Jésus lui dit : Lève-toi, prends ton grabat et marche
9. Et aussitôt cet homme fut guéri, et il prit son grabat, et il marchait. Or c'était un jour de sabbat.
Notre Seigneur choisit ce malade parmi tant d'autres qui étaient là, quoique, à ce qu'il paraît, cet homme eût cette longue maladie en punition de ses péchés, et que peut-être son âme fût aussi malade que son corps. Les paroles de Notre Seigneur ont une signification mystérieuse; parce que ce pécheur malade représente l'antiquité de la plaie de nos âmes, la grande difficulté de guérir sous la loi ancienne. Et par là il montre l'efficace de la loi nouvelle, la promptitude et la perfection de la guérison. C'est pourquoi il est dit : Jésus cum cognovissel. quia jam muUum lewpus haberet. C'était une raison de le choisir parmi tant d'autres.
Sa maladie était les plaisirs des sens, qui renferment un si grand nombre de péchés; le grabat (lit
pauvre et tliétif) signifie la mauvaise habiliide, daiii la([uelle la paresse et la nonciialance retiennent l'âme, comme un malade dans son lit. C'est un bien misérable lit, on y est bien mal; mais l'amour du plaisii'. qui est l'àme de la })aresse, y retient un misérable pécheur; surtout quand la maladie de l'âme date de loin, l'âme ne peut se dégoiu-dir et se débarrasser.
.Mais quand Notre Seigneur, par une grâce extraordinaire, Fait une guérison subite [et slatim sanus factus esl), alors il ordonne qu'on se lève, il fait tout d'un cou[) sortir de cette paresse spirituelle et de cette lâcheté, et inspire une grande ferveur d'esprit qui la remplace. Il ordoniio qu'on enlève ce mauvais grabat, qu'on se débarrasse de cette mauvaise lialiilude; ou plutôt son ordre, dans cette circonstance, est un ordre miraculeux. 11 f;iit lui-même dans le pécheur ce qu'il ordonne ; l'habitude disparaît, et le pécheur n'a plus de tentation ; et s'il lui en reste ({uelque peu de chose (ce qui est rare dans les conversions subites;, c'est comme s'il nen restait rien, tant on a de la facilité à le surmonter.
Enfin il ordonne de marclier ; il ne suffit pas (ju'on soit guéri, qu'on se lève, c'est-à-dire qu'on n'éprouve plus ces nonchalances et ces lâchetés, et (ju'on soit débarrassé de son malheureux grabat, c'est-à-dire de la mauvaise habitude ; il faut aller en avant et avancer, travailler à entrer dans les voies de l'amour divin et à les suivre avec force.
Une chose remarquable, c'est cpie cet homme fait à !a lettre tout ce que Notre Seigneur lui a ordonné, il semble qu'il n'aurait pas dû faire attention à ces paroles : Prenez votre cjrabal et marehez, ni les prendre
comme un ordre formel, surtout en un jour de iàabbat. ^fais il a fallu que cet homme exécutât à l'extérieur ce qui arrive dans l'intérieur, on ces circonstances. Les âmes détenues ainsi pendant des temps considérables dans les péchés et les mauvaises habitudes, lorsqu'il plaît à Notre Seigneur de les délivrer de la sorte, subitement, par une grâce niiraculeuse, sont dans une si grande allégresse intérieure, qu'elles obéissent à la lettre à toute cette divine [)aro!e, et marchent selon les inspirations de la grâce.
10. DicebanL ergo JiuJiEi iHi(]uij 10. Les Juifs donc disaient à ce- «analns fueral : SabbcUnin est, non j lui qui avait été guéri : C'est un licet libi loilero grabatuin luuni. | jour de sabbat, il ne t'est pas per-
j mis d'emporter ton grabat.
11. Hespondit eis : Qui me sa- | 1 1 . Il leur répondit : Celui qui ruim fecit, illc milii dixil : Toile j m'a guéri m'a dit lui-mémo : Prends grabalum luum, et ambula. ! ton grabat cl marche.
Les Juifs, toujours rigoureux observateurs do la lettre de leur loi, et peu observateurs de son esprit, se scandalisent de voir cet homme porter son lit. La loi, bien observée telle qu'elle était, permettait i\ cet homme d'emporter son lit après avoir été guéri miraculeusement. Mais leurs traditions fausses et humaines, dont ils avaient surchargé la loi, s'opposaient à toute espèce de choses qui pût tant soit peu approcher de la ressemblance d'un fardeau que la loi défendait. Toutefois, cet homme qui avait été guéri, quoique sans instruction, comprenait que ceîa ne devait pas être défendu, puisque celui qui l'avait guéri miraculeusement lui avait dit de le faire. 11 leur apporte cet argument bien évident.
12. Inlerrogaverunt ergo euni : | 12. Alors ils lui demiirdèront : Quis est ille liomo qui disit tibi : Qui est cet homme (pii t'a dit : Toile grabatum tuum, et ambula? [ Prends (on grabat et marche.^
Mais les Juifs pleins de malice, et se doutant probablement que celui qui l'avait guéri était Jésus de Nazareth, qui avait déjii fait tant de miracles à Jérusalem, lui demandèrent malicieusement quel élait celui qui lui avait dit d'emporter son lit.
On peut voir là leur . grande malice. Ils ne demandent pas à cet homme : Qui vous a guéri? et ne lui disent pas que cela n'était pas permis ; et cependant c'était là le grand crime qu'ils reprochaient à Notre Seigneur, d'avoir guéri le jour du sabbat; mais ils lui demandent qui lui a dit cela, parce que le miracle prouvait assez contre leur doctrine. De plus, il paraît même qu'ils ne font pas semblant devant cet homme d'être mécontents de celui qui Ta guéri et qui lui a dit cela, afin d'apprendre d'une manière certaine et positive ce qu'ils désiraient tant, et ce dont ils se doutaient bien, c'est-à-dire si c'était Notre Seigneur qui avait fait cela, pour d'avoir une occasion de l'accuser.
Et qu'est-il arrivé? C'est que Notre Seigneur, pour punir leur malice de la manière la plus terrible, fit de telle sorte qu'ils réussirent. C'est par là qu'ils s'endurcirent toujours davantage dans leur malice. Cet homme ne savait pas qui c'était ; et Notre Seigneur, qui savait tout ce qui se passait, aurait bien facilement pu éviter cet homme nouvellement guéri; mais, au contraire, il se montre, afin que les Juifs réussissent dans leur recherche malicieuse.
13. Is avitpm qui saniis fiierat effeclus, nesciebat qiiis essel. Jésus enim declinavil a turba constiluta in loco.
13. Mais celui qui avait été guéri ne savait qui il était; car Jésus s'était retiré de la foule assemblée en ce lieu.
La raison pour laquelle cel homme ne connut pat
Notre Seigneur, c'est qu'aussitôt le miracle fait, Jésus se relira de la foule, qui devait naturellement se trouver là et qui dut augmenter considérablement •après ce miracle.
Notre Seigneur faisait un certain nombre de miracles en public, afin de frîipper les peuples et de leur inspirer de la foi ; et cela était d'autant plus nécessaire, que les pharisiens faisaient tout ce qui était en eux pour le décrédiler et le décrier dans les esprits, comme n'observant pas les lois et comme étant un faux Messie. Le grand nombre et l'éclat de ses miracles étaient d'un grand poids et contrebalançaient fortement toutes ces calomnies.
Très- souvent il faisait des miracles en secret ; ou il recommandait de ne pas en parler, comme cela est marqué dans les autres évangélisles ; ou bien il se retirait aussitôt de la foule, comme dans cette circonstance oii nous sommes.
Et pourquoi cela? Le Saint des Saints n'aurait pas eu à craindre, comme nous autres misérables, d'être surpris par la vanité et les autres défauts. Mais il voulait nous donner deux instructions par là : la première, précisément à cause de notre faiblesse et de notre amour propre, afm que ses ministres, levoyant lui-même sur la réserve, prissent garde à eux et ne fussent pas surpris par le démon.
Quand on a reçu des dons ou des grâces, il faut les cacher dans toutes les circonstances où il n'est pas nécessaire qu'ils paraissent. Les ministres de Dieu, dont la fonction est de travailler au salut des âmes, sont obligés très-souvent d'user en public de ces dons qu'ils ont reçus, comme le don de toucher les cœurs, celui d'éclairer les esprits ou de conduire les
âmes etc. Ils sont obligés de les employer, c'est pour cela qu'ils les ont, mais qu'ils prennent garde de les employer mal à propos. Il ne faut les employer d'une manière manifeste et apparente que lorsque cela est nécessaire; sinon, les employer de manière qu'on ne s'en aperçoive point, et cela arrivera le plus souvent. Lorsqu'on s'en aperçoit, prendre bien garde à soi, et se retirer de la foule, c'est-àdire se retirer dans son intérieur, ne pas en recevoir les louanges, n'y pas mettre sa complaisance. Toutes ces choses doivent s'observer, même lorsqu'il semble qu'on n'a rien à risquer et qu'on n'éprouve pas d'amour propre.
Secondement, comme le peuple juif était avide de miracles, leurs esprits s'y arrêtaient facilement, et si Notre Seigneur avait sans cesse fait ainsi ses miracles en public, ses disciples et le reste du peuple auraient été moins attentifs à sa doctrine qu'à ses miracles. Or, Notre Seigneur ne vouhiit pas cela, mais au contraire il voulait qu'on s'attachât beaucoup plus à sa doctrine, qui est directement pour la sanctification des âmes, qu'à ces choses extraordinaires, qui donnent une bonne impression à l'âme, qui la fortifient dans la foi, mais qui ne la font pas avancer, qui ne corrigent pas les défauts, qui ne détachent pas de ce monde et de ses concupiscences, qui n'éteignent pas la vie naturelle, et qui ne font pas avancer dans la vie du parfait amour.
C'est donc une bonne instruction pour nous. Il ne faut pas être indifférent aux choses et aux grâces extraordinaires; au contraire, il faut les aimer et les respecter en nous eî dans les autres; il faut nous
en servir pour fortifier notre foi et notre amour, mais notre grand et continuel soin doit être d'établii- la vie de Notre Seigneur en nous, de l'écouter dnns notre intérieur, de lui être fidèle, et d'avancer dans la vie de son parfait amour.
\i. Postea invenil eum Jésus in l-i. Jésus ensuite le trouva dans tempio et dixit illi : Kcce sanus fac- le temple, el lui dit : Voilà que lu lus es; jani noli peccare, ne dele- i es guéri, ne peclie plus, do peur rius libi aliquid conlingat. j qu'il ne t'arrive quelque chose do
I pis.
Jésus trouva ensuite cet homme dans le temple, où il était allé pour rendre des actions de grâces à Dieu du bienfait qu'il en avait reçu. Jésus alla l'y trouver, potir lui faire la recommandation suivante : «Ne pé- « chez plus, après avoir reçu ce bienfait par lequel « vous avez été délivré de ce mal , qui vous était ve- « nu par vos péchés». Cette parole, Notre Seigneur la dit à tous ceux qu'il guérit ainsi de ces giandes mahidies chroniques de l'âme : «Ne péchez plus, de « peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pis».
La chose la plus importante pour une âme, qui a croupi dans le péché et qui a eu le bonheur d'en être ainsi retirée, est la crainte du péché. Notre Seigneur l'inspire toujours à ces âmes. S'il arrive qu'après cela on retombe de nouveau , c'est une chose très-mauvaise; l'abus de celte grande grâce reçue produit un effet terrible, et est suivi d'une punition exemplaire. Cela revient à ce que Notre Seigneur dit dans un autre Evangile : « Lorsqu'un démon a été « chassé d'un homme, s'il peut y rentrer, il en prend « avec lui sept autres plus mauvais que lui, et, trou- « vaut celle âme ornée par la grâce qu'elle vient de « recevoir et les bonnes œuvres qu'elle a faites, ils y «établissent leur demeure, e! souvent pour jamais».
Les péchés qui onl été faiblesse auparavant, deviennent raaiice et sont souvent accompagnés d'endurcissement.
>o. Abiit ille homo, et nunliavit | 15. Cet homme s'en alla, et annonça aux Juifs que c'éUiit Jésiit qui l'avait guéri.
Judasis, quia Jésus esset, qui fecit eum sanum
Cet homme, à qui les Juifs n'avaient pas manifesté de mécontentement contre celui qui l'avait guéri, crut qu'ils avaient de bonnes intentions dans leur demande, et alla bien vite leur faire connaître celui qui avait fait ce miracle en sa faveur, croyant qu'il en résulterait du bien pour la gloire de Notre Seigneur.
16. Propterea persequebantur Ju- [ 1G. C'est pourquoi les Juifs perdaei Jesura, quia haec faciebal in sécuiaieni Jésus, parce qu'il faisait sabbato. ^ ces choses un jour de sabbat.
Mais il n'en était pas ainsi. Les Juifs, aveuglés par leurs fausses traditions, qui leur défendaient de prendre des remèdes et de guérir un malade ordinaire le jour du sabbat, se mirent dans toute Tamertume de leur zèle pour l'observation de ces ridicules traditions. C'est une chose remarquable, combien la raaiice des hommes et leur orgueil les aveuglent.
D'abord, cet homme porte son lit, ce qui était regardé parmi eux comme un travail défendu expressément dans la loi, et qui était réellement défendu dans les prophètes, si c'était un fardeau selon la fausse idée des Juifs; et cependant ils se contentent de lui dire que cela n'est pas permis, et ils ne semblent pas reprocher à Notre Seigneur de lui avoir dit de faire cela.
Mais Notre Seigneur par cette guérison enfreint une de leurs sottes traditions , qu'ils avouent n'être pas
dans la loi mais de i'inslilulioD des docteurs; el voilà qu'ils se uiftlcnt en fureur contre lui et le persécutent à outrance. 0 pendant il semble que leurs docteurs, qui avaient établi cette loi, avaient dû excepter ce cas; car ils n'auront pas voulu dire qu'il n'est pas permis de guérir miraculeusement, (^est égal. Notre Seigneur a l'air de ne pas faire assez de cas de ces traditions, il en montre bien évidemment le faux par le miracle qu'il opère dans l'infraction même, lis le poursuivent donc tout de même et avec plus de haine que s'il n'avait pas fait de miracle, précisément parce que ces miracles prouvent contre eux , parce qu'ils se voient convaincus dans l'erreur, et frustrés de cette autorité surnaturelle d'imposer des lois aux peuples comme venant de Dieu. Ils sont pleins d'envie contre ces miracles, et de jalousie contre celui qui les fait, et prennent la résolution de le persécuter à toute outrance, et toujours par l'illusion et sous le voile du zèle ])Our la loi de Dieu. 0 Seigneur .lésus, que ces replis de notre amourpropre sont terribles et dangereux! qu'il faut être sur ses gardes pour juger quelqu'un dont la conduite dans la vie parfaite est différente de la nôtre, surtout quand cette conduite est plus élevée dans les voies (le Dieu, surtout quand ces jugements sont accompagnés d'amertume, de peines, d'inquiétudes et d'autres mouvements semblables, ou que nous nous mettons dans un sentiment de zèle trop actif! 0 Seigneur Jésus, préservez-moi de cet amour-propre, je vous en prie, et établissez-moi dans votre douce humilité.
17. Jésus aufem respondil eis ; i 17. Mais Jésus leur répondit : Pater meus iisqiie modo opérai or, Mon Père agit sans cosse, cl moi et ego operor. | j'agis aussi.
Noire Seigneur leur répond : « Vous me reproche/ « (le travailler le jour du sabbat ; el pourquoi donc « faut-il se reposer en ce jour, sinon p;irce que «mon Père s'est reposé en ce même jour? Par « conséquent, le repos de mon ]^ère doit être le « modèle et la règle du nôtre, et c'est piécisément « ce que je fais. Cette guérison que j'ai faite, ce « n'est que par la vertu de mon Père que je l'ai « faite, toute œuvre de puissance lui appartenant ; « c'est donc d'après mon Père et avec lui que j'ai « fait cette œuvre, el par conséquent, ce n'est pas « une œuvre contraire au repos que mon Père or- « donne et qu'il a pris lui-même. »
On peut encore expliquer ainsi celle réponse, de Notre Seigneur : « Tout ce que mon Père opère par « sa prédestination, je l'opère moi aussi par l'exé- « cution de ses volontés prédestinantes- Ainsi mon « Père, de toute éternilé, avait décrété et détermi- « né la guérison corporelle et spirituelle de cet « homme pour ce jour du sabbat et pour le mo- « ment où cela a été fait, et cette opération par la- « quelle le Père a ordonné cette couvre a duré jus- « qu'au moment môme où elle a été faile ; el ce « moment arrivé, celte opération ou volonté agis- « santé de mon Père urgeant l'exéculiun, alors ïnoi, « par suile de cette opération de mon Père, j'ai « réduit en pratique et en exécution celte volonté «ou opération prédeslinanle de mon Père; et celle « volonté agissante de mon Père a existé jusqu'à ce « (juc mon opération d'exécution fût accomplie, el « par conséquent je n'ai travaillé que iisquc modo Pa- << ter opérât iir. »
li en est de cela comme de la création, j.e Pcre
ordonnait cela doit s'eiileiulre dans le sens de l'explication donnée au cliap. 1 v. 3.), el le Fils exécutait, omnia per ipsitm fada sunl ; et le Fils n'exécutait que selon les ordres du Père pour le lenips, l'étendue et les circonstances de l'exécution. Or, si le septième jour de la création le Fils se repose parce que le Père se repose, dans cette création nouvelle et dans l'ordre de la grâce, il doit en être de même. Le F'ils doit opérer tant que le Père opère, et ne se reposer que lorsque l'opération prcdeslinnnle du Père se repose ; ce qui n'arrivera qu'à la fin de la création nouvelle du monde des élus ; et ce repos sera pendant toute rélernilé.
Mais il faut observer que celte différence d'opération (opération du Père et opération du Fils) ne veut pas marquer cependant d(Hix opérations distinctes dans leur essence. Dieu est un, sa volonté est une, et son opération est une. La même volonté qui, dans le Père, est selon sa personnalité paternelle une volonté ordonnante, déterminante, prédestinante, cette même volonté existe en son essence dans le Fils, et, selon la personnalité du Fils, devient une volonté executive ou exécutante, comme Notre Seigneur va l'expliquer au verset 19.
18. Proplerca orgo niagis qnajrebanl euin JudaRi iiitorficcre, quia non solum soivobat sabbaînm, sed el iialrem siium dicebal Deum, reqiialein se faciens Lteo. Rcspondit ilaque Jcsus, (H dixil cis .
■18, Sur quoi los .liiifs olicrchaient encore pins à le faire mourir ; parce que iion-seuiemcul il violait le sabbat, mais qu'il disait que Dieu était son pore, se faisant ainsi égal h Dieu. Jésus donc répondant, leur dit :
Les Juifs, déjà jaloux auparavant et cherchant à faire mourir Jésus à cause des miracles qu'il faisait et de ce qu'il méprisait leurs fausses tradilions, lors-
qu'ils eulendirent ces paroles de sa bouehe, entrèrent dans une plus grande fureur; el ce qui devait les faire rentrer en eux-mêmes et leur devenir une occasion de salut, est devenu pour eux le sujet de leur perte.
Jésus se donne pour Fils de Dieu et se fait égal à Dieu. S'ils n'avaient pas été aveuglés par. leurs jalousies et leurs fureurs, ils seraient rentrés en eux-mêmes et auraient examiné la chose de plus près. Les vraies traditions sur la divinité du Messie n'avaient pas pu être entièrement perdues parmi leurs docteurs, et les prophètes sont formels là-dessus. xMais ils avaient des oreilles et n'entendaient plus, des yeux et ne voyaient plus, et leur cœur était endurci, parce qu'ils ont été infidèles, ont rejeté avec orgueil les premières grâces, el ont été pleins de leurspassions et de leur propre estime.
Grande différence entre eux et Pilate môme, qui était un lâche payen, rempli d'orgueil bien sûrement et du désir de la grandeur. Cependant Pilate eut peur dès qu'il entendit, par la bouche des Juifs, que ce- ' lui qu'ils lui livraient comme coupable s'était dit Fils de Dieu. Il rentra dans le prétoire pour examiner la chose; seulement, sa lâcheté et le désir de sa grandeur qu'il craignait de perdre, l'emportèrent sur les^ cris de sa conscience. Mais pour ceux-ci , ils sont plus aveugles que Pilate, et, au lieu de craindre et d'examiner, ils entrent dans une plus grande fureur.
Mais d'où vient cet inconcevable aveuglement? C'est qu'ils étaient pleins d'eux-mêmes, et leur amourpropre eut été horriblement humilié et accablé par celui qui se donnait pour le Fils de Dieu. C'est ce qui
formait le fond de malice (jui l)oucliail lour espril, et empêcliail la divine lumière d'y entrer; c'est encore ce qui leur faisait craindre de connaître que c'était le Fils de Dieu, et le«ir faisait cliercher tous les moyens de s'entretenir dans cette illusion et ces ténèbres.
Ce qui montre qu'ils avaient un commencement de lumière, c'est qu'ils comprirent ces paioles dans leur sens véritable. En effet, si Notre Seigneur s'appelle Fils de Dieu, cela pouvait se prendre ou dans un sens ligure, ou dans le sens de iils adoptif, comme on voit dans un autre endroit, qu'on le comprit de celte manière, et toute la [)hrase pouvait s'expliquer très-naturellement de cette façon, mais eux comprirent la chose dans le sens littéral. Cette connaissance prouve que Notre Seigneur voulait les éclairer, mais au lieu de recevoir ce coujmencement de lumière pour en profiter, ils s'en scandalisèrent par leur malice et pour leur perte.
Mais ce qu'ils avaient bien sûrement mal compris, c'était que Notre Seigneur annonçait deux dieux, deux principes : son Père qui opère de son côté, et Notre Seigneur se donnant pour un autre dieu, dont la na-ture serait différente de celle du Père, ayant aussi son opération libre de son côté : ^qualem se faciens JJeo , comme deux principes qui se contrebalanceraient, mais dont la puissance elles autres attributs, et surtout l'indépendance seraient égaux, chacun en ayant autant de son côté; car, il leur était impossible de concevoir les choses autrement, avec les ténèbres dont ils étaient pleins, et ayant perdu toutes les traces du mystère de la très-sainte Trinité, qui cependant était bien connu dans leurs Ecritures et leurs traditions.
llaqne, c'est pourquoi, c'est-ii-din^ parce {\m\ les Jdifs ont compris que Noire Seigneur parlait de se faire égnl à son Père, Notre Seigneur s'explique \k~ dessus, pour nous faire éviter celle erreur, (^ar, quoi- (fue les Juifs ne fussent pas capables de le comprendre, il avait toujours pour nous une bonté, un amour et une miséricorde si grande, f\\\e, prévoyant toutes les diflicultés que nous pourrions trouver, il voulut nous expliquer clairement ces saints mystères. Opendant cela a été dit aux Juifs, ils auiaient compris s'ils avaient voulu; la grâce leur aurait été donnée pour cela.
19. Anien, amen dico xoljis: noîi ' 19. En vérilè. on vérilc, je vous polcsl Filin? a se facerc quidt|iiam, le dis : le Fils ne [leul rien faire de nisi qnod viderit Patrem facienlem : ' ini-mêmo, si ce n'est ce qu'il voit qiiopciinqiie enim ille fecerit, hicc el '. que le Père fait; car (ont ce que le i-'iliiis simililer facit. Père a fait, le Fils lé fait pareille-
ment.
Notre Seigneur fait dans ce verset inie triple réponse aux Juifs, sur trois faussetés qu'ils soutenaient contre lui. Il leur dit d'abord : «Vous croyez que j'agis conli-e « l;i loi de mon Père en faisant ce miracle; or, je vous <( dis en vérité que le Fils ne peut rien faire sans qu'il ■« l'ait vu faire au Père; donc en cette œuvre, comme « dans toutes les autres , il dépend tout-à-fait de son « Père, qui pai' conséquent la veut».
Il ajoute ensuite : « Vous vous scandalisez de ce « que je dis que j'opère tout le lenq^s que mon Père « opère, et vous vous irritez de ce que par là je ni'é- « gale à mon Père. Je vous dis cependant en vérilé que « tout ce que le Père a fait, le Fils le fait aussi , de ma- « nière que, non seulement je suis égal à mon Père <( dans l'opéralion, mais même en puissance, non seu- « lement dans une oi; îî.isieurs opérations, ninis en « toutes; car loul c;^ que le Père a fait, le Fils lofait « pareillemnt ».
En Iroisièmo lieu Noire Seigneur s'explique sur l'erreur relative aux deux j)rinci})es. Il faut savoir (ju'il parle du Verbe incarné agissiinl et opérant dans le temps, en conformité aux décrets éternels du Père: « Je vous dis en vérité, que le Fils, de lui-même, « séparément et indépendamment de son Père, ne peut « l'ien faire, parce (pi'il a une seule et même nature di- « vine avec le Père.» Voilà l'unité de nature. « 11 ne peut « faire que ce qu'il a vu le Père faisant par sa volonté « étcM'nclle.)) Voilà l'unité d'une seule et môme volonté.
Le Veibe de Dieu incarné ne peut opérer, dans le temps, aucune œuvre qu'il n'ait vu de toute éternité le Pérc opérer';' c'est-à-dire que le Fils de Dieu a reçu, ou plutôt reçoit, de toute éternité, cette volonté substantielle du Père ; et il la reçoit d'une manière sul)stanlielle et essentielle, pour opérer dans le temps, pai- le Fils de l'homme, qui lui est uni de manière à n'être qu'une seule et même personne, de sorte que, le Verbe de Dieu opérant dans le temjjs par le F'ils de l'homme et conjointement avec lui, il ne fait que mettre en exécution celle volonté éternelle du Père qu'il a rt'çue de lui éternellement.
Notre Seigneur appelle cela voir, qiiod vïderil, parce que la génération du Fils n'est rien autre chose que la vue substantielle et essentielle que Dieu a de son essence divine.
Il ajoute, pour s'expliquer encore davantage : « Car, « tout ce que le Père a fait, le Fils le fait semblable- « ment; et c'est l'unité d'opération. Ce que le Père a « fait de toute éternité par sa volonté déterminante, le « le Fils incarné le fait dans le tenq)s d'une manière « tout-à-fait semblable. » Il faut bien remarquer le-s tci'mes : sans en excepter une seule, toutes les choses
absolument que le Père a faites de toute éternité), ces mêmes choses (hœc) le Fils les fait dans le temps) pareillement, c'est-à-dire qu'il y a parité parfaite : parité de principe, parité de puissance, parité complète d'objet et de mode; et, en général, une unité telle que la même volonté du Père existe dans le Fils.
20. Pater eniin diligit Filium, et omnia demonstrat ei qiise ipse facit; et majora his demonslrabit ei opéra, ut vos mireinini.
20. Car le Père aime le Fils, et lui montre tout ce qu'il fait; et il lui montrera des œuvres encore plus grandes que celles-ci, de sorte que vous en serez vous-mêmes dans l'admiration.
11 faut savoir que l'opération de l'union hypostatique de l'Humanité sainte avec le Verbe est une opération d'amour, et par conséquent attribuée à l'Esprit- Saint : Et concepit de Spiritii Sancto. De là, tous les effets qui découlent de celte admirable union sur l'Humanité sainte, doivent être attribués à l'Esprit- Saint, et sont aussi des effets d'amour.
Voilà donc ce que Notre Seigneur dit pour expliquer toujours davantage ce qu'il vient d'exposer. Continuant toujours de parler du Verbe incarné : « A'ous autres,» semble-t-il dire dans le verset précédant, « vous ne voyez que le Fils de l'homme, et vous « êtes mécontents de ce que je me fais égal à Dieu, « cependant, je vous dis en vérité que c'est le Fils « de Dieu qui agit, et ses opérations sont les mêmes « qu3 les opéiations du Père, quoique ce soit un « homme qui semble les faire et agit en effet. Car le « P«re aime le Fils; il aime son Fils de toute éternité; « et il l'aime du même amour dans son Incarnation. « Cet amour s'étend aussi sur l'Humanité qui y parti- « cipe, el par un effet do cet amour auquel elle par- « ticipc, elle; reçoit la mênu' vue de la volonté divine
« et éternelle fie son Père, qui a déterminé de toute
« éternité chaque chose qu'elle doit opérer dans le
« temps, conjointement avec le Verbe, auquel elle
« est unie si admirablement; et tout ce que le Verbe
« opère dans le temps par un effet de cette volonté,
« la vénérable Humanité l'opère avec lui. Voilà pour-
« quoi, c'est par un effet de cet amour jéternel du
« Père pour son Fils, que ces actions, que vous vo-
« yez opérées par l'Humanité, sont véritablement les
« mêmes actions opérées par le Père. Celles que vous
« avez vues vous étonnent déjà, parce que la toute-
« puissance du Père y paraît; mais vous en verrez de
« bien plus grandes, qui vous étonneront encore bien
« davantage. Car les temps ne sont pas venus encore;
« quand ils viendront tels qu'ils sont déterminés dans
« l'opération éternelle de la volonté de mon Père, le
« Père les montrera aussi à son Fils, pour être exé-
« cutées par cette même Humanité que vous voyez
« maintenant iijj;ir».
Quoique Notre Seigneur eût connaissance parfaite,
dès le premier moment, de toutes les volontés de
son Père, puisque le Verbe les possédait de toute é-
ternité, cependant il dit ici clemonstrabit au futur,
parce qu'il veut exprimer, par ce terme demonslrare,
cette volonté divine communiquée pour être réduite
en exécution. « Dans toutes ces opérations dont je
« parle, vous verrez bien autrement que par le passé,
« l'ample communication de la Divinité du Père dans
« le Fils, accordée à l'Humanité sainte que vous mé-
« prisez; et alors vous serez bien autrement dans
« l'admiration ».
21. Sicut. enim Palcr suscitât | 21. Car, comme le Père réveille morluos, et Aivificat; sic et Filins les morts et les rend à la vie, ainsi quos vult, vivificat. | le Fils vivifie ceux qu'il vent.
52. Npque eniin Pater jiKlical qiiomquani ; sed onmc jiuliciiim dcdil Filio ;
S?. Lo Père ne juge personne, mais il a remis loul jiicemeiit au Fils :
«('ar, comme vous reconnaissez vous-mêmes en « mon Père la puissance de ressusciter les morts et de « les vivifier, de même le Fils vivifie tous ceux qu'il « veut. îl ^vivifie en ce monde par sa grâce; il vi- « vifie dans l'autre par la gloire. De manière que tout, « ce qui a vie, c'est du Fils qu'il le tient. Comme « aussi le Pèie ne juge personne, mais tout jugement « est entre les mains de son Fils; et tous ceux qui « seront condanuiés» c'est le Fils qui les condam- « nera ».
Par Uu Notre Seigneur montre aux Juifs incrédules sa grandeur et sa puissance sur toutes les créatures. Il partage avec sou Père la puissance de ressusciter et de donner la vie. Et quoique cette souveraine volonté du Père soit le principe des opérations du Fils, le Fils cependant use de sa propre puissance et (ait selon sa propre volonté, qiiod vull, parce que cette puissance et cette volonté du Pèi-e lui appartiennent et lui sont propres aussi l)ien qu'au Père.
De mémo, apiès la mort, le Père a donné toute justice aii Fils, de manière que le Fils seul juge et condamne ceux qui seront candamnés. Par là, le Fils est l'arbitre de la vie et de la mort de toutes les créatures. Et celte volonté de ressusciter et de vivifier, et cette puissance d'opération pour la vie ou pour le jugement (l'une et l'autre divines), quoique résidant par essence dans le Yerbe, l'Humanité sainte en joussait et y participait si parfaitement qu'elles étaient véritablement siennes. Elle participait à la volonîé divine du Verbe par l'union de sm
NolunU; avec la divine; elle pailicipail a la {niisriaiice d'opération, parce que sou opération liuaiaiiie procédait de la volonté dti Verbe, à laquelle la volonté humaine était jointe. De plus, toutes les opérations <ic la Divinité, soit [)our la \ie, soit pour le jugement, se t'ont [)ar l'Humanité suinte.
De tout cela il résulte que toutes les créatures sont dans une entière dépendance i\ii Verbe incarné, et par conséquent de l'Humanité sainte comme du Verbe.
Mais il est à observer cjue dans le verset 21, lorsque Notre Seigneur parle du pouvoir de tlonner la vie, il parle connue la partageant avec son Père; et dans le verset 22, quand il parle du jugement, il dit qu<; cela lui appartient à lui seul.
Cela tient à toute la suite de cette explication. La volonté déterminante du Père, par laquelle il prédestine, de toute éternité, les œuvres de son Fils dans le temps, lait qu"il partage cette même opération avec le Kils ; c'est pourquoi le Père vivitie aussi bien que le Fils. IMais, comme celte volonté éternelle et déterminante ne prédestine personne au jugement et à la condamnation, de là tout jugement a été donne au Fils, qui juge tout seul sans partager cette puissance avec le Père, quoique, dans le tond, le Père juge aussi bien que le Fils, puisque toutes les opérations des personnes divines sont nécessairement et essentiellement communes; mais il ne s'agit ici que d*attiibution particulière de la prédestination qui appartient au Père et qui n'intervient pas dans le jugement.
23. Cl oiniics lioiioi'tliconl Fili- 1 23. A(in que Ions lionoiL'ot le Fils uni, sicut hoiiorilJcant I^aUeni : qui i coniiiie ils honoronl, l(! l'ère; qui iioii lioiiorilical l'iliuni, non honori- I n'iionorc poiiil l(; l'ils u'iioiiurc lirai l'alfcni (|ui mijit ilkiiu. j i)oiiil \v ['(.tc «lui l'a LMivoyr.
C'est par cet amour pour son Fils incarné, dont il est parlé plus haut, que le Père lui a communiqué cette puissance, môme en son Humanité ; afin que toutes les créatures honorent son Fils incarné, et même dans son Humanité, comme elles l'honorent lui-même. Il a mis toutes les créatures sous sa puissance, même sous celle de l'Humanité sainte, et il les en a rendues tellement dépendantes, qu'elles ne sont en rapport qu'avec lui seul pour la vie et pour le jugement. De cette manière, le ciel, la terre et l'enfer sont tremblants devant lui et en adoration ; le ciel et la terre l'adorent pour la vie qu'il leur donne; et l'enfer l'adore on frémissant et en tremblant pour la condamnation et le jugement.
Il dit ; Sicut honorificant Patrem. Les créatures adorent le Père comme leur créateur et leur Dieu. Il faut qu'elles adorent la même Divinité dans le Fils, et qu'elles l'adorent comme leur vivihcateur et leur souverain maître qui a leur sort entre ses mains.
La raison pour laquelle le Père veut que tous honorent le Fils dans son Humanité sainte comme ils l'honorent lui-même, c'est que l'honneur rendu au Fils dans l'Humanité sainte est un honneur rendu au Père lui-même. Bien plus, personne ne peut rendre hommage au Père que par le Fils incarné ; et tous ceux qui n'honorent pas le Fils dans son Humanité sainte n'honorent pas le Père non plus ; car, l'image du Père est dans son Fils éternel, et elle y est d'une manière substantielle, et par con'feéquent il faut adorer le Père dans son Fils. Mais, le i^ère ayant envoyé ce Fils bien-aimé, qui renferme en lui sa propre nature divine, pour l'unir à l'Humanité sainte ot vénérable qu'il lui a donnée, de manière que
loules les perfections divines et l;i nature du Père résident dans eelle sainte ilunianilc, il laul qu'on adore le Père dans cette llunianité, sinon on n'adore pas le l'ère (jui a envoyé pour cela son Fils sur la terre, atin cpio tous i'adurent en Lui et par Lui.
Ces termes (jui inisit illum montrent assez qu'il s'agit de riionneur divin qu'on doit rendre au Fils revêtu de son Humanité sainte. Cet envoi veut dire r Incarnation. Cela signifie encore : celui qui n'honore pas l'envoyé, n'honore pas celui qui l'a envoyé. D(; là, celui qui n'honore pas le Fils, n'iionore pas le Père.
24. Aiiicii, amen dico \ obis, quia I 2i. lin vi-rilé, en véiilô, je vous qui \erbuni nieuui iiudil, et crédit! dis que celui qui écoule ma parole ei qui niisil me, iiabet \ilam icler- j et croit h celui i]iii m'a envoyé, a nam. et in judicium non venil, sed 1 la vie élernelle, el ne \ienl pas en iransiil aniorle in vilan.'. jjugemenl; mai» il a passé de !a
] niorl à la vie.
Après avoir parlé de sa grandeiu" el de sa puissance, et de la vie qu'il communique, Notre Seigneur nous montre comment il faut nous conduire pour obtenir cette vie et fuir ce jugement. Et après avoir expliqué la communication de la vie, il explique le jugement.
Celui qui écoute le Fils de Dieu avec attention et avec docilité a la vie éternelle. Il ne suffit pas que nous écoutions seulement ; car un peut écouter par curiosité et même par malice, comme les Pharisiens. iMais ici Notre Seigneur veut dire qu'il faut écouter intérieurement, ce qui exige l'attention intérieure de l'âme, et avoir la docilité et la simplicité de l'esprit pour recevoir les vérités annoncées ; c'est-àdire qu'il faut être disposé à recevoir avec actions de grâces les divines paroles, et en faire le profit, de son
Ame. Et après cela, il faut y donner entièn'menl sort âme. lorsqu'on les a reçues, y soumettre toutes ses puissances, et se laisser diriger et guider par elles, comme par la parole de Dieu même, et par là on croit au Pire de Notre .Seigneur qui l'a envoyé, en prenant ainsi cette parole, en s'y soumettant et s'ab;uidonnant à elle coiume venant de lui.
Et celte parole divine est tellement substantielle et vitale, qu'elle pénètre dans notre âme, la remplit et devient sa vie. la remplissant de lumières, de grâces et d'amour et établissant en elle la vie du Fils de Dieu même. C'est pour cela que Notre Seigneur dit que cette âme a la vie éternelle; il ne dit pas qu'elle l'aura, mais qu'elle Va : car elle possède en elle la vie de tous les élus du ciel et y participe, quoique pas encore à découvert.
Il dit encore qu'elle ne vient pas en jugement, comme il a dit plus haut (chap. ut.) que tous ceux qui ont en eux la lumière, ne peuvent pas êlre repris par la lumière. 11 n'y a que ceux qui ne reçoivent pas en eux cette lumière qui le sont, parce que leurs ténèbres sont condamnées et repoussées par la divine lumière.
}.e Fils de Dieu exerce déjà sur In terre un certain jugement, par lequel il repousse, condamne et rejette le péché qui est dans les âmes; et pour celles qui ne s'en éloignent pas, cette condamnation du péché q\\'\ est en elles, tombe sur elles-mêmes. IMais ceux qui abandonnent cette vie de péché, cette vie de la chair et de ses concupiscences, si opposées aux divines paroles du Fils de Dieu , pour recevoir en eux Notre Seigneur avec cette divine foi, de la manière qu'il vient de l'exposer, ceux-là, au lieu d'être sujets à ce jugement, passent de la mort car la vie de la chair
est une mort) à la vie de l'âme , parce qu'il:, ont la vie (le Jésus en eux.
En cela on peut voir la bonté de notre adorable Maître. Quand on a mené une vie horrible à ses yeux, et qui devait être condamnée ; si on la ({uilte pour se donner à lui. il semble qu'il dovniit commencer par entrer en jugement pour demander compte du passé; point du tout. Si la foi est parfaite, renfermant en elle la parfaite charité et la paifaile fidéliîé h sa grûce. il ne reste plus rien de l'ancien jugement, il a tout pris sur lui et nous fait passer immédiatement de la mort à la vie. C'est seulement lorsque celte foi n'est pas parfaite, qu'il reste encore quoique chose de l'ancien jugement. Car, lant que tout n'est pas lumière en nous, la lumière repn-nd ; m;i!s si nous sommes fidèles, ce jugement sera un jrigement d'amour, qui brîih^ les ténèbres de la chair (jui sont restées et conserve noire âme dans !a vie.
On peut aussi expliquer cela du baptême; car Notre ."r^'eigneur parle à des gens qui auraient eu besoin de recevoir ce Sacrement. Alors, le baptême reçu, il ne reste plus rien du jugement, quoique même la foi ne soit pas parfaite. ^îais l'incompréhensible miséricorde de Notre Seigneur mérite toujours nos adorations, notre amour et nos plus humbles et nos plus tendres actions de grâces.
25. Amen, amen dico vobis, quia i 25. En vérité, en vérité, jo vous vcnil liora, et nunc est, qnaiido mor-i dis, que l'heure vient, cl elle est tui nudienl voccm Filii Dei ; el qui ! déjà venue, nù les morts entendront audierint, vivent. | la voix du Fils de Dieu, el ceux qui
I l'auront entendue, vivront.
Et pour leur imprimer davantage celte vérité dans l'esprit, il leur annonce ime chose, non compte une vérité spirituelle dont la pratique est éloignée, mais
comme un fait qui doit arriver bienlôt, c'est que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, f;i!sanl toujours entendre par là que, quoique ce soit la i^ainte Humanité qui parle et qui agit, c'est cependant la voix du Fils de Dieu qu'ils entendront.
Il dit morlui en général, pour montrer le grand nombre qui l'entendront; non seulement les Juifs fidèles à la loi qui ne sont pas morts, ou ne sont pas censés l'être, mais les Juifs mauvais et les gentils qui sont reconnus pour morts.
Il dit : Venit hora et mmc est; parce que, dès le temps où le Fils de Dieu a vécu sur la terre, il y eut déjà un commencement de gentils qui enlendirent la voix du Fils de Dieu.
Par le mot audient, il faut toujours entendre la réception extérieure de la parole du Fils de Dieu, et l'acquiescement intéiieur par la foi, dont il a été parlé plus haut. Ces morts que vous regardiez comme perdus, par là-même qu'ils recevront cette voix du Fils de Dieu revêtu de la chair, ils vivront, parce que le F'ils de Dieu incarné leur donnera la vie; cette voix deviendra une vie en eux.
Cette voix du Fils de Dieu est la parole du Fils de l'homme, soit extérieure, qu'il prononce par les vérités qui sortent de sa bouche adorable, soit intérieure, qu'il insinue dans l'àmé par sa grâce divine. Mais l'une et l'autre procédant du Verbe comme de leur source, sont par là-même la voix du Verbe , qui est la voix du Père lui-même ; et par conséquent, c'est la voix du Père qui se fait entendre, et celui qui croit, croit au Père.
26. Sicul eniiii Paler liabel vi- ! 2(1. (-ar comme le Père a la vie tani in semclipso : sic flcdit et Filio j en ini-mômo, ainsi il a donné au habere vitam in semelipso. [ Fils d\ivoir la vie en lui-même.
Ainsi donc il n'csl pas étonnant que ceux, qui re- «joivent celle paiole aient la vie ; le Tils de Dieu, leur donnant ainsi sa parole, les vivifie. Car, dit Notre Seij^neur, connue le Père a la vie en luimême par essence, de même il a donné à son Tils selon la chair d'avoir la vie en Lui, par le Verbe auquel il est uni, et qui possède en Lui la vie substantielle et essentielle de son Père.
Ce mot dédit ne se rapporte pas au Verl)e selon la Divinité; car le mot don indique quelque chose de gratuit, une bienveillance, une élection; ce qui ne convient pas au Verbe qui partage par essence tout l'être de son Père. Mais il s':)git ici de son Fils selon l'homme, qui est son Fils par assoniption et non par essence; et c'est de lui que Notre Seigneur dit que son Père lui a donné d'avoir la vie en lui comme le Père l'a en lui-même; car, ayant le Verbe, il a toute la nature du Père. Et il lui a donné de l'avoir en soi par l'élection et la prédestination éternelle, par laquelle il l'a choisi préférablenient à toutes les autres humanités, pour être uni et pour participer hypostatiquement à son Fils unique, et à tout ce qu'il possède en Lui. Ainsi, lui ayant donné le Verbe, il lui a donné sa vie; et ayant ainsi la vie divine en lui le Fils de l'homme la communique à volonté à tous ceux qui la reçoivent et se soumettent k son influence.
•21. Et poteslaiem dodit. ei judicium facere, quia P'ilius liominis est.
27. El il lui a donné le pouvoir de faire juslice, parce (|ii'il est Fils de l'homme.
Ainsi le Père donne à son Verbe incarné d'avoir la vie en soi par essence, comme le Père lui-même; voilà pour ceux à qui il donne la vie, parce qu'ils l'écoutent.
De plus, pour ceux qui ne l'écoulent pas, aussi bien que pour ceux qui ('écoutent, il lui a donné pouvoir de faire justice. Ici il dit plus que juger, il juge seulement les mauvais qr.i ne reçoivent pas en eux sa divine lumière, et ce jugement consiste à réprouver le péché qui est en eux : ce jugement s'exerce dans le monde même, jusqu'à un certain point. Mais noire Sauveur a reçu le pouvoir même de faire justice, c'està-dire de donner les récompenses aux bons et d'appliquer les punitions aux méchants.
Celte justice distributive des récompenses et des peines est principalement pour l'éternité, et procure f bien plus grandement et plus efficacement que sa justice ordinaire la gloire de Notre Seigneur devant toutes les créatures, et produit un effet incomparablement plus puissant sur elles pour le faire adorer. Dans l'enfer, elle produit un effet de terreur et de tremblement devant Lui, à cause de l'effet de la puniîion dans laquelle l'âme sent tout le poids de sa puissance; et dans le ciel, un effet d'admiration, d'actions des grâces, de gloire et d'amour, à cause de sa magnificence et de sa splendeur. 11 récompense chacun selon son mérite, et toujours en lui appliquant le sien propre. Toute cette justice sera faite par le Verbe incarné. Alors le Fils de l'homme paraîtra dans tout l'éclat de cette puissance dont le Père l'a revêtu, et sera glorifié ainsi aux yeux de toute créature, de l'enfer aussi bien que du ciel , de ses ennemis aussi bien que de ses enfants et frères bienaimés.
la raison pour laquelle le Père lui a donné le pouvoir de faire justice est encore remarquable : c'est parce qu'il est Fils de l'homme. Saint Paul fpHiLip. ii. )
nous explique i'ela. 11 ilil, en parlant du Fils de Dieu : Quoiqu'il lût dans la lorme de Dieu, vivant de toute éternité dans le sein de son I^ère, et jouissant de la même grandeur, de la niènie puissance et de la même gloire, il s'est anéanli pour rétablir cette gloire de son Père, parmi les hommes; et, pour sauver les hommes, il s'est anéanti jusqu'à prendre la forme de serviteur, se faisant homme comme nous étions tous (excepté le péché), et il a obéi jusqu'à la mort de la croix, (/est pourquoi Dieu l'a exalté et lui a donné un nom qui est uu-dessus de tous les noms, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terré et dans l'enfer.
Ainsi, parce qu'il est Fils de l'homme, Dieu lui a <lonné d'avoir la vie en lui et de la communiquer, afin que tout genou fléchisse devant lui en terre; il lui a donnné pouvoir de juger, de récompenser et de punir, afin que le ciel et l'eidér même soient à ses pieds en l'adorant et lui rendant leurs devoirs. Et il était juste qu'il fût exalté parmi les élus, puisqu'il s'est anéanli pour les sauver. Il est juste qu'il les récompense, puisque c'est lui qui est leur mérite, étant Fils de l'homme afin de mériter pour eux. Il est juste qu'il ait puissance de punir ceux qui n'ont pas voulu le recevoir, lui qui s'est anéanti pour eux et pour leur communiquer la vie qu'ils ont refusée, et qui, au lieu de recevoir ses bienfaits et de l'aimer, l'ont haï et méprisé. Ainsi, il a eu tous ces [jouvoirs, précisément parce qu'il est Fils de l'homme, parce qu'il s'est anéanti.
On peut encore donner une autre explication. Selon la nature des choses, la justice et son exécution devrai<2Ql appartenir au Père ; c'est lui qui est créa-
tcur (le toutes choses, et par conséquent toutes choses lui appartiennent : de phis les offenses et les péchés sont des lésions de sa AFajesté et de sa gloire, et des résistances à sa volonté et à sa puissance ; tous attributs du Père. Mais, le Fils de Dieu s'éfant fait homme pour nous racheter (car il nous a achetés assez cher et nous a payés beaucoup plus que nous ne valons), nous lui appartenons pour le prix de son sang. Aussi Notre Seigneur dit ailleurs « que « son Père lui a donné toute chose. » Ainsi nous appartenons au Fils, et nous lui appartenons, parce qu'il est Fils de l'homme, car c'est en cette qualité qu'il nous a rachetés. Or, appartenant au Fils, il est juste que nous soyons jugés par le Fils. C'est pourquoi Notre Seigneur dit que lo Père a donné au Fils pouvoir de faire justice; et cela, parce qu'il est Fils de l'homme.
28. Fl nolile mirari hoc, quia venit hora iii qiia omnes, qui in monnmentis siuii, andient vocem Filii Dei.
29. El procèdent qui boiia fecernnt in rosurrectionem vitre; qui vero mala egerunt, in resurrectionim judicii.