‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 22 sur 63 · Mais vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie · texte numérisé non relu

Mais vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie

« Mais vous ne voulez pas entendre le témoi- « gnage de mon Père, qui vous dit des choses si « admirables de son Fils qu'il vous envoie en ce « moment. Vous ne voyez rien que vos vues et vos « subtilités humaines, et vos traditions fausses trans- « mises par les hommes. Scrutez donc les Ecritures; « n'écoutez pas mon Père, n'ayez pas recours à lui; « mais scrutez la lettre seulement des Ecritures et « entendez parler les hommes qui les ont écrites, et « votis y trouverez encore votre condamnation de ce « que vous ne voulez absolument pas venir à moi. « Vous eroyez que vous trouverez votre salut dans « ces Ecritures, vous n'occupez votre pensée que des « pratiques de ces Ecritures et de ceiîe loi, et vous « croyez qu'elles peuvent vous sauver. l'Ih bien, « scrutez et examinez ces Ecritures, et vous y ver- « rez qu'elles ne renferment pas la vie, mais qu'elles « vous renvoient à moi seul pour y trouver la vie. « Ce témoignage que les Écritures me rendent est si «clair et si éclatant que tous peuvent l'y voir; et « cependant vous ne voulez pas venir à moi pour « avoir la vie. Si même vous veniez de cette ma- « nière, je vous rendrais tout ce que mon Père vous -< a promis, et les effets salutaires de ses promesses « s'accompliraient en vous sans que vous 1» s ayez

(( voulu écouler de su bouclie : venez i^eulerneiiL Kt « cependant vous ne venez pas poui- aA(jir celle vie " que moi seul je puis donner ; et cola, parce que «vous ne voulez pas; c'est la seule raison; voire « malice vous en empêche. »

'i\. Claritatom nb hominibns nom il. Je i>'accepto poinl une gloire

accipio.

42. Sed cognovi vos, quia dileclionem Dei non haboîis in vobis.

venant des hommes.

42. Mais j'ai reconnu que \ous n'avez pas l'amour de Dieu en vous.

« Je vous ai cité ainsi des preuves humaines, les- « sentiments de Moïse et des prophètes sur ma per- « sonne. Ce n'est pas pour me glorifier de l'opinion « qu'ils avaient de moi ; quelque grand que soit un « homme, son témoignage en ma faveur e( sa sou- « mission à mon nom n'ajoutent rien à ma gloire. « J'ai ma sloire en moi-même, dont l'éclat, au con- « traire, doit rejaillir sur ceux qui viennent a jnoi, « 2t les glorifier. Si donc, je vou.i parle de ces sen— « limenls des anciens, hommes comme vous, comme- « d'un témoignage en ma faveur, c'est par compas^ « sion pour vous, malgré votre malice. »

« Je savais que vous n'aviez pas la diiection de « Dieu en vous, et que les témoignages divins ne <( seraient pas capables de se faire entendre dans f( voire âme. C'est pourquoi je vous cite des <( hommes comme vous, et que vous regardez comme « plus grands que vous, et dans les paroles des- « quels vous chcichez votre salut, peut-être vos âmes « se rendront-elles enfin pour venir à moi, et alors V je les vivifierai et les éclairerai davantage. »

On peut encore expliquer cela d'une autre façon. «. Si je vous cite ainsi les preuve^ de ma mission, afiti

« de vous faire croire, ce n'est pas parce qu'il me < viendrait une gloire de votre foi , je ne reçois pas « de gloire des liommes; au contraire,* je leur coni- « munique la grande gloire que je possède en rnoi. « Mais je savais d'avance que vous n'avez pas la di- « lection de Dieu en vous, et que cela ne ferait rien « sur vos esprits et sur vos cœurs; je v^ous les ai ci- « tés pour vous confondre et pour vous convaincre « de votre malice».

43. Ego vcni iii iiominc Pcitris, l'.i. Je sui's venu moi-même au mei, et non accipilis me: si aliusj nom de mon Père, et vous ne me venerit in noniine snn, illimi acci- I recevez point; si un autre vient pietis. 1 en son nom, vous le recevrez.

Notre Seigneur leiu' dit ici un effet de ce défaut de dilection de Dieu et de leurs vues et considérationshumaines dans les choses de la loi divine. Il leur dit :: « Moi , je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me « recevez pas, parce que vos cœurs sont fermés à tout « ce qui regarde mon Père et à tout ce qui en vient, '< étant vides d'amonr pour lui. Si un autre vient en « son propre nom, qui n'aura pas les litres que jni, « qui sera un homme comme uti autre, et qui ne sera « nullement envoyé par mon Père, vous le recevrez, « parce qu'il sera conforme à vos vues basses et hu- « maines». Et en eflél. cela arriva plusieurs fois, particulièrement pour Barchochébas.

44. Qnomodo vos potesiis crede- ii. Con>ment pouvez-voiis croire, qui gloriain ad invicem accipi- j re, vous qui recevez la gloire l'ui) lis; el gloriam qna" a ?olo Deo est, i de l'autre, et ne cherchez point h non qn£erili=? ! gloire qui vient de Dieu seul?

La conversion de tout homme qui n'est pas encore à Notre Seigneur se fait toujours <le cette manière : l'âme commence à chercher et à désirer fjhriam quœ a solo Deo esf. Elle est amenée là d'une façon

ou d'une autre; cela varie, mais il faut toujours commencer pyr là. Le premier acte de l'âme vers Dieu doit (Mre un acte de désir, qui est une certaine espérance de trouver cette gloire en Dieu. Cette espérance et cette recherche sont obscures, vagues et pleines de ténèbres, ej, plus ou moins mélangées de mauvaises intentions. Ces ténèbres viennent de ce qu'elle n'a pas encore la foi.

Nous sommes créés pour jouir de cette divine gloire; notre âme en a iin besoin très-grand. Dieu commence par faire sentir ce besoin par sa grâce, et alors l'âme la cherche comme un aveugle qui cherche son chemin, parce qu'elle n'a pas encore la foi qui éclaire; elle n'est pas encore en Notre Seigneur qui est la voie.

L'âme étant donc dans cette recherche de la gloire, qui est de Dieu seul. Dieu la lui montre par quelque moven que ce soit. Si ce désir et cette recherche sont sincères et vrais, ils l'-nmènent à Notre Seigneur qui lui donne la foi. Ayant la foi cette âme possède en partie (car en ce monde nous ne possédons que ex parte), et cela augmente et fortifie cette espérance, qui, d'aveugle et nulle qu'elle était, devient une vertu qui unit l'âme à Dieu, l'y fait tendre avec plus d'ardeur; l'âme ayant par la foi déjà une certaine possession de son objet, le voyant plus beau, plus parfait et plus magnifique, et en ayant une garantie pour ie posséder plus tard en perfection. Tout cela est opéré par la grâce et la vertu de Notre Seigneur qui le communique à l'âm.e croyant en lui.

En outre, il y opère la charité. L'âme possédant ainsi son Dieu par la foi, savoure et jouit de ce divin trésor par la volonté, et l'embrasse avec des ardeurs inexprimables. Une âme qui cherche ainsi la gloire

qui vient di' Dieu seul, saisit l'oecasion qui lui est présentée i>our y parvenir, et alors la foi s'établit avec facilité, (^t la cliarité à sa suite.

Du temps que Notre Seigneur vivait sur la terre, les Juifs de bonne ^olonté n'avaient qu'à le voir pour que cela leur arrivât, et ils cherchaient à le voir. Mais une âme qui, au lieu de chercher et de désirer celte gloire surnaturelle, que Dieu répand dès ce monde sur une àme qu'il remplit de sa foi. par laquelle il la rend brillante et éclatante dès ici-bas et dont il lui donnera la plénitude dans Téternilé; une âme qui, au Heu de rechercher cette gloire, est bien aise de recevoir la gloire des créatures, a Jîi un penchant très-mauvais. El celui qui l'a jusqu'à ce point quil ne s'occupe pas de la gloire qui vient de Dieu seul, qui ne fait rien pour Dieu que quand il lui en vient de la gloire des hommes, qui reçoit celte gloire fausse avec complaisance et qui en fait le principe de ses actions, même de ses bonnes actions, pour celui-là, il lui est impossible de venir à la foi, t;uîl qu'il leste dans cet état. Le preniier pas lui manque, c'est de chercher la gloire qui vient de Dieu.

Ce qui lui rend plus difficile de sortir de cet état mauvais, c'est que, même quand les circonstances lui sont ofl'ertes pour obtenir la vraie gloire qui est de Dieu seul et la foi, si ces circonstances sont favorai)les à sa vaine gloire qui • lui vient des hommes, il fera cette acti<in uniquement pour cela; si au contraire, elles y sont opposées, il y résistera et en deviendrii plus mauvais. Un homme comme celui-là ne peut pas recevoir la foi, qui tend toujours de toute sa force à anéantir cette gloire

iiuniaiuc pour elabiir celte gloire surnaturelle, tandis que cet homme ten<:l de toute sa force à faire le i'ontraire ; de manière que, au lieu de rapport et rapprochement, iJ y a pleine opposition et choc complet.

(^'esl ce qui arriva aux .îuifs auxquels parlait Noire Seigneur. Que l'on considère la différence entre les Juifs qui ne cherchaient pas la gloijc qui vient de Dieu i^eul et dans laquelle il n'v a pas de mélange de gloire humaine, et ceux qui cherchaient sincèrement cette gloire de Dieu seul.

Le bou Nalhanaël était dans un grand aveuglemenl jjaj- rapport à tout ce qui regardait Dieu. Il cherchait cependant cette gloire; c't^lait un bon Israélite, dans lequel il n'y avait pas de fraude ni de malice. Son âuie désirait, mais d'un désir aveugle; car il n'avait p;is la foi. La bonté divine lui envoie Philippe; son désir augmente, mais il est toujours tout-à-fait aveugle et sans foi. Comme son désir était vrai et sincère, il se lèv^e et va avec Philippe pour voir, quoiqu'il ne crût pas qu'à Nazareth il put y avoir quelque chose de bon. Cela montre son désir sincère. \\ arrive, et Xotre Seigneur lui fait uu miracle par le moyen duquel il lui donne la foi, et de suit-e iJ erî fait sa proiéssion, laquelle uiontre qu'avec la foi, la cJiarité y était aussi : Tu es filius Dei, voilà la foi ; /(/ es rex hmël ; voilà l'espérance forte ei la charité. •

Les pharisiens, aiî contraire, pleins de cette tendance et de ce penchani vers la gloire humaine, venaient à Notre Sc-ignciu , mai? non pour chercher la gloire de Dieu seul ; ils n'en voulaient pas même dans les choses qu'ils faisaioiit pour Die\i ; ils les

faisaienl pour èlre v^slimés et ^■loritie> dos lioninie»; ils ne venaient au contraire que {)Oui' résister à In foi que Dieu leur proposait et à la vraie gloire qu, vient de lui seul ; et cela, seulement parce qu'ils chercliaient leur propre gloire les uns des autres, cf. la foi tendait à l'anéantir, et parce qu'ils ne faisaient jannais aucune démarche pour cherclier la gloire qui vient de Dieu, et la foi ne. donnait que celle-ci.

45. Xolito putare quia ego ac- f i.-j. Ne pensez pas que ce soii cusaiurus sim \os apiid Patrem ; | moi qui doive vous accuser devant fSt qui accusai vos Moyses, in quo | le Père : celui qui vous accuse, vos sperali^. ic'esl Moïse, eu qui vous espérez.

'c Ne croyez pas ({ue, parce que je vous reprends « ici de votre défaut de foi, qui est si coupable en «vous, je vous en accuserai aussi auprès de mon <; Père, .le vous le repi'oche ici pour vous sauver; « car le Fils de i'homme n'est pas venu pour juger t( le monde, mais pour que le monde soit sauvé par « lui. Je vous jugerai sur votre malice et sur vos « œuvres de ténèbres qui sont en vous, parce que <( ni ces œuvres, ni vous, n'êtes dans ma lumière. *( Mais quant à ce péché que vous ajoutez aux autres «. de ne pas vouloir venir à moi, ni croire à mes pa- « rôles, quoique la loi vous le dise clairement, cette ■" loi que vous connaissez, que vous expliquez aux " autres, ce s;'ra elle-même qui rendra témoignage « contre vous. Vou> espérez liouver votre salut au- « près de .~\îoîse, paice que vous prétendez que c'es» « dans sa loi et dans les œuvres qu'elle prescrit qu(> « se trouve la vie. mais c'est lui-même qui vous ac- « cusera devant mon Père, en vous montrant ce qu'il *< vous avait dit clairement de moi et que vous n'a- « vez pas voulu croire n se? porol'^s, que vous con-

« naissez bien». Par là Noire Seigneur leur montre que leur défaut de foi est contre l'ancienne loi, et par conséquent cette loi même est leur condamnation.

46. Si enim crederelis Moy>i , crederelis forsitan et mihi ; de me eniin ille scripsit.

47. Si itutem illius lilleris non creditis, qnomodo verbis meis credetiri ?

iG. Car si vous cro\iez à Moï^c, vous croiriozsans doiile à moi aussi, parce que c'esl de moi qu'il a écrit.

47. Mais si vous ne croyez point à ses écrits, comment croirez-vpus à mes paroles.

I>e5 Juifs croyaient bien à la loi de Moïse, et même ils pensaient y trouver la vie. Ils observaient très- rigoureusement tous les préceptes qu'elle contenait et en ajoutaient encore uno foule d'autres pour les fain; observer par le peuple. Tout cela était des pratiques pénibles, mais que la vaine gloire rendait pratiquables- (^ette vaine gloire était tout le mobile de leurs actions.

Mais quand il se trouvait dans la loi de .Moïse des choses contraires à leur vaine gloire, ce n'était plus la même fidélité. Ainsi tout ce qui regardait le Messie et qu'ils voyaient accompli en Notre Soigneur leur était contraire, les abaissait et les obligeait à se soumettre à Notre Seigneur et à sa doctrine, et à renoncer entièrement à leur vaine gloire; cela les mettait à l'égal et même au-dessous de quelques pauvres Galiléens qu'ils méprisaient , eux qui étaient les premiers et les oracles parmi les Jiufs, ils ne pouvaient pas se mettre si bas.

De là ils clierchaient à se faite toutes sortes d'illusions sur tout ce que Moïse dit du Messie, afin de n'en pas voir l'accomplissement dans Notre Seigneur, ("est ainsi que. malgré la connaissance qu'ils eurent de ce que Moïse dit de Xolre Scio-peur, ils n'v cnirenl

})as par illusion. Voilà pourquoi Notre Seigneur leur dit : «Si vous aviez cru à Moïse, peut-être cette ioi « aurait-elle surmonté votre malice, votre orgueil et <( votre mauvaise volonté, et vous seriez venus à moi «et vous auriez cru». Notre Seigneur dit peut-être, non pas qu'il ignorât si cela aurait eu lieu, mais il leur dit : « Ce n'est pas moi qui vous accuserai, ce sera « Moïse; parce que la faute que vous commettez « par votre défaut de foi à mes paroles, est plutôt un « délit contre la parole de Moïse que contre moi. Car « si vous aviez cru à ^loïse, vous auriez pu croire à « moi aussi, quoique votre malice et votre orgueil « soient bien grands. Je sais bien ceux qui auraient cru « et ceux qui n'auraient pas cru , mais je ne serai « pas votre accusateur sur une cliose dans laquelle « vous pourriez avoir une excuse, quoique dans le « fond vous soyez toujours coupables envers moi « aussi; mais Moïse sera chargé de vous accuser, « et vous n'aurez aucune excuse à alléguer sur le dé- ^( faut de foi à ses paroles».

11 ajoute dans le dernier verset : « Si vous n'avez « pas cru aux écrits de Moïse, auxquels vous tenez ce tant, où vous voulez trouver votre vie, qui disent « formellement ce que vous y deviez voir, et que vous « aviez bien compris, car ce n'est pas par des secrets « et des mystères ou figures bien cachés qu'ils me « rendent témoignage, et si vous n'y croyez pas, « comment pourriez-vous croire à mes paroles pour « lesquelles vous avez de l'éloignement par votre orgueil « et votre malice? Vous êtes beaucoup plus coupables « envers IMoïse qu'envers moi, parce que vous le recon- « naissez formellement comme votre législateur : c'est '( |iour(juoi Moïse vous accusera. »

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