lésus leur répondit, et dit
En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et avez été rassasiés.
Ces gens avaient la foi et croyaient que Notre Seigneur était le iMessie, au moins croyaient-ils qu'il était un prophète ; mais c'étaient des gens grossiers, dont les sentiments ne sortaient pas des choses les plus grossières de la terre. Leur foi était faible, grossière et aveugle, comme cela ne pouvait manquer d'être en des gens tout abandonnés à cette vie terrestre, et dont l'esprit ne s'élevait jamais à des cJioses surnaturelles. Ils avaient vu faire des miracles ; ils y .reconnaissent la main de Dieu, mais cela ne leur donne aucun bon sentiment ; ils ne louent ni ne bénissent Dieu, et ne se mettent pas en peine pour on devenir meilleurs; mais ils veulent en profiter
pour satisfaiic leurs désirs terrestres, et en font un usage grossier. Ils ont bien mangé, et ils espèrent que Notre Seigneur leur fera de nouveaux miracles pour les satisfaire sur la terre.
Voilà pourquoi Notre Seigneur leur donne cette instruction : « Vous avez l'air de venir à moi avec des « sentiments de foi, et vous me parlez comme des « gens qui me recherchent par attachement à moi ; « mais en vérité, en vérité je vous le dis, vous me a cherchez, non parce que vous avez vu un mi- « racle et par un sentiment de foi pure, mais parce « que vous avez mangé et que vous avez été rassas- « siés. C'est parce que je vous ai donné des biens « de la terre que vous venez. Vous avez mangé du « pain grossier et vous vous en contentez; mais le pain « surnaturel ne vous louche guère, et en cela vous « faites très-mal. »
27. Operamini non cibum, qui périt, sed qui permanet in vitam cElernam, qucni Filius hominis dabil vobis ; hune enim Pater signavil Deus.
27. Travaillez, non pas en vue de la nourriture qui périt, mais de celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l'homme vous donnera ; car Dieu le Père l'a scellé de son sceau.
« Ne vous arrêtez pas à un repas qui périt, dont « il ne restera bientôt plus aucun vestige; n'y ap- « pliquez pas votre âme, et n'en faites pas votre oc- « cupation ; mais élevez-vous plus haut et appliquez- « vous, afin de faire un repas qui reste pendant toute « l'éternité. Ce repas humain dont votre esprit est « tout occupé, et auquel seul votre âme s'applique, « ne soutient qu'une vie périssable et passagère, tan- « dis qu'il faudrait vous occuper sérieusement de ce « repas spirituel qui durera dans la vie éternelle. Et « ce repas spirituel auquel vous devez travailler,
« c'est le Fils de l'homme qui vous le donnera, aussi « bien que ce repas temporel et périssable qu'il vous « a donné et qui n'en est que la figure. Car, c'est « celui-là que mon Père, qui est Dieu, a en vue, « en m'envoyant sur la terre, et en me faisant faire « les œuvres que je fais. Si j'ai opéré un repas m a- « tériel, quoique ce soit par l'ordre de mon Père que « je l'ai fait, mon Père n'a eu en cela aucune autre « intention que celle du repas spirituel ; c'est celui- « là seul qu'il approuve, l'aulre n'est fait que pour « celui-là. Ceux qui s'arrêtent à l'extérieur, ne suivent '( pas son intention, et lui-même désapprouve dans « leur sens cette opération matérielle. » C'est ce que veut dire le mot signavit ; il appose le sceau de son autorité. Et la raison est mise avec Pater signavit « Deus » ; il est Dieu et par conséquent Esprit ; ses opérations sont spirituelles, et la vie qu'il donne et qu'il fait donner par son Fils l'est aussi.
Il faut remarquer ces deux termes : operamini [cihum qui non périt) et (quem Ftlius hominis) dabit vobis. Cela nous indique les deux points capitaux de la vie de la grâce et de la nourriture spirituelle que nous y avons : l'opération de notre côté, pour être fidèles à Notre Seigneur; de l'autre c(Mé Notre Seigneur, qui seul nous vivifie par sa grâce divine.
Il ne faut pas que nous nous tenions sans rien taire, en disant que Notre Seigneur doit nous, nourrir dans les œuvres de sa grâce et doit donner la vie et la sainteté à. nos âines, et que cela dépend uniquement de lui. Il faut coopérer de notre côté, pour obtenir ces grâces et pour les faire prospérer. D'une autre [)art, il ne faut pas nous dire que c'est par notre travail, par- notre oju'ration que nous par\enons à
oi^llc iiouiiilurt! cl a ccUo vie de sainloU; ; c esl .N'oIit
Seigneur qui seul peut nous la donner.
Voilà pourquoi le divin Maître nous dit : « Opérez '< de votre côté ce repas spirituel, que le Fils de « l'homme vous donnera, disposez-vous-y, tendez-y, « soyez tidèlcs, et alors vous obtiendrez miséricorde, '( non par le mérite de votre coopéralion et de votre « travail, mais par le Fils de l'homme qui vous don- »< nera celle vie ». Il dit Fils de l'homme, parce que c'est par les travaux et les soutiVances de l'Humanité que le Fils de Dieu nous a mérité cette vie ; et ses mérites, qui sont appliqués à nos opérations, quoiqu'infinis en raison de la Divinité, n'ont cependant été acquis et ne nous sont appliqués ainsi que par le moyen de l'Humanilé sainte.
28. Dixeruiit ergo ad eum : (Jiiid j 28. Ils lui dirent donc: Oue Icrons- (aciemi»s ut. operemnr opéra Doi? | nous pour opérer des œuvre.s de
j Dieu?
Les Juifs coniprir<^'nt que Notre Seigneur leur parlait des œuvres surnaturelles qu'ils devaient faire pour plaire ii son Père et pour avoir la vie éternelle. C'est pourquoi, ils demandèrent : « Que faut-il « que nous fassions pour opérer des oeuvres de Dieu ? « Que faut-il que nous fassions, cest-à-dire de quelle '-( manière faut-il nous y prendre, quel moyen faut- >( il employer pour faire des œuvres surnaturelles? « Quelles sont les œuvres qu'il nous faudrait faire. « pour que nous tissions des œu^Tes surnaturelles? »
29. Respondit. Jésus, et dixil ei : [ 29. Jésus répondit et leur dit : lloc est opus Dei, ul credatis in L'œuvre de Dieu, c'est que vous t-um quem misit iile. ! croyiez en celui qu'il a envoyé.
Les Juifs, ayant toujours des idées de pratiques et d'œuvros exléi-ieures, pensaient rpie fjtiand Notre SeK
gneiir leiif parlait d'opérer pour In vie éternelle, il voulait dire de faire certaines œuvres qu'ils ne faisaient pas, et ils lui demandaient donc : « Quelles « sont les œuvres de Dieu? Comment faire pour « opérer les œuvres de Dieu?» C'est pourquoi Notre Seigneur leur répond : « Ce qui fait que les œuvres « soient des œuvres de Dieu, ce n'est pas un genre « d'œuvres plutôt qu'im autre. Les œuvres de Dieu « résident dans la foi qu'on a en celui qu'il a en- « voyé. »
C'est dans la foi que consiste proprement l'œuvre de Dieu. On ferait tous les commandements de Dieu sans foi, ce serait des œuvres mortes. Tout \-e mérite des œuvres est dans l'intérieur. Dieu a envoyé son Fils, cifin que toutes nos œuvres soient failes en Lui par la toi, dans celte adhésion de toutes les puissances de nos âmes aux grâces qu'il nous donne et sous l'influence de son Esprit. Toute œuvre qui est faite dans cette adhésion à Notre Seigneur, par l'inspiration de son divin Esprit, et sous l'influence de sa grâce, est œuvre de Dieu, car elle vient de Dieu, parce qu'il nous a envoyé son Fils, pour qu'il nous communique tout ce que nous tenons de Dieu. Mais ce qui, dans nos <]euvres, vient de nous, de notre nature, de nos désirs et de nos affections propres, cela n'est pas œuvre de Dieu, parce que cela ne vient pas du Fils qu'il nous a envoyé; et par conséquent cela n'est pas de Dieu, même lorsque nous agissons pour un bon principe naturel, et que nous faisons des actions bonnes selon la raison naturelle. Ce ne sont pas des œuvres de Dieu, parce qu'elles n'ont pas Dieu pour principe véritable, et ne sont pas faites en lui, n'étant pas faites par inspiration de son l'^ils. el sous son influence.
Il faut savoir que Notic Seigneur no veul pas dire par là que toutes les œuvres consislenl dans la toi, el qu'il ne faut pas faire d'œuvres, que les œuvres sont inutiles; cela ne serait pas exact, puisqu'il appelle cette créance opus Dei, et que plus haut il dit : operamini, ce qui nionlre qu'il n'exclut pas les œ.uvres. Il veut seulement montrer que le mérite consiste dans la foi et non dans les œuvres. Ce qui plaît à Dieu dans les œuvres, est ce qui vient de lui, par la foi par laquelle on v adhère, et non par l'iiction extérieure par laquelle on opère.
Comme l'Iiomme est composé d'un corps et d'une âme, il y a nécessairement dans ses œuvres, pour le corps et pour l'âme, et par conséquent du spirituel et du matériel ou sensible; la foi intérieure est l'âme de l'œuvre et en fait la vie; l'œuvre extérieure en est le corps; l'œuvre extérieure sans la foi intérieure est un corps sans âme.
Mais on ne doit pas dire pour cela que les œuvres intérieures sont impossibles; au contraire, les œuvres intérieures sont plus parfaites; seulement il est impossible qu'un homme vive uniquement de cette vie intérieure sans œuvres extérieures. Celui qui prétendrait vivre de cette manière serait un superbe, dont les actions intérieures seraient non seulement mortes, parce que Dieu n'en serait pas le principe et l'âme, mais mortelles même pour son âme, parce que la superbe en serait le principe, et elles seraient en opposition avec Notre Seigneur.
Ainsi toute la perfection, toute la sainteté et la vie de nos œuvres, résident dans cette foi intérieure et dans la vie de la grâce, et tout le mérite de nos œuvres extérieures doit v^enir de là; mais il faut nécessaire-
ment que rextérieur réponde ;( Tintérieur, et soit en parfaite harmonie et rapport avec les dispositions et actes de l'intérieui'.
iNous devons nous appliquer d'une manière spéci;ile à établir la perfection dans notre intérieur, et à animer toutes nos œuvres par cette perfection et cette vie surnaturelle de notre intérieur; mais nous ne devons pas laisser pour cela de faire des actes extérieuTs, selon qu'ils se présentent pour la gloire de Dieu, et selon que Dieu le demande de nous, toujours en mettant notre principal dans l'intérieur.
30. Dixerunt ergo oi : Quod ergo 1 30. Ils lui dirent donc : Quel miracle tu facis signum, ul videanms et cre- 1 donc faites- vous pour que nous vodamus tibi ? quid operaris? j y ions el que nous croyions en vous?