° V. 18-23 : La question et la réponse.