Jésus répliqua el lui dit
Quiconque boil de ceUe eau aura encore soif; au contraire, qui boira de l'eau que je lai donnerai, n'aura jamais soif;
Après avoir jeté ces premières lueurs de la vérité dans son esprit, et après avoir rendu cette âme plus docile et plus attentive à sa divine voix, notre aimable
.Maîlro Vil plus avant. , donne plus d'élendue et plus de clarté à cette divine lumière de sa grâce; et en même temps donne le mouvement à la volonté, pour la faire tendre et se porter avec ardeur vers cette eau salutaire qu'il désire tant lui accorder. Cependant c'est toujours sans lui donner une lumière claire de la cliose, jusqu'à ce que cette ânie soit entièrement changée. IMais par là il la dispose et la prépare à cette grâce parfaite.
C'est ainsi que la sagesse divine va par degrés avec les âmes, pour les faire parvenir à la consommation de sa sainteté et de son amour. îl donne une première grâce à laquelle nous devons être fidèles; si nous le sommes, nous en recevons une plus parfaite et à mesure que nous répondons à ces divines grâces, à mesure aussi notre divin bienfaiteur avance, jusqu'à ce que nous soyons entrés dans le sanctuaire de son divin amour; et alors il ne garde plus de mesure, il se donne et se communique avec une ricliesse et une profusion qui surpasse tout sens. C'est ainsi qu'il a agi avec la Saujaritaine; à mesure qu'il avance, il l'éclairé de plus en plus, la dispose toujours à lui donner des lumières plus amples. C'est pourquoi il lui dit ; « Celui qui boit de cette eau matérielle '( qui vous a été donnée par Jiicob, a tout de môme « soif ensuite; mais l'eau vive que je donne n"est pas u comme celle-là. Ceux qui en boivent, n'ont plus « soif, non seulement dans ce luonde mais pendant « toute l'éternité.
Pour comprendre pourquoi Notre Seigneur fait si souvent cette comparaison du manger et du boire quand il parle de la conununication de sa grâce, il faut savoir que notre âme n'a rien en elle-même pour
se satisfaire; elle est couinie lai vase vide qui ne peul se remplir que de choses élrangères à elle. Dieu nous a créés de celle majiière, a(in de nous remplir lui-inéme et de nous communiquer sa propre vie et ses propres perfections, dont nous devons jouir un jour de la manière la plus parfaile, comme dit S. Jean dans une de ses épîtres : Similcs ci crimiis; mais môme dès ce monde, nous avons celte vie par la foi. Pour cela, il faut que notre àme tende vers lui de toutes ses puissances. Dès l'origine elle a été créée de la sorte, et tout le temps de l'innocence , l'homme jouissait ainsi de Dieu; il tendait saris cesse vers lui, et était dans une dépendance entière de Dieu. Le j)éch6 ayant rompu le lien entre Dieu et l'homme, et fait que l'homme, au lieu de remplir son àme de Dieu el de ses divines beautés, voulut se suffire a soi-même, ce qui est marqué par ces paroles du tentateur : Vous serez comme des dieux qui vous suffirez à vous-mêmes l, Dieu se relira, et l'homme tomba d;)ns un vide et un besoin affreux; pai-ce que Dieu, par là-n^ème qu'il nous avait créés pour être ainsi sous sa complète dépendance dans toute l'étendue de notre être et de foules ses puissances, nous a imprimé ce besoiji d'avoir de quoi satisfaire notre âme.
Ce besoin el ce vide sont parfaitement représentés par la faim, parce que notre âme, n'ayant pas d'objet pour se nourrir et se sustenter, est dans un état extrêmement violent et dans une grande défaillance. De ce vide et de ce besoin que nous éprouvons d'avoir un objet pour nous satisfaire naît un désir brûlant et une tendance ardente vers un objet queIconq#ie qui puisse nous satisfaire en effet.
Ce désir et celle tendance sont comparés à la soif,
qui produit les mêmes effets dans le besoin de la boisson. Depuis (|ue le péché réside dans notre chair, notre àme, n'ayant plus cette pente naturelle vers Dieu pour chercher à rassasier sa faim et à étancher la soif de ses désirs, cherche à les satisfaire dans les créatures ou en son amour-propre, étant trompée en cela par ses sens et par les impulsions des appétits déréglés de la chair.
Mais Notre Seigneur étant venu , il renoue notre union et nos rapports avec Dieu, devient lui-même le trésor et la source de ce qui peut satisfaire notre faim et notre soif, tandis que les choses naturelles ne peuvent pas les satisfaire; parce que toutes ces choses ne portent un petit soulagement fsi toutefois on peut appeler cela soulagement) qu'à nos sens par les plaisirs, et à l'imagination par les richesses et l'orgueil. Mais tout cela n'atteint pas l'àme, et ne lui communique rien de réel, dont sa faim puisse se nourrir et sa soif s'étancher. Aussi, dès qu'on a reçu ces objets qu'on pense devoir nous satisfaire, on a aussi soif et aussi faim qu'auparavant. C'est ce que Notre Seigneur dit ici à la Samaritaine : « Pour ce qui est de cette eau ma- « térielle dont vous me parlez et que vous avez reçue « de Jacob, vous avez beau en boire, très-peu de « temps après vous avez soif comme auparavant »; et par ce défaut, il figure les biens de la terre; «mais « celui qui boit de l'eau que je donne, celui-là n'aura a plus jamais soif. Cette eau céleste entrera dans son « àme, la pénétrera tout entière en la rafraîchissant, « la consolant et la satisfaisant dans tous ses besoins» <■ et cela, non seulement dans ce monde, mais encore « pendant toute l'éternité», comme Notre Seigneur va le dire au verset suivant.
Notre Seigneur dit que ceux qui boivent à la fontaine divine de sa grâce n'auront plus jamais soif, et cependant plus une âme reçoit de lui de grâces et d'amour, plus elle est brûlée du désir de l'aimer davantage, tellement qu'une grande preuve d'un grand degré d'amour dans une âme, c'est lorsqu'elle a des désirs plus ardents de la possession de Notre Seigneur. Mais il faut savoir qu'il y a une grande différence entre ces deux désirs.
Le premier est celui d'une âme vide et dans le besoin ; son ardeur est une ardeur de douleur inquiète pour tendre vers l'objet qu'elle n'a pas. Son désir vient de l'absence de bien et de la misère, et son ardeur, du défaut de rafraîchissement, du besoin et de l'inanition où elle est. C'est là véritablement la soif avec tous ses effets. Mais le second désir est tout-à-fait différent. Il ne vient pas du vide ni du besoin ; ce n'est pas la misère et l'absence du bien qui la causent, mais au contraire ce sont, pour ainsi dire, les embrassements du bien admirable qu'on possède. On voit ses beautés ravissantes, et l'âme s'épuise en désirs vers lui. Elle le possède et l'embrasse avec des ardeurs inconcevables, et veut en jouir encore davantage ; excès de jouissances qui sont réservées pour l'éternité.
Os désirs, loin d'être douloureux, sont pleins de délices et de délectation, non imaginaires, mais trèsréelles et substantielles. Et si quelquefois ils sont accompagnjés de douleurs, ces douleurs sont si délicieuses qu'on ne les donnerait pas pour toutes les joies du monde. C'est pourquoi cette espèce de soif n'est pas une soif semblable à la soif naturelle, dans toutes les circonstances et les accidents dont elle est ac-
compagnée. Toute sa ressemblance avec elle consisteen ce que c'est une tendance ardente vers un objet désiré, mais pleine de boiiheur dans la possession du bien désiré.
1i. Sed aqua quam ego diibo ei, | U. Mais l'eau que je lui donnerai fiet in 80 foiis aqiue salionlià in vi- I deviendra en lui une fontaine d'eaii lam aelernani. 1 jaillisï^ante jusque dans la vie cler-
I neile.
Notre Seigneur explique maintenant comment celte eau vive qu'il donne à ceux qui viennent à lui, étanche la soif jusque dans Téternité. Cette eau de la grâce, que le divin Sauveur met dans notre âme, devient en nous une source qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle. Celte .grâce qui est en nous devient la source de notre gloire. Ainsi, cette dernière eau a deux admirables qualités : la première, d'être vivante pour nous sur la terre, de nous rafraîchir et de nous remplir ici-bas; et la seconde, de devenir en nous une source pour nous abreuver pendant toute l'éternité.
Les grâces divines que Notre Seigneur nous communique sur la terre, deviennent notre propre substance; elles nous communiquent, par la foi, la s:»inteté de Notre Seigneur, ses vertus, ses dispositions et sa vie, et nous rendent participants à ses mystères ; elles font de tous ces biens divins, dont Notie Seigneur est le grand trésor, comme une propriété appartenant à nos âmes , qui en jouissent dès cette vie. Et quand le jour de la gloire arrivera, ces biens divins, que notre âme possédait réellement et véritablement et qui sont comme sa propre substance, et qui étaient cachés sous le voile de la foi, paraîtront alors sous un tout autre aspect; le voile tombera et toute la splendeur de la gloire de Notre Seigneur paraîtra en nous.
C'est de cette manière que cette grâce, qui a une qualité rafraîciiissantc pour nous sur la terre, devient cette source admirable de la vie de gloire. Cette eau même que Notre Seigneur nous donne ici-bas, rejaillira avec une grande abondance et avec un éclat éblouissant diins toute l'élernité. Elle nous a rendus semblables à Jésus-Christ sur la terre par la grâce, elle téra de nous d'autres Jésus-Christ dans le ciel par l'éclat de la gloire : Fulgehuut justi sicut sol in regno Palris eor«</n ( Maltli. xni. 43 j ; ils auront l'éclat du soleil ii:ènie,qui leur communiquera cette splendeur, c'est-à-dire Jésus-Christ môme.
15. Dicil ad eum millier : Domiio, dii niilii hanc nqiiiiiii, ni non siliam neque veniam hùc liaurire.
1/). L:) f(>niinc lui (lit : Seigneur, dont'.e-nioi de i-clle l'aii, afin (]ne jo n'aie [.lus soif, et que je ne vienne (joinl puiser ici.
Les paroles que notre adorable .Alaîtrc vient do prononcer et les grâces intérieures dont il les accompagnait, eurent l'eflét qu'il voulait produire. 11 ne voulait pas encore éclairer parfaitrment cette pauvre âme, il voulait seulement jeter une cerlairie lumière confuse dans son esprit, parce qu'elle n'élait pas encore assez disposée pour recevoii- une parfiute hunière et n'en était pas capable, il voulait en outre exciter ses désirs pour celte eau salutaire, dont il lui taisait seulement entrevoir la beauté et l'excellence. Ces paroles et ces grâces intérieures la touchèrent, et elle entra dans un désir plein d'amour d'avoir cette eau qu'elle .voyait bien être quelque chose d'extraordinaire, quoique pensant grossièrement qu'elle l'empêcherait d';iv<)ir cette soif matérielle. Elle dit donc avec un épanchement de cœur en Notre Seigneur et en portant son âme avec amour veis lui fce qui est
exprimé par les mots dicit ad eum; elle ne dit pas dicit ci, mais ad eum, ce qui annonce cet épanchement de son âme vers lui) : « Seigneur, donnezmoi cette eau. » Cet amour était cependant très-imparfait, comme ses vues et sa lumière spirituelles l'étaient; elle désirait par intérêt et pour s'épargner de la peine. Le désir n'était pas fondé là-dessus, mais plutôt sur la grâce qui la touchait, cependant des vues d'intérêt s'y mêlèrent.
Ces paroles : Ul non veniani hùc haiirire, montrent le peu de lumières qui étaient en elle. Cependant, ces paroles seraient parfaitement placées dans la bouche d'une âme désireuse de se donner à Notre Seigneur , et encore enlacée par les plaisirs terrestres. Elle désire ardemment se dégager de ces plaisirs et ne jouir que de la grâce divine, alors elle dit à Notre Seigneur : « Seigneur Jésus, donnez-moi « cette eau vive pour rassasier mon âme, qui, faute « d'avoir ces biens, se livre à ses passions et se « nourrit des biens terrestres; mes passions sont vives, «elles demandent toujours de quoi se satisfaire; j'ai « toujours soif, et n'ayant pas votre eau divine de la « grâce, je vais me jeter sur les biens de la terre, « j'y cherche des plaisirs. Seigneur, donnez-moi ff votre eau vive, aBn que mes passions soient sa- « tisfaites, et que je n'aie plus besoin d'aller puiser «f dans les plaisirs de la terre. »
Ce sens pourrait même avoir été, jusqu'à un certain point, celui de la Samaritaine, mais d'une manière bien confuse ; et, comme elle était si ignorante dans les choses spirituelles , et si incapable de démêler les sentiments intérieurs et surnaturels dont elle n'avait aucune expérience . ainsi que
le fond et la nature d'un désir spirituel, elle rendit seulement ce qu'il y avait de plus grossier dans son désir, sans pouvoir exprimer le reste, qui était trop confus dans son esprit. Pour peu qu'on ait connaissance des âmes dans ces premiers mouvements de la conversion, on sait combien elles sont ignorantes sur leurs désirs, et comme souvent .elles expriment des motifs qui ne sont pas les vrais.
Il faut remarquer qu'elle ne demande pas de celte eau, mais celte eau; sa soif était grande, son désir ardent; elle voulait être remplie, et ne se contentait pas d'en avoir un peu.
16. Dicit ei Jésus : Vade, vocal 16. Jésus lui dit : Allez, appelez virum tuum, et veni hùc. volro mari, et venez ici.
La Samaritaine demanda ces eaux célestes avec grande affection de cœur ; mais elle n'était pas encore assez disposée pour les recevoir ; elle était actuellement dans une occasion de péché, et iNotre Seigneur veut, dans les deux réponses suivantes, le lui faire sentir, et en même temps la frapper, par la connaissance miraculeuse qu'il avait de sa vie. Elle était assez disposée pour que ce miracle pût faire son effet sur elle. C'est pourquoi Notre Seigneur lui dit : « Appelez votre mari, et venez ici » comme s'il lui disait : « si vous pouvez m'amener votre mari «je vous la donnerai, » ou pour lui faire sentir que celui avec qui elle vivait, n'était pas son mari.
Notre divin Maître use d'une bonté admirable envers les pécheurs qui sont entraînés par faiblesse ■dans le péché ; il ménage cette pauvre femme et lui rappelle le souvenir de sa faute avec une douceur admirable, afin qu'elle s'en repente et qu'elle l'avoue.
(>'esl une grande leçon qu'il nous donne sur la manière de Iraiîer avec les pécheurs.