‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 13 sur 63 · Car Jean n'avait pas encore été mis en prison · texte numérisé non relu

Car Jean n'avait pas encore été mis en prison

Daijs le temps que Noire Seiji,neiir (j()mineM(.a k donner le baptême dans la Judée, saint Jean se trouvait à Ennon pour conférer le sien. Le moment où Notre Seigneur allait commencer à baptiser étaii le temps le plus florissant de saint Jean. C'est pourquoi il choisit Ennon. pour baptiser cette foule innombrable qui venait à lui, parce qu'il y avait là de l'eau en abondance. Ceci était dans l'ordre de la divine Providence, qui ayant donné saint Jean pour préparer à la venue du Messie , et son baptême d'eau pour préparer au baptême de l'Esprit-Saint, a fait en sorte qu'à ce moment, où ce grand baptême devait être conféré par le Fils de Dieu, saint Jean fût à même d'y préparer un grand nombre de personnes par le sien.

L'évangéliste ajoute que S.Jean n'avait pas encore été mis en prison; il avait encore un dernier témoignage à rendre au divin Messie, et devait terminer le ministère de son baptême en envoyant tout le monde vers celui qui donnait le vrai baptême de l'Esprit-Saint. Cela fait, il n'a plus rien à faire sur la terre, et Dieu lui donne sa récompense; car, très-peu de jours après, il fut mis en prison et ensuite martyrisé.

25. Facta esl aulcni quaeslio ex discipulis Joannis ciim Judaeis de piirificalione.

.26. Yeneriinl ad Joannem , et dixerunt ei : Rabbi, qui erat lecum trans Jordaneni, ciii lu teslimonium perhibuisli, ecce liic, baplizal, et

25. Or il s'éleva une question cnire les disciples de Jean et les Juifs, louchant la i)uriticalion.

26' Et ceux-là étant venus vers Jean, lui dirent : JMaître , celui qui était avec vous au delà du Jourdain, et à qui vous avez rendu lérnoi-

omnes veniunt ad eum. i gnage , baptise maintenant , et tout

I le monde va à lui.

Ce mot quœsiio signifie conquisilio. Les disciples de Jean eurent une discussion sur la purification. Les uns préféraient le baptême de Notie Seigneur, et les autres soutenaient celui de leur Maître. Ceux-ci allèreni alors

voir sailli Jean et lui dirent que celui à qui il avail rendu témoignage baptisait, et (jue tout le monde allait à lui. C'était par estime et par attachement pour saint Jean qu'ils disaient cela, peines de voir que celui à qui leur Maître avait rendu un si grand témoignage, lui enlevait maintenant tous ses adhérents, oA faisait tomber sa réputation. Dieu permit qu'ils eussent ce sentiment, pour que Jean achevât son ministère et rendît un nouveau témoignage à Jésus -Christ.

27, Respoiulil Joaiincs, et dixit :

Non polosl liomo accipere quidquam, iiisi fueril ei datuiii decœlo.

27 . Jean répondit et dil : L'homme ne peut rien recevoir , s'il ne lui a été donné du ciel.

Saint Jean commence par leur montrer que ce sentiment était peu éclairé, et qu'ils avaient tort de se mettre en peine pour cela. C'est une grande leçon qu'il donne là aux ministres de Dieu qui travaillent à sa gloire, pour les empêcher de se laisser aller à ce sentiment qui vient de la nature et de l'amour propre et annonce un zèle qui n'est ni assez pur, ni assez éclairé.

« Vous dites que le peuple va à lui, cela vient de ce « que son baptême a une force et un don particuliers. « A'ous le prenez pour un homme ordinaire, il a donc « reçu un don; car il ne peut pas l'avoir de lui-même. « Un homme quelconque n'a rien qu'il n'ait reçu et s'il « a reçu le don de sanctification, il ne peut l'avoir « reçu que de Dieu seul qui le lui a donné; et si Dieu « lui donne cette mission accompagnée de ce don, « pourquoi vous inquiélez-vous de ce que le peuple « m'abandonne pour aller à lui ? Ce n'est pas là « chercher la gloire de Dieu, mais la gloire d'un homme « ou [)lutôf votre propre gloire. »

N'importe si c'est par les noires ou par 'Tautres que la gloire de Dieu se fasse, il fatit l'aimer par-

(oui oïl elk' est procurée, et ne janiciis porler envie, (ieci est surtout une leçon pour les corps religieux qui ont une certaine peine d'en voir un autre prospérer et être préféré au leur.

'28. Ipsi vos milii lesliinonium i 28. Vous m'èles témoins vousperliibelis, quod dixerim : Non siiin mêmes, que j'iii dit : ('e n'est \m> ego Clirislifs, sed quia niissus siiml moi qui suis le Christ, mais j*ai été anle illum. 1 envoyé devant lui.

Maintenant saint Jeiin répond u ses disciples par rapport à la personne de Notre Seigneur, et au fait particulier qui leur cause de la peine : « Vous savez « vou.s-mênies, et vous nie rendez témoignage de ce « que j'avais dit de moi et de lui, puisque vous dites « vous-mêmes que je lui ai rendu témoignage sur « l'autre bord du Jourdain. A'ous savez que j'ai dit « alois : Que je n'étais pas le Messie, mais que j'é- « lais envoyé devant lui pour lui préparer les voies, « alin que quand il viendrait, tout le monde le re- « connût par ma parole, et que tout le monde allât « à lui. Maintenant qu'il est venu, et qu'on suit ma « prédication, on va à lui et vous n'en êtes pas con- « tents ! Une fois le Messie arrivé, le Précurseur n'est « plus rien. Il est juste que tous abandonnent le lié- « raiit pour suivre le roi annoncé par lui. »

29. Qui habet sponsam, sponsus est : Amicus autem sponsi, qui stat, et audit eum, gaudio gaudet propler vocom sponsi. Hoc ergo gaudium meum impletuni est.

29. Celui qui a l'épouse est l'époux; mais l'ami de l'époux, qui est présent et l'écoute, se réjouit de joie, à cause de la voix de l'époux.

Celte joie est donc maintenant accomplie pour moi.

Comme ses disciples étaient étonnés que Notre Seigneur enlevât ainsi les âmes au ministère de saint Jean et qu'ils sendilaienl y attacher comme une ingratitude, .saint Jean l(Mir montre, p;ir une ((tnipii-

caisun. combioii la conduite do Nolic SeijJiieiir est juste, et que la eliose ne pouvait pas èti-e autrement. « Celui (jui a l'épouse, c'est celui qui est l'éu poux, l'épouse lui appartient, et personne autre ne « doit vouloir se l'approprier. L'<imi de l'époux, oc- M cu[)é à orner et à préparer l'épouse, pour qu'elle t( lui pJaise, n'a aucun droit sur l'épouse, mais tout ■*i ce qu'il fait c'est de jouir de la présence de l'é- « poux et de son union avec l'épouse. Il reste là « auprès de l'épouse pour attendre que l'époux vienne; <( quand il est arrivé, l'ami est là pour écouter l'é- « poux, et il se réjouit d'entendre sa voix, cette « voix qui lui annonce la complaisance qu'il met ■« dans l'épouse qu'il lui a préparée, et de ce qu'il « est là pour se l'unir. »

L'époux c'est Notre Seigneur ; l'épouse c'est l'Eglise ou les âmes qui la composent; l'ami de l'époux, c'est saint Jean-Baptiste. Cet ami, plein d'amour ])Our le divin Kpoux, reste dans l'admiration en écoulant l'Epoux divin qui vient épouser celle qu'il a eu si grand soin de préparer et d'orner; et, entendant cela, sa joie est acconq^lie, il n'a plus rien à désirer dans ce monde. L'époux est avec son épouse; il entend sa voix pleine d'expression d'amour et de complaisance pour celle que ce cher ami a si bien preparée.

« Cette joie d'ami, ajoute-t-il, que je dois avoir « est accomplie, et vous êtes mécontents de ce qui « fait le 1^1 us grand sujet de ma joie» î

i^ar ces paroles et par cette conduite, saint Jean fait une grande leçon à tous les amis du divin Epoux, qui sont chargés de lui préparer des épouses. Qu'ils siïclient que ces épouses ne leur appaitienneut pas.

mais à l'époux pour lequel ils les prépareni. Kt patconséquent, ils ne doivent absolument pas s'attirer leur affection, mais au contraire diriger tout leur amour vers leur divin Epoux, et n'en rien prendre pour eux, comme aussi ne pas mettre leur complaisance dans ces épouses du divin Epoux; mais toute leur joie doit être de voir les complaisances du divin Époux, et de le voir s'unir aux âmes, ses épouses, et parler à leur cœur. Cette pureté dans la direction des âmes est de la plus haute importance.

30. Ulum oportet crescere, me 1 30. 11 faut, qu'il croisse el que je aulem niinui. j diminue.

Les choses étant ainsi, il est facile de comprendre ces paroles que saint Jean ajoute : « Il faut que l'époux « croisse et augmente par le nombre de ceux qui se « font ses disciples, et que moi, qui ne suis que l'ace mi, je diminue, puisque tout ce que j'ai n'est pas « mon bien, mais le sien. Ce sont des épouses que je « lui prépare; à mesure qu'elles sont préparées, il faut « qu'elles aillent joindre leur époux, et par conséquent « qu'elles me quittent».

31. Qui desursum venit, super omnes est. Qui est de terra, de terra est, et de terra loquilur. Qui de cœlo venit, super omnes est.

32. Et quod vidit et audivit, hoc testatur : et testimonium ejus nemo accipit.

31. Celui qui vient d'en haut est au-dessus de tous. Celui qui est sorti de la terre est de la terre et parle de la terre. Ainsi celui qui vient du ciel est au-dessus de tous.

32. Et il témoigne de ce qu'il a vu et entendu, et personne ne reçoit son témoignage.

Il donne maintenant une autre raison pourquoi ^'otre Seigneur doit attirer tout le monde à lui, et pourquoi sa parole est si puissante. « Celui qui vient d'en haut» « le Verbe de Dieu, qui descend du sein de son Père « est au-dessus de tous; c'est lui qui est le maître de

« tout. Le Fils est plus que les serviteurs. Moi, je ne « suis qu'un seiviteur, et par conséquent le Fils venant i< d'en haut sur la terre a le pouvoir de disposer de ce « qu'il m'avait confié, et d'attirer les âmes à lui en « m'enlevant celles qu'il m'avait envoyées d'abord. « Nous autres seiviteurs. qui ne sommes que des « hommes de terre, qui n'avons aucun pouvoir, ni au- « cune autorité en nous, n'étant que delà terre comme « les autres, toute notre puissance et toute notre autorité « ne vient que d'en haut; et par conséquent, il faut que « nous nous eslimions pour ce que nous sommes, et « que nous nous conduisions commes tels : Qui est de « terra, déterra est. Quand le Fils vient, qui n'est pas « de la terre, mais du ciel, quand il vient du ciel, il est « notre maître et notre supérieur, il dispose de tout à « S'in gré, et, nous devons lui rendre tout ce que nous « lui devons: et comme nous lui devons tout, nous « devons aussi lui rendre tout : Çui de cœ!o venit. fmper « ownes est. »

Il faut observer d'abord qu'il es; dit : Qui de siirsum est. Par là saint Jean veut marquer la puissance de Noire Seigneur, comme venant d'en haut, et, par suite, maîlre di' toutes thcses. Ensuite il dit : Qui de cœ'o venit... par opposition à qui de (erra est... pour montrer que, dans leur ministère pour !e royaume du ciel, les serviteurs sont au-dessous du maître, et que Notre Seigneur est autant au-dcssns d'eux que le ciel est au-dessus de la terre.

« De plus, les hommes de terre ne savent parler « que de la terre, et s'ils parlent de choses célestes, « c'est encore d'une manière terrestre. Les connais- « sances qu'ils ont des mystères de Dieu sont très- « faibles, par figures et d'une manière terrestre, comme

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« cela no peut être aulreiueiit dans un homnje de terre, (( borné el aveugle par kii-mème. Tout ce que je vous « ai dit, ce sont des choses terrestres, des clioses qui « doivent être faites sur la terre, et je vous en ai parlé « en homme de terre qui n'a pas vu, ni entendu les « choses du ciel; mais celui qui vient du ciel rend « témoignage de ce qu'il a entendu lui-même dans le « sein de son Père. »

Il faut remarquer qu'en parlant de lui-même, il dit : De lerrà loquilur, et en parlant de Notre Seigneur, il dit : Qiwd audivit testatur. On parle, des choses qu'on a apprises d'une manière indirecte, mais on rend témoignage de ce qu'on a vu et entendu soi-même.

Et pour achever de convaincre ses disciples de la grandeur de Notre Seigneur et de sa puissance pour le salut des âmes, et pour les engager à. prendre des sentiments de foi et d'amour pour ce divin Maître, il dit tout ce qui va suivre jusqu'à la hn du chapitre. Il commence par se plaindre de ce que, Jésus venant du ciel et rendant témoignage de ce qu'il a entendu lui-même de toute éternité dans le sein du Père, personne ne veut recevoir la doctrine céleste et divine qu'il enseigne, et à laquelle il rend un témoignage si sûr et si infaillible.

Il semble que saint Jean établit ici un parallèle, qui fait le sujet de sa plainte. II semble dire : « .Moi qui « ne suis que terre et qui ne savais parler qu'en homme « de terre, tout le monde cependant me croyait et « m'écoutait; vient le Fils de Dieu, sortant du sein de « de son Père et annonçant une doctrine divine avec « des paroles célestes, et personne ne veut les croire.» Ce mot ^emo montre combien était petit le nombre dé ceux qui croyaienl. Par là il semble montrer à ses

disciples r()[»[)osilion de ses ^eIltlllle^t^ a\ec leï^ leurs. Ils se plaignaient que tout le monde allait à Jésus-Christ, et lui se plaint de ce que personne n'\ va, de ce que personne ne veut reievoii' son témoignage et croire en lui.

On peut encore entendre par ce témoignage que Notre Seigneur rend de ce qu'il a vu et entendu, sa parole intérieure dont il veut pénétrer les âmes par sa grâce, pour établir en elles la lumière et la connaissance de ces mômes vérités, par la foi qu'il a dessein de leur communiquer. C'est le témoignage le plus partait, et le plus digne du Fils de Dieu, qui puisse être rendu aux mystères de la Divinité et aux vérités éternelles: témoignage qui ne parle pas seulement aux yeux et aux oreilles extérieures, mais au plus intime de l'âme, pour lui f;iiie voir et palper la vérité de la manière la plus parfaite dont un homme soit capable sur la terre. Et ce qu'il y a de lamentable, c'est que personne ne reçoit ce témoignage divin; on se refuse dans son intérieur à la lumière qui veut éclairer, on repousse la grâce, et on ne veut pas y acquiescer. Dans ce sens, le mot accipù est parfaitement employé, autrement, on dirait mieux : croire au témoignage.

Saint Jean dit que Noti-e Seigneur rend témoignage de ce qu'il a vu et de ce qu'il a entendu. Ces deux termes voir et entendre conviennent parfaitement aux hommes qui ne peuvent pas voir ce qu'ils entendent, ni entendre ce qu'ils voient. Mais pour le Verbe de Dieu, il semble que le mot voir disait déjà tout, et pourquoi ajoute-t-il entendre/ Il veut nous faire comprendre les choses divines à notre façon et il parle notre langage. Le terme voir convient parfaitement aux vérités renfermées dans li'> perfections di^ines. qu'il

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témoigne avoii- vur^ en son Père de toute éternité. Le mot entendre convient mieux aux vérités qui tiennent aux décrets éternels du Père par rapport à ses créatures, à sps rapports avec elles et à tous les mystères que le Fils de Dieu doit accomplir sur la terre et dans le ciel , selon les mômes décrets de son Père céleste.

C'est là tout le témoignage qu'il rend. Il ne dit quece qu'il a vu et entendu de toute éternité, et par conséquent que ce qu'il voit et ce qu'il entend dans le moment oii il en rend témoignage ; ce qui rend le témoignage bien plus parfait. Cest un fleuve immense et infini qui coule éternellement du sein du Père dans son Fils ; et ce témoignage du Fils incarné est un écoulement miséricordieux et plein d'amour du Fils incarné dans les âmes de ceux qui croient en lui. Son témoignage est pur, il ne rend que ce qu'il reçoit. Quod vidii, et audivit, hoc (estatur, et cependant personne ne veut recevoir ce témoignage!

33. Quiflccepit ejiistesUmonium, signavil quia Deus verax est.

34. Qiiem enim misit Deus, vcrba Dei loquilur : non enim ad mensurain dal tteus spiritunn.

33. Celui qui a reçu son témoignage a aUeslé que Dieu est vériiable.

34. Car celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Die;:, parce que ce n'esl pas avec mesure que Dieu lui donne son esprit.

Celui qui a reçu son témoignage a par là même signé la véracité de Dieu ; il a par là participé au témoignage même de Jésus-Christ. Notre Seigneur a écrit ces vérités émanées de son Père, dans l'esprit et le cœur de celui qui les a reçues, et celui-ci, par son acquiescement et la foi avec laquelle il y adhère, signe cet écrit, et affirme que Dieu est véridique dans les choses qu'il fait enseigner, et atixquelles il fait

rendre témoignage par son Fils. (!:ir, la puiole à laquelle on souscrit ainsi, ce /.'est pas la paiole d'un homme, mais la parole de Dicu-nième, parce que celui qu'il a envoyé ne dit que la parole que Dieu lui a ordonnée. Nous autres nous rendons les choses divines par une parole humaine, mais cet envoyé donne la parole de Dieu -même et cela dans son unique pureté. Car ce n'est pas comme dans les autres prophètes et envoyés de Dieu, qui ont chacun sa mesure d'esprit de Dieu qui leur fait connaître ies vérités divines, et qu'ils sont obligés de rendre ensuite, aussi selon leur mesure, employant pour cela leur esprit et leurs manières humaines. Ici point de mesure; l'Esprit est communiqué dans toute sa [)lénitude, et rien ne se fait, rien ne se dit que par son mouvement et selon toute son inspiration; et par conséquent, celui qui a reçu cette parole et ce témoignage rend témoignage lui-même el signe que la parole divine est vraie et par là même que Dieu est véridique.

Une autre explication dans le sens du témoignage de Notre Seigneur dans l'intérieur des âmes. Quand Notre Seigneur pénètre 'ainsi dans une âme pour y présenter et tracer les mystères divins et les divines perfections, si cette àme reçoit cette grâce divine et y acquiesce, alors elle signe que Dieu est vrai, parce qu'en recevant ainsi en elle cette parole intérieure que Notre Seigneur lui veut inculquer par sa grâce, en même temps qu'il lui parle à l'extérieur, elle reçoit la parole même de Dieu. Car celui qui est envoyé de Dieu n'est pas comme les prophètes et les autres envoyés de Dieu, il paile la parole de Dieu même, et c'est cette parole qu'il met dans les âmes. Cette parole de Dieu est toujours efficace : elle renferme en

(?llt' les vérités qu'elle exprime, (^elfe divine parole, se faisant sentir et entendre dans l'intérieur d'une àme, lui présente donc les vérités, mystères et perlections mêmes qu'elle renferme, et l'âme qui y acquiesce signe et témoigne leur- vérité, et par là signe la vérité de la parole de Dicni qu'elle reçoit ainsi en substance.

Saint Jean dit : Qui accepit, signavit, et non qui accipit, signât. Ceci peut se rapporter à la plainte qu'il a faite que personne ne reçoit, ce témoignage, et il ajoute que ceux qui l'ont reçu ont signé. On peut dire aussi que c'est une manière de parler des Hébreux.

Cela peut s'expliquer encore d'une autre façon : quand Notre Seigneur parle ainsi à une âme, soit par ce témoignage extérieur, soit par la parole intérieure, l'âme fidèle qui écoute s'ouvre avec plaisir pour laisser entrer en elle cette divine parole; ce premier mouvement de l'âme est véritablement une réception du témoignage ou de la parole de Notre Seigneur; elle n'y oppose pas d'obstacle, elle le laisse entrer. L'âme est devant Notre Seigneur comme la sœur de Marthe, elle l'écoute, et ses paroles divines entrent; voilà la réception. L'âme qui reçoit ainsi cette parole divine ne reste pas oisive, mais nécessairement elle fait des -actes d'acquiescement, soit de foi, soit de chai-ité. Ces actes sont comme la signature qu'elle appose aux vérités qui ont été manifestées en elle. C'est pourquoi saint Jean dit en termes généraux que celui qui a reçu ce témoignage a signé, de suite après, la véracité de Dieu par ces ditlérents actes.

35. Pater diligit Filiuni ; et oni- I 35. Le Père aime le Fils, et il a nia dédit in manu ejus. j tout remis entre ses mains.

Il explique celle pléritude que Notre Seigneur a leçue, et cette dirtérence entre Lui et les autres envoyés. La raison en est la prédilection particulière du Père pour son Kils, prédilection qui n'existe pour niil autre, qui fait qu'il rnet en sa main tout ce qu'il a, et par conséquent la plénitude de son Esprit.

Par le mot main, il manifeste le pouvoir; il lui donne tout pour qu'il en dispose suivant son gré.

Le mot main est encore dit pour manifester la distribution; le Père donne à son Fils tout le trésor de ses mystères, de ses vérités et de ses grâces pour les distribuer aux hommes. Mais quelle est la main si puissante du Fils de Dieu, par laquelhi il distribue tous ces grands trésors à foules les créatures ? C'est sa vénérable Humanité, par le moyen de laquelle seule nous recevons tous ces témoignages, toutes ces lumières et toutes ces grâces divines. Le Père aime son Fils et il a tout mis dans cette main admirable ; c'est elle qui rend ce témoignage, c'est elle qui communique les divines vérités; c'est elle qui donne les grâces ; c'est elle qui récompense les âmes fidèles; c'est elle qui fryppera*et exterminera les infidèles, parce que c'est elle qui est établie juge des vivants et des morts.

On peut encore voir dans ces paroles le mystère de la Très-Sainte Trinité : Paler diligil Filium. La dileclion du Père pour le Fils n'est lien autre chose que l'Esprit-Saint. 11 sagit ici de la mission du Fils de Dieu sur la terre, pour communiquer sa parole aux hommes : Quem misil Deus, verha Dei loquilur. Les dons et les opérations de grâce, qui touchent les âmes et leur font lecevoir ces paroles, sont des opéraîions attribuées à l'Esprit-Saint, et c'est Notre Sei-

gneur, qui communique aux âmes cet l.sprit-Saint, dont il a la piénilude : Non enim ad mensiirani. dut Deus Sptrilum. Cette communicalion se fait par le V'eibe uni à l'Humanité sainte. C'est pourquoi S. Jean parle de la p'énitude de Tr^sprit-Sainl qui a été donné. Et alors .il ajoute la raison d'une si grande plénitude d'Espril- Saint dans celle parole annoncée et communiquée par le Fils de riiorame. Le Verbe reçoit la piénilude de i'Esprit-Saint de son Père; le Père aime le Fils de toute éternité de cet amour substantiel ; c'est ce rapport essentiel qui fait procéder le* S;iint-Esprit du Père et du Fils; et toute cette essence divine a élé mise en sa main, c'est-à-dire en son Humanité sainte, par l'union hy[)Oslalique avec le Verbe, pour être distribuée aux hommes. Tout ce que le Verbe reçoit dîi Père est atlriljué et appartient au Fils de l'homme; et le Fils de l'homme le communique à ses frères selon la mesure de cliacun.

^0. Qui crédit i:\ Filiuni. itabêti 36. Qui croit au Fils a la vio vitam ieiernam : qiji aulein iiicre- j éternelle; nidis qui r.e croil poiiil duliis est Filio, non videbit \ilam,l au Fil> no \prra point la \ie, mais sed ira Dei niariet super eum. i la colère de Dieu donieure sur lui.

C'est pourquoi celui qui croit dans le Fils, c'està-dire qui adhère et est uni à lui par la foi, a la vie étei'nelle. Notre Seigneur ne dit pas aura, mais u, parce que celui qui est ainsi uni avec le Fiis. possède par la foi tout ce qui est dans le Fils, et le Fils lui conHiiunique tout ce qu'il reçoit de son Père, et par conséquent le rend participant de la vie éternelle qu'il a en Itii dès ce monde, quoique d'une manière inférieure à la participation glorieuse. Mais celui qui ne croil pas au Fils, celui qui ne veut pas croire qu'il est le Fils de Dieu , ni au témoignage que ce

Fils rend de ce qu'il a vu dans le sein de son l*ère, celui-là ne verra pas la vie ; il ne l'a sûrement pas en lui dans ce momeni ; il ne la verra, cest-à-dire ne la possédera jamais, tant (pi'il restt'ra dans cet étal ; parce que la première chose nécessaire pour que les péchés soient remis, c'est de croire, et celui dont les péchés ne sont pas remis ne verra pas la vie; mais la colère de Dieu resteia sur lui. Elle est dès maintenant sur lui parce qu'il est couvert dépêchés; et, ne croyant pas, il ne pourra pns éloigner de lui cette colère divine, puisqu'il n'y a pas d'autre moyen pour cela que de croire au Fils de Dieu.

Il faut remarquer qu'il dit d'abord : Qui crédit in ri'imn, ce qui signifie la perfection de la foi pour posséder en soi la coiiimunicalion de la vie de Notre Seigneur ; et ensuile : Qui incredulus est Filio, parce qu'il ne s'agit ici que de la rémission des péchés, pour laquelle celte foi pratique n'est pas requise, comme il a été dit plus haut.

CHAPriRt: IV.

Jésus retourne en Galilée. Il s'entretient avec la Samaritaine, et répond à ses disciples au sujet de cet entretiin. Foi des Sawaritains. Jésus vient de nouveau à Cana. Il guérit un malade à Capharnaum.

1. Ul orgo cognovit Jp?ns qtiio cindiorniil | hiiri^œi (|iiOil Jésus pliires disci(Hilos facii, el bapiizcil, quam JoaMi.es,

2. (Oiinnqiiain J'^sns non baplizaret, sod (l.scipnli ejiis),

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