‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 24 sur 63 · Un des disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit · texte numérisé non relu

Un des disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit

9. Kst piier luuis hic, qui liabel quinqtie panes iiordoaceos, et duos pisces : sed Ikpc, qiiid sunl iiiter tantos?

9. Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons : mais qu'est-ce (|ue cela entre lanl de monde ?

Philippe, croyant que Notre Seigneur voiihiil réellement acheter du pain, lui dit avec étonnenient «que « deux cents deniers suffiraient à peine pour que cha- « cun pût avoir un petit morceau». La foi était trop faible pour qu'il pût avoir l'idée que la piiissance de Notre Seij^neur pourrait y suppléer et faire qu'un petit morceau les rassasiât.

André, frère de Pierre, semblait plutôt avoir un peu de doute sur ce point. Il dit à Notre Seigneui- : «Voilà « un enfant qui a cinq pains d'orge et deux poissons : « mais qu'est-ce que cela pour tant de personnes»? Que veulent dire ces paroles d'André? Philippe dit : « Du pain pouT deux cents deniers ne suffirait pas », et André se met à parler de cinq pains d'orge qu'un enfant portait; ce qui montre que ces pains n'étaient pas bien grands, autrement un enfant n'aurait pas pu en porter cinq par im long espace de chemin. Mais saint André n'osait pas s'avancer trop et dire à Notre Seigneur d'employer sa puissance pour les rendre suffisants; alors il propose la chose, et ajoute, comme pour voir la réponse que Notre Seigneur y fera : « Mais qu'est-ce que cela entre tant de monde »?

■10. Dixit ergo Jésus : Facile ho- 10. Jésus dit donc : Faites asseoir mines discumbere. Erat autem foe- | ces hommes. Or il y avait beaucoup num multum in loco. Discubue- ; d'herbe en ce lieu. Ces hommes runt ergo viri , numéro quasi quin- j s'assirent donc au nombre d'envique miiiia. ; ron cinq mille.

11. Accepit ergo Jésus panes, et | 11. Alors Jésus prit les pains, et cum gralias egisset, distribuit dis- , quand il eut rendu grâces, il les cumbenlibus; similiter et ex pisci- ■ distribua a ceux qui éiaient assis; bus quantum volebanc. et de même des poissons, autant

! qu'ils en voulaient.

Saint André fut exauce, Notre Seigneur leur dit r «Faites asseoir ces hommes». Après que ces cinq mille hommes furent assis sur l'herbe, Notre Seigneur recrut les pains et fît son action de grâces au Père du don reçu de sa main. Il nous apprend par là ce que nous devons faire de tous les biens temporels que nous recevons de notre Père céleste.

Nous devons mépriser tous les biens de la terre, et en général tout ce qui ne tend pas à la gloire de Dieu et tout ce qui ne rend pas plus agréable devant lui; mais cela n'empêche pas que les biens qu'il nous donne sur la terre, même les biens de la terre, il faut les recevoir avec actions de grâces de sa main, pour en user ensuite selon ses desseins et selon seâ divines volontés dans la plus grande perfection de son amour. Dans quelqu'état de perfection que nous soyons parvenus, nous sommes toujours obligés d'user plus ou moins de ces biens terrestres pour le soutien de notre corps, et alors il faut recevoir ce qu'il fournit à nos besoins comme des enfants qui le reçoivent de la main de leur Père céleste, en user selon notre état plus ou moins parfait, avec amour et actions de grâces envers Lui.

Notre Seigneur a encore rendu grâces à son Père pour tous ceux qui étaient là présents, qui devaient manger de ce pain et qui tous n'étaient guère en état de le faire et n'y pensaient pas même. C'est ainsi que notre adorable Maître rendait et rend encore maintenant sans cesse gloire à son Père pour toutes les créatures.

1-2. Ut autem impleli sunt, dixit ■Ji-cipulis suis : Colltgilc qua; superaveriinl IVagmeiila, ne pereant.

12. Lorsqu'ils furent rassasiés, il dit il ses disciple? : Amassez les morceaux (]ui sont restés, pour qu'ils ne se perdent pas.

Notre Seigneur veut mous inspirer un souverain respect pour les dons de Dieu. Il faut ne rien en laisser périr, et ne pas les traiter avec mépris. La moindre parcelle d'un don de Dieu est précieuse, et doit oous remplir d'actions de grâces et de reconnaissance.

13. Collegerunt ergo, et impleverunt duodecim cophinos frapmcntorum, ex quinquo panibus liordeaceis qucTe superfuorunt liis qui manducaverunt.

13. Us les amassèrent donc, et ils remplirent douze paniers de morceaux des cinq pains d'orge qui restèrent à ceux qui aviiii^ut mangé-

Ils ont ramassé plus de corbeilles de miettes qu'ils n'y avait eu de pains avant la multiplication. Par là on peut voir la profusion de la miséricorde de Notre Seigneur, qui donne toujours beaucoup au-delà du besoin.

Celte multiplication des pains était faite pour loucher les âmes et les préparer aux grandes choses que Notre Seigneur devait leur dire à cette occasion. En outre, elle en était une figure très-frappante. C'était la double figure des grâces dont Notre Seigneur rassasie les âmes, et du pain eucharistique: deux objets sur lesquels Notre Seigneur parla, à la suite de ce miracle, et dont il s'agit dans tout ce chapitre.

Pour les grâces, ce pain représente Notre Seigneur crucifié; voilà pourquoi c'est du pain d'orge, pour représenter Notre Seigneur comme dans Isaïe, sans apparence, vil et méprisable aux yeux des hommes, et cependant désiré et recherché par ses élus, qui ont faim de le posséder.

Ces pains sont au nombre de cinq , pour représenter les cinq insignes de la passion, c'est-à-dire les cinq plaies qui étaient les cinq sources d'où sortirent toutes les grâces qui rassasient le ciel et la

lene. Cet acte de sacrifice de la sainte Passion n'était qu'une action iiéroïque faite une fois seulement. Et quoiqu'elle soit grande et au-dessus de l'admiration de toutes les créatures, cependant cette action, considérée en elle-même, paraissait peu de chose pour racheter et nourrir si largement toutes les âmes fidèles qui devaient appartenir à Notre Seigneur. Mais les mérites de ce divin Seigneur la multiplièrent tellement, que cela suffit pour rassasier et remplir tous ceux qui viennent à Notre Seigneur. Bien plus, la multiplication est si grande , qu'après que tous les élus sont remplis, il en reste encore assez pour toutes les âmes infidèles dans l'Église et même du monde entier; ce qui est figuré par les douze paniers de restes qu'on ramassa. Douze paniers pour les douze tribus d'Israël qui représentent l'Eglise. Et même cela représente l'univers; parce que les douze tribus représentent tout Israël , qui est une figure de tout le genre humain. Car Israël fidèle représente l'Église; et Israël infidèle, le monde entier, qui est aussi une réunion d'enfants de Dieu perdus , infidèles et réprouvés.

Notre Seigneur dit : « Colligite fragmenta ne pea reant ». Cela représente un grand mystère. Les mélites et les grâces renfermés dans la Passion , et que Notre Seigneur destinait à ces âmes infidèles qui n'en veulent pas, ne doivent pas se perdre; elles rentrent dans le trésor de l'Église qui est représenté aussi par les douze paniers. (Car une seule chose peut avoir deux significations, selon les différents points de vue qu'elle a. )

Ce sont les apôtres qui les ramassent. Les pasteurs de l'Église ont entre les mains ces trésors; ils peuvent les distribuer chacun selon le plus ou moins de

pouvoir qu'il a. De plus, ce sont les apôtres ou disciples principaux qui les ramassent, pour montrer que ces grâces perdues et superflues, pour ainsi dire, dans l'Eglise, sont ramassées par les àincs les plus fidèles. Une àmc infidèle et mauvaise refuse les grâces de Dieu et les foule aux pieds. Dieu les fait ramasser par quelque grand saint qui augmente en sainteté. On peut l'observer dans l'histoire de l'Église : toutes les fois qu'une grande hérésie, un grand désordre s'est élevé, on y a vu paraître plusieurs saints plus éminents que de coutume.

Cette multiplication signifie aussi le pain de l'Eucharistie où Noire Seigneur est le pain des âmes. Le pain d'org(> représente la vileté des espèces qui restent; le nombre de cinq, la Passion, dont il renferme les mystères et les grâces.

Notre Seigneur multiplie ce divin pain, et, quoique n'ayant qu'un seul corps, il le donne à toute la foule immense, qui en est complètement rassasiée.

Il ordonne de ramasser les restes, pour que pas une seule parcelle ne périsse, afin de montrer le souverain respect qu'on doit avoir pour chaque parcelle.

Ils en remplirent douze paniers, pour montrer que ce pain adorable restera toujours dans le trésor de l'Eglise, pour que, après l'avoir mangé, on y vienne toujours adorer la divine nourriture des âmes.

14. Illi ergo homines cum vidissent quod Jésus fecerat signum , dicebanl : Quia hic est vere propheta.qui venturusest in miindum.

15. Jésus ergo cum cognovissel quia venturiessent ul râpèrent eum, et facerent eum regem, fugil iterum in montem ipse solus.

14. Or ces lionimes ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaieîil : Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde.

15. Jésus ayant connu qu'ils devaient venir pour l'enlever et le faire roi, s'enfuit de nouveau sur la montagne tout seul.

Ces hommes étaient tous très-grossiers et n'avaient aucune idée des choses spirituelles. Ils savaient que le Messie devait venir, et qu'il devait régner sur Israël; mais ils n'avaient pas la moindre idée de son règne spirituel sur les âmes et dans son Église. Ils n'avaient que des idées purement matérielles. Ils voient Notre Seigneur faire un grand miracle pour leur donner à manger; ils ne peuvent se dissimuler que ce doit être là ce grand Prophète qu'ils attendaient; ce prophète Messie qui devait être leur roi , et ils étaient bien contents d'avoir un roi si bon et si puissant qui pût leur donner à manger à si peu de frais.

Ils formèrent donc le dessein de le faire roi d'Israël. Ils étaient cinq mille; une foule d'autres se seraient joints à eux, parce que tous auraient été bien satisfaits d'avoir un tel roi, pour se délivrer du joug des Romains. Toutefois, comme ils n'avaient jamais vu en Notre Seigneur la moindre marque d'ambition , et qu'il ne leur parlait jamais que du royaume de son Père, ils craignirent qu'il n'acceptât pas; c'est pourquoi ils se concertèrent ensemble pour l'enlever de force, et le faire roi par force et malgré lui. Mais comme Notre Seigneur ne voulait qu'un règne spirituel sur les âmes, ce que ces pauvres gens ne lui auraient pas accordé, (car ils n'étaient guère dociles à la grâce et n'avaient qu'une lueur de foi bien faible) et qu'il ne voulait pas d'ailleurs qu'il leur arrivât du mal à son occasion pour les troubles que leur effort aurait excitées, ils les prévint et se retira seul sur la montagne, les mettant hors d'état d'entreprendre quelque chose de semblable.

En outre. Notre Seigneur voulait donner un grand exemple à ses disciples fidèles et leur apprendre qu'ils

devaient toujours fuir les grandeurs et les avantages de la terre, conuiiuniquer les biens de la grâce qu'ilsauraient en leur pouvoir et fuir les honneurs que les peuples leur voudraient faire, à cause de la grande puissance de Dieu qui éclaterait en eux.

16. Ut aulem sero factiim est, dcscendernnt discipiili ejus ad maro.

17. Et cum ascendissent navini, veneruiil traiis mare in Capharnaum, et tcnebr.x' jam faclne erant, et non vcnerat ad eos Jésus.

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