CHAPITRE Yï
Multiplication des cinq pains et des deux poissons. Jésus marche sttr lœ mer. La nourriture qui ne périt point. Jésus-Christ déclare que sa Chair et son Sa7ig sont une nourriture et un breuvage. Plusieurs se scandalisent de ses paroles et V abandonnent. Les douze apôtres demeurent avec lui. Jésus prédit l'infidélité de l'un deux.
I . Post haec abiit Jésus trans mare Galilfese, quod est Tiberiadis :
1 . Après cela Jésus s'en alla de Tautre côté de la mer de Galilée, c'est-à-dire de Tibériade.
Long temps après ce qui s'était passé en Judée, selon qu'il est rapporté dans le chapitre précédent, Jésus étant en Galilée, toujours faisant des miracles, prit, aux environs de Pâque, le chemin de la Judée, et traversa la mer de Galilée. C'était le lac de Tibériade.
2. Et sequebatur cum muUitiydo magna, quia videbanl signa quae faciebat super bis qui infirmabantur.
2. Et une grande multitude le suivait, parce qu'elle voyait les miracles qu'il faisait sur ceux qui étaient malades.
Une grande foule de peuple suivait ses traces et se rendait auprès de lui, à cause du grand nombre de miracles qu'il faisait sans cesse sur les malades. Cette foule le suivait ainsi, partie par celte curiosité judaïque de voir faire des miracles, partie peut-être par bonne intention, touchée de ses miracles et voulant profiter même de ses paroles, tous avec une haute estime de sa personne, à cause de ce grand nombre de miracles qu'il opérait sans cesse.
3. Subii't ergo in monlem Jésus; [ 3. Jésus monta donc sur la monol ibi sedebat cum discipulis suis. tagne, et là il était assis avec ses
I disciples.
Cette foule ne le suivait pas toujours, c'était seulement par circonslance. Mais il y avait, outre celte grande foule de peuple, un certain nombre de dis-
cipics, i)lus ou • moins assidus, (jui W. suivaioiU ilc plus près, et qui avait la foi plus ou moins forte. Jésus, sachant donc que la foule le suivait ainsi, alla sur une montagne avec ses disciples, afin d'avoir de la place pour prêcher à tout ce peuple. En môme temps, ses vues se portaient plus loin ; ij prévoyait qu'il ferait un miracle éclatant pour tout ce monde. Ia\ multitude qui le suivait de près, ne le perdait pas de vue, s'approchait et venait à Lui.
4. Eral autcni proximura Pascha, 1 4. Cependant approchait la F*à(|iie, -dies fcslu3 Juda-orum. J jour de fête des Juifs.
L'évangéliste explique pourquoi cette grande foule était ainsi à la suite de Notre Seigneur el le suivait à la montagne, dans un endroit désert, et ensuite de l'autre côté du lac. C'est que la fête de Flaque approchait, et tout ce monde venait à Jérusalem; et, sachant que Jésus y allait et était aux environs, la foule le suivit avec empressement, comme à l'ordinaire. Il y avait aussi toujours avec lui beaucouj) de monde des endroits où il se trouvait et des environs; iliais on ne le suivait pas précisément de la Galilée en Judée, excepté ses disciples.
5. Cum sublevassef ergo ociilos Jésus, et vidisset quia muititudo maxiina venil ad eum, dixil ad Fhi- ■lippum : Lndo ememus panes, ut Jiianducent hi ?
6. Hoc aulem dicebat lenlaiis cum, ipse enim scicbat quid esset facturus.
5. Jésus donc ajjant levé les yeux et vu qu'une lrès-grand.e niultitucte était venue îl lui, dit à Pliilip^re : Où achèterons-nous des padns , pour que ceux-ci mangent?
6. Or il disait cela pour l'éprouver ; car pour lui il savait ce qu'il devait faire.
Quand cette immense foule approcha, et que. du haut de cette montagne, on put distinguer toute la troupe, alors Notre Seigneur leva les yeux pour fixer oeux da apôtres et leur faire voir tout le grand iiond)re de ces personnes, ('ar Xoire Seigneur profi-
lail (le ces occasions pour augmenter et tortiller leur loi. C'est pourquoi aussi il adressa la parole à Philippe, et lui demanda si l'on pouvait acheter du pain pour donner k manger à tout ce peuple, comme s'il avait eu l'intention d'en faire acheter.
Il savait bien qu'il allait fnire ce miracle, puisque cela était écrit dans les divines volontés de son Père, et il savait qu'il devait plus tard, à cette occasion, faire le beau discours dont le récit de ce miracle est suivi. Mais il voulait fixer l'attention de ses apôtres, et surtout celle de Philippe en particulier, par un dessein de miséricorde pour lui. Il voulait leur faire faire attention au grand nombre de gens et à la grande quantité de pains qu'il faudrait pour les nourrir, afin de faire ressortir à leurs yeux le miracle de cette multiplication et d'augmenter par là leur foi, à eux qui devaient faire tant de miracles dans la suite, et afin de leur apprendre en même temps que cette foi n'était pas encore assez solide en "feux.
C'est ce que l'évangéliste appelle tenter. Notre Seigneur tenta, c'est-à-dire qu'il sonda la profondeur de la foi de saint Philippe ; il en connaissait toute l'étendue; mais il voulait la manifester à Philippe et la fortifier à cette occasion.- C'est du divin Seigneur que les maîtres de la vie spirituelle ont appris à tenter de la sorte ceux qu'ils sont chargés d'instruire et de faire avancer dans la sainteté, non pour leur faire faire du mal, mais pour leur prêter l'occasion d'apprendre à se connaître et en outre à avancer dans les vertus.
7. Respondil li l'iiilippns : Diicentorurn rienarioruin panes non snfficiunt eis ni iinusquisqiie modiciim quid accipiat.
8. Dicil ei uuus ex discipulis ejns, Andréas, frater Simonis l'etri :
7. Pliilippe lui répondit : Deux cents deniers de pain ne leur suffiraient pas pour que chacun d'eux en eût môme un petit morceau.