Respondil Jésus, et dixit ei
Si scires donum Dei, et quis est qui dicit tibi : Da Uiilii bibere, tu forsitan pelisses ab co, et dedisset libi aquam vivam.
10. Jésus lui répondit et dit -.Si vous saviez le don de Dieu, et qui est celui qui vous dit ; Donnez-moi à boire, peut-être lui en eussiez- V ons demandé vous-même , et ii vous aurait donné d'une eau vive.
Jésus, rempli de coinpassiuii })our cette femme et brûlant de la soif de la gagner, répond à sa demande injuri- Ciiseet pleine de préventions, d'invectives, et au refus qu'elle fait do lui donner à boire : « Si vous saviez le don « de Dieu qui est en moi cî qui voi!3 est oOert par moi, « ei; si vous connaissiez celui qui vous demande à boire, « vous ne vous amuseriez pas à ces préventions, vous « verriez que ce n'est pas celte soif naturelle de boire « de l'eau qui lui fait dire cela, (ju'il est lui-même la « source d'eau vive, et qu'il vous demande seulement « à boire pour vous combler du don de Dieu, qu'il a « reçu pour vous de son Père céleste. Si vous con- « naissiez cela, vous lui demanderiez peut-être vous- « même à boire , et il vous donnerait sûrement de « l'eau vivante ».
Si le sens de la première demande de Noire Seigneur était, qu'il demanda spirituellement à la Samaritaine qu'elle lui donnât son âme, pour la soif ardente qu'il avait de la remplir de grâces et de la donner h son Père céleste, alors Notre Seigneur lui parle ici dans le même sens. Seulement, il lui explique un peu davantage la chose, afm de glisser peu à peu cette vérité dans cette âme, qui a toujours été éloignée de Dieu et Irès-ignoranle des choses spirituelles. « Si vous K saviez le don de Dieu qui vous est otfert par les pa- « rôles que je vous ai dites; et si vous saviez quel est « celui qui vous fait celle demande, c'est-à-dire le « Fils tout-puissant du Père, vous auriez peut-être « plutôt demandé à boire vous-même; vous seriez peut- « être entrée dans ces désirs ardents d'une âme qui se « livre à moi et qui a des soifs et des ardeurs exlrê- ^ mes; vous m'auriez peut-être demandé les dons et ". les '2;râces. dont vous auriez connu le prix, et que
V vous auriez su èlœ lmi moi conmie iliuis Imir source; « et (le mon côté, je vous en aurais i-empiie. »
11 faut observer que Noire Seigneur (]'il peut-être . forsitai}. quand il s'agit de la demande que la femme aurait laite, et il aflirme avec certitude quand il s'agit de ce qu'il accorde à celte demande. L'amour incompréhensible de Notre Seigneur poui" nous est plus grand que celui que nous avons pour nous-mêmes. Il n'est pas sur ({ue nous demandions, mais il est sur que nous obtiendrons dès que nous demanderons,
.Mais quelle est la raison pour la(|uelle Notre Seigneur dit à la Samaritaine, d'un ton d'incertitude, qu'elle aurait demandé, quoiqu'il sût la chose d'une manière certaine? Ce doute ne tombe pas sur Notre Seigneur, mais sur la nature des choses, c'est-à-dire sui" l'état des âmes. Il ne dit pas : «.Te ne sais pas si...» mais il dit peut-être.... Ce peut-être tombe sur l'action de la femme. En elle la chose était incertaine, même supposant qu'elle sût le don de Dieu, et quel était celui qui lui demandait à boire.
Pour expliquer cela, il tant savoir qu'il y a deux genres de grâces que Notre Seigneur donne aux âmes pour les attirer à lui : des grâces de lumière pour l'esprit, et des grâces pour échauffer et fortifier la volonté. Les premières sont toujours accompagnées de quelques grâces, pour porter la volonté vers la chose vue par l'esprit ; de manière qu'il arrive qu'une âme, dont l'esprit voit la chose, sent sa volonté se rendre. Mais il y a des âmes qui sont arrêtées fortement par les penchants de la volonté et qui tiennent aux plaisirs de la terre; celles-là résistent souvent à cette première grâce de la lumière dans l'esprit. Si Dieu les veut, il faut qu'il fasse un nouvel assaut à la volonté
et qu'il y verse un surcroît abondant de ses grâces. C'était l'état de la Samaritaine. Elle avait des obstacles des deux côtes : du côté de l'esprit, par la prévention et le mécontentement; du côté du cœur, par les attaches aux plaisirs et par les habitudes mauvaises. Voilà pourquoi Notre Seigneur lui dit : « Si vous sa- « viez ce don de Dieu, et quel est celui qui vous de- « mande à boire, vous ne vous laisseriez pas aller à la « prévention et au mécontentement, et, de ce côté- « là, vous seriez de suite portée à avoir recours à ce- « lui qui vous parle». Car ces connaissances auraient par le fait rompu les obstacles de l'esprit. Cependant il dit : peut-êire . à cause des attaches de la volonté , qui restaient encore à combattre, et contre lesquelles il faudrait un nouvel effort de la grâce divine. Cet effort eut lieu , comme on peut le voir par la bouté extrême avec laquelle Notre Seigneur poursuit son discours avec elle, et par les effets que ses divines paroles produisirent.
1 1 . Dicit ei millier : Domine , neque in quo iiaiirias habes, el puleus alUis esl ; unde ergo habes aquani vivam i^
12. Nnmquid tu major es paire nostro Jacob, qui dédit nobis pnteum, et ipse ex eo bibit, et filii ejus, et pecora ejus?
11. La femme lui repartit : Seigneur, tu n'as pas même avec quoi puiser, et le puits est profond ; d'où auras-tu donc de l'eau \ive?
12. Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et qui en a bu, lui, ses enfants et ses troupeaux?
Notre Seigneur, à mesure qu'il parlait à cette femme pécheresse, touchait son cœur par sa grâce intérieure et l'éclairait peu à peu. Elle commença à avoir quelque lueur de la vérité, mais c'était si peu de chose, qu'elle ne comprenait rien à ce que Notre Seigneur lui disait. Seulement elle soupçonna qu'il y avait quelque chose de surnaturel là-dessous; elles sentiments de son cœur le lui devaient dire assez. Voilà pourquoi elle lui dit :
« Seigneur, vous n'avez pas de quoi puiser de l'eau, « et ce puits est profond, et par conséquent ce n'est « pas de ce puits que vous voulez me donner de l'eau « vive; et où pouvez-vous donc prendre cette eau vive « que vous voulez me donner? Vous parlez donc d'une « eau miraculeuse, que vous voulez me donner? Et « cela syns creuser et sans vous donner aucune peine? « Êles-vous donc plus grand que Jacob, qui nous a « donné ce puits en creusant profondément sous terre?» On voit une âme attentive à toutes les paroles de Notre Seigneur, qui ne perd aucune des circonstances dans lesquelles les divines paroles lui étaient dites. Elle ne les comprend pas bien ; mais on voit qu'une petite lumière commence à la frapper; elle voit que c'est d'une eau miraculeuse qu'il s'agit; c'est ce qui lui fait dire : Numquid tu major es elc. ? et son cœur est touché; les préventions d'une samaritaine contre un juif sont tombées. Elle lui parle avec respect et nvec affection de cœur : Domine — II paraît bien qu'un autre trait l'a éclairée encore, c'est que Notre Seigneur veut lui donner cette eau avec un amour désintéressé, sans en boire lui-même. Elle commence à voir qu'il ne lui avait demandé à boire que pour lui en donner. Voilà pourquoi elle lui dit, dans son étonnement, que Jacob, en leur donnant ce puits, commença par en boire lui-même, lui, ses enfants et ses bestiaux.