Il quiita la Judée, el s'en alla de nouveau en Galilée
Jésus savait que les pharisiens étaient déjà pleins de jalousie envers Jean, malgré la grande estime qu'ils
étaient obliges d'en laite. Il connaissait tout ce qui se passait dans les cœurs et tous les sentiments qui devaient y venir plus taid. Sachant donc que les phalisicns seraient jaloux de la gloire et de la grande réputation qu'il s'acquerrait, il se retira en Galilée, aussitôt que ceux-ci curent appris qu'il avait déjà, dès son commencement, plus de disciples que Jean-Baptiste n'en avait à la fin de sa prédication.
Notre Seigneur voulait le salut de ces malheureux orgueilleux; c'est pourquoi il les ménagea dans ce commencement. Jl se retira, afin de ne pas donner lieu à leur orgueil de résister à la grâce dès le commencement, afin de les sauver ensuite. Telle est toujours la conduite de Dieu, il nous prévient de grâces auxquelles nous devons correspondre, quoiqu'il prévoie que nous y serons infidèles, tant est grande sa bonté et sa compassion pour les pécheurs.
Par cette conduite. Notre Seigneur donne aussi une leçon à ses ministres. Il faut savoir céder aux circonstances, et quelquefois laisser un bien pour empêcher un mal. Comme aussi, quand les hommes mettent opposition à une œuvre, céder quelquefois pour un temps et revenir ensuite.
La Galilée était un théâtre moins brillant, et loin de Jérusalem; les craintes et les jalousies des pharisiens n'y trouvaient pas tant de matière.
I^'évangéliste ajoute : Quoique Jésus ne baptisât pas. Les disciples baptisaient dans l'eau, et Notre Seigneur conférait l' Esprit-Saint; la figure était exécutée par les disciples, et la réalité, qui était le baptême du Saint-Esprit, était faite par le Maîlre; les disciples baptisaient au nom de Noire Seigneur. De tout cela il i'''sulle (jur le bajilènic était celui de Noire Seigneur;
qu'on poul «lire avec vérilé que Notre Seigneur baptisait, et il baptisait réellement, quoique ce fûl de ses disciples qu'il se servît pour le matériel du sacrement. C'est ainsi que devaient faire plus tard les Apôtres : annoncer l'Évangile, conférer l'Esprit-Saint après le baptême par la confumation , et faire baptiser par leurs disciples : IS'on misit me baplizare . dit saint Paul, sed evangelizare. Notre Seigneur a voulu montrer par là, que le baptême n'est pas un ministère essentiel pour ses Apôtres qui devaient le remplacer un jour sur la terre, mnis qu'ils pouvaient faire ce ministère parleurs prêtres et leurs autres disciples.
4. Oportebal aulcm eum transire I 4, Or il lui fallait passer par la per Saniariam. J Samarie.
Il fallait passer par la Samarie; c'était un ordre de son Père qui l'y obligeait. Il y avait là des âmes inscrites dans les décrets éternels pour recevoir la divine lumière en ce moment. Jésus lisait san« cesse dans les volontés de son Père et réglait toutes ses démarches par elles. Il voyait aussi tout l'ordre et l'enchaînement des événements amenés par la divine Providence, pour en venir à l'exécution des desseins éternels de son Père sur ces âmes, et il dirigea ses pas vers la Galilée par la Samarie.
C'est une chose admirable à voir, comment la divine Providence ménage les circonstances pour l'exécution de ses desseins de snlut pour les âmes. Cela parait bien dans cette circonstance. Nous n'avons donc pas besoin de nous inquiéter tant pour le salut des âmes. Celui qui leur a prédéterminé les grâces qu'il veut leur faire, a déterujiné aussi le temps et les circonstances, et arrangera tout par le concours des évén«»nienls (jii'il amène j)our l'éxecution de ses desseins;
nous navons qu'à suivre l'exemple de Notre Seigneur dans celle circonstance, être fidèles à faire de notre côté tout ce qui dépend de nous, et aider la divine Providence à mesure qu'elle nous fournil les circonstances.
o. Venit orgo in civilaletn Sama- i 5. Il vint donc fiant: nne ville (t& riae qiife riicilnr Sictiar, jiixla prae- > Samarie , noniméc Sicliar, près du dium qiiod dcdit Jacob Jose[ h (ilioipré que Jacob donna a Joseph, son
SUD. I lil».
Ce don que Jacob a fait à Joseph est une figure du doii que le Père faisait à son Fils de tous ces pavs. Car Joseph était une des grandes figures de Notre Seigneur. Le vrai Joseph étant donc arrivé au moment où ce don véritable de son Père devait s'accomplir, alia en prendre possession ; et c'est pour cela qu'il s'arrête auprès de ce pré, comme pour montrer par la réalité l'accotuplissement de la figure.
6. Erat aniem ibi fons Jacob.] 6. Or il y avati là un puits de Jacob. Jésus *'rgo faligahis ex ilinere, se- Ainsi, Jésus, faligué de la route, dt'bal SIC supra fontein. Hora erat ' s'assit sur le bord d i puits. 11 était quasi soxta. ' environ la sixième lieure.
Dans ce pré Jacob donna aussi une source d'eau à Joseph, pour signifier les grâces divines qui inonderaient ce pays, et la grande source d'eaux salutaires de la grâce que le Pèie donnerait pour que; tous pussent y puiser. C'était un puits, et non une source coulante abreuvant toute seule le pays, pour montrer que, quand cette source divine viendrait, tous ceux du pays n'en boiraient pas, mais seulement ceux qui viendiaient y puiser.
Ce puits était très-profond, selon la parole de la Samaritaine (v. 11.), cela désignait le temps de l'ancien Testament, oii il était difficile d'atteindre à la source de vie, qui devait paraître ensuite dans le pay^
pour aplanir les diflicullés el verser à pleines mains à ceux qui y venaient puiser. Ce puiis élait profond avant la venue de Notre Seigneur.
Hora erai ^xasi sej.ia: f*) la sixième heure du jour ou midi à peu près est la figure de la lumière el de la chaleur que le soleil de justice commençait à répandre avec profusion. Alors la source d'eau vive ne reste pas au fond du puits, elle n'est plus si éloignée, ni de si diflicile accès; mais elle daxient à la portée de tous ceux qui veulent y puiser.
Scch'bcU stc supra fontem : .îésus se met sur la fontaine pour manifosler que c'est lui qui est la véritable source et que la figure doit désormais disparaître poui- faire place à la vérité.
La fatigue que Jésus éprouva peut signifier ce qu'il éprouvait dans les travaux que ses membres, pendant tout le temps de l'ancien Testament, étaient obligés d'entreprendre pour arriver à la source de vie; et ce repos qu'il prit peut marquer le repos des âmes qu'il devait posséfler dans le nouveau. Celles-ci n'ont plus ces pratiques multij)liées et pénibles pour arriver à lui; mais elles reposent dans son sein, et se délassent en buvant de ses eaux vivantes, des fatigues de la vie naturelle et des penchants de la chair. L'évctngéliste appelle ainsi l'ancien Testament et ses pratiques laborieuses (i(er, exidnere), parce qu'en efiet ce n'était qu'un chemin transitoire et inutile par lui-même, par lequel ii fallait aller au .Messie futur: car comme dit saint Paul, les anciens n'ont pas plu à Dieu par les pratiques, mais par la foi, par conséquent les pratiques n'étaient qu'une voie qui n'avait rien de la réali:é.
• *)(i'étail au mois d'Avril ou pnviron, piiiscjup c'élail quatrp mr,!< av.iiil l,i moisson; /•niniiip il PSl (lit. plus loi».
On peut expliquer celle l'aligne du dieinin par la peine que Notre Seigneur éprouve de i'éloignemenl des âmes, qui ne veulent pas venir et ne le peuvent pas même, tant elles sont enlacées dans leurs mauvaises affections, et tant leur volonté est faible. Il faut que Notre Seigneur aille courir après elles pour les chercher, et c'est cette fatigue qu'il veut manifester. Puis s'il se repose sur la fontaine, cela veut dire la consolation de son cœur dans la grâce qu'il répandra dans une multitude d'âmes, lesquelles seront fidèles à avoir recours à lui, et que son Père lui attirera, après qu'il aura couru après elles pour les amener.
Cependant la fatigue corporelle du chemin fait à pied était réelle. Notre Seigneur aurait pu ne rien souffrir de la fatigue, car il dépendait entièrement de lui d'être lassé ou non; mais il voulut, dans celte circonstance, éprouver cette lassitude, afin de s'en servir pour l'accomplissement des desseins de son Père sur la Samaritaine, qu'il savait devoir venir à cette fontaine en ce moment, par la science qu'il avait de toute la conduite de la divine Providence de son Père. C'est pour cela qu'il se fatigue, c'est-à-dire afin de pouvoir se reposer sur ce puits, pour y recevoir la pauvre femme, et prendre occasion de la fontaine pour lui parler des choses célestes pour son salut.
Cette fatigue était d'un prix infini devant son Père, pour mériter à cette femme la grâce de la rémission de tous ses péchés. On voit ici une bonté admirable dans tout l'enchaînement des choses, pour favoriser le salut de cette âme. Il a fallu que Notre Seigncuiarrivât à la sixième heure, temps où les Apôtres devaient aller chercher de quoi manger. Et encore, par un effet extraordinaire do sa miséricoide, il inspire à
ses Apùli'cs (le s'en dWvi tous, de itianiciti qu'il ne reste personne, alin de pouvoir prendie facilement occasion d'entrer en discours avec cette femme pécheresse en lui demandant de l'eau , et de pouvoir lui dire sans difficulté les choses qu'il avait à lui dire.
7. Venit millier do Samaria hanrire aquam. Dicit ei Jésus : Da mihi bibere.
8. (Discipuli enim ejus abierant in civitatem ul cibos emereiU.)
7. Or une femme de Samarie vinl puiser de l'eau. Jésus lui dit : Donnez-moi à boire.
8. (Car ses disciples étaient allés à la ville actieter de quoi manger.)
Une femme Samaritaine vient en ce moment à la fontaine pour puiser de l'eau. La divine Providence l'amena là en ce même moment pour son salut ; quoiqu'elle fut femme et samaj-itaine, Notre Seigneur ne dédaigna pas cependant de lui adresser la parole, d'entrer dans une sainte conversation et de lui enseigner une doctrine divine. C'est une chose remarquable. Notre adorable Maître met plus de complaisance à annoncer les vérités éternelles à cette femme pauvre, dégradée par le péché, déciiéc parmi tout son peuple» étrangère et méprisée par les Juifs comme samaritaine, qu'à Nicodème , juif pieux, docteur de la loi et prince du. peuple de Dieu. Il découvre plus de vérités à cette pauvre fenime qu'au prince du peuple, qui vient cependant avec de bonnes intentions , et il parle à cette femme plus clairement et plus nettement qu'à ce docteur.
Jésus, mon très-adorable Seigneur, je suis, moi aussi, misérable, méprisable aux yeux des hommes et de toutes vos créatures; je viens aussi puiser de l'eau , mais de l'eau céleste à la fontaine de mon très doux Sauveur: découvrez-vous à moi aussi, et apprenez-moi ce (ju'il faut que je fasse pour faire ce (pii est
agréable à vos yeux et aux yeux de votre Père céleste.
Que la sagesse de la croix est différente de la sagesse du monde! Si les pharisiens avaient vu et entendu ce qui s'est passé dans celte circonstance, ils auraient trouvé beaucoup à redire et à mépriser dans la conduite de la Sagesse éternelle. On voit bien que cette divine Sagesse veut condamner solennellement la sagesse humaine, qui préfère ce qui est grand à ce qui est petit, et qui juge souvent tout à l'opposé du Fils de Dieu.
Jésus, pour entrer en conversation avec cette pauvre femme, précisément sur la matière dont i! voulait lui parler, et qui est analogue à l'objet de sa demande, lui demande à boire. 11 n'avait pas besoin de boire, ni de manger; ces besoins ne lui venaient que quand il les appelait. Il n'était pas si pressé de buire, pour en demander à cette femme en l'absence de ses Apôtres; il pouvait boire de cette eau vive de réternelle source de son Père; mais il veut sauver cette femme et plusieurs avec elle; et c'est pourquoi il lui fait cette demande.
Mais quelle était cette soif? Il y avait un sens caché sous ces paroles, que cette pauvre femme ne comprenait pas. Jésus avait soif de cette âme misérable, il avait des désirs ardents de l'attirer à lui, pour l'unir à lui par la foi et l'amour divin, comme un homme qui a soif attire l'eau pour l'élanchi-r. Sa soif était encore d'accomplir la volonté de son Père, et il Jil à cette femme de lui donner à boire, de se rendre aux sollicitations intérieures que son divin Esprit ira lui faire, afin que le Fils puisse accomplir les volontés adorables de son Père pour son salut, ,
9. Dieil ergo ei niulier illa Samariiana ; Quomodo tu, Judaeus quum ►is.biberc a me poscis, quae sum mulier Samaritaiia ? non'cnim coulun
9. Celte femme samaritaine lui n^pondit donc : Coimr.ent toi , qui es Juif, me demandes-tu a boire, a moi, qui suis une femme samari-
Uir Judœi Samarilanis. | laine? car les Juifs n'ont point de
I commerce avec les Samaritains.
Cette femme samaritaine, ayant toute la haine et toute l'opposition de sa nation contre les Juifs, ne se pressa pas de lui donner de l'eau à boire; mais elle lui dit avec étonneraent : Comment vous, qui êtes juif, vous demandez de l'eau à une samaritaine? Elle accompagnait ces paroles d'un ton de mécontentement. Elle disait cela, parce que les Juifs ne voulaient avoir aucun commerce avec les Samaritains, qu'ils regardaient comme hérétiques, par la raison que ceux-ci n'admettaient pas les traditions , et se tenaient strictement à la lettre de la loi, qu'ils avaient un temple sur la montagne de Garizim et ne venaient pas sacrifier à Jérusalem.
On peut remarquer ici la même chose que dans la conversation de Nathanaël. Cette femme est pleine de préventions et de mécontentement contre Notre Seigneur, par la seule raison qu'il est juif. Elle lui répond brusquement et sans dire Seigneur en commençant à parler. Notre très-doux Seigneur usa envers cette femme de la même bonté , et peut-être d'une plus grande encore qu'envers Nathanaël. Il continue de lui parler et surtout il lui parle en son intérieur, la touchant par sa grâce, et finit par l'attirer à lui.