No vous en étonnez pa
parce que l'heure vient où tou.'« ceux qui ?ont dan? les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu.
29. Et en sortiront , ceux qui auront fiiit le bien, pour ressusciter à la vie; mais ceux qui auront fait le mal, pour ressusciter à leur condanmalion.
Notre Seigneur ajoute, pour expliquer davantage ce jugement, dont le pouvoir sera donnée au Fils; et il dit : « Ne vous étonnez pas de ce que je dis, «que le Fils fera cette justice; car il viendra une «heure, cette heure .sera la dernière de ce monde; « à cette heure, tous ceux qui seront dans les tom- « beaux entendront la voix du Fils de Dieu pour la « résurrection. » Tous entendront cette voix, et tous ressusciteront. Ils ne l'cntendronl pas comme les
inorls spirituels dv. la Icrre dont il a été parlé plus haut ; ccu\-L'i renleiulent, s'ils le veulent, et s'ils ne îo veulent pas, ils ne l'entendent pas. Mais ceux-là Tentendront tous ; mais ils l'entendront diversement. Pour ceux qui ont voulu l'entendre et qui l'ont entendue sur la terre, celte voix sera une voix d'amour et de miséricorde qui les fera tressaillir de joie et d'allégresse, et qui les appellera à une vie et à un bonheur éternels. Pour ceux qui n'ont pas voulu l'entendre sur la terre, qui l'ont méprisée et sont restés par là-nième dans leur iniquité, elle sera une voix de justice, de rigueur, de condamnation et de terreur eflVoyable. Ils voudront bien ne pas l'entendre et rester dans l'anéantissement, mais ils seront obligés, malgré eux, de l'entendre. Cette voix tprrible retentira jusqu'au fond de leurs entrailles, et jettera l'épouvante et le désespoir dans dans toute l'étendue et dans le plus intime de leur être. Elle sera pour eux une sentence de condamnation, une expression de malédiction et une exécution rigoureuse de la divine justice. De manière que cette voix, si différente pour les uns et pour les autres, produira aussi un effet bien différent ; dans les uns elle produira une résurrection de vie et de gloire, et dans les autres, une résurrection de mort, de damnation et de corruption incorruptible. Omnes quidem resurgemus, dit saint Paul, sed non omnes iinmutabimur.
30. Non po??iim c^o a moipso filcere qiiidquam. Siciil audio, judico ; et jiidicinm niciim justiim est, quia non qnaero voluntaiem tneam., ?ed voliinlatcm ejiis qui niisit me.
30. Jp no pnis rien faire de moimême. Selon que j'entends, je juge; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche point ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envové.
r/esl loujours le Verbe incarné qui parle, et qui parle conune Fils de l'homme. Après avoir montré cette puissance, qui sera communiquée au Fils de riiomnte, de juger tontes les créatures et d'appliquer en souverain les récompenses et les punitions, il montre les qualités et les perfections de ce jugement. Quoique ce soit le Fils de l'homme qui jugera, ce jugement sera cependant un jugement divin. C'est pourquoi il dit : « IMoi, Fils de l'homme., éta- « bii juge de l'univers, je ne puis rien de raoi- « même, quoique toute puissance m'ait été donnée ; « car, cette puissance de juger ne m'a été donnée « qu'en qualité de mon union avec le Verbe. » Et en etlet, ce jugement a été donné :ui Fils, parce qu'il s'est fait homme; c'est la raison pour laquelle le Père a tant exalté la sainte Humanité; par conséquent la puissance de juger (ainsi que la puissance de donner la vie) ne lui est donnée qu'en union avec le Verbe, c'est pourquoi elle ne peut rien en elle-même; mais en tout ce jugement, le Fils de l'homme ne juge que d'après ce qu'il entend du Fils de Dieu, c'est-à-dire d'après les communications divines qui lui sont données par le Verbe.
L'Humanité sainte juge d'après la lumière et la puissance du Verbe qu'elle possède substantiellement. De là, son jugement est un jugement divin, et non un jugement humain. D'après cela son jugement est nécessairement juste, parce qu'il sera en toute conformité et accord parfait avec la justice essentielle du Père. Car il ne juge que d'après ce qu'il entend, c'est-à-dire ce qu'il reçoit du Verbe. Or le Verbe ne lui donne pour ce jugement que ce qu'il possède par essence, c' est-a-dire la justice essentielle de son Père;
et par conséquent les seules règles que Notre Seigneur emploie dans ce terrible jugement sont celles de la justice de son l^ère.
On peut voir par là la bonté admirable de notre très-doux Sauveur. H vient de nous apprendre la condamnation et les puniiions qu'il fera à son jour de jugement; et il semble s'excuser de cette rigueur auprès de ses entants bien-aimés, en leur montrant que ce jugement n'est pas le sien, mais celui do Dieu même.
Pour jusiilier la >ainteté et la justice divine de son jugement devant les hommes contre la difficulté qu'ils pourr;iient avoir là-dessus, il ajoute une aulre ra son. Il vient de dire, dans ce discours, que tous ceux qui l'écoutent et qui croient à sa parole (qui est celle de son Père, comme il a été expliqué), ne seront pas jugés ni condamnés, et que le jugement ne sera que pour ceux qui ne l'écoutent pas et que ceux-ci seront condamnés; car, lorsque Notre Soigneur d'il juger , il veut dire condamner. I)'aulre part, tout jugement lui est donné à lui seul. Alors on pourrait dire : Le Fils de l'homme juge et condamne ceux qui ne lui ont pas obéi et qui ne l'ont pas écouté; or, (?e jugement est partial et non pas juste. C'est ce soupçon blasphématoire que Notre Seigneur prévient , en disant : « Je juge coumie j'entends d'en haut, nppliquant les « règles de la justice divine de mon Père à tous ceux « qui sont dans le péché et qui ne sont pas venus à « moi pour m'écouter et croire en moi; et mon ju- « gement est conséquemment juste. Car, comme je ne « suis pas mon intelligence humaine pour le discer- « nement du bien et du mal, mais que j'écoule seu- « lement la justice de mon Père que je possède dans
« ma personne divine, de môme en condamnant seu- « lement ceux qui ne viennent paj< ii njoi cl qui ne « croient pas en moi, je ne suis pas ma volonté hu- « maine, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. « Or, si dans mon jugement je suis uniquement la « volonté de celui qui m'a envoyé prononcer ce ju- <( gement, do ce côté là mon jugement est juste, puis- « que celui qui m'a envoyé faire ce jugement est le « Père lui-même. )»
Et il est certain que le Père veut que rien ne soit «auvé que ce qui vient à son Fils incarné, qu'il n'y ait aucun nom donné aux hommes pour être sauvés que le saint nom de Jésus, qui est le nom adorable qui exprime le salut renfermé dans le Verbe incarné.
31. Si ergo lestirnonium perhibeo cJc ineipso, testimoniiim meum non csl veruni.
31. Si je rends témoignage de nioi-rnc^me. mon lémoigniige n'est pas vrai.
Notre Seigneur continue de leur parler de ses grandeurs, et leur veut inculquer la foi; il veut leur montrer que ce qu'il dit est vrai et qu'ils devaient le croire. Il dit donc : «Vous entendez le Fils de l'homme « vous dire toutes ces grandes choses de lui-même, « car vous ne voyez pas plus loin , vous n'entendez « que le Fils de l'homme, et vous n'admettez pas ce qu'il « dit de lui-même. En effet, si c'était le Fils de l'homme « qui parlât ainsi de lui , son témoignage ne serait « pas un vrai témoignage, et vous ne seriez pas obli- « gés de le croire: Teslimonium meum non est verum : » non pas que la chose témoignée serait fausse , mais le témoignage ne serait pas légitime et authentique pour qu'on fût obligé de le croire.
32. Alius c<l qui lestimoniuni 1 32. C'csl un aulre qui rend léperhil^et de me; ei scio quia vcnim i moignnge do moi, et je sois que le est, tostimoniiim quori perliibet de témoignage qu'il rend de moi est me. v(^ri table.
« C'esl lin autre qui rend lémoii^na^e de moi. Ce « n'est pas seulenK^nt ma parole humaine que vous «entendez, qui rend témoignante; c'est le Fils de « Dieu lui-même qui dit ces paroles, et qui rend ce « témoignage ; et je sais que son témoignage est un « témoignage vérilal^le, et tons sont obligés de le « croire, parce que c'est la vérité éternelle du Père. « Moi, je connais la vérité de son témoignage, parce « que je le vois et le possède personnellement en «moi; ce témoignage m'est substantiel et intime. »
33. Vos niisislis ;id Joaiinein ; et | 33. Vous, vous avez envoyé \ ers le.slimonium perhibuit verilali. | Jean, cl il a rendu lénjoignage h. I;i
j \érilé.
Pour bien comprendre tous les versets qui suivent, il faut savoir que trois sortes de témoignages sont rendus à Notre Seigneur. Le premier est celui de saint Jean-ljaptiste, qui est venu préparer les peuples pour l'arrivée du Fils de Dieu sui- la terre, et qui rendait témoignage à la vérité vivant et résidant en Notre Seigneur. C'est lui qui, par ce témoignage, devait amener tout le monde à Notre Seigneur, en disposant les hommes à la Xoi, qji'ils ne devaient recevoir que de Notre Seigneur lui-mônje : Ut omnes crcderenl pcr il/iim [Joanuem) ; car saint Jean ne donnait ]);is la loi, mais il y amenait les âmes, (^e témoignage était suffisant par lui-même, pour les âmes très-bien disposées et simples qui venaient au Messie, et recevaient de Lui toutes ses paroles divines et ses grâces avec une grande docilité et une grande foi.
Le deuxième témoignage était celui que le Fils de Dieu se rendait à lui-même. Le Fils de Dieu, une fois arrivé, il a fallu que saint .lean disparût, parce
qu'on n'avait plus besoin de lui pour préparer à la venue du Fils de Dieu, et il o'était plus convenable que Jean rendît son lémoignage. La lumière éternelle du Père, paraissant sur la terre, devait se rendre témoignage à elle-même, et ne pouvait plus recevoir le témoignage d'un lionune. mais devait jeter un si grand éclat que tous la vissent, et que ceux qui étaient bien disposés n'eussent aucune dilûcullé de venir à elle.
Aussi Notre Seigneur se rend-il témoignage à luimême. Ce témoignage, il le rendait en deux façons. Pour les âmes qui venaient à lui, et étaient prêtes à le recevoir et disposées à l'écouler avec docilité, il se rendait témoignage dans le fond de ces âmes, par la grande iumièi-e qu'il y jelail, par ses divines paroles et ses grâces intérieures; et par ces paroles et ces grâces, il leur faisait connaître la vérité ellemême. C'est le plus parfait témoignage qui puisse être rendu à la vérité, de la faire voir en ellemême.
Un autre témoignage qu'il se rendait devant les âmes moins bien disposées, c'était l'éclat de ses grands et innombrables miracles, qui les frappaient et les disposaient à l'écouter et à croire; ténjoignage bien plus grand que celui de saint .Jean.
Le troisième témoignage éiait pour les âmes les moins bien disposées, pour les docteurs d'Israël, lesquels, destitués de cette simplicité et docilité d'esprit, qui est nécessaire pour la foi, et pleins d'eux-mêmes, r.e voulaient pas croire , comme la foule, par la parole de saint Jean et par les miracles mêmes du Fils de Dieu, Pour coux-là, il y avait le témoignage que le Père a rendu dans la loi et les Prophètes.
Voiti donc ce que Notie Seigneur leur dit d'abord dans les deux versels précédents : « Vous ne voulez « pas croire au Fils de riiomnie, parce qu'il se rend « témoigna<j;e à lui-iiiènie ; ce n'est pas le Fils de «( l'homme dont je veux que vous croyiez le témoi- « gnage, il y en a un autre qui le lui rend, et je « sais que ce témoignage est vrai...» (comme il a été dit]. Ensuite il ajoute : « Il y a encore un autre « témoignage qui m'a été rendu avant que j»' n'eusse « par»j. Ce n'est pas njoi qui îii envoyé h Jean pour « qu'il me rendît témoignage, mais vous-mêmes vous « avez envoyé vers lui, et vous savez qu'il a rendu « témoignage à la vérité qui est substantiellement en « moi. Croyez au moins a h\ parole de Jean, qui « vous assure que je suis le Fils de Dieu, et par « l;i vous viendrez à moi, vous m'écoulerez, vous « croirez, et ensuite vous verrez par vous-nifîme la « vérité. »
3i. E£^o atilem non ab homine Icslimonium accipio ; scd liaec dico nt vos saivi silis.
34. Pour moi, co nVst pas d'un liommj! que je reçois témoignage ; mais je dis ceci aliii que vous soyez sauvés.
«Une fois venu en terre, ce n'est pas moi qui ai « envoyé les hommes à Jean pour demander son té- « moignage. Ce n'est pas Jean qui autorise mon mi- « nislère. Ce n'est pas à In lumière d'un homme à faire « briller la mienne et à la faire connaître; mais je vous « dis cela par compassion pour vous, qui êtes si é- « loignés de la lumière. Je vous lappelle ce qui, dans « le temps, a été donné pour vous éclairer et vous « amener à moi, afin que ce témoignage de .lean vous « conduise à croire que je suis le Messie, Fils de Dieu, « et afin que vous veniez à mo* par ce témoignage; « et alors je vous éclairerai moi-même d'une bien
« antre façon et avec un bien antre éclat que Jean, « Et ce n'est qu'alors que tous pourrez être siuivés « de la perte infaillible et ilu jugement terrible au- « quel vous serez sujets.
3o. lllc eral lucenia ardens, ell lucon^•. vos aiilein volaistis ad lioram exsiillare in luce ejus.
3j. II était une iai)>p(j ardenlo et luisante, cl un moment \ous avez:
voulu \ous réjouir à sa lumière.
Jean était un luminaire : une lampe ardente, par la charité qu'il inspirait, et les désii^s qu'il mettait dans tous les cœurs pour le Messie, Fils de Dieu; et une lampe luisante, parce qu'il apprenait comment il fallait se préparer pour la venue du Messie, et parce qu'il l'a fait connaître quand il est arrivé. Il était une lampe, mais non la lumière même ; Non erat ille lux. Il devait seulement rendre témoignage au Fils de Dieu avant qu'il commençât à paraître dans son éclat. «Vous, qui êtes des homnjes pleins de ténèbres, « dans vos ténèbres vous vous êtes réjouis dans la <( lumière de cette lampe pendant le temps qu'elle de- « vait vous éclairer, lorsqu'il faisait nuit; mais main- « tenant que le soleil de justice est en son plein, la « lumière doit disparaître. Le soleil n'a pas besoin « qu'on prenne une lanterne pour le chercher». Ainsi Notre Seigneur leur dit : « Saint Jean dont je vous « cite le témoignage était un grand luminaire pour « vous dans son trmps. Il était fait pour vous éclairer « dans le temps de la nuit, alin de vous mettre en « voie pour arriver au Fils de Dieu qui devait le « suivre bientôt. Vous étiez contents de jouir de sa « lumière pendant le temps qu'il devait éclairer, pen- « dant la nuit où je n'étais pas encore; mais son heure « Pi'est plus mainlerreint ; VoJiiislis ad horam exsuUare « in luce cjus. Il faut maintenant proliter des lumières
« qu'il vous a donnés, et ne pas vou^ conton(er du « passé, mais venir à moi. C'est pour cela que celte « lumière vous a été donnée alors ; car pour moi. « qui ai la plénitude de la Divinité en moi, je n'ai « pas besoin de ce témoignage; écoutez-moi donc et « le nouveau témoignage que je vais donner de ma « Mission et de îua Divinité. Car, si vou^; avez écoute « le témoignage de Jean, à 1)lus forte raison devriez- (i vous uiaintenant écouter le mien; et je sais ne plus « avoir besoin et je n'ai réellement plus besoin de ce- « lui de Jean ».
36. Ego ciiilcm habeo leslimoni- j 06. Mai^ moi, j'ai un témoignage um majus .loaniie; opéra cnimqiiae' pi ii? grand que .îeafi; car les œudedil n.ilii Palcr, \il porficiam ca ; ' vres quo mon Pore m'a donnée.'? a ipsa opéra, qiioe c^o facio, teslimo-î accomplir, ce.-? œuvre.-: que je faii? ninm perhibenl de me, quia Piiler i moi-nn'mc, renrienl téiiioignai^e de misil me. | moi, que mon Père m'a envoyé.
« J'ai en mes œuvres mêmes un témoignage bien « plus grand que Jean». Notre Seigneur ne dit pas seulement un témoignage plus grand que celui de Jean, mais «plus grand que Jean même, un témoi- (' gnage qui mérite plus de vénération, plus de « croyance que Jean, et dont la voix, est plus puisf< sanle que celle de Jean. Ce témoignage, ce sont « les œuvres que mon Père m'a données pour que je « les exécute. Ce n'est pas lui qui les fait comme celles «qu'ont opérées vos prophètes; ceux-ci le priaient « de faire, et il faisait; mais il me les donne à moi f< pour que je les fasse moi-même par sa puissance « qui réside substantiellement eu moi. Ces œuvres « étant des œuvres divines sont bien plus grandes et «plus vénérables que Jean, et plus dignes d'être '( crues. Or ces œuvres mêmes rendent témoignage fi que je suis envoyé par le Père; car. si je n'étais
« pas envoyé rA que je vinsse seulement par une i)uis- « sance humaine, je ne [lourrais pas les exécuter: et « cependant vous me les voyez taire; ipsa opéra quœ « ego facio. Les œuvres sont les témoins, et leur voix « par laquelle ils rendent lémoignage est l'exécu- « tion» .
37. El qui niisil me Pater, ipse teslimoniiiin pcrhibiiil de me; ne-»
que vocem ejiis iiiicjiuim audislis, neqiie speciein ejus vidistis,
38. Et verbiim ejiis non habetis il! vobis manens ; quia quem riiisil ille, hiiic vos non credilis.
37. El mou Pfie qui m'a env-oyé a rendu lui-même témoignage dd moi ; vous n'avez jamais enleiuiu sa voix ni vu sa figure.
38. Et vous n'avez pas sa parole demeurant en \ous, parce que vous ne crovez pas à celui qu'il a envoyé.
« He nlus j'ai le (éni()i,çi:na'.ie de mon Père même, « qui m'a rendu un témoignage continuel dans « la loi par toutes les promesses qu'il a faites « de m'envoyer. !1 est vrai que vous n'avez jamais « entendu sa voix, ni vu sa l'ace; car il vous a îouf< j(»urs parlé par le ministère de ses anges; mais au c moins deviez-vous recevoir sa parole. De quelque c manière qu'il vous l'ait fait parvenir, c'était tou- « jours un témoignage qu'il vous a rendu de moi. Mais «pas même celte parole n'est restée en vous; car, « si celte parole était restée en vous, vous auriez dû « croire en celui qui en était le sujet. Kîle vous pro- « mettait que le Père vous enverrait son Fils pour V'' vous sauver; et maintenant vous ne voulez pas croire « à celui qu'il vous a réellement envoyé selon ces pro- « messes; par Ik vous prouvez bien que ses paroles « ne sont pas restées en vos âmes. Et si même ces « paroles sont restées en vous jusqu'au moment de " ma venue, elles n'y sont plus maintenant, parce que, « mon Père vous ayant envoyé celui qu'il vous a proft mis, vous ne croyez pas en lui. Par là même, vous
u annulez les |>roniesses dans vos àiiu-s. Les promesses ■X restent lou jours, et raccoiiiplissemenl en sera [>ar- -a fait; mais dans vos âmes les promesses sont nulles, » et comme si elles n'avaient jam;iis été, parce que « leur accomplissement est nui en vous» .
Dans cette manière d'expliquer, les versots suivants De font que la suite des mêmes paroles; ils devront être pris dans le même sens, et en seront conjme le complément- Mais les versets îl et 42 seraient difficiles à expliquer <lans ce sens. On pourrait dire, qu'outre le témoignage de son Fère exprimé dans les Ecritures, Notre Seigneur appelle à son témoignage Moïse l'.ii-méme et les autres prophètes, en disant que Moïse les accusera; et il les appelle, non pour recevoir quelque nouvel éclat de leur témoignage, mais à cause de la méchanceté des Juifs, qui ne veulent pas même croire à son Père.
On peut expliquer encore ce discours de Notre Seigneur du témoignage que son Père rendit à son b.iptênje : Hic est Fi(ius meus dileciiis , in quo mihi bcne complacui. Et il dit aux Juifs qu'ils n'ont pas écoulé cette voix de son Père, ne lui ont pas étc' dociles et n'ont pa^ suivi ce témoignage. « Mon Pèi-e a rendu a témoignage, neque vocem ejns audisùs, vous ne l'a- •« vez pas écouté non pUis-, uequc speciem ejus vidistis, <( et vous n'avez pas vu en son Fils uni([ue, auquel <f i! a rendu ce témoignage, vous n'y avez pas vu l'i- <x mage de son Père; car, si vous aviez cru, vous « auriez vu en son Fiis l'image de son Père. Et a vous n'avez pas celle parole divine en vous, elle '.< n'y a pas demeuré; car vous n'avez pas cru a celui ■'( qu'il a envoyé. Si vous aviez la parole de mon Père «en vous, vous auriez cru nécessairement à celui qu'il « a envoyé».
Dans ce sens, ce dernier passage est difficile à expliquer clairement. Kt voici une autre difficullé : Notre Seigneur leur dit : « Vous n'avez jamais entendu sa « voix. » Ce mol minquani dit plus qu'une seule fois. iV'ut-ôtrc par là Notie Seigneur veul-il leur montrer la dureté de leur cœur, qui a fait qu'ils étaient comme leurs ancêtres, qui ont toujours été infidèles et indociles à la voix de son Père.
Dans ce sens, les versets suivants renferment un autre témoignage. Notre Seigneur leur dit : a Puisque « vous n'avez pas la parole du Père en vous, écou- « lez au moins les hommes que vous vénérez et qui « ont rendu le même témoignage ; moi, je n'ai pas « besoin de ce témoignage, mais voire malice en a « besoin. »
On peut expliquer cela encore d'une autre manière. Ce témoignage du Père est celui qu'il rendit dans l'ancien Testament, en y annonçant sans cesse la venue de son Fils depuis le commencement du monde, et surtout dans la loi et les pruplièles. Et pour en comprendre le sens, il faut savoir qu'il y avait deux manières de méditer et de connaître la loi.
La première, celle des prophètes et des vrais docteurs, comme était Esdias et autres. Ils purifiaient leur cœur de loul amour propre et de toute recherche humaine, afin de le conformer enlièremenl aux choses qui sont renfermées dans celte loi qu'ils méditaient. En la méditant, ils n'y voyaient que leur Dieu, ils le louaient et le bénissaient sans cesse des choses saintes et salutaires pour leurs âmes qu'il leur avait commandées, et surtout des promesses pleines de miséricorde et d'amour qu'il leur y avait faites.
Ils entraient diuis des désirs immenses et d'ardents soupirs envers l'objet de cette loi, et demandaient sans cesse à leur Dieu de les instruire lui-même, de leur ouvrir rinlelligence, de purifier leur cœur et de leur f.iire connaître ce que renfermait la parole sainte qu'il leur y disait.
On n'a qu'à lire le Psaume 118 pour voir que c'est de cette manière que les saints de l'ancien Testament étudiaient la loi. De celte manière, c'est le Père lui-même qui se manifestait à eux dans celte loi et dans les différentes figures qu'elle renferme. C'est lui-môme qui plus ou moins les instruisait par les illustrations intérieures qu'il leur communiquait, dans un degré plus ou moins parfait, comme dit David : Super omues doccnles me prudentem we fecisti.
Les explications traditionnelles de ces illustrations pius ou moins grandes accordées aux plus grands personnages se conservaien- panni les vrais docteurs, qui, aidés par ces traditions, avaient beaucoup de facilité à étudier saintement la loi de la même manière et à en comprendre le sens caché. De plus, les lumières spéciales qu'ils recevaient eux-mêmes faisaient d'eux des docteurs véritables de la loi, qui entendaient la voix de Dieu sur l'explication de la loi et des choses cachées qu'elle renfermait, et qui y voyaient Dieu seul partout caché sous ces saintes figures.
Ainsi, tous ces saints docteurs, qui entendaient la voix de Dieu, soit dans fexplication Iradilionnelle de leur loi, soit dans les illustrations particulières, recevaient sur le Messie, Fils de Dieu, qui leur y était annoncé partout d'une manière si cachée, ainsi que sur toute sa vie, ses mystères, ses grandeurs et les
bassesses auxquelles il se sounieltr.ul, sur tout cela ils recevaient le fémoiguage, non des hommes qui ont écrit ces clioses, ma;s de Dieu le Père lui-même, qui It'ur faisait sentir intimement et comprendre le sens parfait que les hommes ne leur faisaient pas connaître. Cette explication intérieure était absolument nécessaire pour avoir une parfaite intelligence de la loi sainte et de ce qu'elle renfermait.
La deuxième manière d'étudier la loi était celle des docteurs des derniers tem[)S et des pharisiens, manière purement humaine. Au lieu d'avoir recours à Dieu pour être instruits, ils s'abandonnaient aux recherches et aux subtilités de leurs esprits propres, et se transmettaient les uns aux autres leurs explications, li'urs subtilités et leurs recherches; ce qui forma peu à peu leurs traditions humaines, tiadilionsfausses qui les faisaient tomber dans toutes ces erreurs ridicules.
('e n'était pas non plus Dieu qu'ils voyaient dans leur loi; ce n'était plus ces louanges, ces actions de grâces, ces désirs qu'ils portaient vers lui; mais ils voyaient seulement la grandeur de leur législateur et de leurs prophètes. Quoiqu'ils sussent que cette grandeur venait de Dieu, ils fixaient cependant leurs yeux sur les hommes qui étaient ainsi élevés et s'en glorifiaient.
Ils ne cherchaient pas, avec ces grands et saints désirs, les mystères de Dieu, dans les choses transmises dans les écrits de Moïse et des prophètes; mais ils scrutaient ces Ecritures, ils pesaient et examinaient chaque mot, chaque lettre, afin d'en extraire quelque subtilité; de manière que ce n'élaiJ pas Dieu qu'ils voyaient dans les Écritures, mais ils
n'y voyaient que ces Écritures mêmes, écriluies niorlos qui devenaient p"ur e.ix un témoignage humain, parce qu'ils n'y voyaient el n'y entcndaif^nt plus véritablement Dieu, mais loot y était homme et humain.
Malgré tout cela, et quoique ces Écritures devinssent tout humaines pour eux. ils y trouvaient tout de même une foule de témoignages évidemment rendus à Notre Seigneur. Il y en a d'autres que leurs traditions humaines leur avaient conservés, comme des débris des anciennes traditions divines devenues humaines pour eux.
Et voici donc ce que noire divin Maître leur dit : « Race infidèle et perverse, qui ne voulez pas croire « au témoignage de Jean, qui ne voulez pas croire au « témoignage du Fils de Dieu et de ses œuvres, à « qui croirez- vous donc? Ooirez-vous au Père Ini- « même qiii m'a envoyé, et qui, avant de m'envo- « ver a déjà rendu témoignage de moi? Ne devriez- <■< vous pas croire à celui-là même qui m'a envoyé? « Et gui inisil me Pater, ipse tcslimonium perhibuit de « me. Mais, si le témoignage même de mon Père a ft été nul pour vous, il n'est pas étonnant que vous « ne receviez pas le mien. îl a rendu témoignage, et « vous n'avez jamais entendu sa voix dans toutes les « Ecritures, où il vous parle sans cesse pour rendre « témoignage de moi; et vous n'y avez pas aperçu « son image; vous étiez sourds et aveugles, el vous « n'y voyiez que par votre esprit humain ; vous n'y (( vouliez voir que des liommes el uy écoutiez que " vos traditions humaines ou voire propre esprit».
« Et sa parole, vous ne l'avez pas en vous. Cette « voix divine de mon Père, qui vous faisait ces ma- 'i gnifiques promesses, vons n'avez jamais voulu l'en-
« tendre paHer et promettre dans votre âme les choses « qu'elle vous annonce; mais, tandis que celte pro- « messe s'accomplit, et que cette parole devait aussi « se faire sentir en vous, opérant K- salut dans votre « âme, vous en êtes vides et ne voulez pas la rece- « voir en vous. Et pourquoi ne l'avez-vous pas de- « meurant en vous, cette parole divine de mon Père? « Parce que vous ne croyez pas à celui qu'il a en- « voyé pour raccomplissement de ce qu'il vous a « promis » .
Pour comprendre bien cela, il faut savoir que la promesse de Hieu n'est pas comme celle des hommes. Celle des hommes est vide et ne produit rien par ellemême; elle ne s'accomplit que par un acte différent et entièrement séparé du premit-i'; voilà pourquoi cette promesse n'est pas efficace ni vraie en elle-même, et quelquefois elle n'est pas accomplie; mais la promesse de Dieu est toujours efficace par elle-même, et porte son objet en elle-même. Voilà pourquoi Notre Seigneur leur dit : « Autrefois, avant la venue de l'objet « de cette promesse, vous n'avez pas voulu entendre « la voix qui promettait; maintenant que je suis venu, « que le Père a envoyé celui qu'il promettait pour « faire résider dans vos âmes ses grâces, ses lumières, « et son salut qui est l'effet de ces promesses divines, « et qui par là-même est cette même parole qui a été « dite par le Père sous forme de promesse, et qui « maintenant dans la plénitude des temps est deve- « nue réalité; cette parole n'est pas demeurée en vous « et n'y demeure pas. Et cela, parce que vous n'avez « pas cru à celui que !e Père a envoyé, c'est-à-dire, '< l'objet de cette promusse, qui devait seul opérer « ces merveilles en vos âmes, et hors de qui vous ne
« trouverez plus rien de ce qui vous a été promis, w Ce qui est manifesté par ces mots : Quia quem misit « ilfc, huic vos non creditis».
39. Scnilamini Scripluras, quia NOS pulalis in ipsis vilain oelernam tiaberc; el illœ ?iint qiiae leslimonium pcrliibent de me.