Re?pondit mulier , ol dixil
Non habeo viriim. Dicit ei Jésus :
Beiic dixisli, quia non habeo viruin;
17. La fomme rppffqiia cl dit, : Je n'ai point, de mari. Jé.>^«.'^ ajouta : Vous a\L'z bien dit : Je n'ai point de n^ari ; 18. Quinqueenim viros habuisli : 18. Car vous avez eu cinq marift, el nunc, quiMii liabes, noa esl luns: cl celui que vous avez inainlenanl vir : l)oc verè di.xisû. | n'o.<t pas voire mari; en cela vous
1 avez dit vrai.
La femme répondit qu'elle n'avait pus de mari. Elle ne disait pas de mensonge en cela; car, quoiqu'elle eût un homme avec elle, ce n'était pas son mari; elle vivait mal. Elle aurail pu venir avec son prétendu mari, puisqu'elle ne savait pas que Noire Seigneur connaissait les secrets des cœurs, mais elle avait du remords; el probablement, dans le même temps que Notre Seigneur lui adressa cette question, il lui inspira intérieureuient de bons sentiments à cet égard, et la résolution de changer.
Cependant, si sa contrition eût été parfaite, elle aurait avoué le fait et demandé pardon avec larmes comme IMagdeleine; mais cette pauvre femme était encore dans un état très-imparfait, ses lumières étaient très-médiocres. Toutefois la présence adorable de Notre Seigneur, ses paroles de grâce qui portaient toujours, sa bonté inelfable, et les douceurs eî si;avités intérieures qu'il donnait à celte âme pour l'.'ittirer, produisaient en elfel cette sainte attraction, qui l'allacha à Notre Seigneur, sans qu'elle sût encore qui il était, et sans qu'elle comprît bien ses divines instructions.
Elle eut honte de faire connaître sa vie dissolue à Notre Seigneiu-, et se contenta de dire qu'elle n'avait l)as (le mari. Oh! que cette pauvre femme connaissait peu celui qui lui parlait avec tant de bonté et tant
d'aïuouri l-^llo st^ repentait; et si elle avait a\oué ses j)écliés on se confondant devant lui, elle aurait obtenu des transports d'amour et un pardon complet; mais elle craignait de trouver la rigidité des pharisiens.
0 adortible Jésus, je sais bien que cela n'est j)as Trai, j'ai bien é|)rouvé de la manière la i)lus admirable votre bonté, votre amour, votic douceur et votre compassion tendres et. incompréhensibles pour les pécheurs les plus mauvais, tel que je l'étais. 0 Jésus! je Yeux vous ouvrir mon cœur, vous avouer tous mes crimes cl mes horribles m.échancetés; je veux m'en confondre devant vous, prosterné la face -contre terre; donnez-moi, je vous prie, votre saint v.t délicieux amour; je suis assez pécheur, j)our que vous m'ac-cordiez celte sainte faveur.
Notre Seigneur, en môme temps qu'il lui montre son péché, frappe son esprit par la connaissance miraculeuse qu'il en a, jtour fortifier sa foi. Celte âme, encore grossièie, avait besoin d'une chose semblable.
Notre Seigneur lui reproche d'avoir eu cinq maris. Ou bien ces maris étaient morts l'un apri's l'autie, elle reproche tombe sur cette incontinence, qui a été cause qu'elle s'est mariée cinq fois, et qu'après cela elle a un m;iri qui n'est pas le sien, mais probablement celui d'une îiutre femme; ou bien ces maris étaient encore vivants, et elle les a renvoyés l'un après l'autre, comme cela existait chez des peuples corrompus, où la fenjme avait, aussi bien que le mari, le droit de renvoyer par divorce. Kt il serait possible que ce droit existât chez les samaritains. Dans ce cas, le reproche était tout naturel; car, même si elle croyait de bonne foi qu'une lémme eût ce droit, il y avait évidemment du mal à en renvoyer cinq, et, après cela, à vivre avec un
étranger sans mariage, et peut-être avec le mari d'une autre femme, comme le terme tuus vir semble l'indiquer assez.
<9. Dicil ei mulier ; Domine, video, quia prophela es lu.
20. Paires nostri in monte lioc adoraverunl, et vos dicilis quia Jerosoiymis est locus ubi adorare oportet.
19. La femme lui dit : Seigneur, je vois que vous êtes un prophète.
20. Nos pères ont adoré sur celle monlagne, et vous dites, vous, que Jérusalem est le lieu où il faut adorer.
La parole de Notre Seigneur a produit la foi dans cette âme; mais elle ne semble pas avoir augmenté en elle la contrition de ses péchés. Bien sûrement, plus tard ces sentiments devinrent aussi forts que cela devait être. Après cet entrelien avec Notre Seigneur, cette femme était assez disposée pour recevoir le baptême delà régénération, et on peut croire que Notre Seigneur le lui fit donner pendant son séjour à Sichar; et une fois régénérée, elle devient tout autre qu'auparavant.
Elle dit : «Je vois bien que vous êtes un prophète». Cela montre une foi naissante, mais une lumière médiocre. Dans une même circonstance Nathanaël dit à Notre Seigneur: «Tu es Filivs Dei , tu es rex Israël t^. Quelle différence! Aussi Nathanaël était un bon Israélite , et par là déjà assez disposé à recevoir la foi , puisque l'ancienne loi était une préparation à la foi, tandis que cette femme était mauvaise, même parmi les samaritains, elle était grossière et remplie de vices. Voilà pourquoi Notre Seigneur alla par degrés avec elle, et n'amena que tout doucement sa conversion, et d'une manière faible.
Comme elle avait la foi et une véritable confiance dans les paroles de Noire Seigneur, son esprit se porta de suite vers la grande question qui occupait tant
les Sainaiiliiins cl les Juils, et elle \oulail protiter de eetle l)elle occasion {)oiir savoir avec assurance ce qu'il V avait a croire et à faire. Elle lui dit : Nos pères ont toujours adoré Dieu sur cette uiontaj^ue ï c'est-à-dire le mont Garizini , et vous, Juifs, vous dites que c'est à Jérusalem qu'il faut adorei". On voit dans ces paroles combien elle était pleine de respect devant Notre Seigneur. Klle semble s'excuser de ce qu'elle adore Dieu sur le mont Garizim , parce qu'elle sent (pi'elle est en opposition avec la tradition des Juifs; elle rejette la faute sur ses ancêtres, semblant dire : «Nos ancêtres ont fait cela», et se montre disposée à croire ce ([uc Notre Seigneur décidera.
Mais en tout ceci il y avait peu' d'instruction ; elle ne savait pas véritablement ce que c'était qu'adorer Dieu, car les Samaritains avaient encore moins l'esprit de la lui que les Juifs. Ils étaient plus extérieurs dans les devoirs qu'ils rendaient à Dieu, de manière qu'ils ^Utacliaient tout le prix de l'adoration de Dieu à cet endroit-là; partout ailleurs, ils ne s'en occupaient pas; et encore, quelle était leur adoration dans ce lieu si vénéré? Quelques actes extérieuis.
21. Dicil ei Jésus : Mulier, ciede mihi, quia venil liora, quando iieque iii moiiUî lioc, iieciue in Jerosolyinis iidorabitis Palreni.
21 . Jésus lui dit: Femme, croyezmoi, il viendra une heure où vous n'adorerez le l^ère ni sur celle niontaene ni a Jérusalem.
I.a question de cette femme prêtait l'occasion à Notre Seigneur de l'instruire de trois vérités : premièrement, sur le lieu oii Ton doit adorer Dieu; deuxièmement , sur la question de savoir si dans la diflérence de religion , la vérité était chez les Juifs ou <'liez les Samaritains ; car quoique cette femme posât seulement cette question sur la dirtérenci: du lieud'ado-
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(jou , son mlciuion lilait cependant d'èlrc inslruitc sur ftoiit Je vQ.Me. Elle pa?le de cxîtle seule diirércnce, parce Kîjirelle la croyait la plus imporlaute ce qui n'était cependant pat5 vriù. Tnoi.sRMuent sur Tadoration même, dont elle fi'îivait pas d'idée exacte.
Dans ce verset , Notre Seigneur l'instruit sur le 1"" point. Il lui fait voir (ju'on peul4\dorer D-ieu en tout lieu; et cela est tellement vrai «qu'il viendra u« temps, lui « dit-il, où vous n'adorerez ni ici, ni à Jérusalem». Notre Seigneur prend un ton très-solennel pour4ui annoncer cela. Il fixe toute l'attention de la Samaritaine, et il a besoin de fortifier sa foi s»ir ce qu'il va lui dire par ces mots : n Femme, croijez-mui » . Cela vient de ce que celte personne, aussi bien que tout son peuple, ainsi que les înifs, avaient un si grand allticliement, chacun ù son lieu particulier et déterminé pour adorer Dieu , et c'était une cbosc si extraordinaire pour eux que d'entendre dire le contraire, qu'ils s'en seraient scandalisés très-fortement. Voila pourquoi Notre Seigneur lui dit : «Femme, croyez-moi; il viendra un temps où « vous n'adorerez mon Père ni sur cette montagne ni à Jérusalem », soit parce que tous ces lieux particuliers seront détruits et ruinés, soit parce que la loi 5ei'a abolie après la mort de Notre Seigneur, et l'Église, répandue par toute la terre, adorera Dieu eu tout lieu, et lui oflVira la victime pure et sans tache sur toute la surface de la tcric-
a. Vos ndoralis q'.iod nescilis;! 22. Vous adorez, vous, -co (|ue 1105 adoiiiimis quod scioius , quia 1 vous ne connaissez point; nous, salus ex Judtcis est. nous adorons ce que nous con-
J naissons, purcc que !c Siilul vient I des Juifs.
Maintenant Notre Seigneur l'instruit sur la seconde chose, ce qui est la réponse directe a sa question ;
in —
« le» Juifs sotrt le p(3(i|)le choisi; et vous, vous ne V l'ùlcs [Kis. Lo sitlut <le tous les [«uupK s . et par cou- « séqmuit le vAtrc nit\me vieiU des Juifs. C'est [)ai ■« consé(iuent sur eux qu'a toujours veillé la divine « Providence pour la conservation du -dépôt d<j la foi. « Toutes les vriues traditions se trouvent chez euxL, « soit sur la connaissance de Dieu, soit sur les de- -K voirs (jui lui sont dûs, suit sur la nianiètK3 de les M lui rendre. Aussi, vous adorez ce que vous ne -« connuissez pas, vtRis n'av-ez p*is l<^s vraies traditions, -« vous n'avez pas les prophètes (*), vous n'<ivez que la •« loiquti vous rjo connaissez pas, parce que vous n'avez « pas les vraies traditions \\i\v ra^iport au Messie, le seul N'< salut de tous les peuples, en ({ui seul on peut reudro •« des adorations à Dieu, et à qui seuJ aboutissent toutes •« les pratiques prescrites dans la loi ; tandis que ikjus, Io « salut devant naître parmi nous, Dieu nous a conservé •« les vraies traditions et toutes les iij^ures du Messie qui •« est ce salut; ainsi nous <idorons m que nous cunnais- •« sons.»
Quoique du temps oii Notre Seigneur i^arlait, les traditions fussent bien obscurcies par les fausses traditions des scribes, quoique les Prophètes ne fussent plus bien compris parmi le peuple juif, cependant il y avilit encore moins d'ignorance parmi eux que parmi les Samaritains, li'aillours Notre Seigneur parle en ;général sur la grande discussion des Samaritains avec les Juifs, sans détermination pour le tenqis j)résent ■011 il [)arlait, voulant seulement H.ontrer que les Samaritains étaient dans la fausse voie, et qu'il ne fallait pas tenir à leurs préjugés.
De plus, Notre Seigneur se proposait de diriger
■■; Les S.îinaril.iiiis ir;i(liiK'tl,,iii ni pas les proplielcj ilans leuvs otiituns, mais - -'iikMnfM' l.i loi Ils u'jotiirni aussi b,-- u:a!luit=iiis dus Juifï. soxi: iJu V. l'ài'. j
resjuit (le cel!c femme vers le Messie, l'ayant assez disposée par tout cet entretien pour se faire connaîtrez {>Ile, comme il le fit en effet à la fin de ce discours.
23. Sed venit hora, el nunc est, quando veri adoralorcs adorabiint Pairem in spirilu el veritale; iiam el Paler taies quseril qui adorent euni.
23. Mais vient une heure, et elle est déj^ venue, oii les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont de tels adorateurs que le Père cherche.
Noire Seigneur lui donne la troisième instruction dans ce verset et dans le -suivant. Les Samaritains ne savaient pas même ce qu'ils adoraient; les Juifs savaient ce qu'ils adoraient et faisaient cela mieux, mais toutes ces adorations étaient des adorations imparfaites au moins. Les Juifs mêmes n'adoraient Dieu que par des pratiques et des figures. Tout le bien qui résidait làdedans, c'est que les pratiques avaient une signification qui figurait le Messie el ses différents mystères; el les vrais Israélites, sans piécisément en savoir bien l'explication, en vivaient une idée confuse. De plus, ces adorateurs n'étaient presque jamais de vrais adorateurs, parce que le plus souvent, dans le moment même oi^i ils apportaient leur hommage à Dieu, ils conservaient dans leur intérieur toutes sortes de mauvaises dispositions. De plus les meilleurs mêmes n'étaient pas de vrais adorateurs, parce qu'ils ne savaient jamais adorer autrement que par pratiques et figures, auxquelles ils joignaient quelques bons sentiments; il n'y avait qu'un très petit nombre d'âmes choisies et extraordinaiies qui y missent toute leur âme.
Voilà pourquoi Notre Seigneur dit : «Ni en ce lieu, « ni à Jérusalem , on n'adore Dieu comme il faudrait « le faire. Mais il viendra un temj)s où les choses chan- « gèrent de face; alors de vrais adorateurs, des gens « tout dévoués à mon Père, des hommes qui seront « tout entieis livrés à l'adoration de mon Père, ou-
(( blirrorit et perdront de vue toule (^liose créée , (ouïe « atrection humaine et tout désir naturel, et se renonv( ceront sans cesse eux-mêmes, afin de s'anéantir de- « vant mon Père, pour le faire régner seul en eux. Il « n'y aura plus rien en eux cpii tende à leur salisfaclion « personnelle, ou à leur intérêt, ou à leur propre gloire , « mais leurs âmes, avec toutes leurs puissances, seront « sans cesse prosternées devant Lui et tendront en « tout vers Lui avec un esprit de soumission et de « désir unique de sa gloire et de son règne sur elles. « Voilà de vrais adorateurs; ces vrais t'doraleurs a- « doreront mon Père en esprit et en vérité. Ils l'ado- « reronl en ùsprit, et non par des pratiques extérieures, « ni même par quelques sentiments qu'ils y joindront; « ils n'iront pas dans un temple de pierre seulement «pour l'y chercher; ils le considéreront spiriluel- « lement dans les âmes, comme un roi dans son part lais et conime un Dieu dans son temple, et c'est « là qu'ils lui rendront leurs hommages du plus in- « time de leurs puissances et par une prostration et « anéantissement devant la souveraine Majesté qu'ils « verront vivant et régnant en eux».
Notre Seigneur n'a cependant pas voulu condamner la pratique d'aller adorer de préférence dans un lieu qui lui serait consacré pour cela, puisque ces vrais adorateurs dont il parle, les apôtres et les premiers disciples, étaient sans cesse dans le temple pour prier, mais c'est la manière qu'il condamne, c'est-à-dire ces idées purement extérieures, et ces pratiques toutes corporelles dans les Qhoses divines et les premiers devoirs de la religion envers son Père céleste.
Us adoreront en vérité : en d'autres mois : « (^es dc- « voirs qu'ils rendront à mon Père n'existeront pas
i' seulement J.ms l'idée et par te rservtiment; mais ce - géra \h le fond et la disposition! réelle et conlinuelle « de leurs Ames, qui sont dans une continuelle et par- « ^aife soiunission et ané-anti,ssen?ionl de toutes leun& ' pnyssîinces à mon Père».
On peut encore dire en esprit, par inspiration de rKspnt-Saint. Leurs adorations se feront dans l'Esprit- Saint, comme dit saint Paul : «PEsprit-Saint prie en nous et cïte : Mo» Père.» Et m vérité, en unissant ses. adorations avec celles du Fils de Dieu , c'est par là qu'elles s^ont faites dans !a vérité éternelle du Père. C'est en adorant ainsi dans l' Esprit-Saint et en union avec le Fils de- Dieu, que nos adorations sont véritables; car tmi te- prière ei a-doration qui n'est pas- dan». l'Esorit-Saint n'esl; pas véri.able. Ainsi;, les vrais adoraleurs sont ceux qui adore^^t dans l'Esprit-Saint.
Cas deux explications sont la même chose, car les. senfiinenls et dispositions exprimés r>ar l'adoration et marqués dans la première explication, ne sa.uraient exister, dans la pratique,, que par la g:ràce du Saint- Esprit, et pai- l'union avec le Fils-, qui produit ainsi en nous ses propres sentiments et ses p*"opres dispositions. De notre seule nature en effet nous serions a janKiis incaptibles de produire ou d'avoir des sentiments, eî des disjK)sitîons si parfaites. (]e n'est que de Notre Seigneur, le souverain adorateur de son Père, que nous pouvons les tenir, par son divin Esprit.
« Car won Père chertlte ceux-là. Non seulemeni « ceux-là lui plaisent, mais il les cherche; tout ce « (pi'il a fait jusqu'à présent n'est que pour arriver «< à trouver enfin ces âmes privilégiées; toutes les. « communications qu'il a eues, avec les hommes jus- « qu'à présent élaient po»ir trouver eniin ceux qui V l'adoreraiQUt en esprit et en vérité. Il en a trouvé
« un hicri [Mitit nf)niil)i<r jnsiiu'à proscrit, nuits IfuMirv « vieiidia où i^ en (n>tiv(Ma. »
(iC u'csl jKis eux ffu'il cherche ; ils n'ont pas }i,Tan(i prix (levant lui par eux-mômes, niais c'est la r(;sseniblancc avec son Fils-, ou phi tôt ce sont les sentiments et les dispositions d'adoration de son Fils qu'il aime en eux, dans lesquels il se complaît et (|u'il cherche. Notre Seigneur dit la/es et non pas eas ou ipsos. Taies indicjue un rap|x»rt avec l'objet dont on a parlé, et q»ii est la chose princi|)4ile, l'objet véritable de la recherche. Il cherche ceux qui ont en eux cette adoration de son esprit et de sa vérité, non pour eux mais pour cette adoration en esprit cl en vérité.
24. Spiritiis esl Dons; et eo!^ cjim » 24. l>ieu csl esprit, et ceox qm adorant etini, in spiritu et vcriluto l l'iidorent doivent l'adorer en esprit oporlet adoraro. f et en vérilé.
L'adoration esl un lapport de notre i\me avec son Dieu comme avec son (Créateur» rap[)orl par lequel elle lui rend ce qui lui appartient en elle. Or, Dieu est un esprit, et pai- conséquent les rapports avec lui doivent être, non des pratiques extérieures, ni des effets des sens, mais des rapports spirituels; car tout rapport avec Dieu suppose union avec lui : union de la créature avec son Créateur et en confoi-mité avec sa qualité de Créateur et notre qualité de créature; car c'est là l'adoration. Or, pour qu'il y ait union avec un esprit pur, il faut que le rapport soit spirituel. Les animaux qui n'ont rien de spirituel, ne peuvent pas être en rapport d'union avec Dieu, ni lui rendre leurs devoirs. Cela n'est possible qu'à la nature angélique et à la nature humaine, que Dieu a créées avec un es[)rit l'ait à son image et à sa ressemblance, afin qu'elles puissent
,yj.
élic e:i œ rappori d'union avec Lui, poui lui reiuli'e leurs devoirs d'adoration ; adoration qui, par conséquent, doit partir de l'àme et résider uniquement là.
Et s'il est nécessaire que cette adoration soit en esprit, c'est-à-dire, que ce soit Tàme qui rende ces devoirs au Père, il faut aussi qu'elle soit en vérité, c'est-à-dire, que toutes les puissances de l'àme y prennent part, pour être en soumission de religion devant Dieu et dans le dévouement de la créature au Créateur. Dieu est un esprit, il nous a créés pour être adoré par nous en esprit et en vérité; il faut que cela se fasse ainsi. Voilà pourquoi il cherche de tels adorateurs.
Notre Seigneur appelle ici adoration tous les rapports des hommes avec Dieu , parce qu'en effet l'adoiation se trouve dans toules les vertus de la religion qui nous amènent à Dieu et nous unissent à lui, et les renferme en elle. Elle renferme la foi, <jui en est le commencement; elle renferme l'espérance, puisque; sans cela nous ne pourrions pas même lever les yeux vers Dieu, ni nous approcher (le lui ; elle lenferrae la charité qui en est comme le suc et la saveur, et sans laquelle ce ne serait pas une adoration mais un désespoir.
Les démons, en enfer, ont ce genre d'adoration, sans vertu, sans hommage, sans espérance et sans charité. Aussi c'est ce qui fait leur rage, lis sont obligés de reconnaître la souveraine grandeur de Dieu et leur bassesse devant Lui, mais ils n'ont aucune espérance de jouir de cette grandeur et ils haïssent mortellement cette grandeur adorable : Credunt et conlremiscunt.
I^'adoration <loil nécessairement renfernicr ces trois vertu*, qui sont nécessaires dans notre àme pour
unir ses trois puissances ii Celui qu'elle adoi'e. Elle renferme aussi les trois vertus inférieures, qui banissent de noire ànic les trois concupiscences. En adorant Dieu, notre ànie voit en Lui toutes ses richesses, et voilà d'où découle le renoncement aux richesses; elle le voit et met en lui tout son bonheur, et voilà le renoncement aux plaisirs; enfin l'essence (le l'adoration est l'anéantissement de soi-même devant Dieu, comme néant, et comme pécheur, si on l'est ; par suite l'adoration exige la plus parfaite Immilité et la destruction de la superbe. L'adoration renferme donc toutes les vertus de la religion et tous nos devoirs envers Dieu. C'est par là qu'on comprend conmient l'adoration faite en esprit est aussi en vérité, comme il a été dit plus haut.
El nunc est : cette heure, où l'on adorerait Dieu en esprit et en vérité, ne pouvait arriver que sous la loi nouvelle et après l'apparition du Verbe incarné sur la terre.
2."i. Dicil ci millier : Scio quia Messias venif (qui dicilur Gtirislus) ; cum ergo vcnerit ille, iiobis annunliabil omnia.
25. La femme lui dil. : Je sais que le Messie (c'est-à-dire le Christ) vient; lors donc qu'il sera venu, il nous apprendra toutes choses.
La Samaritaine ne comprit pas bien tout ce que Notre Seigneur lui disait là. Mais, comme dans toute la suite de cet entretien, elle entrevoyait quelque chose d'une manière confuse, car son esprit était bien disposé, entrant bien dans les vues de la foi et recevant tout avec docilité, la seule chose qui empêchait Notre Seigneur de lui communiquer une lumière parfaite sur toutes ces vérités intérieures ({u'il lui annonçait, c'était que son cœur n'était pas encore assez pur, et que ses affections et sentiments étaient encore trop grossiers et matériels. Elle voyait
ecfitMul.Mit qyu' cetlt^ bciire où l'on n'adoterail plu?; ni ù Jérusalem m h Garizim, et où Von adorerait en espiit et en vérité indiquait un ten)[>s en rapptM't avec le Messie. Soii esprit :-cmble confusément 6tre frappé de cela. Voilà jwurcpioi elle dit à Notre Seigneur : « Vous })arlez, là du Messie; je sai:» bien «qu'il viendra, et quand il sei'a venu, il nous ex- « pliquera tout cela; il nous dira ce qu'il faut faire; « et alors, semble-t-eilc dire, nous exé^cuterons ces- « choses. » Et e'cst là-dessus que Notre Seigneur lui; dit dans lie verset suivant :
26. Dicil ei Jesiis : Ego sam qui 1 26. Jésus fui dit : Je lo suis, inoii {oqtior tecum. j qu-i vous parte.
C'est moi qui suis le Messie, c'est moi qui vous parle. Vous savez^ que Le Messie vous annoncera (unies ces choses et qu'il vous appiendra ce qu'il faudra faire; eîi bien, faîtes ce que je vous dis,, entrez dans mes vues-; car c'^est moi qui suis ce Messie que vous attendez, je viens de vous annoncer les choses auxquelles vous voiis attendez r qui loquor tecum. N'en attendez pas un. autre; mais agissezmaintenant selon les grâces que vous avez reçues.
C'est une chose étonnante combien Notre Seigneur aime et préfère les gens simples et d'un esprit docile. Nicodème était bon, observateur de la loi, el attendant la rédeûq)lion d'Israël, et cette femme était mauvaise et étrangère, appartenant même à une secte hérétique,, et Notre Seigneur donne à celte femme une connaissance plus exacte sur sa personne qu'à Nicodème ; parce que dans Nicodème il ne trouva pas autant de simplicité et de docilité d'esprit.
Le nom de Messie qu'on donnait à Notre Seigneuiv el qui signifie ClirisUis. est tiré d'un mot grec qui
veut iViw oînl. unctus, h <:;iusc (!(; l'onction par excellence iKi Verbe (K7ns l'ilur^ianité sainte. On repré- ;>enlc toujours le.: rornrnunicalionsi de Th^spiit-Saint par KenililèiMC de riuiHo nièléc do hmuiie v.l d'aromate, (cela se îrwvo dtVja dans l'Aftcieii ïcslaïuenl), parce qwr l'huile s'insinue et péuèlre di.uccnicnl et suaven^ent dans -s objets; sur les^jucls elle esl répandue, elle les a moi! il. eî adoucit; et le baume et les aromates leur conununiqui'ut par cotte onction une odeur suave. De lueme le 'aint-Esprit s'insinue avec suavité, s'étend et se ré|)and dans les Ames, et leur con)miini(jue cette douceur, cette suavité et cette bonne oite;ir de toutes les vertus. Mais où jamais cette divine onction du Saint-Esprit cl en môme temps du Verbe divin a-t-elle pu avoir lieu avec plus de perfection oue dans Notre Seig^neur? C'est pour cela qu'on l'appelie i'Oint par excellence. D'ailleurs, c'est l^ui qui est lo seul oint de Dieu, et toutes les autres onctions no sont (ju'uno participation à la sienne. Lui, il a la plénitude, et les autres oints n'en ont qu'une |>artie. C'est pour cela qu'on l'apj>elle Oint simplcn>ent et sans addition.
27. El continiTO vencnint discipuli ojus ; el ii>iiahimtHr quia ciiiii> imilicrc loqncbatiir. Ni'ino Uimen dixil : Quid qiic'CFis , aul t^iid loqucris cum ca .
27. En même temps .ses disciplesviiirenl., cl ils s'éto-iiinaiciil de cequ'il pariait avec une femme. Néanmoins aucun ne dit : Que lui' demandez-vous? ou pourquoi pariezvous avec elleP
La divine Providence tint les disciples éloignés, aliii que leur divin Maître instruisît cette pauvre femme. Dès (pie la dernière instruction esl donnée, ils leviennent aussitôt : et coniimio. Il a failli attendre que la foi de celte femme fut fivéc en Notre Seigneur commc^ dans le Messie; ensuite ils peuvent revenir.
Les Apôtres furent étonnés de voir Noire Seigneur s'entretenir avec une femme. Quoiqu'il n'eût rien à risquer et que ce fût la même chose pour lui de s'en- [ retenir avec une femme ou avec un homme; cependant, pour donner l'exemple à ses disciples, dont la fragilité aurait couru du danger en se familiarisant avec une femme, pour leur donner l'exemple, il était delà plus grande réserve et de la plus grande austérité sur ce point. Les Apôtres, habitués à voir la conduite sévère de leur Mcfitre à cet égard, étaient dans l'admiration de ce que, dans cette circonstance, il était sorti de son habitude ordinaire. Cependant personne d'entr'eux n'osa lui demander ce qu'il avait voulu demander à cette femme, ou pour quelle raison il lui avait parlé, quoiqu'ils vissent bien qu'il y avait làdedans une raison extraordinaire.
ils avaient un si grand respect pour Notre Seigneur, que cela allait, dans certaines circonstances, jusqu'à la timidité, malgré celte douceur, cette bonté et cette complaisance extraordinaires qu'il avait sans cesse pour eux; parce que, au milieu de toute cette extrême douceur, la divinité habitant corporellement en lui, coiiime dit saint Paul , faisait toujours son effet sur eux, quoiqu'ils n'en eussent pas toujours une idée bien nette. Mnis s'ils n'osèrent pas interroger Notre Seigneur lui-même, ils n'auront pas manqué, en voyant une chose si extraordinaire, de s'en informer auprès de la Samaritaine , à la première occasion qu'ils en curent.
28. Reliquit ergo liydriam siiam millier, et nbiit in civitutom, et dicil iliis hominibiis :
29. Venite, cl videte liominem qui dixil milii omnia qiiœciinquc fcci : niimqiiid ipse csl Clirisliis?
28. La femme donc laissa là sa cruche, s'en alla dans la ville el dit aux liabilanls :
29. Venez, voyez un homme qui m'a dil, lont. ce (|iic j'ai fait : u'esl-ce point le Christ?
30. Kxierunl cigo fie civilulo, el [ 30. Us ?orlirenl donc do la ville, Teniobanl ad euni. | el ils venaient à lui.
On voit là rclTicacc admirable de la paiole de grâce qui sort de la bouche de Noti'e Seigneur. A peine cette femme a-l-elle entendu ce discours, où elle n":j compris que (rès-peu de choses, de pécheresse elle devient apôlre. Elle a de suite le même zèle que saint André et saint Philippe. Elle court annoncer l'Évangile aux habitants de son pays. Elle est si pleine et si préoccupée de ce qui vient de se passer, qu'elle laisse à la fontaine le vase qu'elle avait apporté pour y puiser de l'eau. Elle n'a plus soif, le divin Rédempteur lui a donné de l'eau vive, qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle; elle a bu de cette eau vive qui fait, qu'on n'a plus jamais soif. On voit, par celte petite action, qu'elle aurait été dans la même disposition que les apôtres; elle aurait abandonné tout el aurait suivi Notre Seigneur, s'il l'avait appelée comme eux; Elle est toute préoccupée de lui et ne pense plus à la terre.
Elle va à la ville, dit aux hommes qui habitent dans l:i ville : «Venez, et voyez un homme si extraordinaire « qu'il m'a dit tout ce que j'ai fait». Elle est comme tous ceux qui trouvent ce divin trésor; ils font ce qu'ils peuvent pour donner part aux autres de leur bonheur. (^est un effet de la chanté de Dieu qui agit dans ces âmes; c'est d'elle que vient cette activité et ce désir ardent de communiquer ce grand bonheur.
Il n'en esl pas de ce trésor comme des biens de la terre. Ceux-ci rendent égoïste. Quelqu'un Irouvera-t-il une mine d'op, il voudra s'enrichir seul et n'y rien laisser prendre à d'autres, même tout en sachant d'avance que d'autre.-? ne lui feraient pas de torl. I\lais les li-
chasses célestes \\n\\ un oO'et ^ontiaùc. D'ailiciiis un est bien sûr qu'on n'y perd rien; le Irt'sor est inépuiiiable.
« Venez et voyez, on n'a besoin que de voir pour « èlre bienliciireux- tout ce que je puis vous dire de • merveilleux: ne vous eonvaincia pas tant (pie de « le voir». Elle cherclie ù leur inspirer Ui foi {)ar la chose qui l'a frappée elle-même, et par laquelle elle commence à avoir de la foi, le miracle: «Voyez un liomme qui îu'a dit tout ce que j'ai fait ». Klle ajoute: « N'est-ce pas lui qui est le Messie? » Elle n'ose pas dire directement ; c'est le Messio, soit parce qu'étant la plus pauvre femme du pays et décriée par sa conduite elle craignait, que si elle affirmait , sa proposition ne fût rejetée, soit parce qu'elle connaissait les préventions de sa nation contre les Juifs. Elle s'y prend d'une manière ingénieuse, afin de faire croire assez pour 'qu'on aille voir, et elle était sûre que ceux qui iraient voir croiraient, parce que la foi des simples ne doute de rien. Elle ne concevait pas qu'on pût faire autrement que de se rendixi à tant d'évidence, aux charmes divins et aux grâces surnaturelles des paroles du Sauveur.
Elle s'y prend de façon à les faire au moins douter delà chose, et à exciter leur curiosité, et elle réussit. Les habitants soifirent de la ville, et ils arrivèrent lorsque les A[)ôtres eurent interrogé Notre Seigneur et que le divin Maître leur cal fait les réponses marquées dans les versets suivants : Exiernnt... cl vaiicbant... Iiitcrca rogulxinl euni discipHli.,.
31. lutorea rogubaiit oum dis- i "51. ('.t|)C'iuhiiil ses disciples le ripiili, diccp.los : lUibbi, manduca. I pnaieiH. di^iuil : Ahiiho, iiuuigcz.
32. llle auleiii diciL t|s : L'.co ci- 1 "îi. Mais il leur dit : Moi, j'ai ;» biim liiibcu rnunduccii'-' i|u(mii \C3 luaiigoi' une iiouiriluic ijuc vous ne. rioscilis. I coniiaisioy. point.
,i3. I)ic('l)aiil iTp) (ii.-*v'ipiili n<l invicriM : Niimiiiiid ;ili(jtii.s utliiJil »! niiUiJiioarc?
■\'\. Lfs (1i?r,iplos dijaioiit alors enlr« cii.\ : <i^>iiel(|i<'uii lui a-l-il ;i()- \>oi\C' j inani;er ?
Le Fils -d-tî Dieu incarne semblait devoir être exempt t<iu besoin àc num^er et <le boire; mais, étant venu .sur la terre se fiiire homme pour .sanclitier les hommes, il était convenable qu'il a.ssujettîl :i()n llumiinilé sainte -au besoin de numger, de i)oire et de dormir, aiin de i>anctifier toutes ces sortes <.ractions, auxquelles nous .sonimcs assujettis, pour que nous puissions les faire isaintemcnt cl pour nous donner rex.cnq)leeii ces choses. €ar, chacuuc de ces actions si communes et si iridiilerenles était faite jku- le Fils de Dieu d'une manière Irès-saiivtc; et de plus, en général, toutes ces actions i!-enferiiKiie«t des grâces innombrables pour nous, alin que nous j)ussions faire toutes ces actions saintement, com.iuc le Fils de Dieu les a faites.
Quoiqu'il ait bien voulu vSe soumetttxî à ces actions si tm-ck'ssous de Lui, cependant Notre Seigneur ne s'y est soumis (pie parce <pi' il l'a bien voulu, quand il l'a voulu et comme il l'a voulu. Il veut ici avoir soif, aliu de donner à boire des eaux vives et vivitiantes à la Samaritaine; après cela il n'est plus question de boire. Il envoie ses Apôtres chercher de quoi manger pour fui, alin de leur donner la belle leçon que nous allons entendre. Quaiul ils viennent al veulent lui présenter ce qu'ils ont acheté, il n'en veut plus; il a un autre repas ii prendre. Il a voulu nous être semblable en tout, «excepté dans notre péché, atin que nous eussions un Pontife qui sût compatir à nos misères, les iivant bien voulu éprouver en grande partie lui-mèn)e.
Ivcs disciples, lui ayant donc i)résenlé à manger, i! leur dit : uj'ai une ;uilie nuuiiiluie à premUc qu<
«vous ne connaissez pas, nourriUiro bien plus déli- « cieuse et plus agréable pour moi que celle que vous « me donnez là». (Vesl cetle nouniture qu'il prenait sans cesse, tandis que la nourriture corporelle il ne la prenait que par intervalle; et encore n'était-ce que par ordre de la volonté de son Père. Les Apôtres ne connaissaient pas encore cette nourriture divine que Notre Seigneur devait prendre , parce qu'ils n'étaient encore guère éclairés sur la vie du Fils de Dieu. Aussi doutèrent-ils s'il ne parlait pas d'une nourriture corporelle, et si quelqu'un ne lui avait pas apporté à manger en leur absence.
34. Dicit eis Jésus : .Meus est 1 34. Jésus leur dit : Ma nourriUire cibus ut faciani \olunlalem ejus qui | est de faire la volonlé de celui qui inisit me, ut perficiam opus ejus. j m'a envoyé, et d'accomplir son
I œuvre.
Notre Seigneur leur explique quel est ce repas qu'il a pris, et il dit «que c'est là son unique et véritable « repas, que le repas du corps est accessoire pour lui , « mais que son grand et véritable repas, sa véritable « nourriture qui lui est propre, c'est qu'il fasse la voce lonté de son Père » . Meus cibus est ne veut pas dire : j'ai eu cette fois cette nourriture, mais cela indique continuité et habitude de cetle nourriture.
On peut dire que Notre Seigneur veut montrer par là qu'il n'attache pas si grande importance aux repas, et que la chose qui est pour lui plus que la nourriture, qui lui est plus agréable que la nourriture ne . l'est au goût du palais et plus nécessaire que la nourriture corporelle ne l'est ordinairement au corps, c'est de fiiire la volonté de son Père qui Ta envoyé, parce (ju'il faut qu'il accomplisse son ouvrage, pour lequel il a élé envové.
— Kil —
Jl dit cela, en cr luunieiit, à cause des Samaritains qui allaient venir et qu'il fallait convertir, et à qui il lallait donner la foi. Il donne par là à ses ministres qui doivent continuer son œuvre un grand exemple, relativement à l'ardeur de leur zèle. Quand il s'agit de sauver des âmes, toute la nature doit être négligée, et leurs âmes doivent prendre celle bonne el admirable nourriture de faire la volonté de celui qui les envoie et d'achever son œuvre dans les âmes.
Une autre explication. Le pain céleste que Notre Seigneur recevait était la volonté de son Vl've. Ceile volonté était un pain substantiel; elle lui était communiquée pour toutes les œuvres qu'il devait faire, et pour chacune de ses actions. Notre adorable Seigneur, par la divine et parfaite correspondance avec laquelle il agissait j)0iu- l'accomplissement de cette adorable volonté, dans toute son étendue et dans toute sa perfection, en faisait sa nourriture. Il compare ici cette volonté, à l'objet dont nous faisons notre nourriture. Et comme nous, par l'action de nos organes, nous réduisons celte nourriture en substance vitale pour être distribuée à toutes les parties de notre corps, de même Notre Seigneur, par son action qui était une parfaite coriespondance et une céleste et divine fidélité à la volonté de son Père, en faisait sa nourriture; il en formait une substance; vitale, c'est-à-dire le trésor de ses grâces et de ses mérites, pour les distribuer à tout sou corps, qui sont lésâmes. Voilà pourquoi il dit : « ^h'us cibus est; mon existence! principale « est une existence spirituelle, et il faut que je me « nourrisse avec mon corps spirituel el mystique. C'est » pourquoi ma nourriture est de faire la volonté de «Celui (|ui m'a envoyé». Il ne dit pas «pour faire la
« volonté (le mon Père». ui;iis «de Celui t|i;i m'a en- « voyé», pour montrer que toute sa mission réside en cela; son Père ne l'a envoyé que j30ur former ce trésor de grâces et de mérites infinis. Et il doit l'ormer ce trésor et cette substance vitale par sa nourriture, ut ijer/îciam npus ejus . pour perfectionner, achever, compléter l'œuvre de son Père qui l'a envoyé pour cela. Et cette œuvre est de communiquer à toutes les âmes cette substance vitale, qu'il a formée en lui en faisant la volonté de son Père, et de i'}rmer par là le corps des élus, c'est-à-dire l'Eglise parfaite, qui doit durer toute l'éternité. C'est là véritablement son corps mystique à qui il communique avec une profusion admirable cette vie divine de sa gloire.
Voilà la fin dernière que son Père se propos» : Omnia propler eleclos ; même les grâces et les autres biens accordés aux âmes qui sont dans l'Eglise de la terre, et jusqu'aux méchants qui sont hors de i"Ég!ise, tout cela est pour en faire des élus; s'ils ne le sont pas, c'est de leur faute; le Fils de Dieu a toujours perfectionné l'œuvre de Celui qui l'a envoyé , ayant communiqué à chacun d'eux les grâces que son Père leur avait prédestinées ; seulement ils n'ont pas voulu en profiter.
Ainsi, Notre Seigneur dit aux Apôtres : « Vous vou- « lez me faire prendre une nourriture corporelle, qui « est fort peu importante et qui n'est pas ma véritable «nourriture, et cela dans un moment où je dois « prendre ma nourriture accoutumée, aussi nécessaire « pour moi , qu'il est nécessaire aux autres hommes « de prendre cette nourriture du cori)s quand il en «est temps.» C'était le moment de prendre cette nourriture spirituelle, parce que son Pèie voulait que
•€e rûl le liiOTuenl de lui iiineiKM- à la vie l^s S?Himrilains.
Noire Seii^iieur cHl voiunialem et non coluulaHis an pluriel, parce que I-a volonlé divine résidait en lui dans son essence el par conséquent n'était qu'une.
35. Noiine vos dicilis, quod adluic qualiior menses siinl , el niossis voiiii ? Etco dico vobis : Levalo oculos vesUcfe , et videle ros^iones, <|i!ia alba; suiU jani ad nicsseui.
3(5. El qui iiielil, inerccdem ac- •cipil, el congregjlfrucUim iii vitam OJlernatn : ul ei qui 5enunat, simui gaiideal, el qui iDelil.
37. In hoc enim est voibiim venini ; quia alius esl qui seuiiiial, el alius est qui uielil.
3y. Egomisi vos melere quod vos nou iaboraslis; alii iaborj\erunl, el vos iu labores -eoruin inlroi.slis.
I 3;i. Ne dilos-vous pus vous- I nièiues : il y a encoru quaire uiois, el la moisson viendra? Mais moi , je vous dis mainleuanl : Levez les yeux et voyez les champs; car ils -blaiichissenl déjà pour la moisson.
3'). Et celui qui moissotjne reçoit une récompense, el cueille du fruil pour la vie élernelle, afin que calui qui sème se ré|ouisse aussi bien quo celui qui moissonne.
37. Car en ceci, ce qu'on dit est vrai : autre est celui qui sime, el uulre celui qui moissonne.
38. Pour moi, je vous ai envoyés moissonner où vous t>'avcz poiul travaillé: d'aulres ont travaillé, et vous, vous êtes entrés dans iuu/s travaux.
Notre Seigneur, à l'occasion des Saniaiitains qu.i vont venir pour recevoir la foi, exhorte les Apôtres à entrer dans le zèle apostolique pour le salut dea âmes, et dans les sentiments qu'il vient d'exprimer par les paroles du vei'set précédent. Il paraît qu'il leur avait déjà dit à quoi il les destinait; dans cet 'cndioit il leur inspire l'esprit de leur mission.
Il compare le ministère de l'apostolat à ime nioisson, les Apôtres à d^s moissonneui^s, l'Église qu'il allai! londer à l'endroit oii l'on réunit le blé, et les âmes au blé. 3Jo!se, les Prophètes, S. Jean-Baptiste, et tous ceux qui ont travaillé diins le champ du Seigneur avant sa venue sur la terre, soni comparés aux la- •^lo'urours qui travaillent pour préparer le terrain, et
font les aud'es Iravaux pour faire croître les blés et les faire produire. Celui qui sème, c'est Notre Seigneur lui-inôine, qui sème la grâce dans les âmes ; car il n'y a que lui seul qui puisse jeter celle admirable semence. Tous ceux do l'Ancien Testament ne pouvaient que travailler el rien donner. S. Jean-Baplisle avoua lui-même qu'il ne le pouvait pas, et que tout ce qu'il avait était venu de la surabondance de l'Agneau de Dieu.
Voilà donc ce que Notre Seigneur dit : « Ne dites-vous « pas qu'il y a encore beaucoup de temps avant la « moisson? Les herbes sont vertes; il faut encore qujilro « mois avant qu'elles ne soient pietés à être coupées. « Vous croyez sans doute que le temps de former « l'Eglise et d'y faire entrer les âmes n'est pas proche. « Levez donc les yeux, et voyez combien les âmes « sont déjà disposées, combien la semence d<' la grâce « a déjà crû. Comme les blés qui sont tout blanchis et « el secs ne peuvent plus retirer aucun accroissement « de la terre oi^i ils sont plantés, et ne deniandent qu'à « être coupés et transportés dans la grange, de même « les peuples reçoivent avec avidité la foi; l'ancienne « loi ne leur est plus d'aucun profit, il faut les en re- « tirer et les mettre dans l'Église. Là, ils seront pii- « riliés; on en retirera la paille et tout le mélange, « afin que celui qui les a semés puisse en jouir.
Ces paroles de Notre Seigneur sont pour exhorter les Apôtres à avoir du zèle et à se préparer de plus en plus à la grande œuvre qui ies attend et que bientôt ils commenceront à exécuter. Pour les animer davantage il ajoute : «Celui qui moissonne a sa ré- « compense. Il ne moissonne pas son propre champ. « mais le père de famille lui donnera sa récompense:
« et. en moissonnant, en ramassant les l'ruils clans le « grand magasin de celui qui a semé, ce moissonneui « ramasse en même temps pour lui des fruits pour la « vie éternelle. C'est comme dans la moisson, qui « dure seulement quelque temps; on y ramasse des « vivres pour toute Tannée: c'est le temps du tra- « vail, et le reste de l'année le temps du repos; de « même dans la moisson du saint Evangile, le Ira- « vail ne dure que pendant cette vie, et les moissonne neurs en jouissent dans le repos pendant toute l'é- « ternilé. Quoique W. fruit n'appartienne pas au mois- « sonneur, il en partage cependant la jouissance avec « lo père de famille pendant toute l'éternité ».
Ici Notre Seigneur montre la grandeur de la grâce apostolique, et que ces grâces et travaux apostoliques produisent un véritable fruit de sanctification pour ceux qui y sont employés. Us participent, avec Celui qui a semé, à tous les fruits que la semence a produits, afin que ('elui qui sème, c'est-à-dire Notre Seigneur .Jésus- Christ, se réjouisse avec ses moissonneurs. Ils ont partagé ses travaux, ils ont participé à l'œuvre de la Rédemption, ils [larlageront aussi avec lui la gloire de cette Rédemption pendant toute l'éternité. Quelle grandeur que celle des Apôtres! C'est ce que Notre Seigneur dit ailleurs en d'autres termes : « Ils seront assis sur « douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël».
Notre Seigneur ajoute : «Car c'est en cela qu'est « la parole de vérité. Dans le sujet de la comparai- «■ son , il arrive ordinairement que celui qui mois- « sonne est le même que celui qui sème, et les fruits « lui appartiennent. Mais dans la moisson mystérieuse, « celui qui moissonne est un autre que celui qui sème. <( La moisson n'appartient pas au moissonneur».
On peut diio fiiisài que- \ydv là Xolre Seigneur exprime une autre vérité. C'étaient les Apatres qu'il et>vo\ait moissonner; mais il est bien certain que c'est l'Esprit-Saint qui moissonnait, par eux. C'étaient les Apôtres qui étaient les moissonneurs, ou j^lnlôt les bras (le celui qui moissonnait. Car, ce n'est que par la vertu de l'Esprit-Saint qu'ils moissonnaient ainsi et ramassaient dans les magasins de l'Église de Dieu. Leur récompense doit cependant être celle des moissonneurs.
Voilà donc ce que notre divin Maître veut dire ici : In hoc est verbuw veram. «. Eti cette parabole que je vous- « dis, il est une parole de vérité; tout le reste n'est « qu'une apparence^ une écorce qui renferme cette « grande vérité. Et cette parole de vérité, qui est le « fond du mystère, c'est que autre est celui qui sème « et autre celui qui moissonne». Celui qui sème est le Fils de Dieu, le Verbe incarné; c'est Lui qui mérite et qui communique la semence de la grâce à chaque Ame; celui qui récolle, c'est l'Esprit-Saint. Car l'Église ne s'est formée qu'après la (in de tous les mystères de Notre Seigneur, et après la descente de l'Esprit-Saint, qui devait consommer l'œuvre de la sanctification des âmes. C'est lui qui est la lumière et la force des Apôtres; c'est lui qui est la puissi^nce de leurs paroles ; c'est lui qui touche les âmes, qui les attire; c'est lui qui est la vie communiquée par les Sacrements, qui font entrer dans l'Eglise et y opèrent la sanctification.
Notre Seigneur s'attribue l'envoi des moissonneurs, parce que c'est lui qui envoie le Saint-Esprit et qui l'^ mérité. C'est Notre Soigneur (pii l'a mérité et qui l'a envové; mais c'est le divin Esprit qui consommeet qui est le véritable moissonneur. C'est pourquoi^
Notre Scij^iK'Ui- ne [jarle en loul cet endroit qu'on singulier, eonimo d'un seul moissonneur.
Notre Seigneur «lil : Qui ^ieniiiKii iui présent et (jui melil au présent. Or, eoninient cela se peut-il? Si le moment où il parle est le temps de la moisson, celui de la semaine est passée; et si c'est celui de la semaine, il n'est pas encore temps de moissonner. Mais Notre Seigneur parle ici en général de tous les temps de l'Kglise. Pendant tous les temps qu'elle durera, Notre Seigneui" sèmera et fera moissonner; le temps de la semaille et celui de la moisson y sont toujours en- .semble.
Après avoir montré aux Apôtres l'excellence de leuiministère apostolique par la récompense cju'ils auront et par leur rapport en cela avec Lui et avec son P^spril-Sainl, il la leur montre dans le verset suivant, dans les rapports entre eux et les ouvriers qui ont. travaillé dans le champ avant eux. « Ce sont d'autres « qui ont travaillé, qui ont tout préparé, qui ont fait « tous les travaux pénibles et n'ont pas vu les fruits; « ce sont tous ceux que le père de famille a envoyés « pour cela sous la loi. Mais vous, je vous envoie, « pour récoller seulement; tous ces travaux ont été « terminés par d'autres que par vous; et maintenant « vous êtes entrés, par votre vocation nouvelle, dans « ces travaux, pour recueillir les fruits qu'ils ont pré- « parés ».
Mais pourquoi Notre Seigneur dit-il : Ego misi vos... ind'oisiis, conime si la chose avait déjà été faite? Cela peut venir de ce que leur vocation était déjà déclarée : et c'est comme s'ils étaient déjà entrés en fonction, étant déjà à suivre Notre Seigneur, après avoir quitté tout. Peut-être aussi ces parole*
ont-elles été dites dans une ;jiitre circonstance que celle où l'évangélisle les place ici, et ce no serait que par occasion qu'elles seraient rapportées ici, parce qu'elles conviennent bien après ces autres paroles : illeus cibus,..; mais elles auraient été dites au retour des Apôtres de la prédication à laquelle Notre Seigneur les avait envoyés; seulement, comme l'évangéliste ne devait pas mentionner ce fait, il rapporte ici les paroles, qui n'ont pas été rapportées par les autres évangélistes.
Par là-même le saint évangéliste nous donnerait une instruction, que tous les autres Evrmgiles donnent tacitement de la même manière. 11 nous apprendrait qu'il nous est fort peu important de savoir le temps, le lieu et la circonstance oii les paroles ont été dites ou que les faits ont eu lieu ; que toute notre attention doit être de nous bien pénétrer de ces divines paroles, et de la médiîation des faits et mystères opérés ; le tout pour la sanctification de nos âmes et pour la connaissance de notre divin Maître et de ses saints mystères ; et que nous ne devons pas nous laisser aller à cette curiosité qui veut chercher et savoir ces choses accessoires, et dans le fond indifférentes pour la connaissance de Notre Seigneur et pour la sanctification de nos âmes. Ce n'est que lorsque cela peut nous procurer une véritable édification et un bien spirituel, qu'on peut s'en occuper pieusement et dans la grâce de Notre Seigneur.
39. l^x civitalo yiilcm illa miilli credideriint. inenm Samariliinonim, [»roplcr varbiim miilieris lestimoniuin perhibeiilis : Quia dixit mihi omnia qna^ctimqiio feci.
39. Or beaucoup de Samaritains de celle ville crurent, en lui, sur la parole de la foniine qui avait rendu témoignage : Il m'a dit tout ce que j'ai fait.
('eux qui ne sont mauvais (jiic par ignorance, et qui n'onl pas la malice dans l'esprit, sont très-faciles à convertir. Ils ont une grande facilité pour l'acquisition de la foi, tandis que ceux qui sont dans la corruption pleine de malice, et dont l'esprit est orgueilleux, ont un grand obstacle à l'entrée de la foi dans leurs âmes. C'est ainsi que les Samaritains, plus mauvais et plus éloignés de Dieu que les Juifs, croient à la parole d'une pauvre femme pécheresse, et cela sur un simple compte qu'elle leur rend d'uii seul miracle qu'elle a vu opérer, tandis que voilà Notre Seigneur, parcourant sans cesse la Judée et la Galilée, y prodigue ses miracles et sa divine parole, et personne ne veut croire.
I\Iais pourquoi les Juifs ont-ils eu ce grand malheur? D'oii vient tant de malice et tant d'aveuglement? C'est qu'ils avaient abusé de tant de bienfaits de Dieu, qu'il les a laissé aller dans un aveuglement complet.
40. C.um vcnissent. ergo ml illum ■ iO. Lors donc que les Saniari- Snniaritani, rofiaveriinl eiiin ut ibi ; (ains furent venus à lui, ils le primaneret. Kt mansit ibi duos dics. ■ èrent de demeurer en ce lieu ; et il
^ y demeura deux jours.
41. Et muito pinrcs crediderunt 41. Et beaucoup plus crurent ei> in eum propter sermonem ejus, lui, à cause de ses discours,
it. Et mulieri dicebant : Ouia 42. [)c sorte qu'ils disaient à la jam non prop(er luain loqu<^lam femme : .Malmenant ce n'est plus credimus; ipsi enim audivinius, et sur voire parole que nous croyons, scimus quia hic est vere Salvator nous l'avons entendu nous-mêmes, mundi. et nous savons que c'est vraiment
, lui qui est le Sauveur du monde.
11 est dit dans un autre endroit, et c'est Notre Seigneur qui le dit : Ecce slo ad oslium et pidso, voici que je me tiens à la porte et je frappe (Apoc. lu, 20). La bonté divine de Jésus n'attend pas que les pécheurs aient enfin l'idée de venir frapper à la
sienne, il est le premipi- à venir frapper -a la porte de leur ccx^iir, et celui qui ouvre est bienheureux r rar le divin Maître entre, il mange avec lui le paiit des douleurs et des misères de ce monde, et il le fait aussi manger avec lui-même le pain de son amour, de bonheur el de force.
C'est ce qui arriva aux pauvres Samaritains. II& avaient été dans les misères et dans les ténèbres. Les Juifs, qui auraient pu leur donner quelque petite part à la toute peiile lueur qu'ils avaient, les méprisaient. Le Sauveur vient frapper à leur porte, et il se sert de cette pauvre femme pour leur faire entendre sa voix. Eux, fidèles à CPtte première grâce,, avides de jouir d'un bonheur auquel ils n'avaient pas cru devoir prétendre, et désireux de voir el d'entendre celui qui frappe, lui ouvrent leurs portesavec joie et empressement. lis viennent aussitôt k lui et lui demandent comme une grâce d'entrer chez eux; et le divin Maitre reste deux jours dans cet endroit.
Que de grâces, de bénédictions et de consolations, il y répandait pendant ce temps ! La parole de Notre Seigneur est si puissante, que jamais un cœur bien disposé et un esprit simple et humble n'y résistent» et les efïèts qu'elle produit sont toujours admirables; ceux mômes qui sont mauvais et qui y résistent à toute force, en ressentent toujours un certain efifet.
Que les ministres de notre grand Maître ne s'y trompent point; si leur parole était pure et sainte, si leur parole n'était pas la leur mais celle de leur Maître, s'ils n'y mêlaient point un tas de choseshumaines et même une foule de défauts, comme la vanité, etc.; s'ils recevaient cette divine parole de U
"bouche de leui- Maître, et s'ils k\ rcndaiont telf^ qu'il la leur donne sans la revêlir d'iiabils mondains qui la défigurent, ils pourraient être assurés que celte parole divine de leur Maître produirait, dan* leur bouche, les mêmes prodiges qu'elle a produits dans la sienne.
('e ne sont pas les miracles qui font croire les Samaritains ; mais c'est la parole de Notre Seigneur qui se fait entendre : propler sermoncm ejus. Et cette foi qu'ils acquièrent par la divine parole de Jésus pst bien plus parfaite, plus pénétrante et plus solide que celle qu'ils ont eue au récit du miracle; elle est aussi bien plus éclairée. C'est pour cela qu'ils disent à cette femme : « Maintenant ce n'est ff plus à cause de ce que vous nous avez dit que « nous croyons; ce n'est plus la même foi que nous « avons maintenant; celle qui nous anime est bien « aiî'rement lumineuse, plus certaine que la pre- « nière. Nous avons entendu nous-mêmes sa céleste « doctrine, et par l'ouïe la foi a pénétré dans nos «Ames; elle nous a remplis de joie et de consola- « lion, et elle a éclairé tellement n^s esprits que u nous savons maintenant de science certaine que « c'est véritablement le Sauveur du monde. »
Quelle admirable lumière ces bons Samaritains ont déjà sur la personne de Notre Seigneur! Les Juifs attendent un Messie conquérant, qui les délivre du joug des Romains et les fasse triompher et régner sur tous les peuples; toute la loi et les prophètes, toutes leurs traditions, si claires en elles-mêmes, n'ont pas pu les éclairer sur ce point. Le Sauveur prêche depuis plus de deux mois chez eux, saint Jean- Raptiste l'avait précédé, et rien ne peut les éclairer
sur la personne de leur Messie. Les Samaritains, au bout de deux jours, disent avec une joie et une admiration très-grandes : « Nous l'avons entendu et «nous savons bien sûrement que c'est le vrai Sau- « veui" du monde. » Et comment sauvera-t-il le monde? et de quoi pourra-t-il le sauver, sinon du péché et de tous les maux infinis causés par le péché? 0 divin Jésus, que vous êtes bon pour ceux qui se donnent à vous avec simplicité de cœur et avec un esorit docile!
•43. Post duos aiilcm dies oxiit inde, et abiit in Galilœam.
■ii..I[ise enim Jésus leslimonium perhibuil, quia propheta in sua patria lionorem non habet.
43. Ainsi après les doux ionr.5 il partit de ii et s'en alla en Galilée.
4i. Car Jésus lui-même a retidu ce témoignage, qu'un prophète n'est point honoré dans sa patrie.
Notre Seigneur quitte Sichar, oii la volonté de son Père a été accomplie, pour se rendre en Galilée, et à Nazareth en particulier, où les habitants ne le reçurent pas aussi bien que ceux de Sichar, comme cela est rapporté dans les autres Évangiles. Saint Jean le sous-entend et le suppose ici (car il ne lapporte ordinairement que ce qui ne se trouve pas dans les trois autres Evangiles, dont il suppose la connaissance). C'est pourquoi il dit dans le verset suivant, que Jésus avait prédit cette mauvaise réception.
Ce n'était toutefois pas une raison pour Notre Seigneur de rester dans Sichar. Il alla donc en Galilée et à Nazareth, quoiqu'il sût qu'il serait un scandale pour plusieurs, selon la prédiction de Siméon ; car il le prédit à ses disciples avant d'y arriver. 11 leur dit qu'un prophète n'avait point <rhonneur dans sa patrie.
Mais pourquoi c<'la est-il ainsi? (Tesl-à-dire pourquoi un piopliète esl-il sans honneur dans sa pairie, et pourquoi les Iiabilants de Nazareth reçurenl-ils mal le Sauveur? C'est la malice des hommes qui en est la cause :
1" On s'est formé sur quoiqu'un un certain jugement naturel qui provenait de l'Iiahilude de le voir devant soi. On a été dans l'habitude de le considérer naturellement, et on continue toujours de même. Si on voit en lui des choses extraordinaires et surnaturelles, on se permet d'en juger selon ses idées, et la malice humaine fait que le jugement est toujours défavorable. On l'a vu petit et comme les autres hommes; et pouiquoi se veut-il distinguer de la foule? On l'altribue à la vanité et à cent mille raisons mauvaises, mais fausses; tandis qu'un étranger, qui n'a pas l'habitude de voir le personnage, de le considérer familièrement et de le juger naturellement, celui-là ne le voit que sous le rapport sous lequel il se présente, et est moins porté à le juger malicieusement,
2" C'est encore un eOet do l'esprit du monde; surtout dans le cas présent. Les habitants de Nazareth avaient l'habitude de voir Jésus, depuis sa jeunesse, travailler dans l'atelier de Joseph, Cette famille sainte vivait retirée; Jésus n'avait pas de rapport avec les habitants, Marie non plus. Il n'y avait que Joseph qui était en rapport avec les gens du pays, comme cela semble être maïqué dans les autres Evangiles, où ces méchants disent : « N'est-ce pas là le fils de « Joseph, ou nonne fahri fih'us? et sa mère ne s'appelle- « t-elle pas IMarie?» Ils semblaient ne savoir de Marie que le nom; ils ne parlent pas non plus de manière à montrer qu'ils eussent eu des rapports avec Notre
Seigneur. Mais toujours oiit-iis coiiiui la famille comme une l'araillc pauvre el ouvrière, et par conséquent peu estimée par les gens du monde.
Or, lorsqu'on a connu quelqu'un d'une manière défavorable selon ces maximes déteslables du monde, ceux qui suivent ces maximes ne peuvent jamais s'imaginer qu'un homme qui étnit fort au-dessous d'eux soit quelque chose de grand; ils ne peuvent souffrir qu'il veuille s'élever au-dessus d'eux; ils ne s'y soumettent jamais. C'est ainsi que ce malheureux esprit du monde frustre ceux qui s'y soumettent, des plus grands trésors de grâce qu'ils ont entre les mains.
'(5. Cuni ergo veiiisset in Gali- | 4G. Quand il fut venu eu Galilée, lœani. exceperuiil euin ijalila^i, cum I les Galiléeus l'accueillireut, parce omuia vidisseul quai feeeral Jero- | qu'ils as aient vu tout ce qu'il avait solymis in die feslo : et ipsi euini) fait à Jérusalem pendant la fêle; car venerunt ad diein feslum. ils étaient \enus, eux aussi, à la
1 fèle.
Cependant, dans le reste de la. Galilée, Noire î:^eigneur fut bien reçu, parce que les Gaiilétns, étant venus à Jérusalem pour le jour de la fôîe de Pâque, avaient vu tout ce qu'il y avait fait de prodiges. Ayant vu lous ces prodiges, ils étaient obligés de croire qu'il y avait en lui quelque chose d'extraordinaire; mais leur foi n'était pas une foi solide et bonne; ils ne se rendaient que parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement, après avoir vu des choses si extraordinaires, et ils ne se rendaient qu'à demi.
5(). Vouil ergu ileruin in Cana , 46. Il vint donc de nouveau a Galilae*, ubi fecit aquaui viiui'u, Cana eu Galilée, ou il avait cliangé ol erat quidam regultis, cujus filiuS| l'eau en vin. Or il y a\ait un princo inljrmabiilur Capharnaum. ! dont le fils était malade a Captiar-
1 naiim.
47. Hic cuiii audisset quia .lesus i 47. Lorstjuo ce prince eut apadvenirel. a Judœa iu Galila'am . I pris que Jésus veiuiit de Judée en abiit ad eum , et rogabat eum ut 1 Galilée, il alla vcis lui. et le pria descenderel, et sanarel iilium ejus : | do vt-nir guérir sou fils qui ee moujncipiebat eiiim mori. ; rail.
^ol^e Seigneur lelounia à Caira, où >on nom élail parliculièreiiienl célèbre, à cause du miracle du cliangemetil de l'eau en vin. Il y avait à Capliarnaiinj un prince, dont le iils était dangereusement malade dans celte ville, et la mort était proche.!*
(lui homme, ayant enterjdu parler des niiraoles de Notre Seigneur, alla à Cana le prier de venir guérir son fils, ('et homme n'avait pas la loi en No(ro Seigneur. Il avait un (ils malade, il voyait qu'il n'y avait pas de remède et ({u'il allait le perdre. Informé d'une foule de guérisons et d'autres miracles faits par iVotre Seigneur, il alla à Lui pour obtenir celle guérison qu'il désirait, sans réfléchir davantage sur la mission de celui qui devait guérir scn fils, il était préoccupé du mal de son Iils et cherchait à le guérir; c'était toute sa pensée, sans s'occuper du tout d'aucune idée surnaturelle, dont, il n'était aucunement touché.
11 vint donc recourir à Notre Seigneur, comme on viendrait à un médecin, dans l'espérance que , s'il descendait avec lui, il guérirait son (ils. Peut-être même usa-t-il de ce moyen, comme d'uu moyen désespéré qui ne coule rien, et auquel il ne croyait pas beaucoup. Cependant il ne semble pas qu'il en fût ainsi. 11 semble que cet homme comptait sur la guérison; seulement il ne se mettait pas en peine de savoir comment et par (juel principe Notre Seigneur agissait.