VI. — Les femmes qui entretenaient Jésus : VIII
A côté des hauts problèmes religieux que soulève la vie de Jésus, il est une question moins relevée, mais qui a JuVii aussi son intérêt : Comment Jésus a-t-il vécu matériellement pendant les deux à trois ans que dura son ministère? Il
avait renoncé à sa profession terrestre. Il s'était volontairement désisté de la faculté de pourvoir miraculeusement à la satisfaction de ses besoins. De plus, il n'était pas seul : il était accompagné constamment de douze hommes, qui avaient abandonné aussi leur métier, et de l'entretien desquels il s'était chargé en les appelant à le suivre. Une bourse commune pourvoyait aux besoins de la société ambulante (Jean XIII, 29); c'était aussi là qu'on puisait pour les pauvres (Jean XII, 6). Mais, cette bourse, comment se remplissait-elle? L'hospitalité explique en partie le problème, mais pas complètement. N'y avait-il pas des besoins divers, de vêtements, etc.? La vraie réponse h cette question, c'est celle qui ressort de notre morceau, qui présente par cela même un haut intérêt. Jésus a dit : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu, et les autres choses vous seront données par-dessus. » Il a dit aussi : «Il n'est personne qui abandonne père, mère. . . , maison, champs, pour le royaume de Dieu, qui ne retrouve cent fois autant. » Ces préceptes, il les tirait de son expérience journalière. L'amour reconnaissant de ceux qu'il comblait de ses richesses spirituelles, pourvoyait à ses besoins temporels ainsi qu'à ceux de ses disciples. Quelques femmes pieuses accomplissaient envers lui spontanément la tache de mère et de sœurs.
Ce morceau suffirait à prouver l'excellence des sources de Luc ; leur originalité : les autres évangélistes ne fournissent aucun renseignement semblable ; — leur exactitude : qui aurait inventé ces détails si simples, si positifs, ainsi que les noms et les qualités de ces femmes? — leur pureté : quoi de plus éloigné du faux merveilleux et des iictions légendaires, que ce tableau si parfaitement naturel et prosaïque des moyens d'existence du Seigneur, pendant le cours de son ministère?
TROISIÈME CYCLE. — CHAP. VIII, l-k2. 455
V. 1-31. Luc fait ressortir ce moment comme une époque bien marquée dans le ministère du Seigneur. Il cesse de prendre Capernaùm, sontStaicaXtç, sa ville (Matth. IX, 4), pour centre de son activité ; il adopte un genre de vie complètement ambulant, et, à la lettre, n'a plus un lieu fixe où reposer sa tête. C'est ce changement dans son mode d'existence, accompli à cette époque, qui engage Luc à placer ici ce coup d'œil sur le mode de son entretien matériel. L'aor. ê-;iv£To, ilarrwa (v.l), indique un moment bien déterminé. Le icai, devant oùiro^ signe de l'apodose, trahit une source araméenne. L'imparf. 8t&$eue, il traversait en cheminant, indique un mode de voyager lent et continu. La prépos. fcotTdt fait ressortir le soin particulier qu'il accordait à chaque localité, soit grande (ville), soit petite (hameau). Il se donnait le temps de s'arrêter partout. A l'idée générale de proclamation, exprimée par le verbe /.-/ipucrasiv, prêcher, le second verbe, évangéliser , annoncer la bonne nouvelle du royaume, ajoute l'idée d'une proclamation de grâce, comme caractère dominant de ses enseignements. — Les Douze l'accompagnaient. Quelle étrange apparition, que celle de cette troupe, parcourant les villes et les campagnes comme un chœur de membres du royaume céleste, et ne s'occupant qu'à répandre et a célébrer le salut ! La terre vit-elle jamais un semblable phénomène? — Parmi les femmes qui accompagnaient cette troupe, remplissant l'office d'humbles servantes, Luc fait ressortir en premier lieu Marie, surnommée Magdelaine. Ce surnom vient probablement de ce qu'elle était originaire de Magdala, ville située sur la côte occidentale de la mer de Galilée (Matth. XV, 39) et dont l'emplacement au nord de Tibériade est indiqué en-
1 V. 3. Au lieu dWw, que lit T. R. avec NALMXIÏ plusieurs Mnn. Ituli<i., on lit ajto-.c dans 13 Mjj. 90 Mnn. Syr. Italiti- Or. Aug. — Los Mss. varient entre ex et aro.
nnv aujourd'hui par un hameau nommé El-Mcgdil (la hnir). Les sept démons (.Marc XVI, 9) désignent sans doute le point culminant de la possession, résultant d'une série de rechutes dont chacune avait aggravé le mal (Luc XI, 24-96). C'est sans le moindre fondement que la tradition identifie Mario-Magdelaine avec la pécheresse pénitente du ch. Vil. On a confondu à tort la possession, qui est une maladie (voir à IV, 33), avec un état de corruption morale. Le surnom : de Magdala, est destiné à distinguer cette Marie de toutes les autres, de celle de Béthanie en particulier. — Chuza était probablement chargé d'une administration dans la maison d'IIérode Antipas. Ne serait-il point ce fytànkvtjaç) seigneur de la cour, dont Jésus avait guéri le fils (Jean IV), et qui avait cru avec toute sa maison? — Nous ne savons rien de Suzanne et des autres femmes. — Arrive; rappelle que c'était en cette qualité de servantes, qu'elles l'accompagnaient. — <\wexov«v, servir, désigne ici une assistance pécuniaire, comme Rom. XV, 25, et de plus les soins personnels qu'auraient pu rendre une mère, des sœurs (v. 21). La leçon .owt», qui le servaient, du T. R., pourrait être une correction d'après Matth. XXVII, 55; Marc XV, 41 ; mais la leçon aÙToîç, qui les servaient, en est plus probablement une d'après v. 1 (les Douze) et IV, 39.
Quel Messie, pour l'œil de la chair, que cet être vivant de la charité des hommes! Mais quel Messie, pour l'œil de l'esprit, que ce Fils de Dieu vivant de l'amour de ceux que son amour fait vivre ! Quel échange de bons offices, autour de la personne de cet être, entre le ciel et la terre !