‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 35 sur 63 · Quelques-uns de Jérnsalen · texte numérisé non relu

Quelques-uns de Jérnsalen

disaient donc : N'est-ce pas là celui qu'ils cherchent à faire mourir!*

26. Kt voilà qu'il parle publiquement, et ils ne lui disent rien. Les chefs du peuple auraient-ils réellement reconnu que c'est lui qui est le Christ P

Là dessus arrivèrent quelques-uns, qui detneiiraienl à Jérusalem même et qui savaient mieux que la foule des étrangers ce que méditaient leurs chefs. Ils avaient entendu ^lire que les princes du peuple avaient conjuré la mort de Notre Seigneur, et qu'ils se disposaient à s'en saisir, s'il venait au temple pour la fête; et maintenant ils le voyaient prêcher en public, ils enfurent étonnés et pensèrent qne les princes avaient découvert depuis qu'il était le Messie. C'est cp qu'ils se demandaient les uns aux autres.

27. Sfd liunc scimus uiide sit : i 27. Cepondunl pour celui-ci, nous Clirislus aulem cuin \eneril, nemo savons d'où il est: mais (juand le scil unde sil. Christ viendra, personne ne saura

I d'où il est.

Les Juifs avaient une idée confuse des grandeurs du Messie, quoique tout fut clairement exprimé dans les prophètes ; mais leurs traditions et les fausses notions qui s'étaient introduites sur lui leur embrouillaient les choses , que leurs ancêtres savaient plus clairement qu'eux, quoique plus éloignés de la venue du Messie. Ils savaient que la première origine du Messie devait être avant les siècles; ils savaient aussi qu'il était (ils de David, qu'il devait naitre dans Betheléhem.

Quoiqu'ils sussent qu'il devait naître à Betiieléhem et de la famille de David, ils disaient cependant qu'on ne connaîtrait pas son issue : unde sit. Ils disputaient sur cette prophétie : generaliunein ejas quis cnarrabit, qui leur disait que la génération du Messie serait extraordinaire et que personne ne pourrait la concevoir et en parler dignement. Mais comme ils avaient de fausses idées sur le Messie, tout s'embrouilla dans leur esprit et ne conqjrenaient plus que très obscurément ce que les ])rophèles avaient annoncé sur ce grand personnage. Voilà pourquoi ils regardèrent comme une objection insoluble celle qu'ils firent : qu'on connaissait l'origine de Notre Seigneur; et ils ne savaient i)as qu'il devait avoir deux origines : quis cnarrabit , origine éternelle ; et l'autre, son origine selon la chair, de la maison de David.

28. Clamabal ergo Jésus in templo docens et diccns : Kt me scilis:

cl a meipso non veni, sed est verus qui misil me, qucin vos ncscilis.

28. Ainsi Jésus i)arlail à iiaule voix dans le temple, enseignant et disant : Et vous savez qui je suis ; et je ne suis point venu de moimême : mais il est vrai, celui (lui m'a envoyé, et que vous ne connaissez point.

Coiimiu celle erreur étîiil assez eomiiiiiiie dans les csprils dcà Jiiil's^ et que déjà plusieurs lois on a\ail dil de lui : Nonne hic est filius Joseph f Notre Seigneur élève la voi\ et se fait entendre A\i. loul le peuple, alin de les inslruiie tous de ce qui était ernbiouillé dans leur esprit. IMusieurs chrétiens, dans la suite, sont tombés dans la même erreur consistant- dans la confusion des deux natures, (pii devaient se trouver réunies dans le Messie, et dont l'une devait avoir une génération impénétrable aux hommes et aux anges mêmes, parce cpie son origine est dans l'éternilé du Père , et l'autre devait être comme descendant de David selon l'inlirmité de la chair.

Notre Seigneur s'anime d'un grand zèle contre les erreurs de l'esprit humain, qui confond ce qu'il ne comprend pas ; il élève sa voix avec puissiuice , et elle retentira jusqu'à la lin des siècles aux oreilles des enfants lie l'Église, pour les entretenir dans cette doctrine de vérité, <|ui sera k jamais la consolation de leurs âmes, et qui relève si haut notre pauvre nature huniainc déchue et par elle-même dans un si triste et si méprisable état.

Notre Seigneur attache beaucoup d'importance à ce point de doctrine, parce que c'était une erreur capitale des Juifs de ne plus connaître clairement rextraction divine du JMessie, et tout notre salut est cependant dans l'article important de cette doctrine, qui est le fondement de toute notre foi. La confusion des Juifs sur les deux natures faisait qu'ils ne reconnaissaient i)as la génération divine du Messie et cependant une génération extraordinaire, de manière qu'ils étaient en double erreur sur la personne de Notre Seigneur, disant qu'ils connaissaient son origine et ne sacliant pas son origine divine.

C'est pourquoi Notre Seigneur leur répond pour éclaircir la confusion de leur esprit et pour les lirer de

Tune et de l'autre erreur : « Vous me connaissez et vous « connaissez mon extraction, cela est vraf selon l'homme, « parce que vous connaissez en moi le fils de l'homme, « la nature humaine qui est avec vous depuis son en- <(. fance ; mais ce n'est pas là tout ce qu'il faut considérer « en moi, il y a encore une autre nature dont vous ne « connaissez pas même en moi : et a meipso non veiii. Ce « Moi que vous connaissez, c'est-à-dire le Fils de « l'homme n'est pas venu de lui-même, c'est le Vrai « qui m'a envoyé. » Notre Seigneur appelle le Père qui l'a envoyé Verus, pour distinguer cet envoi, cette Mission de la Mission des Prophètes. Là il n'a fait qu'une communication partielle et par image et figure, et leur Mission n'élait pas selon l'essentielle vérité; mais en Notre Seigneur la Mission a été dans l'essentielle et substantielle vérilé par la Mission du Verbe dans la nature humaine, et par la nature humaine dans ses œuvres. « C'est la seule Mission de vérité «essentielle qu'il existe et qui existera jamais; et « vous ne connaissez pas celui qui m'a ainsi envoyé. « Ainsi donc, voilà ma génération impénétrable à toute « créature. »

29, Ego scio eum; quia ab ipso 29. Moi je le connais, parce que snm, et ipse me misit. j je suis de lui, et. que c'est lui qui

I m'a envoyé.

Notre Seigneur, dans le verset 29®, ajoute pour s'expliquer, afin que personne ne puisse se méprendre sur le sens de ses paroles : « Moi je le connais dans son es- «sence, parce que j'ai en moi la substance de son Etre.» Ah ipso swn, ne signifie pas séparation mais réception de l'Être divin en lui par la génération. Il n'a pas besoin de dire qu'il a toute la nature de son Père, cela se conçoit tout seul comme Dieu est indivisible:

et par conséquent Notre Seigneur doit le connaître, puisqu'il est de toute éternité dans son sein, et qu'il possède ton le l'essence de son Etre.

Notre Seigneur se sert du terme ab ipso, pur rapport de comparaison entre son existence éternelle et essentielle dans le sein de son Père, et son existence temporelle et substantielle dans l'humanité sainte, qui, étant créature, est hors du sein essentiel du Père- C'est pour cela qu'il ajoute : et ipse me misit, comme pour dire : « Si je vous parais ici comme borné dans mon « humanité, je n'en suis pas moins de toute éternité « dans le sein de mon i^ère; c'est lui qui m'a envoyé « demeurer ainsi dans ma chair au milieu de vous, « en m'engendranJ, dans le sein de Marie. »

30. QocTercbant ergo (Him apprehendere, et ncmomisit in iiliini nianus, quia nonclum voneraL liora ejus.

30. Ils cherchaient donc à le prendre; mais personne ne mis la main sur lui, parce que son heure n'étail pas encore venue.

Les Juifs comprirent bien que Notre Seigneur se disait Fils de Dieu, et voulurent se saisir de sa personne, mais sa personne était la personne du Fils de Dieu, et saisir le Fils de Dieu quand il ne veut pas n'est guère possible; aussi personne ne mit la main sur Lui. La volonté ne leur manquait pas, ils étaient assez vides de foi et assez pleins de malice pour faire cela, et ils firent ce qu'ils purent pour le saisir; mais quand il fallut en venir au fait, une vertu toute-puissante sortit de lui, et les arrêta tout court; personne ne mit la main sur lui.

Riais pourquoi l'année suivante le saisirent-ils si facilement? Pourquoi le Verbe divin ne fit-il pas la résistance comme en ce jour? C'est qu'alors l'heure déterminée de toute éternité dans les décrets du Père

était venue, et il donna, il permit aux puissances des ténèbres d'avoir pouvoir sur lui; mais, avant ce temps, ils ne purent le toucher, })arce que ce n'était pas la volonté de son Père.

31. De turba aiitem mulli crcfliderunl in eum, et dicebanl : Christus cuin vcnerit, numqiikl plura signa faciet quam qiuc hic facil:*

31. Mais beaucoup d'entre le peuple crurent en lui, et il disaient: Le <,;hrist quand il viendra, iera-t-i! plus de miracles que celui-ci n'en

fail?

Chose merveilleuse! la foule du pauvre peuple qui n'avait presqu'aucune connaissance de la Loi et des Prophètes, croyait; et les hommes qui connaissaient cette science sainte, voulaient faire mourir celui qui était venu pour donner la vie, l'auteur de la vie et la vie même. Voilà oii en sont et en seront toujours les savants, même dans la science sainte, lorsqu'ils sont prévenus par quelque passion, lorsqu'ils ne cherchent pas de toutes leurs forces à donqiter leur amourpropre. Cet amour-propre se trouvera bien souvent €hoqué par des choses qui devaient faire leur salut ou leur sanctification, et auxquelles ils résistent alors leur opposant les connaissances qu'ils ont et qu'ils appliquent mal, ou qui sont quelquefois fausses.

Mais, bien plus malheureux encore les savants, les docteurs de la loi de Dieu , qui sont encore pleins d'eux-mêmes et s'imaginent être quelque chose, ou qui ont un esprit de critique de tout ce qu'ils ne comprenent pas de prime abord, ou de ce qu'ils ne connaissent pas, même quelquefois des choses extrêmement saintes. Ils ont les plus grands obstacles, qu'ils posent eux-mêmes à cette foi vive et vivifiante, que la grâce de Notre Seigneur communique aux âmes simples et qui les conduit à une grande perfection, landis que les savants restent toujours se traînant

dans la boue de la lene qu'ils estiment toujours, assujettii- à leurs penchants et inclinations. Ils restent imparfaits dans leur conduite pesante quand il s'agit. d'élever leur esprit et leur cœur à Dieu, incapables, presque, de lui faire un sacrilicc, esclaves des hommes et de leur estime ou de leur blâme; en un mot, imparfaits et grossiers dans les voies de Dieu et de son saint amour, ne sachant les choses divines que par les noms qu'elles portent et qu'ils ont appris dans les auteurs, sans en avoir jamais expérimenté les efl'ets, et possédant encore moins la substance de ces choses divines.

Dans la foule, plusieurs crurent en Notre Seigneur et en grand nombre : miilli. Leurs coeurs étaient touchés par la grâce de sa parole, et alors ils se rappelaient la grandeui- et le nombre de se& miracles, et c'est ce qui convainquait leurs esprits et animait leur foi. Ils disaient : «On dit que ce n'est pas le Christ, mais « quand le Christ viendra, fera-l-il ])lus de miracles « que celui-ci n'en fait? Et pourquoi ne pas croire que « c'est le Christ?» C'est comme s'ils eussent dit: «Le « Christ qui devait venir ne pouvait faire plus de mice racles que celui-ci, ni manifester plus de puissance : « c'est donc lui, il est donc le Christ. »

'ii. Aiulierunl JMiarisaM lurbom rmirmurantem de illo li;pc : ol miserunl Principes et Pliaris^i miiiistros, ul appréhendèrent eum.

32. I.es pharisiens entendirent le peuple murmurant ainsi à son sujet; et les princes des prêtres et les pharisiens envoyèrent des archers pour le prendre.

Les Pharisiens et les chefs du peuple, voyant que la foule croyait, qu'elle parlait hautement de Notre Seigneur comme du Messie, et qu'elle admirait ses grands miracles, en furent remplis de jalousie et de

fureur. El cela non seulement parce que Notre Seigneur attirait l'estime et la vénération du peuple qu'ils .auraient voulu attirer eux seuls, mais encore parce que cetle haute vénération et admiration dont le peuple était pénétré pour lui, à cause de ses miracles et de sa doctrine, les décréditait complètement et les condamnait dans leur doctrine et leur conduite, que Notre Seigneur reprenait sans cesse comme mauvaise, mensongère et hypocrite. Ainsi, ils envoyèrent des satellites pour le saisir, espérant par là faire tomber dans l'esprit du peuple- l'idée qu'ils avaient que c'était le Messie, et pour le faire mourir après la fête. Il paraît par la suite de cet événement, qu'ils ne leur déterminèrent pas de le prendre sur-le-champ, mais de profiter d'un moment favorable pour s'en saisir, sachant bien qu'il n'était pas facile de l'enlever du milieu d'un peuple qui l'admirait et le regardait comme leur Messie.

33. Dixil ergo eis .lesus: Adliuc modicum (einpn-^ vobiscum siim ; et vado ad euin qui me misit.

33. Jésus donc leur dit : Je suis encore un pou de temps avec vous; et je m'en vais à celui qui m'a envoyé.

Jésus, sachant tout ce qui se passait, voyait du temple où il prêchait les pharisiens et les princes réunis; il voyait les gardes arriver et disposés à le saisir au premier moment qu'ils pourraient; il savait en même temps que ce moment ne viendrait pas cette fête là, mais quelques mois après. 11 adressa donc la parole aux gens apostés par les pharisiens, et toujours comme en continuant de parler au peuple, parce qu'il ne parlait pas seulement aux pharisiens, mais encore à tous leurs adhérents qui ne croyaient pas et qui pensaient qu'il méritait la mort. Notre Seigneur leur dit : «Vous « vous pressez bien pour me faire mourir, ce ne sera

« cependant pas maintenant, attendez encore un peu « de temps, et alors je retournerai à mon Père qui m'a « envoyé.» Notre Seigneur annonce par là sa glorieuse résurrection et son admirable ascension. H semble leur dire que les efforls prématurés qu'ils font pour lui l'aire quitter ce monde sont inutiles, qu'il ne s'en ira que quand il voudra. «Je resterai encore peu de temps « avec vous; j'irai à celui qui m'a envoyé» quand ce temps que je veux encore rester, sera passé.

34. Quccrelis ino, elnon iiiveme- : 34. Vous me chercherez et ne tis: et ubi cgosum, vos non pôles- me trouverez pas; etoùjesuis vous tis venire. j ne pouvez venir.

Le Messie a paru parmi les Juifs; ils n'en ont pas voulu, ils l'ont persécuté, ils n'ont pas pu attendre le moment déterminé dans la volonté du Père pour le livrer à leur pouvoir, ils se pressaient de le faire mourir avant le temps, s'ils avaient pu , tant ils avaient de liaine contre lui, et ils étaient empressés de s'en débarasser.

Depuis sa mort ils le cherchent, voilà plus de 18 siècles, et ne peuvent pas le trouver ; ils l'ont cherché feux-mêmes, qui l'avaient fait mourir; ) dans les grands maux qui les désolaient. Ils ont rejeté le Messie véritable, le Tout-Puissant, et ils ont trouvé un Barcochébas dans une des plus grandes afflictions qui les accablaient. Il était bien juste qu'ils trouvassent à la place du Sauveur un Barcochébas pour achever leur ruine, eux qui lui avaient préféré un Barabbas.

C'est ce que le divin Messie leur dit : « Vous ne voulez « pas de moi, vous voulez me faire mourir, vous réussi- « rez un peu plus tard, mais pas maintenant. Vous me « perdrez , mais moi j'irai dans la gloire de celui qui <( m'a envoyé; mon humanité entrera dans le sein éter-

« nel (Iii Père où je suis de loule éternité. El vous, qur « refusez maintenant votre Sauveur, le seul salut (fui « vous a élé envoyé par mon Père, vous le perdrez poui a vous, et après cela vous le <*liercherez. C'est moi (pic « vous chei'cherez sans le savoir, mais vous ne me trou- « verez pas; car je ne reparaîtrai plus au milieu de vous « dans mon infirmité, comme je le fais maintenant pour « ramasser toutes les brebis égarées , pour guérir les « malades et pour ressusciter les morts; je serai dans « le sein de mon Père, où vous ne pourrez jamais venir.»

La raison pour laquelle ils ne peuvent pas venir au sein de son Père, c'est qu'on ne peut venir à son Père que i)ar lui, par cette humanité sainte unie au Verbe; c'est le seul nom donné aux hommes pour être sauvés, et les Juifs le rejetant, le faisant mourir et ne voulant absolument pas le reconnaître, mais cherchant leur salut ailleurs, ne pourront pas le trouver, parce qu'ils le chercheront partout ailleurs où il n'est pas, et là où il est ils ne peuvent venir qu'après avoir cru en lui. Yoilti pourquoi la divine Sagesse leur dit : « Vbi eyo sum vos iion « polestis venire.y>

Il dit : Ubi ego sum au présent, pour faire comprendre que s'il dit qu'il va à celui qui l'a envoyé, cela ne doit pas s'entendre comme s'il n'y était pas au moment qu'il parlait, mais signifie qu'il retourne au sein du Père avec son humanité, là oîi il est de toute éternité dans sa divinité.

35. Dixerunt ergo Jiula?i ad se- j 35. Les Juifs direnl entre eux : mctipsos : Quo hic ituriis o.sl, quia j Où doit donc aller celui-ci que nous non invcniemus cum? Niinniuid in i nous ne le trouverons point? doit-il dispersionem gentium iturus est, cl aller chez les nations dispersées, et doclurus gentes? : enseigner les gentils?

36. Quis est hic sermo queni di- l 3G. Quelle est celte parole qu'il xil : (^)ui)erctis me, et non inveiiie- adilo: Vous me chercherez et ne me lis: et ubi suin ego, vos non potes- i trouverez point: cl où jo suis vous tis venire? ' ne pouvez \enir!*

Les Juifs ne toinpiireiil |u»s ce que Nuire Seigneur voulait leur tliie : « qu'ils le chercheraient, qu'ils ne le « trouveraient pas, et (ju'ils ne pourraient pas venir où « il était.» lis j)ensai(Mit |)eul-etieque c'était une menace qu'il leur Taisait, île ce qu'ils recevaient si lual sa doctrine et de ce qu'ils cherchaient à lui nuire. Peut-être aussi pensaient-ils qu'il allait leur échapper et que c'était pour cela qu'il leur parlait ainsi. Et comme les Prophètes avaient pivdit hien l'ré({uemment la conversion des gentils par le Messie, et surtout Isaïe qui est tout plein de cette prédiction, alors ils eurent peur qu'il ne vienne à les quitter pour aller agir selon les Prophéties; ce qui aurait été un grand sujet de jalousie pour eux. Car, (juoiqu'ils cherchassent à le l'aire mourir, [)arce (pi'ils craignaient qu'il ne se ht un grand nom parmi le peuple et qu'il ne les eiraçât , cependant c'eut été encore un plus grand sujet de haine cl de jalousie ])Our eux s'il était allé convertir IciS Gentils. On en voit un exemple dans la personne de S. Paul, qui, pour cela, a souffert delà part des Juifs inhdèles des maux inouïs. On aperçoit de l'inquiétude dans leurs paroles ; ils se répètent les uns aux autres , de mot à mot, ce qu'il vient de dire; ils s'interrogent mutuellement et voudraient savoir la signiiicalion de ces paroles.

37. In novissimo aulem dicmagno fcstivitatis stabat Jésus, et clamabal, diccns : Si quis silit, veniat ad nie, et bibat.

37. Le dernier jour de la fêle, qui est pins solennel, Jésus se tenait debout et s'écriait, disant: Si quelqu'un à soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive.

In novissimo etc. Soit que ce fut le même jour que les Pharisiens envoyèrent des gens pour le saisir, soit que ces gens n'eussent pas pu le saisir en ce jour, et qu'ils eussent attendu un autre jour; toujours était-ce le dernier et le plus grand jour de cette fête, (jue Notre Sei-

gneur dit les paroles suivantes, jour où le peuple affluait au temple en plus grand nombre. Jésus, plein de grâces et de biens célestes qui surabondaient et débordaient, a un désir ardent de les répandre dans les âmes ; son amour pour elles est si grand, qu'il voudrait les remplir et les inonder dans les grâces et les^ dons divins, et si brûlant qu'il ne le contient plus ; il crie avec force pour appeller tout le monde à lui.

Il appelle ceux qui ont soif et lui-même est dévoré par la soif; la différence est que ceux qu'il appelle ont soif pour bnire de ses fontaines de grâces, par suite de la défaillance de leurs forces et de la privation entière oii ils sont de cette eau salutaire, qui puisse rassasier leurs âmes vides qui périssent d'inanition ; tandis que Jésus a soif de donner à boire par la surabondance de son amour pour nos âmes misérables , il est tout brûlant du désir de remplir toutes les âmes et de les rassasier; et cette soif est si immense, qu'on ne peut pas même comparer les ardeurs de toutes les âmes altérées, ensemble, avec celle de Jésus envers chacune d'entre elles.

Est-il étonnant qu'il criait pendant le grand jour : « Que celui qui a soif vienne et boive? » Eh ! mon Seigneur Jésus, j'entends votre cri, vous m'appelez. Seigneur, me voilà : J'ai soif, mon adorable Jésus , oh! grande soif, qui va jusqu'à la défaillance ; car je suis tout vide et tout brûlé dans mon intérieur; prenez-mo? en vous, et donnez-moi à boire de votre fontaine du du salut; plongez-moi, submergez-moi, noyez-moi dans vos eaux célestes. Oh oui! Seigneur, je vous en prie, noyez-moi dans ces eaux si désirables et si désirées ; noyez-y ma concupiscence, noyez-y mon orgueil; noyezy tous mes vices et tous mes défauts, afin que tout ce qui est en moi venant de moi , soit mort ; que toute la

vieille créature ne vive plus, et qu'il n'y ait plus en moi que vous seul! Failes-moi cette grâce, ô mon très-doux, très-aimable, très-amoureux et très-aimé Jésus, afin que je ne vive plus que de votre vie et en votre vie, de laqiielle vous vivez dans le sein de votre Père, et dans tout le corps de vos é!us. Ainsi soit-il!

Il s'agit ici de recevoir de Notre Seigneur, non des grâces ordinaires, mais une très grande abondance de faveurs et de dons, comme ii va être dit dans le verset suivant.

Celte soif dont parle Notre Seigneur signifie c"es désirs ardents d'être à Notre Seigneur de se rassasier de ses grâces et de ses biens divins, par la sanctification de son âme. Cette soif est une première condition requise, sans laquelle ces dons et ces grâces extraordinaires de sanctification ne seront pas accordés. Le premier pas d'une âme qui veut parvenir à une haute sainteté, doit donc être des désirs ardents de posséder Notre Seigneur et ses dons et ses grâces de sanctification, (dons de sanctification, mais non des dons extraordinaires qui nous relèvent audessus du vulgaire; cela n'est pas cette sainte soif, mais l'impur orgueil qui n'est jamais exaucé, mais punij. Les grandeurs de ces faveurs sanctitiaiites sont ordinairement mesurées sur la grandeur et la force de cette soif. On voit des âmes qui sont parvenues à la plus haute sainteté, qui surpasse nos faibles vues, on les voit, dans le commencement surtout, dans une soif extrême qui se manifeste par des actions de ferveur extraordinaire.

Ces hommes attribuent cette grande ferveur et les grandes choses que font ces personnes dans ces coraraencements surtout, à un caractère grand et noble, à un tempérament ardent qui porte toujours très loin tout

ce qu'il fait, k une âme généreuse; mais qu'on sache bien que les hommes sont, et seront toujours des imbéciles, quand ils veulent raisonner sur les choses divines. [| ne faut pas juger de ces âmes exlraordinairement favorisées de Dieu, comme des âmes communes qui ont un degré de grâces ordinaires et commun. En ceux-ci, leur caractère, leur naturel et tempérament se manifestent à chaque pas qu'ils font; mais ces illustres favoris du Grand-Maître sont inondés de ses grâces divines, ils y nagent.

Le caractère, le naturel n'est pas entièrement effacé, il paraît toujours dans l'action, car la divine grâce, quelque forte qu'elle soit, n'enlève et ne change pas complètement le naturel ou caractère d'un homme. Elle en laisse toujours plus ou moins, selon que ce caractère ou naturel est conforme aux desseins de Dieu dans les inspirations de cette grâce divine ; mais le plus ou moins d'étendue, de vivacité et de force, ou de constance dans les actions, doit être attribué au plus ou moins de grâce analogue à ces différents modes des actions des saints, el selon les différences des desseins de Dieu sur eux.

La grâce donne à ces grands saints des impulsions fortes et puissantes, et leur volonté y acquiesce fortement parcequ'elle est vivement attirée et grandement fortifiée, elle se laisse entraîner avec délices et suit le torrent qui l'entraîne; de là résultent les diflércnts effets puissants et violents dans les actes. Seulement, dans les commencements, les saints étant encore imparfaits et sans lumière suffisante , par l'excessif désir qui est excité dans leur volonté par la suavité et la violence de la grâce, s'emportent plus loin que ne va l'impulsion de la divine volonté; et ce sont là les excès de presque tous les grands saints dans les connncncements de leur

— :yï\ —

(MiUée dans la voie île raniour divin ; eu qui vient uniquenienl de eelle impression violente de la grâce divine dans leurs unies , (jui exeite en cu\ des désirs très violents. Ces CKcès sont toujours une bonne marque, parce que cela annonce un désir violent, qui attirera les i)romesses de notre adorable iMaîlre dans ces versets.

Dans ces coniinencements, le caractère paraît encore beaucoup dans ces grands saints, parce (ju'il y a encore beaucoup d'action j)ropre dans ce (ju'ils foni, mais aussi leur action est encore beaucoup j)lus imparfaite qu'elle ne sera dans la suite. Plus la grâce est forte et a de part dans une action, plus il y a de mérite par le consentement de la volonté; et plus la nature y a part, moins il y a de mérite et de perfection; parce que toute la richesse et le mérite de nos actions provient du mérite de Notre Seigneur; «pii y est, et que l'àme attire en soi par l'adhésion de toutes ses puissances à cet adorable Maître et à ses divines inspiralions, et surtout par l'adhésion de la volonté, (|ui couronne et achève celte adhésion cl qui est absolument nécessaire.

De là, plus la grâce a de part et est pleine dans une action, plus il y a de mérite et de perfection, parce qu'alors plus aussi il y a d'application des mérites de Notre Seigneur. Par conséquent, |)lus on donne à la tiatuie dans les grandes actions des saints, plus on en diminue la sainteté, et en croyant le relever on les abaisse.

Cette soif peut encore s'entendre de ceux qui se lassent à chercher à se rassasier dans les créatures, dont l'àme est vide; dans la peine, le malheur et l'affection de ne pas trouver le repos et le bonheur dont ils sentant un si grand besoin Kl Nolie Seigneur les invite

à venir à Lui d'abandonner ces citernes percées qui n'ont pas d'eau, et le peu qui y est encore n'est que de l'eau pourrie et corrompue; il les engage à venir à Lui et il les rassasiera surabondamment d'une eau pure et délicieuse.

Ces pauvres âmes se trainent dans la misère; quel bonheur pour elles quand elles viennent à celte grande et immense fontaine, qui les remplit et les regorge d'une eau divine; elles ne se possèdent pas de joie et de bonheur.

Ces deux explications ne s'excluent pas l'une l'autre. Veniat ad me et hibat : Voilà l'invilalion que Notre Seigneur fait aux âmes qui ont soif de la justice; elles n'ont qu'à venir à Lui et à boire selon toute la grandeur et la vivacité de leur soif. Cela explique ces paroles qu'il a dites dans son sermon sur la montagne : Beali qui esuriunt et siliunt jusliliam, quoniam ipsi siiturahunlur. Ils seront rassasiés selon la grandeur de leur faim et de leur soif; si cette faim et celle soif sont grandes ils mangeront et boiront beaucoup; si elles sont faibles, ils mangeront et boiront peu.

Cette invitation qu'il fait en général à toutes les âraes, il la fait dans la circonstance d'une manière spéciale à chacune en particulier. Lorsqu'il leur a donné cette soif de la justice il les attire à Lui, il les encourage, il leur donne cette forte confiance, il les prend il les embrasse, les caresse, les fait boire à ses divines et admirnble mamelles, c'est-à-dire aux mystères de son humanité sainte et les rassasie avec plénitude.

Veniat ad me et bihatî Par là Notre Seigneur montre la ferveur de la dévotion. Lorsqu'on a celle soif et (fu'on désire ardemment boire cette eau du salut, il faut se porter sans ceSvSe vers Notre Seigneur, pt plus

Ja soit" est giautt, plus on se porte avec terveuc vers Lui en toutes clioses-

Par là on peut voir que, })our pDSséder la perfection et pour obtenir les grandes grâces de sanctiticalion, il ne sul'lit pas de pratiquer les vertus, de se corriger de ses défauts et de faire du bien au procliain ce n'est là que la moitié de la vie parfaite; l'autre moitié plus importante et qui en est l'âme, c'est la ferveur de la dévotion et l'exercice intérieur de notre âme qui se porte vers Jésus avec une grande IVrveur d'amour et de. grands désirs de lui plaire et d'attirer ses grâces en soi.

Les vertus sans la dévotion, c'est un corps sans âme mais ordinaiicment elles n'en sont pas entièrement dépourvues, et alors c'est le plus ou moins de dévotion qui en fait le plus ou moins de perfection et les rend plus ou moins agréables à Dieu. La dévotion sans vertus n'est qu'un fantôme, parce que ceux qui boivent véritablement à la divine fontaine se perfectionnent nécessairement, vainquent nécessairement leurs défauts et acquièrent les mêmes désirs, les mêmes dispositions et la même vie que Notre Seigneur a menée; c'est l'effet direct que produit dans les âmes la communication de ces eaux célestes.

De plus, la soif de l'âme ne peut pas être véritable; et son amour envers Notre Seigneur ne peut pas coexister avec la négligence entière de ses défauts, et sans la pratique des vertus, la dévotion ne serait qu'amour propre. Mais, en cela aussi, ordinairement il y a du plus ou du moins. La dévotion avec laquelle on va a Notre Seigneur pour étancher sa soif est ordinairement accompagnée de vertus véritables; seulement, il y a dans certaines âmes plus ou moins de défauts

qu'elles ne veulent pas extirper, on plus on moins de négligence pour l'accpiisition des vertus, et alors la dévotion est plus ou moins imparfaite. Mais toujours est-il vrai qu'il faut cultiver la dévotion avec un soin tout particulier; car ce n'est qu'à ce prix qu'on peut boire avec une grande abondance, à la fontaine du salut, l'eau céleste de notre sanctification.

ô8. Qui crédit in me, siciit dicit Scriptura, llumina de ventre ejus fluenl aquïc vivce.

38. Cahn qui croit en moi, comme dit l'Ecriture, des lleuves d'eau vive couleront de son sein.

Maintenant Notre Seigneur explique ce qu'il appelle boire c'est appliquer avec foi toutes les puissances de notre âme à Notre Seigneur pour attirer en nous les •eaux divines qu'il renferme. Comme un lionune dévoré par la soif qui rencontre une fontaine d'eau vive bien belle et bieu claire, y applique sa bouche et attire cette eau salutaire pour se rassasier et se rafi-aîchir; de même l'homme qui brûle de soif pour la grâce divine doit ap[)liquer toutes les ouvertures de son âme à Notre Seigneur, foulaiue du salut, et attirer à elles les grâces divines qui en sortent avec surabondance, et aucune de ces ouvertures ne doit être appliquée à aucun autre objet qu'à celte adorable fontaine. Voilà ce que veut dire : croire en Notie Seigneur.

Plus cette application de nos puissances à Notre Seigneur sera parfaite, |)lus les grâces nous seront communiquées avec abondance. Notre Seigneur nous communiquera les dons les ])Ius abondants de son Esprit Saint, qui nous rempliront tellement de son amoui-, de sa sainteté, de sa puissance, et de toutes les autres grâces dont il est plein pour nous les communiquer; ces dons nous iPiuplironl lellemeut, que nous débor-

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lierons, et no pouirons pas lus contenir. Kl, par le njoyen de ces dons, il sortira de nous comme des fleuves de grâces, qui les répandront sur tout ce qui nous environne, et produiront des effets merveilleux, de sanctification pour une multitude d'àmes, (}ui seront lai'raicliies, rassasiées, inondées et entraînées par les fleuves de grâces qui sortiront de nous. Non seulement nous aurons la vie en nous, mais il sortira de nous des fleuves de celte eau sacrée, ([ui j)ortera la vie dans une foule innombrable d'àmes.

De là on peut conclure, pour ceux qui [)ar état doivent sauver les âmes, et en général pour tous ceux (jui désirent procurer le salut et la sanctification des âmes, que le grand moyen qu'ils ont, c'est d'aller à Notre Seigneur avec cette ferveur de dévotion pour boire à la divine fontaine de son Coeur, et de s'y appliquer avec cette foi entière et parfaite, afin que ces eaux salutaires les remplissent d'a])ord pleinement euxmêmes, et que, de leur abondance et par les dons de sanctification qui leur seront certainement accordées, selon cette promesse de Notre Seigneur qui (îst la souveraine Vérité, ils en sanctifient d'autres.

Quoique les grands dons, dont parle ici le divin Maître, soient des dons gratuits et ne soient pas essentiels au salut, cela n'empêche pas qu'ils n'apportent une grande sainteté dans celui qui les possède, et qu'ils ne soient accordés k tous ceux qui se donnent à Notre Seigneur avec cette plénitude de la foi, puisqu'il le promet ici, mais surtout à ceux qu'il veut chargei- de communiquer ses grâces. On ne doit pas croire qu'ils seront accordés tous ensemble, mais tantôt l'un d'eux, tantôt un autre, tantôt plusieurs ensemble a bi même personne.

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Il faut reujarquer ce terme ; /lumina fluent de ventre ejiis. Ces grâces seront établies avec une très grande abondance dans leurs âmes, et c'est de leur intérieur qu'elles s'écouleront comme des fleuves, pour porter la vie dans toutes les âmes.

39. Hoc aulem dixit de Spiritu quem accepluri cranl credenles in eum : nondum enim eral Spirilus dalus, quia Jesiis nondum eral glorificalus.

39. Il disail cela de l'Espril que devaient recevoir ceux qui croyaient en lui; car l'Esprit n'avail pas encore été donné, parce que Jésus n'était pas encore glorifié.

Par ces fleuves d'eau vive qui devaient sortir de ceux qui croyaient en Notre Seigneur, il voulait parler de l'Esprit-Saint qu'il devait donnei' à tous ceux qui croyaient ainsi en Lui. Ce n'est pas à dire que les Apôtres et les autres disciples fidèles n'eussent l'Esprit- Saint avant la passion de Notre Seigneur. Ils étaient en état de grâce, et toute âme en état de grâce a l'Esprit-Saint. Mais Notre Seigneur parle ici de cette mission extraordinaire et parfaile de l'Esprit qui est déjà dans une âme par le baptême; par la foi parfaite en une âme Notre Seigneur y développe donc et rend parfaits ses dons et ses faveurs, et cela par suite de cette mission particulière.

Ces dons de l'Esprit-Saint eurent un très-grand développement dans les premiers temps de l'Église, où ils étaient très-communs et pioduisaient ces conversions innombrables. Ils coulaient de presque tous les chrétiens comme des fleuves, et maintenant encore tous les saints ont ces grâces, c'est-à-dire toutes les âmes qui se donnent parfaitement à Noire Seigneur avec la générosité et la perfection de la foi que ce divin Maître désire, qui quittent tout pour ne s'attacher qu'à Notre Seigneur, fontaine unique d'eau vive. En toutes ces

àiues on verra des doni et des grâces très-développes tels que Notre Seigneur les promet ici, et tels que les premiers chrétiens les avaient, quoique les plus brillants, comme J'esprit de prophétie, le don des langues et des miracles, soient plus rares.

('.es derniers dons sont moins sanctifiants que les autres et moins parfaits que les autres, qui tendent beaucoup plus directement au salut des âmes. Ainsi notre divin Maître est toujours le même envers toutes les âmes qui viennent à lui avec perfection ; mais ces âmes, malheureusement, sont rares dans nos siècles où l'on raisonne beaucoup et l'on fait peu. On raffine beaucoup sur les choses spirituelles, on explique tout; mais au fond il est rare qu'on agisse avec la ferveur et la simplicité de nos ancêtres et de nos pères dans la foi; on travaille beaucoup sur les vertus de ceux qui sont faits pour aller à la perfection, mais on refroidit souvent leur foi. Les âmes qui entreprennent de servir Uieu craignent plus de commettre une imprudence que de manquer de fidélité au divin amour, et les directeurs prêchent sans cesse la modération: tandis qu'il faudrait laisser courir, voler les âmes dans l'élan de la foi; craindre infiniment plus d'amortir et d'arrêter cet élan que la foi donne, que de lui voir commettre une imprudence. Mais le directeur a peur de compromettre son honneur de bon et sage directeur; il craint le reproche, s'il arrivait du mal ; et le dirigé, trop plein encore de son amour-propre, ne voudrait pas être imparfait ; il veut avoir la prudence. La prudence, d est bien dangereux de chercher à avoir cette vertu. Celui qui la cherche, le plus souvent trouvera la fausse poui la vraie prudence. Iri prudence de son amourpropre an lieu de la prudence dp Dipu. La prudence

n'est pas la vertu des commençanls, il ne laul même jamais leur en parler. Quand ils auront fait un grand progrès, alors Notre Seigneur la leur donnera.

On dira: Mais tous les saints se sont reprochés, vers la fin de leur vie, les imprudences du commencement de leur conversion. Oui sans doute, tous les saints, sans excepter peut-être un seul, avaient à se reprocher les excès de ferveur de leur commencement. Mais c'est une preuve en faveur de ce que j'avance; tous ou presque tous ont eu à se reprocher d'avoir fait des imprudences; il est dans le propre des saints de faire des imprudences dans les commencements. Ne sont-ils pas devenus des saints tout de môme? Il est fort probable et même certain que s'ils avaient pris tant de mesures pour empêcher ces imprudences, ils ne seraient pas parvenus à ce grand degré de sainteté.

Il est presqu'impossible de ne pas faire des imprudences et des excès dans ces grandes ferveurs des commencements; et celui qui veut les éviter, ou n'a pas en vérité ces ferveurs, ou est infidèle; et dans tous les cas, il aura bien de la peine à devenir saint et à recevoir ces grands dons et ces grandes faveurs que Notre Seigneur promet; parce que dans ces commencements on n'a pas le discernement nécessaire pour cela.

Si on examine et raisonne, on amortit cette ferveur d'esprit qui fait tout; tandis que les saints ont senti cette forte impulsion et, sans examen, s'y sont donnés tout entiers; et c'est ce qui en a fait des saints, et ils ne sont pas moins agréables à Dieu pour cela, quoique beaucoup d'imperfections y soient mêlées. Ainsi Saint Ignace ne faisait pas un long examen quand, à Manrèze, il tuait son corps. Il a trop fait, parce que

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l'claii ne deinundail pas (ont cela: il se laissa enlraîiier, parce que lélaii tle la ^ràce était exliènienienf violent; mais si sa taule eût été si grande, pourquoi tant de grâces, tant de faveurs de la. part de Notre Seigneur et de la Sainte Vierge?

Les directeurs doivent donc être sur leur garde en ce point. Lorsqu'ils voient qu'un pénitent l'ait un excès qui ne doit pas être fait, ils doivent l'empêcher, mais ils ne doivent pas tant raisonner là-dessus avec le pénitent, ni lui inspirer cet esprit de prudence mais sim[)lement lui détendre cet acte, et quelquefois, sous tout autre prétexte si cela se peut, et faire en sorte de ne pas arrêter cet heureux élan de la grâce, ni ce l'enoncement parfait par lequel le pénitent ne veut vivre (ju'en Notre Seigneur; ce qui forme cette foi sainte dont il nous parle ici.

L'évangélistc dit que l'Esprit-Saint n'avait pas encore été donné, parce que Jésus n'avait pas été encore glorifié. On peut donner, trois raisons pour cela: 1" le Fils devait avoir part aussi bien que le Père à la mission de l'Esprit-Saint, qui procède du Père et du Fils; et, comme l'humanité sainte devait particulièrement nous mériter cette mission et nous la donner, il était de convenance qu'elle fut assise à la droite du Père pour participer à la vie du Verbe dans le sein de son Père, afin que cet envoi pût lui être attribué par la voie de son union avec le Verbe. Quoique l'humanité sainte jouît déjà sur la terre de la gloire de son Père, puisque le Verbe n'est jamais sorti de son sein éternel, et par conséquent l'humanité sainte y était aussi, cependant le mystère de sa glorification n'était pas encore accompli; et par conséquent nous ne pouvions pas jouir do ce mvstère d'une manière directe.

La seconde raison, c'est que Noire Seigneur, sur la terre, était dans son état de faiblesse et d'abjection pour nous, et par conséquent ce n'était pas le moment de donner les grâces de puissance et de gloire, telles que celles accordées par ces grands dons du Saint- Esprit.

La troisième raison, c'est que l'Esprit-Saint devait être envoyé pour accomplir et perfection Lier en nous toutes ces grâces des mystères que Notre Seigneur a opérés pour notre sanctification. C'est pourquoi il a fallu que tous ces divins mystères fussent achevés, pour que ces divines opérations ne fussent pas bornées, mais qu'il pût opérer selon l'étendue des dispositions qu'il trouverait et de l'application des mérites de Notre Seigneur.

Cette abondance de l'Esprit-Saint dont parle Notre Seigneur en cet endroit fait les vertus extraordinaires et héroïques; c'est là ce qui fait les saints. Ceux qui ont la grâce ordinaire et qui pratiquent les vertus, mais à un degré ordinaire et faible, n'ont pas participé à ces dons, à cause de la débilité de leur foi. Les Apôtres, pendant tout le temps que Notre Seigneur a vécu sur la terre, manquaient de ces dons abondants; aussi quelle n'était pas leur faiblesse? Dès qu'ils les eurent reçues, ils devinrent de tout autres hommes.

40. Ex illa ergo turba ciim audissenl hos sermones ejiis, dicebant Hic est vere propheta.

i\. Alii dieebanl: Hic est Chris- Ins. Quidam oiilem dieebanl : Numquid a Gaîilaea venil Chrislus ?

42. Nonne Scriptura dicit: Quia ex semine David, et de Bethléem castello, nhi era( R^vid, vetiit Chrislus^

40. Parmi donc celle multitude qui avait entendu ces paroles, les uns disaient : Celui-ci est vraiment le prophète.

41 . D'ancres disaient : Celui-ci est le Christ. Mais quelques-uns disaient Est-ce de la Galilée que vient le Christ ?

42. L'Écriture ne dit-elle pas que c'est de la race de David et du bour"; de Bethléem, où était David, que vient le Christ ^

43. Dissensio ilaque t'acla esi in [ 4S. il s éleva donc une dissension lurba propter eum. ! dans le peuple a cause de lui.

Par ces etl'e(s ou voit quelle était la puissance de ce cri de Jésus au niilieu de ce peuple. C'était le cri de son amour, qui le rendait insatiable d'âmes pour les sanctifier; son désir de verser ses biens immenses de sanctification était si grand, qu'il s'en exprimait là au milieu de ces âmes infidèles, afin d'en attirer quelques-unes à lui, de les ouvrir pour verser ses grâces et ses faveurs.

C'était un moment très particulier de grâces et un mouvement d'amour extraordinaire, qui faisait crier Jésus dans le temple, pour donner à boire à ceux qui avaient soif; aussi sa voix, plus élevée que de coutume, avait également plus de force pour pénétrer dans les âmes qui l'entendaient. Quoiqu'il ne fît pas tle miracle dans ce moment, ses paroles firent tant d'effet, que de toute cette foule si nombreuse qui l'écoulait, il y eut un petit nombre seulement qui résistèrent à la grâce qui les touchait ; tous les autres furent pénétrés d'un sentiment de foi , les uns plus, les autres moins, selon le <legré de lumière qu'ils eurent en ce moment.

Les uns dirent que c'était un prophète qui parlait, les autres que c'était le Messie môme. Mais, malheureusement, cela ne dura pas ; ce bon mouvement fut bientôt étouffé par les mauvais penchants de leurs cœurs et le peu de dispositions qu'ils avaient. Ils avaient, pour le plus grand nombre, toutes les mauvaises qualités du terrain dont parle Notre Seigneur dans la parabole du semeur, et par conséquent la grâce prenait difficilement, et ne pouvait y prospérer, ni y être de longue durée.

Quelques-uns, remarqua l'évangéliste, résistèrent à cette grâce: quidam. Ils étaient en petit nombre; et la

cause était en partie rorgueil de la science, en partir l'esprit (le contention, et en partie la jalousie et le mépris pour les Galiléens. Ils avaient de la jalousie de voirdonner le Messie par la Galilée, et une foule d'autres passions s'entremêlèrent en cela, pour augmenter leur haine contre Notre Seigneur et leur opposition à ce qu'il fût le Messie. Il devait naître de David, cela' était vrai, et à Bethléem, cela était vrai aussi. Mais s'ils avaient examiné toutes les prophéties, ils auraient vu une multitude de ces prophéties, opposées les unes aux autres en apparence; il s'agissait d'éclaircir toutes ces difficultés. Les miracles nombreux qu'il opérait et la doctrine divine qu'il annonçait devaient faire faire attention à ces gens, et les y faire regarder un peu de plus près, avant de juger de la sorte, en se fondant sur une ou deux prophéties opposées en apparence. Mais quand une âme se laisse prévenir par une passion quelconque, son jugement s'obscurcit et son esprit trouve toujours des raisons plausibles, qui favorisent son amour pi-opre et sa malice. Que tout le monde y prenne garde, cela arrive beaucoup plus souvent qu'on ne pense, et en matière très-grave quelque fois. Ces pauvres Juifs étaient sollicités par la grâce, la prévention de la passion les y rend opiniâtrement résistants, et leur fournit des raisons pour rejeter le salut qui leur était otïert. .

44. Quidam aiitem ex ipsis vole- i 44. Quelques-uns d'eux voulaient bant apprehendere eum : sed nemo le prendre, mais aucun d'eux ne mii^il super eiim manus. mil la main sur lui.

Ceux qui étaient si mal disposés et qui ne voulaient pas croire, étaient probablement des élèves des pharisiens ou des scribes ou docteurs, puisqu'ils citaient les prophètes; sachant quelles étaient les dispositions de leurs maîtres et des princes à l'égard de Notre Seigneur,

ils l'unnèrcMit le dessein de le prendre. Ils ne craignaient pas d'être repris pour un acte de violence exercé envers lui, ils savaient au contraire qu'ils en seraient loués, et leur peu de foi et leur méchanceté les excitaient d'ailleurs à cela. Peut-être môme élaient-ce quelques-uns des chefs du peuple qui eurent de mauvais desseins, en ce moment où ils voyaient presque tout le monde favorable à Notre Seigneur. Ils allaient donc profiter de cette tlissension qui s'était élevée à son sujet dans la foule, poui l'enlever ; mais ils n'en vinrent pas à l'exécution, parce que sa vertu toute puissante les arrêta.

ilj. Veneruiit crgo ministri nd ponlificps et Pharisaeos. Et dixerunl eis illi : Qiiare non addiixistis illum ?

46. Respondorunt ministri : Niimqiiam sic lociiluA est homo, siciu.

liic liomo.

■V.j. Ainsi les archers revinrent vers les pontifes et les Pharisiens , qui leur demandèrent : Pourquoi ne l'avez-vous pas amené?

46. Les archers répondirent : Jamais homme n'a parlé comme cet homme.

Les Pontifes et les principaux Pharisiens étaient réunis, pour attendre le retour des ministres qu'ils avaient envoyés se saisir de lui, et ils attendaient leur retour sans doute avec impatience, jouissant déjà de le voir amener enchaîné. Leurs gens revinrent donc, et ils leur demandèrent aussitôt : «Pourquoi ne l'amenez-vous pas?» Ceux-ci, encore tout pleins de suavité des paroles de grâces et d'amour qu'ils avaient entendues de sa bouche ; s'écrièrent avec admiiation : « Jamais homme n'a parlé « comme celui-ci.» Ils ne dirent pas : «Jamais homme n'a « fait de miracles comme celui-ci » ; mais ils donnèrent pour preuve de leur foi la divinité de sa parole.

C'était en effet un grand miracle et une preuve évidente de la présence du Verbe de Dieu, qui donna tant d'efficace à sa parole, et encore sur des gens qui, bien certainement, n'étaient pas capables de corn-

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prendre ù foiul ce qu'il disait. Quelle uietveille! Des gens s'en vont exprès pour se saisir de Lui et l'amener enchaîné; ils l'entendent parler, et leurs dispositions féroces se changent en celles d'agneaux, par leur douceur et leur docilité. Au lieu de l'amener à leurs maîtres, ils viennent seuls et le défendent devant eux.

47. Itesponderunt ergo eis Pha- 1 47. Mais les Pharisiens leur rôrisffii : Nuniquid el vos, seductf ! pliqtièrent •. Avez-vous été séduits, estis? vous aussi ?

48. Numquid ex priucipibus ali- 48. Esl-ii quelqu'un d'entre les qois credidit in eum, auL ex Phari- chefs du peuple ou d'entre iesPhasaeis ? i risiens, qui ait cru en lui.f^

49. Sed turba hsec, qute non no- | 49. .Mais celte foule, qui ne convit legein , maledicli sunt. ' nall pas la loi, ce sont des maudits.

Les Pharisiens prennent de suite la parole; ils ne laissent pas parler le grand prêtre ou les premiers chefs <lu peuple, leur zèle faux, amer et hypocrite ne peut se contenir, et il se manifeste dans le grand orgueil pharisaïque qui en était la source. Ils leur dirent en colère: «Vous êtes donc aussi séduits?» Les malheureux auraient bien mieux fait de se laisser séduire eux-mêmes, mais ils aimaient mieux séduire les autres que de se laisser prendre par le Fils de Dieu, qui était venu pour leur salut.

Ils appellent séducteur celui qui s'oppose à leiu" passion et à leur orgueil ; c'est tout son crime. Cette passion et cet orgueil paraissent bien dans leur jugement, puisqu'ils le condamnent sans l'avoir écouté, sans avoir examiné ni sa doctrine, ni sa conduite. Le dernier des criminels était alors examiné avec le plus grand soin. On employait toutes sortes de moyens pour examiner les témoignages, -et toutes sortes de subtilités (cela est facile à voir parce que dit le Talmud sur cette matière) pour absoudre de la peine de mori

ceux-iiièines qu'on connaissait coupables, pouivu qut* cela fut un honmie pour lequel on n'eût pas d'opposition; et ici on veut condamner Notre Seigneur ii la peine de mort sans l'écouler; on dit que c'est un faux prophète. Mais il fait des miracles extraordinaires! c'est égal; mais sa doctrine est d'une sainteté divine, et sa parole pleine de la grâce de Dieu ! n'importe.

C'était une raison de plus pour que l'orgueil pharisaïque s'irritât contre lui, et qu'il le condamnât sans examen. Ils auraient d'ailleurs craint d'examiner, de peur de le trouver juste, et d'être obligés d'avouer leur erreur. Oh! que la malice des hommes est grande, et les illusions de l'amour-propre et des autres passions, nombreuses et tortueusement cachées!

Nous n'avons plus de Pharisiens maintenant, mais combien de gens y a-t-il qui ne tombent pas plus ou moins dans ces sortes d'illusions? On a une grande habitude de condamner trop facilement le prochain, quel qu'il soit, supérieui-, inférieur ou égal. 11 semble qu'on jouit du mal qui se trouve dans le prochain, et même qu'on désire quelquefois y trouver. Saint Paul a cependant dit que la charité ne se réjouit pas du mal que fait le prochain. On aime à le raconter et à s'en entretenir. On prend un ton de zèle comme les Pharisiens, on se lamente, on a l'air de s'aftliger, on croit réellement qu'on s'en aft^ige, et si on n'était pas dans l'illusion, on verrait qu'on est dans un certain contentement de malice. Cela donne une plus grande facilité de juger et de condamner l'innocent comme coupable.

Oh! que de jugements Notre Seigneur, au moment de leur mort , est obligé de prononcer sur ces serviteurs faibles et imparfaits ! Il nous en a prévenus : Nolite

judicare u( non jîidicemmi , el cependant on s'clablil juge de son prochain ! « 0 pharisien aveugle, (Mez la (( poutre qui est dans votre propre œil, » dira Notre Seigneur k beaucoup de ces chrétiens qui veulent s'établir juges des vivants et des morts.

Pour preuve de celte séduction de Notre Seigneur, ils disent : « Y a-t-il un des princes ou des Pharisiens « qui croient en lui? » Ils rie s'oublient pas eux-mêmes, mais ils ne disent pas quelle est la raison qui les empêchait de croire, car alors cette preuve ne prouvait plus rien. D'ailleurs, l'ayant condamné sans examen, leur sentiment n'était pas une autorité.

Ils ajoutent (ce qui achève de montrer leur orgueil par le mépris qu'ils font du peuple ). : « Il n'y a que cette « foule , qui ne connait pas la loi qui croie en lui , et « cette foule est maudite.» Il n'y avait que les Pharisiens qui fussent des hommes bénis, parce qu'ils avaient la science de la loi, et parce qu'ils l'observaient en hypocrites orgueilleux. La Sagesse éternelle n'en jugeait pas ainsi, et leur montra bien, en toute circonstance, que cette foule simple valait mieux qu'eux.

Ils disent : cette foule ne connait pas la loi; mais cette foule voyait des miracles innombrables, qui étaient de grandes preuves, et elle ne résistait pas tant à la grâce, que l'aveugle pharisien rejetait. Le pharisien connaissait la loi, mais c'était comme s'il ne l'eut point connue, puisqu'il n'examinait pas si celui qu'il jugeait et condamnait, était véritablement le Messie prédit par la loi ou non. Pour voir plus clair que les autres par la connaissance de la loi et des prophètes, il eut fallu appliquer ce qui se trouve dans la loi au personnage qui se disait être celui qui est prédit par la loi et les prophètes. El cela méritait d'autant plus; d'examen que la multitude

<,lc ses niirneles était évidente. Ce sont donc les Pharisiens qui sont bien plus maudits que le peuple.

JiO. Divit Nicodeimis ad eos, ille qui venit ad eun» nocle, qui unus i'r,\L ex ipsis :

51. Numquid lex nostra judical liominem, nisi priusaudieritab ipso, et cognoverit quid facial ?

oO. Nicodi-me leur dit : [ c'était celui qui était venu de nuit à Jésus, et qui était l'un d'entre eux) :

51 . list-ce que notre loi condamne un liommo sans qu'auparavant on l'ait entendu, et sans qu'on sache ce qu'il a fait?

Noire Seigneur i)répafa cette confusion aux Pharisiens, qui parlaient ici si orgueilleusement. Ils disent qu'il n'y a personne, ni parmi les princes, ni parmi les Pharisiens qui croient en lui ; et voilà que Nicodème , prince dvi peuple et pharisien, prend la défense de Notre Seigneur et montre qu'au moins il ne lui est pas opposé. Les IMiarisiens ne jugeaient que d'après le sentiment de leur malice; mais Nicodème savait bien mieux qu'eux, ce que c'était que d'entendre la divine parole sortie de la bouche du Sauveur, il l'avait expérimenté étant allé l'interroger pendant la nuit ; il n'était pas étonné de voir ces gens tout pénétrés d'admiration pour lui après l'avoir entendu parler; il ne pouvait soufTrir de le voir condamner aussi faussement, tandis que lui-même savait qu'il était véritablement l'envoyé de Dieu. Nicodème a le courage de défendre la cause du divin 3Iaître, mais il n'a pas encore celui de dire ce qu'il en sait, encore moins de se donner pour son disciple. Après la mort de Notre Seigneur son courage augmente, et il ose l'embaumer de ses propres mains, sans craindre les Pharisiens.

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