‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 28 sur 63 · Paires no?tri manducaverunl I 31. Nos pères ont mangé la · texte numérisé non relu

Paires no?tri manducaverunl I 31. Nos pères ont mangé la

manna in deserto, sicul scriplum est : Panem de coelo dédit eis nian ducare.

manne dans le désert, comme il est écrit : Il leur a donné du pain du ciel à mander.

Malgré tous les miracles qu'ils voyaient, leur foi était toujours chancelante, et même ce n'étnit pas une foi véritable, parce qu'elle était vide de sentiment surnaturel. C'était une espèce d'admiration mêlée de salisfaction de leur amour-propre, de curiosité et d'intérêt. Ils voyaient des œuvres de puissance grandes et extraordinaires, et ils ne pouvaient s'empêcher de voir qu'il y avait là quelque chose de surhumain; de plus, la "divine parole et l'action de Notre Seigneur portaient une si grande grâce par elles-mêjnes qu'elles les touchaient et les attiraient.

3Iais la grâce ne pouvait que les effleurer et ne pénétrait pas dans la plupart d'entre eux. Ils étaient si charnels, si répandus dans les choses de la terre et si occupés uniquement de leurs satisfactions, intérêts et waine gloire, (ju'ils repoussaient tous les traits de lu-

luièies qui veuaienl à ('(i\, ai qui les liappaienl. Cesf ce qui nous e\.plique jiourquoi ils étaient toujours comme enchaînés à la suite de Notre Seigneur, loul en lui résistant sans cesse, en même temps qu'ils l'aclmiiaient, qu'ils disaient que c'était un prophète et même le IMessie.

Dans cette circonstance, on voit particulièrement paraître la curiosité insatiable qu'ils avaient tous de voir opérer des miracles. «Quel signe faites-vous donc pour « que nous vous croyions? » Ils en avaient vu d'innombrables à Jérusalem, à Capharnaiim et partout où Notre Seigneur passait. ïls venaient surtout de voir ce grand miracle qui leur fit confesser que c'était le prophète qui devait être envoyé de Dieu, et ils demandent : « Quel signe nous faites-vous pour que nous vous « croyions?» C'est que la mauvaise disposition de leurs âmes empêchait la grâce d'y pénétrer et la foi de s'y établir. De là, tous les miracles ne pioduisaient qu'un bon sentiment très passager, et ne faisaient ensuite qu'augmenter leur curiosité et leur donnaient le désir d'en voir d'autres.

Mais, il y a plus ici; il entre encore une autre vue d'intérêt dans letir demande; c'est ce que Notre Seigneur venait de leur reprocher, et ils y retombent aussitôt après. Ce qui montre combien ils profitaient peu de ses divines instructions, et que ses paroles, si admirables, si pleines de grâces et si efficaces, n'entraient pas dans ces âmes charnelles et terrestres. Ils ont mangé par \m miracle; ils le méprisent maintenant. Cela ne leur est pas assez, ils voudraient avoir de la manne : « IMoïse nous a donné le pain du ciel; vous « qui venez" et qui voulez que nous croyions en vous, « faites-nous descendre le pain du ciel comme Moïse;

32. Dixit ergo eis Je?us : Amen, amen dico vobis, non Moyses dedit vobis paiiem de cœ!o, sed Paier meus fiai vobis panem de cœlo verum.

32. Jé.-ns leur dit donc : En verilé, en vérilé, je vous le dis, .Moïse ne vous a point donné le pain du ciel, mais c'est mon Père qui \ous donne le vrai pain du ciel.

Jésus leur répond ; « Je vous le dis en vérilé ce « n'est pas Moïse qui vous donna le pain du ciel; le « pain que Moïse vous a donné n'élait pas le vrai pain « du ciel; ce n'était qu'une figure de celui qui devait « vous étîe donné par mon Père. » Aotre Seigneur donne celle tournure à sa phrase, pour indiquer que donner le pain du ciel véritable n'élait pas au pouvoir de Moïse ni de sa loi, qui était une loi de figure et d'image, et tout ce qui fut donné de pouvoir à Moïse et tout ce qui fut donné aux Israélites par Moïse n'élait pas la vérité. « Mais mon Père vous donne main- « tenant, dai, dans la plénitude des temps, le pain « véritablement descendu du ciel. C'est ce pain, que « Moïse indiquant par le pain figuré qu'il donna et qui « n'était pas !e vrai pain du ciel: par conséquent, vous u avez ici plus que le pain que Moise donna à vos « ancêtres ».

33. Panis enim Dei est, qui de 33. Carie pain de Dieu est celui

cœlo descendit, et dal vitam mundo

qui descend du ciel, et donr.e la vie au monde.

Les Juifs viennent de citer le texte panis. angeloruvi elc. pour montrer quel pain Moïse avait donné à leurs ancêtres, et Notre Seigneur, en leur disant que celui de Moïse n'élait que la figure du vrai pain du cieJ que sou Père donnait riCtuellement, ajoute :« Que ee pain « était vraiment le pain du ciel donné par son Père, « parce que non seulement c'était le pain des anges, « mjiis le pain de Dieu même, lequel descend du ciel. « c'est-à-dire dti sein de son Père, et donne la vie au

« monde», en venant faire sa demeure dans les âmes, les nourrissant et les vivifiant par sa divine grâce el les faisant vivre de lui-même, comme l'iiomme vit du pain, c'est-à-dire de la nourriture; car, presque toujours on exprime, dans la sainte Ecriture, nourriture par pain.

Ce pain est le pain de Dieu même; non pas dans ce sens qu'il communique sa vie au Père pour le nourrir et le sustenter comme le pain fait en nos corps, mais dans ce sens que le Père possède de toute éternité son Fils unique en lui-même, qui est le Verbe de Dieu, qui est sa vie, (car la vie du Père est dans le Fils, et la vie du Fils est dans le Père); et en cette vie qui est en lui est son unique jouissance et son unique amour. lit ce Verbe adorable, cette vie du Père, ce pain Dieu et pain de Lieu nous est donné pour devenir le pain de nos âmes et nous donner la vie. 0 bonté! ô miséricorde! ô amour incompréhensible de Dieu pour sa pauvre crénfure! Pour cette créature rebelle, pour cette créature morte par sa méchanceté et sa malice, le Pèrr donne le pain de vie!

34. Dixenint t'rgo ad eu ni : Do- 34. Ils lui dirent, donc : Seigneur, mine, semper da nobis paneni liiinc. ! donnez-nous toujours ce pain.

Les Juifs, toujours aveugles et toujours terrestres, crurent qu'il s'agissait d'un pain temporel et que Notre Seigneur leur parlait d'un pain que son Père allait leur donner mais un pain beaucoup au-dessus de la manne. Ils savaient que le Messie devait être plus gr;ind et phu puissant que Moïse ; alors ils pensaient que le pain qu'i: leur donnerait serait beaucoup plus merveilleux que celui de Moïse. D'ailleurs Notre Seigneur le dit expressément. C'est pourquoi ils demandèrent avec ardeur ce pain, touchés d'ailleurs par la parole de Notre Seigneur.

33. Disil iiiitein cis Jésus; Ego 5um panis \il;c, qui venil ad nie, non esuricl ; et qui crédit in me,

35. Kt Jésus leur dit : ("est moi qui suis le pain ào vie, qui vicnl à moi n'aura pas faim, el qui croit en

non siliel unquam. moi n aura jamais soit.

Jésus alors s'expliqua plus clairement : « C'est moi qui « suis ce pain de vie, dont je vous ai parlé, moi qui suis « descendu du ciel et qui donne la vie au monde. »

Notre Seigneur s'appelle pain dévie, en comparaison du pain matériel ; car il y a une grande diflérence entre le pain njatériel et Notre Seigneur, Le pain matériel ne donne pas la vie; il empêche seulement de mourir, et encore n'empêcbe-t-il pas entièrement de mourir. Car, malgré la substance qu'il fournit pour remplacer celle qui se perd, l'homme dépéril tout de même tous les jours et n'augmente pas de vie en mangeant de ce pain : tandis que le pain divin qui est descendu du ciel est un véritable pain de vie; il donne une vie véritable aux morts mêmes, et augmente celle des vivants.

De plus, le pain de la terre ne donne que la vie au corps, vie qui n'est pas une vie véritable, mciis seulement une image de la véritable vie, qui est en Dieu et que le pain de Dieu nous donne. C'est pourquoi Notre Seigneur, pour distinguer le pain céleste, l'appelle parn de vie.

Une autre raison encore, c'est que ce pain renferme la vie en lui-même et la communique; Qui venii ad me non esuriel, et qui crédit in me non siliet unquam. C'est là encore une excellence du pain divin au-dessus du pain ordinaire. Celui-ci péril en nourrissant, et quand on en a mangé, peu de tenips après, on a faim comme auparavant; tandis que le pain de Dieu ne péril pas en nous; au contraire, plus il reste en nous, plus il nous remplit el nous rassasie; plus liotre âme digère et convertit en vie les substances nourrissantes que ce pain divin lui

founiil, plus ce j3ain adoiable se dilate en elle et lui fournit de nouvelles substances, plus grandes, plus fortes et plus rassasiantes. Ce n'est qu'en le rejetant que l'âme perd la vie, mais en le gardant en elle, elle est toujours de |)lus en plus rassasiée et vivifiée.

Ainsi on ne mange qu'une fois ce pain divin, mais il s'agit ici de la manducation spirituelle de l'âme. KUe mange ce pain : d'abord en venant à Notre' Seigneur, et en rentratit en grâce elle reçoit son divin Esprit; ensuite elle n'a qu'à digérer la substance de vie que ce pain de vie, qui restera toujours en elle, lui donnera, elle n'aura plus faim tant qu'elle ne rejettera pas ce pain adorable. C'est ce que dit Not^e Seigneur : «Je suis le pain de vie. « Celui qui vient à moi (voilà la manducation spirituelle) « n'aura plus faim, parce que je resterai toujours en lui « pour le rassasier. »

Il ajoru te que celui qui croit en lui n'aura jamais soif; par la foi en lui tous nos désirs sont remplis. Ce besoin de l'âme et ces désirs ardents, et cette tendance violente vers l'objet qui peut la salisfaire (et qui sont ligures par celte soif) sont rassasiés par cette foi qui lui fait trouver son bonheur et sa joie en Notre Seigneur. ( \ou' plus haut Cbap. ÏV, V. 13. Page I33etsuiv.)

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