CHAPITRE lli
Xicodème vient trouver Jésus-Christ; instructions que Jésus lui donne. Le Fils de Dieu envoyé pour sauver le monde. Celui qui ne croit pas en lui est condamné. Dispute entre les disciples de saint Jean et ceux de Jésus-Christ touchant le baptême. Réponse de saint Jean à ses disciples.
1. Erat aiitem tiomo ex phari- ' 1. Or il y avait un homme parmi
sseis, Nicodem.us nomine, princeps les pharisiens, nommé Nicodème. Judieoruni. I un des chef» des Juifs.
Nicodème était un des chefs de la synagogue, et p:ir conséquent versé dans la science de la loi. Il était pharisien, et conséquemment observateur strict de la loi dans sa pureté, (selon les idées que les pharisiens en avaient) et grand zélateur de cette loi. ^hïs c'était un homme véritablement pieux et sincère, et ii était plus humble que les pharisiens d'alors ne l'étaient communément.
2. Hic venit ;id Jesiun nocto, et i ?. Cet homme vint la nuit à .lésns, dixit ei : Rabbi , s''imiis quia a Deo j et lui dit : iiallre, nous savons que venisli magister : nemo enim poLesl ' vous êtes venu de Dieu pour enseihaec signa fucere quoe lu facis, nisijgner, car nul ne peut faire leà fuerit Deus cum en. prodiges que vous faites, si Dieu
n'était avec lui.
Étant dans de bonnes dispositions, et désirant sincèrement voir la gloire du Messie, il se prêtait atix
iiiuiiveiijeuts de la grâce, el la toi eut entrée daiib son âme. Les pharisiens ordinaires auiaient voulu que Notie Seijj;neur leur iîl la coui- et les louât beaucoup; ils ne pouvaient soulFrir qu'on s'élevAt audessus d'eux, et qu'on les reprît de leurs défauts détestables. Mais Nicodème, aver la sincérité de son âme, reconnut l'ICnvoyé de Dieu dans la personne de Notre Seii^neur, et il ne crut pas s'abaisser en venant le voir, quoiqu'il fût prince du peuple et |ilus élevé que les autres pharisiens.
Cependant, quand on considère les commencements de la conversion de Nicodènie et le commencemenl de celle des autres disciples, on verra une différence très-grande. Ceux-ci sont incomparablement audessus de Nicodème. On verra dans leur venue vers Notre îSeigneur beaucoup plus de courage et moins d'Iiésitaiion ; dans leurs esprits beaucoup plus de lumières, quoique Nicodème fût instruit dans la loi et les prophètes et qu'eux ne le fussent pas; et dans leurs paroles, beaucoup moins de réserve. La raison en est que Nicodème était à la tête du peuple: il était pharisien et il était docteur de l;i loi. Ce triple motif fut cause qu'il craignait de se compromettre en paraissant approuver Notre Seigneur en public. Son état de pharisien faisait aussi qu'il craignait les autres pharisiens. Il était prince du peuple et ne voulait pas avoir l'air d'embrasser cette cause avec ardeur, comme faisait le peuple. Ses hésitations et son obscurité venaient aussi, soit de la crainte de paraître, soit de la crainte de se tromper.
La crainte de se tromper peut avoir deux fondements : celle ({ui est fondée sur la crainte d'otfenser Dieu en tombant dan^ une erreur qui lui «serait des-
agTéable el qui puiinail aNoir ((c iiiausaisos suiles, celle-là est bonne; mais celle qui est fondée sur Iîi crainte de déplaire aux honinies et de perdre quelque chose dans leui' estime, provient de l'amourpropre, et est assez commune parmi k's hommes qui ont un certain rang ou qui sont savants; c'était aussi celle de Nicodème.
Ordinairement, on se fait illusion; ou se (rouve tontes sortes de raisons pour justifier la conduite que l'on tient alors, et qui est tout siiiq>!ement fondée sur l'amoui'-propre. La g^râce a beaucoup de peine à triompher de ces âmes, et ces âmes, malgré les grâces les plus signalées, ne font les choses que très-imparfaitement, tandis que pour des âmes simples, comme celle de Nathanaël par e?temple, elles ne pensent pas si loin , elles ne s'inquiètent pas de ce que les hommes pourraient penser de leur conduite; elles vont droit à Dieu, et suivent avec simplicité et hdéîilé le mouvement que Dieu leur donne. Aussi INathanaël ful-il comblé des plus grandes grâces dès le premier moment, et reçut-il de grandes lumières.
Quant à la science, il faut savoir qu'il y a deux espèces de science de Dieu. La première est celle qui s'acquiert par l'esprit de Notre Seigneur dans l'oraison, les prières et les mortifications, ou celle que Dieu donne par inspiration extraordinaire. Cette science est bonne dans tout son entier; elle éclaire l'âme jusque dans son intime, la porte à Dieu, donne la chaleur de l'amour et la force pour être lidèle â Dieu.
La seconde est celle qui s'acquiert par le travail de l'esprit humain. Supposé que l'objet de cette science soit des choses saintes, l'intention avec laquelle on travaille jiour l'acfpK'rir (\-^l plus ou nn>iiis sainte,
suuvL'ul tepcndanl bit'ii nu!!iii»ii,('(.' de kxiles sorics «rinliMilions mauvaises et pres(nie loujoiirs «l'anioiiipropre. Mais, coiiiiiie le Iravail par lequel on l'acquiert est purement luiniain, cela , joint aux mauvaises dispositions qui s'y mêlent, fait <|ue cette science enlle le cœur, attache à soi, rend ramour-])roprc |)lus fort et plus enraciné. Elle rend, par suite, lame plus faible dans le bien, timide à l'embrasser et à le suivre, et lui donne les défauts et les imperfections multipliés de la prudence humaine, qui cherche toujours à se ménager soi-même, sous des prétextes illusoires de f^loire de Dieu; enlin elle rend l'àme moins susceptible de recevoir les luniières et les grâces de Dieu, selon le ])lus ou le moins d'amour-propre et de ces îiutres imperfections dont elle est acconipagnée. Perdam sapienham sapienlium , et prudentiam prudenliuni reprobabo. { I. Cou .1,19)
La science de la loi en Nicodèmo était de ce second genre: elle avait un peu de ces défauts; mais cependant les bonnes intentions étaient plus grandes. Voilà pourquoi il s'approcha de Notre Seigneur, mais avec précaution; et voilà pourquoi aussi il eut quelques connaissances sur son adorable personne, mais de médiocres. 11 appelle Notre Seigneur Rabbi , quoiqu'il passât pour fils de Joseph de Nazareth; c'est une preuve de ses bonnes dispositions.
Nicodème dit à Notre Seigneur, qu'il était envoyé de Dieu pour enseigner les autres : magisler. Il a dû penser qu'il était le Messie, puisque dans ce temps on n'attendait que le Messie , et que les pharisiens avaienl cette idée de saint Jean-Baptiste. Il a dû connaître d'aille'jrs la réponse de saint Jean cl son témoignage sur Jésus. Cependant il ne dit |);is cela à Notre Seigneur.
En cela ou reconnaît la réserve d'un lionuue qui use de prudence poui' ne pas s'avancer trop. 11 dit (jueique ciiose, mais il n'ose pas dire tout. Il dit magisler , à cause de la beauté admirable de la docti'ine de Notre Seigneur.
On voit encore, par ses paroles qu'il navait pas sur la personne de Notre Seigneur une connaissancf claire comme celle de Nathanaël qui dit : <( Tu es Fi- /ius Dei n . Tout ce qu'il sait est fondé sur des faits : « il faut que Dieu soit avec un homme qui fait de si grands miracles ». Nathanaël fut touché aussi par un fait miraculeux; et' fait le frappe, mais il quitte aussitôt le miracle, il n'en })arle pas même, et les paroles qu'il dit annoncent au contraire un esprit fixé vers Notre Seigneur et éclairé sur sa personne de lumières surnalurelles : « Tu es Filius Dei, elcy>. Mais Nicodème raisonne et tire des conclusions qui découlent rigoureusement des faits; il. ne va pas plus loin, son esprit est plus fixé et plus éclairé sur son argunjent que directement sur la personne de Notre Seigneur.
3. lîe^ponclil Jésus cl clixit ci : : 3. Jésus lui répondit cl lui clil : Amen, amen dico tibi : nisi quis ! En vérilé, en vérité, je le If. dis, renjlus fueril denuo, non polest si quelqu'un ne naît de nouveau, il videre rcgnuni Dei. ne i)eul voir le royaume de Dieu.
Nicodème, quqiqu'encore imparfait dans sa foi et dans sa conduite, avait cependant de bous désirs; il était venu pour s'instruire sur la personne de Notre Seigneur et sur sa doctrine. Il avait encore des idées humaines et grossières des choses de Dieu, et n'avait pas encore renoncé au monde et à son amour propre; et c'était là le grand obstacle à son avancement dans la foi cl dans la connaissance de&
mystères de Dieu. Science humaine et attache à soi et aux créaiures. tout ceia était i'ancien iionime qui vivait encore, l'homme naturel. Notre bon Sauveur le reçoit cependant avec bonté, quoiqu'il le voie venir avec tant d'imperfections ; il lui donne toutes les instructions dont il est capable et répond avec bonté à toutes ses questions. 0 Jésus, quel amour vous avez pour de pauvres gens comme nous sommes ! Je suis ignorant et plein d'imperfertions et de défauts, comme iXicodème l'était alors. Recevezmoi aussi avec cette bonté ravissante, et instruisezmoi aussi, s'il vous plaît!
Le royaume de Dieu dont parle Notre Seigneur signifie son règne parfait dans les âmes du ciel par sa gloire , son règne sur les âmes vivantes dans son Eglise de la terre par sa grâce. Dans l'un et- l'autre royaume. Dieu règne (i'abord en Notre Seigneur Jésus-Christ et par Lui sur les âmes ; et la première connaissance à acquérir du règne de Dieu dans les âmes de la terre même, c'est celle du règne de Dieu dans son Fils, afin que, de là, on puisse recevoir l'extension de ce règne dans les âmes qui sont unies à ce chef adorable. Le royaume de Dieu réside tout entier dans son Fils, et nous n'y avons part que par adoption et par une grâce que nous recevons de ce Fils bien-nimé. Or, le royaume de Dieu dans son Fils, et |!ar lui dans l'Église, ne peut se cflunaîîre véritablement que par la foi vivante et animée de l'Esprit-Saini. et en aucune taçon par des recherches humaines. Car, comme le dit S. Paul, les choses de Difu ne peuvent se connaître que par l'Esprit de Dieu, qui, non seulement nous fait connaître son règne dans son Eglise et ses lapports avec les hommes, mais même les profondeurs de la Divinité. 6
(Tesi ce i[iie Notre Seigueuc dit ii ÎSieutièine : (jii'il l'aiif reiiiiître pour voir le royaume de Dieu. Il esta remarquer que Notre Seigneur dit : viderc. On ne peut pas même le concevoir et en acquérir celte connaissance véritable et intime, sans qu'on ne soit ne une autre fois. On a en soi la j>remièie naissance qu'on a leçue d'Adam, naissance naturelle, qui donne des goûts, des penchants, des lumières et une vie naturels. Mais cette nature ne peut pas concevoir le règne de Dieu dans les âmes et dans son Fils; elle le peut d'autant moins, qu'elle est corlompue j)ar le péché. Il faut donc renaître, prendre une vie spirituelle et surnaturelle pour connaître et concevoii' les choses divines et surnaturelles. Celte seconde naissance est spirituelle et surnaturelle; elle donne une \ie, des goûts, des penchants et des lumières surnaturels.
4. Dicil adeiim Nitodemus:Quo- j 4. Nicodème lui dit : Commenr modo polest liomo nasci, cum sitliin liomme iieut-il naîlre, quand it senex? Numquid poiest in venlrem | est vieux? l'eul-il reuirer dans le raalris sua^ iterato inlroire, el re- sein de sa mère, el naître de nounasci ? i veau ?
Nicodènie conjprit bien un peu pourquoi Notre Seigneur lui dit qu'on ne pouvait connaître le loyauine de Dieu, tant qu'on était dans la vieille nature corrompue, que nous tenons d'Adam par notre naissance. Car, il devait savoir que nous sommes nés dans le péché; mais il était dans l'erreur de tous les autres Juifs qui croyaient que les œuvres de la loi justifiaient. Ce qui était fort commode, parce qu'on suivait tous les désirs naturels de son cœur, en pratiquant les œuvres extérieures voulues pai' !a loi. 11 semble même avoir compris (|iril faut abandonner ses désirs ou penciiants naturels, et que c'était là cequ<^ Notre Seigneur voulait dire, quand il doiuuûl aenleiîdre (|ue l'ancienne naissance empêchait
(le \()ir le loyaiiuie de Dieu ; luais, n'auiiU aucune mU'c (le l'aelioii inlérieure de rKs}>rit-Sainl dans les ànies, il ne pouvait se lorniei une idée de celle naissance. !l a peut-(Mre compris ipie celle naissance élail pour nous donner une autre vie et d'autres penchants; mais il ne pouvait concevoii" comment cela se lerail. « Je ne puis <( pas lentrer dans le sein de ma mère, dit-il, i)our (( y reprendre une ;iutre nature. A ma première nais- « sance, j'ai mal réussi; j'iii reçu une nature cor- '< rompue, je suis surli informe du sein de ma mère, « et con)ment puis-je y rentrer pour y prendre une « meilleure forme, atin de i-enaître ensuite tout autre « que je ne suis maintenant, et capable de voir le (( royaume de Dieu. » '*) Jl croyait bien (|ue Notre Seigneur avait raison en ce qu'il disait et qu'il voulait dire quelque chose de très-sage. Aussi ne fut-il pas scandalisé d'une réponse rpii lui paraissait si singulière, et qui causait sa grande surprise. Par là on peut voir (pie la grâce touchait véritablement cette âme et la contirmaiî dans ses bonnes dispositions. Car, où trouverait-on un docteur savant et respecté par son peuple, un docteur qui en même temps serait prince et grand du monde? en trouverait-on un (pii ne se scandalisai et (jui ne méprisât des paroles dont il ne pourrait se former aucune idée et qui lui paraîtraient si singulières?
.'). IJespondil Jésus : Amen, amcii dico libi, iiisi quis ronatiis fiicril ex aqiià cl Spiiilu Sancio, non potesl iulroiro iii icmiiim Dei.
'6. Jésus rt'poiidil ; En \éritc!, eu vérilp, je te le dis. si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'Esprit-Sainl , i! ne peut enlrei" dans le royaume de Dieu.
Notre Sxiigneur, avec celle bont('> inlinie, eut ('gard à la faiblesse de Nicodème et à son ignorance, el i"é-
(■) Cet avpuniciil ci.iil trcs-justo pour un hoiiiinc qui n'.i .•iiiciinc idor lii" l.n vie spiriUiplIe cl do In piiissnnrp «le Dion, 'noti du y. IV-rc).
pondit à tout ce (\{\'\\ avait dit , et à lonf ce qui se passait, en lui. Il cunimence par lui expliquer ce que c'était que la renaissance dont ii lui a parlé, <7esf. pourquoi il reprend sa njéme phrase eu s'expliquent davantage, et en y ajoutant une instruction de plus. « Il faut que notre âme renaisse de l'eau et de l'Esprit- « Saint ».
L'eau est la figure, et l'Esprit-Saint est la réalité. Cette renaissance spirituelle se fait de mênje et produit les mêmes choses que notre naissance corporelle. En celle-ci, nous sommes d'abord dans le sein de notre mère comme dans une prison; nous y sommes liés et garotlés ne pouvant faire aucun mouvement vital, quoique nous y ayons l'existence et la vie; nous y sommes nuls pour le monde où nous devons bientôt entrer. Xous sommes de même dans la seconde : avant d'être née, notre àme est dans la prison du péché; elle est liée et garoltée , et ne peut faire par elle-même aucun mouvement vit^l, quoiqu'elle ait l'existence et la vie naturelle. Elle se porte vers les objets, son intelligence les conçoit et sa volonté les embrasse; tojites ces trois puissances lestent dans leur entier. De plus, nous sommes nuls dans le règne de Dieu , qui est ce monde nouveau et inconnu pour nous.
Le contraire de tout cela arrive quand nous venons au monde; il en est de même de notre nouvelle naissance spirituelle. Non polest inlroirc... Ici Notre Seigneur dit plus que dans le verset S'': c'est cependant la même chose. Il est impossible eli effet de voir le royaume de Dieu sans y entrer, (^ar, pour le voir, il faut avoir l'Esprit-Saint en soi, j)uisque ce Ji'est qu'en sa lumière qu'on peut le voir. Or dès
qu'on a eu soi le divin K>prit, on esl dan» le royaiune de Dieu. Mais, &ans ce divin Ksprit , il esl impossible d'y enlrer. (^ar cette naissance se lait pai riisprit-Sainl.
Nous étions morts avant le baptême, non»; n'avions en notre âme aucune vie. Car toute vie est en Dieu, qui a seul la vie en lui, comme il est dit dans le premier chapitre, et, avant notre baptême. Dieu n'est pas en notre àme d'une manière vivante, c'est-à-dire qu'il n'est pas eu notre âuje ce que celle-ci est dans notre corps; il n'y est pas le principe de ses tendances, de ses vues et conceptions, ni de son amour. Notre âme agit indépendamment de Dieu . ne le consulte en rien , n'en reçoit pas l'influence dans tous ses mouvements pour le suivre: elle suit ses propres influences.
Mais, après noire baptême, TEsprit-Saint habite en nous d'une manière vivante et vivifiante, il y est pour devenir en nous le principe de tous les mouvemer.ts de notre âme, il devient comme l'âme de notre âme. 11 dépenfl de nous de nous laisser impressionner et influencer par lui, et de suivre plus ou moins ses saintes impressions, selon le plus ou le moins de grâces qui est en nous, et selon le plus ou le moins de bonnes dispositions que nous avons. Plus l'Esprit- Saint devient le principe des mouvements de notre âuie, plus il influe dans ses sentiments et ses dispositions, plus il en est suivi, et plus aussi sa vie est parfaite en nous et plus nous sommes saints.
Que si", après ie baptême, nous sortons de cette divine influence du Saint-Esprii par l'état du péché mortel , alors notre âme redevient morte , parce que 5;on âme, qui est l'Rsprit-Saint , n'y est plus et ne \\u
C(i!iiiiiiini(]ii(' pliis sa vie. (Test [xuiiiiuoi ou appelle la damiialion iiiorf élemelle, parce que les âmes, dans ce malheui'enx état, n'ont plus la divine àme qui devait les aninuT d'une manière si admirable, et il en sera ainsi éternellement. Quel jnalheur!!
Notre divin Maître emploie ici un terme différent, pour donner deux instructions (pii n'en font qu'une. Sans l'eau et le Saint-Esprit on ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu sur la terre, c'est-à-dire dans l'Église, ni dans le royaume de Dieu au ciel, c'està-dire dans la gloire. Ces deux choses n'en font qu'une : le règne de Dieu dans les âmes est un seul et même règne. Celui qui meurt dans son règne sur la ferre, c'est-à-dire qui meurt. Dieu ayant régné en lui sur la terre, celui-là entrera dans son règne du ciel ; et s'il meurt hors de son règne sur la terre dans le même sens que tout à l'heure, il ne sera pas dans son règne du ciel. L'âme étant morte, n'ayant pas rRsprii-Saint en elle, ne peut plus l'accjuèrir; et, ne pouvant pas l'acquérir, elle reste morte toujours et ne saurait avoir le règne de Dieu en elle.
La seule différence qu'il y a entre ces (leu\ règnes de Dieu, c'est que celui de la terre est imparfait. Quand on y est né, on y peut encore mourir; el , étant mort, on reste cependant dans l'enceinte de ce royaume. Car quoique, dans le fouil , Tàme n'ait pas réellement le règne de Dieu en elle, elle conserve toujours la marque et le caractère de ceux qui appartiennent à Dieu dans son royaume de la ferre.
Le royaume de Dieu dans le ciel est parlait, et aucune âme ne [)eut y être admise (pri ne se présente avec l'Esprit-Saint en elle et sous le véritable règne de Dieu. Si une àme n'a pas été conq)lèlement el
DaiiiUlLMiiciil sons Cl* ivi^'iK- (li\in >!ii- !a (eiitN >i ri^sjjiit-Sîunt n'a pas clr !<' priiu'ip*" de ses alVerlions. (Je SOS (Jésii's o,f de si-s jxMR'liaiits, mais (m'elK' en ail ^.'onservé de l'ancienne nature lorsqu'elle se présente au royaume eélesie, elle ne peut y èli-e reçue. Il faut auparavant ([u'ellc sf>it purifiée de ces choses étrangères oi qu'il ne leste plus en elle que les penchants 'divins de rEs|)rit de Dieu, qui devient désormais en elle, à lace découverle. ce qu'il \ a été auparavant d'uue manière voilée.
Si Notre Soigneur dil : Auieu, mncu Aico tibi... ces mois sont mis ordinairement pour ime plus grande affirmation. Ici. Notre Seigneur les dit en opposition à la pensée {\(^ Nicodème, qui autrefois avait cru que la pralicpie de la loi suflisait, et qui ensuite dans sa réponse manifesta qu'il pensaitqu'il y aurait queiqu'aulro moyen pour guérir la nature corronq)ue o\ tpi'il n'était pas nécessaire de renaître.
G. Quod natuin est ex carne, caro ] G. Ce qui est né de Ui cluiir est. est; et quod natum est ex spirilu, 1 chair, et ce qui est né de l'esprit spiritus est. [est esprit.
<>e qui «est né de la chair ne saurait être que ciiair. Telle est la semence que l'on jette en terre, tel sera le fruit qu'on cueillera. Et par conséquent, tout ce qui nous est venu de la chair n'est que chair, et si nous l'entrions de nouveau dans 'e sein <le notre mère pour renaître, nous naîtrions <le nouveau hommes de chair, et toutes nos affections, désirs, c'est-à-dire toute la vis que nous tirerions de la chair serait toujoui^s chair. .Mais ce ([ui est né de l'esprit sera esprit par la même raison; et comme il s'agit ici d'iuie vie spirituelle et surnalurelle. il faut ([ue la naissance qui la prndiiil soit spirituelle et surnaturelle, et par conséquent une naissance qui vienne do l'Esprit-Saint.
Dans cette sentence de Notre Seigneur, nous voyons les deux vies qui sont en nous, cl dont parle S. Paul : deux vies opposées et qui produisent en nous cette guerre conlinuellc : la vie de la chair, qui provient de la nature, que nous tenons de notre naissance de la chair, et la vie de l'esprit, que nous tenons de l'Esprit- Saint, par la grâce de notre adorable Seigneur Jésus.
7. Non mireris quia dixi tibi : (' 7. Ne l'olonne point ([ue je t'aie Oporlel vos nasci cleiiuo. ! dit : il faul que vous naissiez de
, nouveau.
« Il ne faut donc plus vous étonner, si je vous ai dit « qu'il faut renaître. Puisque tout ce qui est en vous est « mauvais et incapable de vous faire voir le royaume « de Dieu et d'eu jouir, il faut donc que vous ayez en « vous un autre principe de vie que celui que vous « avez, et par conséquent il vous faut une autre nais- « sance, une naissance spirituelle. »
8. Spirilus ubi vuit spirat ; et voccm ej is aiidis, sed iiescis undo venial, aut (juo \ arbt : sic est oir.nis qui nalus est ex spirilu.
a. L'esprit souffle où il veut, tu enlends sa voix, niais tu ne sais d"où elle vient ni où elle va : ainsi en est-il de quiconque est né d»
l'esprit.
« Mais vous ne comprenez pas comment (^ettc nais- « sance spirituellt^. a lieu, ('/est l'Esprit <le mon Père
« et le mien qui l'opère, et il en est de cette nais-
« sance ou de cette opération du divin Esprit, comme
« du souffle du vent. Le vent souffle dans un endroit
« sans que rien dans cet endroit l'attire plutôt que dans
« un autre, il souffle là par la volonté qui le pousse ubi
f( vuli. Vous entendez sa voix lorsqu'il souffle, mais
« vous ne le voyez pas: vous ne voyez pas non plus
« son principe ni sa fin : mule venial aut quo vadat. \\
« en est de même de celui qui est né de TEsprit-Saint.
'< Ce divin Esprit souffle où il veut. C'est la volonté
«f de mon Père qui détermine son souffle divin. «>
\.a renaissance de notre âme es( toujours une pure grâce, et jamais personne ne peut la mériter rigoureusement. On peut toucher le cœur de Dieu par la pratique des vertus naturelles, pour obtenir cette grande miséricorde, mais ce sera toujours une pure miséricorde, quelqu'immanquable qu'elle puisse être.
On peut encore dire, premièrement : Tlisprit divin souffle où il veut. « Vous n'avez en vous-même aucun « élément de vie pour tirer de vous quelque chose, « pour opérer celle renaissance; vous avez même tous « les éléments qui peuvent s'y opposer et l'empêcher; <( mais le divin Esprit lire celte vie de lui-même, et « souille oii il veut pour l'établir, même dans la fange « et le bourbier de votre mauvaise nature morte et « destituée de tout. »
Ia\ second lieu, celui qui reçoit cette nouvelle naissance ne voit pas arriver cet Esprit divin, il le reconnaît seulement par les elTels qu'il éprouve en son âme qui t'st toute changée, il entend la voix de ce divin Esprit, voix douce et céleste,- qui embaume l'âme et lui fait sentir qu'elle a en elle une autre vie que celle qu'elle avjiit auparavant.
Heureux celui qui écoule bien cette divine voix et qui la suit! 0 très-saint et très-adorable Esprit de mon Jésus, faites-moi entendre votre douce et adoiable voix. Rafraîchissez-moi par votre souffle délicieux. 0 divin Esprit , je veux être devant vous comme une plume légère, afin que votre souffle m'emporte où il veut et que je n'y apporte jamais la moindre résistance.
Troisièmement : El nescis umle veniat aut quo vadat. Par là. Notre Seigneur nous dit que celui qui est né de cette manière ne voit pas celui qui opère ^'U lui cette régénération; il ne sait d'où il est venu ni où il va; il
m; le \(»it m dans son inincipo, ni dans sa lin. On ii en soi nne personne divine, vivanl et opérant en son ànie; on sent son opération, qui est cette vie nouvelle, mais on ne sait que cela, et non pas la j)ersonne même, ni dans son principe, ni dans la lin vers laquelle elle tend.
9. Hespondit Xicodenuis cl dixiti 9. Xicodème répondit el lui dil : ei : Qtiomodo possunl tiiccfieri? j Commeni. cela se peiil-il faire?
Dans cette réponse de Nicodème paraît une grande faiblesse de toi. Il ne comprenait pas ce que le .Maître envoyé de Dieu lui disait; il n'avait aucune connaissance, ni aucune expérience des clioses surnaturel k^ et intérieures. Il devait atttribuer toute la faute de cette ignorance à lui-même, croire Notre Seigneur sur sa parole, comme fit l'aveugle-né qui adora Xoire Seigneur, dès que Jésus lui eût dit que lui-même était le Fils de Dieu: il devait lui demander, comme une grâce, cette nouvelle naissance qui surpassait ainsi toutes ses vues, comme dans le chapitre suivant , nous veirons faire la Samaritaine : Domine, da mihi luuic aqtiam elc. Mais il n'était pas assez simple; sa science de la loi lui avait donné l'habitude 'comme cela arrive enc-ore bien souvent maintenant) de juger de fout par son propre esprit, et de n'admettre pas même les choses divines qu'il ne comprenait pas.
Maintenant, ceux qui tombent dans ces défauts, admettront bien les mystères qu'aucun esprit luimain ne peut pénétrer, mais les choses incompréhensiI)les, comme celles dont il s'agit avec Nicodème, et qu'ils ne compiennent pas par la seule raison qu'ils sont peu intérieurs, ils ne veulent pas les admettre et disent : Qiiomodo possuut hœc fleri ? e\ souvent ils s'en moquent même. Cependant Nicodème n'était pas entièrement <lépourvu de foi. puisqu'il ï\v rejette pa^^ la chose, mais seulement il hésite.
1u. Uesi>o:idil Je^iis t,'t dixit ei : | 10. J6;^«s répondit el lui dil : Tu Tu os niagister in Israël, cl liaec es niaîire eu Jsraol, et lu ignores ignoras? , res clioses?
Notre, Seigneur Je reprend Je son peu <le foi. Nicoflème ne eroit pas. iJ est éloniié de ce que la Vérité éternelle lui enseigne, parce qu'il ne connaît pas les choses qui lui sont enseignée.s; et cependant il elait uni(iuenient étonnant qu'il ignorât ces choses. Lui, qui était un docteur en Israël, devait connaître ce que les prophètes (lisent là-dessus; car les prophètes ont pré- <lit cette nouvelle naissance et cette etîusion de l'Ksprit- Saint dans les âmes, pour le temps de la venue du Messie. C'est ce que Notre Seigneur lui reprocJie : « Vous « ignorez ces ('hoses, vous qui êtes maître en Israël, « et qui deviez instruire les autres de toutes ces vérités, « afin de les amener tous à la foi, et de leur procurer « la régénération dont je vous pairie .' »
Il est à remarquer qu'il ne faut péis croire que le divin .Agneau, plein de douceur, di* paix et d'amour lM)ur les âmes, ;iit voulu faire de Ja peine à Nicodème par une espèce d'ironie : Vous êtes un maître et vous ignorez cela! Mais il hii reproche son ignorance à cause de la faussa science des docteurs de ce temps qui n'avaient pas le vrai sens des Ecritures, par suite <le leurs traditions ridicules; et il lui montre qu'il a une fausse science, afin de le rendre plus simple et renoncé aux idées qui lui venaient de sa science. «Vous « qui êtes un maître en Israël, et qui, par conséquent, «connaissez la doctrine de la loi et des prophètes, « vous ignorez cela! Vous deviez le connaître avant « que je ne vous l'eusse dit, et vous l'ignorez même « encore maintenant que je vous l'ai expliqué, cela '( doit vous prouver que la science de vos docleujs
« n'est pas la vérilable; soyez donc pins docile et » avez de la foi » .
11. Amen, amen dico tibi, quia qiiod scimiis loquimur, et quod vidimiisiestamur, ellesliinoniiim nos- {nim non accipitis.
I i . lin vérité, en vérité, je le le dis, ce que nous savons , nous le disons , et ce que nous avons vu, nous l'attestons, et vous ne recevez.
pas notre témoignage.
Après lui avoir reproché son ignorance coupable. Notre Seigneur lui reproche son défaut de foi : « Si « vous ne comprenez pas, croyez sur ma parole, ce que <f vous ignorez». Après l'avoir ainsi humilié de sa fausse science, il l'exhorte à avoir plus de foi. et il lui parle de manière à lui en inspirer davantage. « Amen. amen dico lihin. Ces paroles montrent que Notre Seigneur insiste fortement, et qu'il lui parle avec un ton imposant, cependant toujours avec une bonté admirable.
« Vous faites difficulté d'admettre ce que je dis, « vous voulez d'abord le comprendre. Ce que je vous « dis n'est pas un système de philosophie, ni une « tradition que je tiens d'un autre, ni un sentiment «d'un docteur, pour que vous puissiez examiner, « comme vous faites dans vos discussions entre vous. « C'est une vérité certaine que je vous annonce, et « qui ne doit pas être laissée à la discussion : c'est « un témoignage que je rends à des choses que j'ai « vu s'accomplir».
Quand le divin Maître parle de la connaissance qu'il a de la chose, il veut parler de cette connaissance essentielle que le Verbe divin a des opérations de l'Esprit- Saint, par la voie de la procession du Saint-Esprit; et la parole par laquelle il nous fait part de ces divines connaissances doit être le principe de notre foi.
Le témoignage qu'il y ajoute consiste en ce que.
lunle réj^eiiéialioii provenanl de .Nutie Seigneur ef étant couHiiiiiiiquée jjar lui aux àrues, il en résulte une vue très-spéciale de Noire Seigneur dans ces régénérations divines. Et il a la bonté de rendre ainsi témoignage des grâces et, des miséricordes qu'il communique par son divin Esprit aux âmes pécheresses. Et il se plaint avec une douleur pleine d'amour de ce que l'on ne veut pas recevoir son ténioignage.
0 mon très-doux Jésus, si je pouvais consoler votre Cœur affligé de tant de dureté des nôtres, que je serais heureux!! Uites-moi, adorable Seigneur, ce que vous avez vu de toute éternité dans le sein de votre Père; rendez-moi témoignage de tous les etlets de votre amour pour les âmes. 0 très-doux et très-aimable Seigneur Jésus, que je serais heureux, si vous me Taisiez cette faveur! Je vous croirais de toute mon àme. par le secours de votre grâce, et je voudrais alors me fondre en amour devant vous, sur toutes les divines paroles qui sortiraient de votre bouche sacrée!
12. Si terrena dixi vobis, et non i 12. Si je vous di» les clioses de la creditis : qiiomodo, si dixero vobis | terre, et que vous ne croyez poinl, cœlcslia, credelis? I comment croirez-vous, si je vous»
i dis les choses du ciol?
Notre Seigneur ajoute : «Si, lorsque je ne vous dis « que des choses de la terre, c'est-à-dire des choses « créées, comme sont les grâces de Dieu dans les « âmes, des choses inférieures qui sont intelligibles «< à l'intelligence humaine, puisqu'il ne s'agit ici que « des rapports de Dieu avec les âmes sur la terre. « vous ne voulez pas croire ces choses, que serait- « ce. si je vous disais des choses célestes et beaucoup '< au-dessus de ce qui se passe sur la terre? Si je vous '< disais les grande^ vérités qui regardent les trois
« j»ers<tnnes divines: si je \(nis j)aiiais de ma ^eue- «( littion éleriielle» de l'union cln Verbe a\ec l'ilu- (( uiauité, de tous les auUei mystères qui s'opèrent « dans le Verbe incarné et par le Verbe incarnée et « de sa i!,Ioire dans le ciel, si je vous parlais de ces « choses-ià, comment me croirez-vous?
î3. El nemo ascenclit in ca'tiim, j ^3. Car pcrso-tine n'est monté au nisi qui descendit de cœlo, Filrus ' c'\e\ que celui qni est descendu au tioniinis, qui est in cœlo. j ciei, le Fils de l'Iiomine qui est d<ins
i le ciel.
Mouler au ciel veut dire ici : voir Dieu lace-à-l'ace et en avoir la possession et la jouissance essentielle. Descendre ici ne veut pas dire descendre comme est descendu le misérable Lucifer, c'esl-à-dire quitter le ciel de manière qu'on n'y soit plus, mais avoir mission de Dieu pour s'occuper sur la terre parmi les hommes par la divine volonté, tout en continuant de posséder la Divinité et de la voir intuitivement.
L'Humanité sainte de Notre Seigneur est montée au ciel, dès le premier moment de son existence, [)ar l'union hypostatique avec le Verbe: elle a toujours possédé et contemplé Dieu en lui-même, sieidi e.st ; el cela d'une manière inconjpréliensible à toute créature céleste même. L'Humanité sainte est descendue du ciel par application de la volonté de son Père, pouis'occuper des hommes de la terre, pour leur laiic connaître les mystères sacrés de la Divinité et pour les y renche participants. Elle est montée par assonij)lion. le Verbe de Dieu l'ayant prise en lui pour la rendie par(icjp;inte de sa Divinllé. Elle est descendue du ciel, par son occupation parmi les hommes, d'après la volonté de son Père. L'application de toute sa iialine humaine aiq)rès des < realures, comparée t»
(vltf ass(Hi)[>ti()it cl a|)|jli(alion de Unitc la nalure liimiainc à Dieu cl en Dieu, ï>'ap|)elle descendre. lA cepeiulanl . (luoicju'ainsi descendue poui* s'occuper des hommes, elle est toujours dans le ciel, toujours dans la même union , la même vue intuitive et la même occupation et application en Dieu son Père. Ainsi d'un coté, r Humanité adorable de IS'otre Seigneur est dans le ciel pour posséder et connaître la Divinité d'une manière admirable, et de l'autre, elle est occnix^e au- |)rès de nous, pauvres aveugles et misérables, pour nous rece\oir en clic, alin de nous faire voir et contem])ler les choses divines qu'elle voit en son Père, et de nous communiquer ses divines miséricordes. C'est ce que veulent dire ces mots : « Le Fils de « l'iionniie qui e»t descendu du ciel et qui est encore au ciei». Pour comprendre ce que Notre Seigneur dit: « que sa sainte Humanité, qui est descendue du ciel, « peut seule remonter au ciel, et qu'aucun autre n'y « monte , soit ici bas par h contemplation inqiar- « faite, soit après cette vie i)ar l'union complète « dans la gloire, qu'en l'Humanité sainte et par l'Hu- « nuuiité sainte», il faut observer ceci : cette vénérable Humanité de notre adorable Seigneur, étant toujours dans le ciel par sa sainte et sacrée union, est descendue sur la terre pour nous faire monter avec elle au ciel; et nous tous, nous ne monterons à son Père que dans l'union avec le Fils de l'honnuc, en ce monde par la foi dans le Verbe incarné, et dans l'union parfaite avec le même Fils de l'homme au ciel, j)ar la conmiunication parfaite qu'il noos donnera de la Divinit(» qu'il ])ossède.
Toujours est-il \ rai (pie le Fils de l'homme seul monte a son Pimt, et toutes les autres créatures
riJODtenl a celle adorable HuiDauite, pour recevoir d'elle et par elle la participation à sa possession de la Divinité, qu'elle reçoit immédiatement de la Divinité. Elle est chef de tout le corps des élus, reçoit la Divinité en elle pour foute riiumanité; et tous les élus dans le ciel, ainsi que tous les hommes sur la terre, ne peuvent la recevoir que par sa communication,, comme du chef à ses membres. C'est ainsi que nous sommes cohéritiers avec Jésus-Christ selon les paroles de saint Paul,
Voilà donc ce que dit Notre Seigneur à Nicodème : « Dans les mystères de la Divinité que je vous ré- « vêle, je ne fais que rendre témoignage de ce que u je vois et de ce que vous-même ne pouvez voir, « parce que personne ne peut voir ces choses que le «Fils de l'homme qui vous les dit; et vous, vous « ne pouvez monter au ciel, ni pendant que vous « êtes sur la terre pour voir et contempler ces choses « en Dieu, ni dans l'autre monde pour les posséder, « que par le Fils de l'homme, auquel il faut qu'en « ce monde vous adhériez par la foi. Et par consé- « quent il faut que vous ayez foi en ses paroles, « même lorsque vous ne les voyez pas, car ce n'est « qu'en ayant la foi que vous pourrez les voir, et « non avant. >»
14. El siciil .Moy?e>exaIt;ivil. serpentem in deserlo, ila oxalliiri oportet Filiuni liominis ;
15. Ut omnisqiii crcdit in ip.sum, non peroat, sed Iiaboat \ilani aelernam.
14. Et comme Woise a élevé le serpenl dans le désert , il faut de même que le Fils de l'homme soil élevé;
15. Afin que quiconque croit en lui ne péris?e point, mais qu'il ai»
la \ie éternelle.
Notre Seigneur continue: «Si vous n'uvez pas enrt rorp relie foi. c'pyi.l que le moment de relie grAc<>
« n'osl pas encore arrivé, il vieiulra un jour où le « Fils de riioinme sera exalté sur une croix |)()ui- « guérir les plaies que l'ennemi a faites dans vos « âmes, connue Moïse a lait pour guérir les nior- « sures laites aux corps. Avant ce temps, vous se- « rez toujours faibles et languissants dans votre foi. « Aussi esl-il nécessaire pour cela, oporiel. que le « Fils (le l'homme soit cruciiié pour vous attirer à « lui , el, par la vertu de celte croix même, vous « sauver de votre perle et vous donner la vie éler- « nelle ; mais ce salut, cette vie éternelle ne sera « donnée qu'à ceux qui croient en lui. »
Ainsi celte croix a deux vertiis : celle d'attirer à Notre Seigneur en communiquant la grâce de la foi à tous ceux qui veulent bien la recevoir, et celle de sauver tous ceux qui ont celte foi véritable el vivante en eux.
Il faut observer que Notre Seigneur dit : (Jl omnis qui crédit in ipsiim et non m ipso ou in nomine ipsim ; car ces derniers termes annoncent seulement une croyance dans la personne de Notre Seigneur, ou à la doctrine qu'il a enseignée, ce qui peut exister avec une conduite très-mauvaise. Que ceux qui se trouvent en ce cas ne se lient pas dans la croix de Notre Seigneur ; elle les condamnera au lieu de les sauver. Il faut une foi in ipsum, terme qui annonce adhésion et union de l'âme à Notre Seigneur ; ce qui indique éloignement du péché et principe surnaturel dans leurs œuvres; car, si l'âme est véritablement unie à Notre Seigneur par cette foi véritable et parfaite, alors son action l'est aussi, et Notre Seigneur en est le principe.
Par là, notre divin .Maître donne de grandes espe-
— ÎJM —
laiiccs à -Nicodèiiie. pour le It'^iips (|iii >ui\ra sa Passion. Quelle bonlé! quelle (îouceiir! Quelle miséricorde!
0 li'es-uiiséricordieux", lrès-dou\ et Irès-bon Jésus, j'«i le i)()nheur de vivre après votre cruciliement, vous m'avez attiré admirablement à vous, \ous avez eu cette insigne miséricorde pour une pauvre àme comme la mienne; vous m'avez donné le précieu\ don de la foi en vous, augmentez- le, s'il vous plaît, car il est encore Irès-raible par ma faute, et lai((> cpie, par cette foi pleine d'amour, je ne vive plus (|ue pour vous et en vous, et qiie je me sacrifie poui- cotre amour, comme vous vous êtes sacrilié pour le mien.
Par sa croix ce très-doux Seigneur nous donnera la vie éternelle : Hœc est aulem vita Merna, ut coyiioscant (e solwn Deum verum et (luem miaisti Jesinn Chrislum. Le bon Nicodème a dû être content, apiè.^ que ce grand mystère de la croix se fut accompli; il n'était plus si ignorant alors. 0 Seigneur .lésus, donuez-moi la vie éternelle, je vous en prie, ni cognoscam so/wn Deum verum, et quem misil. Te Jesum Chmtum amantissimum et misencordissimum Dominum cl Redemptorem meum. Quelle science!... ô très-aimable Jésus!
16. Sic enim Deus dîlexit niun- (kini , ul Filium suum unigenilum darel; ut oninis qui crédit iii eiim, non pereat, sed liabeat vilamacteriiain.
16. (.ar Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point , mais qu'il ait la \ie éternelle.
Ces paroles renferment trois pensées : 1" Notre Seigneur explique davantage ee qu'il vient de dire : qu'il tant croire dans le Fils de l'iionune. Ce n'est pas comme à un homme plus excellent que tous les autres hommes et que toutes les créatures de Dieu ensefid)le, mais au Fils de Dieu, à (|ui il est tellement uni que tout ce qui se fait il un-e da^^ deux natures est fait à l'autre. C'est
[)(ui!(i'la(jU(* -Xolic SeigrH'iir se sert (lu mot (/a/W; car, le Père n'aurait pas pu donner aux lioinines son Verbe adorable d'une autre façon que celle-là. En etfel, le terme donner signilie nicHre an pouvoir des hoinnies, leur donner j)Ouvoir sur Lui; or, il est impossible, (pie les liomm<'S oxeicent leur pouvoir sur le A'erbe directement. .SV cognovissenL nuinqucmi Dominum gloriœ crud/ixissent ; h plus forte raison cela esl-il vrai dans le cas dont nous parlons. iMais le Père ayant uni son Verbe à une humauiiQ, qui devait être livrée aux mécliants et crucitiéi». il nous a réellement donné son Verbe éternel, inmiense et to<]t-puissant. Il l'a mis au pouvoir des hommes, en leur donnant pouvoir sur cette adorable" Humanité, h laqu(^]|e il Ta si intimement uni. 0 prodige d'amouipouj' de vils péclieurs !
2" Notre Seigneur veut e:^pliquer pouripioi il ser.) crucifié, et exciter jiar là des sentiments d'amour dans le cœui' de Xicodème. aUn d'ouvrir davantage son àme à la foi. Pour explication de ce prodige (J.-C. crucifié pour nous , il rapporte un plus grand prodige: c'est un amour incompréhensible de Dieu pour les hommes, qui va jusqu'à livrer son Fils unique pour les empêcher de périr, et pour leur procurei' la vie éternelle, mais seulement à ceux qui croiront en lui. Il y avait bien de quoi inspirer d'autres sentiments à Nicodème; mais comment croira- 1 -il un prodige semblable, lui qui n'a pas voulu croire des choses plus simples que celles-là? Le bienheuieux Nicodème a bien été obligé de croire, quand le fait est arrivé. L'incompréhensible amour de Dieu a du renq)lir son àme. D'ailleurs Notre Seigneur accomplit alors sa parole et l'attira à lui. Il est même à rroire que Notre Seigneur lui accorda cette grâce par rvi divine parole, en le toi.M'hanI en même temps à l'in-
Icrieiir-. (lar on ne lenicnd |)lii> (liri- : (Jnoinoilo jwssunt hœc fieri? Il se lait et écoule; il semble (jik' l'Esprit -Saint soufflait et qu'il entendait sa voi\.
3" Par ces paroles de Notre Seigneur, Nicodènie et nous tous avec lui, nous pouvons comprendre que ce n'est pas faire une faveur à Notre Seigneur, que de croire en lui. Quelles que soient la grandeur, la puissance et l'élévation du génie d'un homme, s'il croit k Notre Seigneur, il n'ajoute rien à sa gloire et à sa grandeur; mais c'est au contraire un grand bonheur, une grande gloire pour un homme de croire en Jésus-Christ ; Notre Seigneur n'a besoin de personne, tandis que tous ont un besoin absolu de lui. C'est au contraire un grand malheur pour qui que ce soit de ne pas croire. C'est là un grand motif encore à Nicodème pour entrer dans les vues de foi que le divin JMiiître veut lui inspirer. Notre Seigneur répète deux fois le mot : omnis qui crédit, pour montre? qii'il n'y aura pas de distinction : observateur de la loi ou pécheur, juifs ou })a\ ens, tous seront sauvés, s'ils croient.
17. Non enim inisil Deus Filium suum iii mundum, uL judicel mundum, sed ut salvetur mundus per ipsum.
17. Oar Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde , mais pour que le monde soil sauvé par lui.
Noire Seigneur continue par expliquer davantage les choses : « Car Dieu n'a pas envoyé son Fils pour «juger le monde. Il ne Ta pas envoyé pour séparer les « justes des pécheurs, et pour faire triompher ceux-lk « comme vous, pharisiens, le croyez. Non, ce n'est pas « ainsi; l'envoi du Fils de Dieu est un envoi d'art mour et non de justice, et sa venue est une venue de « douceur et non de rigueur. Voilà pourquoi il sera « sacrifie'" pour l.-nr salui. ol par ce sacrifice il leur
M doniKM'a In \ io t'Icrncllc. » 0|)('ii(lanl, (|ti()i([ii'il soit venu soulcincQt pour sauver If inoiule, il le jugera aussi, et c'est ce qu'il explique dans les deux versets suivants, en disant comment il est leiu- sauveur et leur
juge.
18. Qui oredil in eu m, non judicaiiir : qui auiein non crerlil , jani judicalus est : quia non crédit in nomiiie unigenili Filii Dei.
18. Qui croit on lui n'est point jugé, mais qui i»e croit point est déjà jugé, parce qu'il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu.
Les deux qualités de sauveur et de juge sont réunies en sa persoiuie, et il est juge parce qu'il est sauveur, comme cela va être expliqué dans le verset suivant. Ceux qui croient en lui sont par là même exempts de jugement, parce (jue celui-là même qui doit les juger, lésa sauvés; il ne les jugera pas, puisque lui-même a efHacé le clurof/raplmm dont parle saint Paul, et qui devait être la matière de leur jugement. Tandis que ceux qui ne croient pas sont déjà jugés, parce qu'ils ne croient pas au nom du Fils unique de Dieu. Il faut observer ces mots : Jcnn judicalus est. ils sont chargés de péchés, qui renferment la matière de leur jugement et d'une anq.>Ie condamnation. Le Fils unique de Dieu paraît sur la (erre pour effacer ces péchés. Mais il fallait croire poui- cet etfet; ces hommes n'ont pas voulu croire et leurs pé<^hés restent. Et par là même leur condamnation est toute prononcée, parce qu'ils ne croient pas au seul nom qui les aurait sauvés.
Il faut remarquer les mots ; In nomine Umijenih. Cela veut dire foi en l'Incaination et en la Rédemption, et cela suppose en même temps foi dans le mystère de la très-sainte Trinité. Cette foi est absolument nécessaire pour la rémission des péché» passés. Le mot nomen, rl;ms la sainte Éci-itur<\ et stutouf dans la bouche de
Nolic Soigneur, sigiiilie ia cliose mriiit'; rjir le iiuiii ii'esl qui' l'expression ci la reproseiitalioii de la chose pour la présenter à ririlelligence humaine; et la foi qu'on u dans le nom signitie croyance de l'existence de la ciiose exprimée par ce nom.
Ici, Notre Seigneur dit qu'ils sont jugés, parce qu'ils ne croient pas au nom, vu qu'il ne s'agit pas d'œuvres» mais de rémission de péchés passés, par la régénération spiiiluelle, pour laquelle il suffit de la foi intérieure. La volonté de quitter le péché est supposée. Ces péchés une fois remis, il faut une foi réduite en pratique pour n'être plus jamais jugé : Qui crédit in ewn non judicalur. C'est après la régénération du baptême qu'on reçoit la perfection de la foi, poui- s'unir parfaitement au Fils unique de Dieu.
49. Hoc est aulem judicium : quia [ 19. Oi ce jugement vient de lux venit in mur.dum, el dilexerunl ce que la lumière a paru dans le homines magis tenebras qnàm lu- i monde, el que les hommes ont cem : erant enim eorum mala opéra, j mieux aimé les ténèbres que la
; lumière, parce que leurs œu\res éiaient, mauvaises.
Le jugement de ceux qui n'ont pas la foi est dans leurs œuvres, et cependant cesl Xoîre Seigneur qui est leur juge. Dans ce verset se trouve exj)liqué comment sont ces deux choses, et en quoi consiste le jugement (jue Notre Seigneur prononce.
Le Fils de Dieu est venu potu' sauver ceux qui croient en lui, en devenant la lumière de leurs âmes, par la communication de la clarté de ses perfections divines. C'est une lumière éclatante et infinie qui es! veiute dans le monde : tous ceux qui s'unissent à lui par la foi y participent, et par là les ténèbres des œuvres de la chair el i\u démon disparaissent. Guninic il a été dit plus haut, les ténèbres ne p(Miv(M\t être lit (\h est lii linnière.
— lo:^ —
Tous ceuv-lù ne peiivciil -'Ire Jiif;t's , |)uis(|ti(' loiit (0 (jiii est iMi tMi\ (St lumière, et cilors, on paraissiuil en la présence fie la içrande lumière, ils deviennent une seule et même cliese avee elle et jugent eux-mêmes les autres, selon ce que dit saint Paul, que les chrétiens doivent juger les anges mêmes, i C'est-k-dire les mauvais anges . Que s'il se trouve en eux quelques taches, quelque chose qui ne tienne pas de cette grande et divine lumière, il faut que cela soit etïacé dans le purgatoire, avant leur admission en sa sainte présence; et ces taches, qui ne sont pas selon la foi en lui et ne viennent pas de cette lumière, sont jugées.
<'eux, au contraire qui restent dans les ténèbres de la chair, et qui refusent d'aller à cette grande lumière», quand ils j)araissenl en sa divine présence, connue il ne se trouve riei\ en eux qui soit de cette divine lumière, tout y etan! étranger, ceux-là en sont repoussés et condamnés par le fait. Et même, dès ce monde, ils sont juges ;>! condamnés par cette divine lumière tant qu'ils leslenl dans ces ténèbres, en ce sens qu'elle les repousse el rejclle liors d'elle, les méconnaissant absolument coniMu^ lui apj)arlenant, parce que toutes leurs œuvres, soil intérieures, qui consistent dans les sentiments, dispositions et actes de l'âme, soit extérieures, provenant (!«> ce mauvais intérieur, toutes ces œuvres sont <Jes ténèbres : EraiU oiim eorum mala opéra.
Et en tout cela, ce sont eux-mêmes qui ibuinissent et donnent leur jugement et se condamnent, parce qu'ayant pu si facilement recevoir en eux la lumière, ils ont préféré leui's ténèbres à la lumière. Lue fois hors de cette vi<\ ils persévèrent dans ces mauvaises ilisposilions el ne peuvent plus faiie autrement. De
— loi —
celte manière, ils s'exilent eux-mêmes de \i\ lumièie éternelle pour rester dans les ténèbres, soit dans ce monde, soit dans l'éternité; mais surtout dans l'éternité, où ce sera une chose horrible et effroyable que les ténèbres affreuses qui rempliront ces âmes, et dont elles ne pourront plus sortir, malgré l'horreur qu'elles en auront et malgré leur désespoir. Et en outre, ce qu'il y a de terrible, c'tsl qu'alors ces hommes ne trouveront plus cette sainteté de miséricorde en Notre Seigneur qui, dans ce monde, tend à se répandre avec amour dans les âmes et à les attirer à elle et en elle; mais ce sera une sainteté de rigueur et de justice. qui écrasera les ténébreux pécheurs, et les rebutera avec une rigueur et une violence si épouvantables qu'elle les précipitera avec une rapidité afl'reuse dans des ténèbres encore plus affreuses, et cela pour une éternité!
De ce verset on peut conclure, que pour la régénération la foi ne suffit pas, il faut encore la résolution de quitter sa conduite mauvaise, puisque Notre Seigneur dit que le jugement consiste en ce que les hommes ne se sont pas donnés à la lumière, parce qu'ils aimaient mieux les ténèbres que la lumière. Donc pour être à la lumière, il faut quitter les ténèbres; le jugement consiste en cela. Donc pour échapper à ce jugement il faut quitter ses ténèbres.
20. Oinnis enim qui m;ile agit,; "20. Car quiconque fait le mal hait odit luceiii , el non venit ad lucem, i la lumière, et il ne vient point ;< la ut non arguantur opéra ejus. lumière, de peur que ses œuvres ne
soient découvertes.
Notre Seigneur, dans ce verset, fait comprendre I eloignement qu'ont potir lui les mauvais, et cet éloignemenl est en eux comme une espèce d'instinct.
Il use pour cela d'une espèce de comparaison : les bons se montrent et les mauvaises se cachent. Les hommes mauvais aiment mieux les ténèbres que la lumière; de plus, ils haïssent même la divine lumière, à cause de leurs mauvaises œuvres, qui sont ces ténèbres qu'ils aiment. Un homme, qui fait mal et qui aime le mal qu'il fait et veut y persévérer, se garde bien de ■ s'approcher de Notre Seigneur et d'entrer dans les vues de foi en lui, parce que iNotre Seigneur, qui est la lumière, jugera et condamnera le mal qu'il aime, et le lui reprochera. Voilà pourquoi on se fait illusion, on s'aveugle sur tout ce qui regarde la divine lumière, on s'en éloigne par force, on rejelle tout sentiment de foi et on entre en haine contre Notre Seigneur, par l'attache que l'on a à son mal, qu'on sait être un objet de haine et d'opposition à ce divin Maître. Ces ténèhres du péché deviennent si grandes, que l'âme s'en imprègne et devient chair et péché, c'est-à-dire qu'elle n'a plus d'autres vues, ni d'autres sentiments, ni d'autres dispositions que chair et péché; et alors il s'établit comme une opposition entre Notre Seigneur et cette àme.
Noire très-bon Maître repousse le péché dont cette malheureuse âme est comme encroûtée, et veut l'attirer à lui en chassant d'elle le péché: elle, au contraire, s'atlachant au péché et s'identifiant presque avec lui de jour en jour davantage, repousse le divin Agneau et entre en haine contre lui, à cause de son opposition à ce qu'elle aime uniquement. Cet état est affreux, et malheureusement c'est celui d'un grand nombre d'impies de ce siècle; ils ne se rendent pas compte de tout cela, mais la chose n'en est pas moins ainsi.
:2I.Qiii aulem t'acil verilaleiii, venil ad lucem , iit manifestentur opéra ejus : quia iii Deo sunl facla.