Ils lui dirent donc : Qui es-tu
Jésus leur dit : Le principe, moimême qui vous parie.
Là on peut voir l'ignorance et la méchanceté des Juifs de ce temps. Quand il s'agissait de les délivrer de l'Egypte, ils étaient grossiers, ignorants et méchants, comme cela se voit dans toute leur histoire. Cependant lorsque Dieu voulut se manifester par son serviteur il lui dit : « Dites-leur : Celui qui est *) m'a envoyé : Ego
(*) Selon le texte hébreu, il n'y a pas dans l'Exode Ego swn au présent, celui <jui e»t m'a envoyé, mais celui qui lera, cl on peut cxplinuer que c'est celui qui
sum qui stim... ym est misit me. et ils vous croiront». Ici, ;îl s'agit de les délivrer d'un esclavage incomparablement plus dur et plus malheureux que celui de l'Egypte, de celui des démons qui était médiocrement figuré par l'esclavage de l'Egypte; au lieu d'un serviteur il envoie celui-là même qui avait été promis aux Juifs de l'Egypte, son Fils bien-aimé. Le Fils éternel du Père venant lui-môme leur répète ces mêmes paroles : Ego sum, et personne ne veut le croire.
Moyse, comme serviteur, avait ordre de leur faire un petit nombre de miracles, faibles, de peu de conséquence, qui devaient figurer l'objet de la grande délivrance; -cette grande délivrance arrive, le Fils paraît, il les inonde de miracles et dit Ego sum, et personne ne croit. Aussi leur dit-il qu'ils mourront dans leur péché.
Les Juifs ne comprirent pas même le sens de ces paroles Ego sum, tant ils étaient éloignés de la foi et de la vérité; c'est pourquoi ils lui demandent : qui êtes- Tous? C'est la même question que celle de Pharaon : Quis est Dominus, qui est le Seigneur, pour que je lui obéisse? De même les Juifs : qui êtes-vous pour que nous croyions? Il leur répond : Principium, le j)rincipe. Il venait de dire ces paroles : Ego sum. Les Juifs veulent savoir ce qu'il est; il leur donne l'explication de ces deux mots : Ego sum, en disant qu'il est le Principe, n'ayant ni commencement ni fin, existant par lui-même
plus tard devait venir les délivrer de la dure caplivité du démon. Les anciens reçurent celle promesse avec consolation et en adorant le Seigneur, et les derniers refusent la réalité avec mépris, avec malice et .ivcc toutes sortes de résistances. Si on veut conserver le sens Ego sum, la comparaison établie entre les anciens Israélites et les Juifs du temps du Seigneur, aurait tout de même sa force. Les anciens quoique méchanls jusqu'à l'excès reçoivent avec consolation l'envoyé de Celui qui est. et par la seule raison qu'il vient en son nom. ri reux-ri refusent avec mépris et avec malice, relui-la même qui a l'i^irp par essence, i Note du V, Père, )
et de lui-iiK^iue, el n'uyaiiL reçu Tèlre (rancune main étrangère. Voilà comme il est principe en lui-même; et par lui-môme; il est encore principe de toute existence créée; principe de l'ordre de la nature; foule créature vient de lui, omnia per ipsum fada sunt ; et ailleurs. In principio creavit Deus cœlum et terram.
De plus, dans l'ordre de la grâce, aucune régénération ne se fait que par lui : nemo vem'l ad Palrem ni si per me. Ainsi ce seul mot est une explication très étendue de tout le verset précédent, cai-, outre qu'il explique les termes Ego sum. il fait encore entendre pourquoi les Juifs mourront dans leur péché en ne croyant pas cela. Ainsi Notre Seigneur est principe dans le sein de son Père, par l'être essentiel du Père qu'il possède en Lui et qui est son propre être; il est principe par rapport aux hommes, comme source unique de toute leur existence et de leur vie, qu'ils reçoivent uniquement de Lui et par Lui. C'est pour montrer cette dernière vérité qu'il ajoute : Qui et loquor vubis. Ce même principe, qui possède en son Père l'être et la vie par essence, nous communique cet être et cette vie qu'il a en lui-même. Cela est exprimé par le mot parler. Dans notre langage humain, nous appelons parole la communication des intelligences, par analogie avec la communication qui se fait de l'intelligence humaine à une autre par cette parole humaine. Ainsi saint Paul dit : « Si je possédais le « langage des Anges. » Les Anges n'ont pas de bouche,. pas de langue, pas d'idiome pour s'exprimer; mais ils ont une façon de se communiquer les merveilles divines, et c'est un langage.
Le Fils éternel du Père est appelé le Verbe ou la parole du Père; et c'est la parole la plus parfaite qu'on puisse concevoir, parce que là il y a communication
paitaite de tout l'êli;e divin, de manière qu'il n^ a rien dans le Père qui ne soit dans le Fils, et rien dans le Fils que ce qui est dans le Père, exceplé la qualité de Père et de Fils; le I^ère communique et le Fils reçoit, mais l'un est aussi parfait que l'autre, et ils jouissent d'une seule et même perfection, parce que celte communication est essentielle et appartient à la nature de la Divinité. De même, quand le Verbe de Dieu veut communiquer aux hommes la vie qu'il possède essentiellement dans le sein de son Père, c'est par la parole. Il se sert pour cela de sa bouche humaine; de manière que les paroles qui sortent de cette bouche adorable, sont des émanations et des communications du Verbe; elles sont esprit et vie, comme a dit plus haut Notre Seigneur : Verba quœ ego luquor vobis, spîrilus et vita sunt.
Mais le Fils de Dieu avait beau leur parler; ils résistaient à toutes ses divines communications, et les rejetaient, précisément par cette raison que la Sagesse éternelle vient de leur dire, qu'ils étaient des hommes de ce monde et ne recevaient que les communications que le maître de ce monde, c'est-à-dire le démon, leur donnait. Car, quoique toute la terre et tout ce qu'elle renferme appartiennent à Dieu; cependant, par l'autorité (}ue les hommes donnent sur eux à ce méprisable ennemi de Dieu par le péché, ils le rendent comme maître de toutes les créatures de Dieu, pour empoisonner tout l'usage qu'ils en font, et leur en donner un sujet de chute et de perte. (>ar, il faut remarquer que toute la terre appartient à Dieu. « Domini est terra et phnitudo (( ejus » mais il en n donné l'usage aux hommes, ainsi que de tout ce qui est sur cette terre. Or, l'homme ayant péché et par là étant tombé sous la puissance du démon, a rendu celui-ci maître de son âme, de son corps et d«
loul cti qui esl (;n sa possession. Depuis ce temps, cet ennemi a pouvoir de tenter par cet objet, et surtout l'homme de eette terre qui lui reste toujours assujetti, et auquel il donne les influences et les communications de ct^ monde. Tel était l'état des Pharisiens, qui, entièrenjent adonnés a ce monde, en recev;ùent les communications, et rejetaient celles du Fils de Dieu, (pii est opposé aux influences de ce monde.
26. Milita tiabeo de vobis loqiii cl judicarc ; sed qui me niisil, verax est ; cl ego quao aiidivi :ib eo, hcec loquor in niundo.
26. J'ai beaucoup de choses à dire de vous, et à condamner en \ous; mais celui qui m'a cnvoy6 est, vrai, et moi, ce que j'ai entendu de lui, je le dis au monde.
Notre Seigneur vient de dire aux Juifs, d'une manière énigmatique et en général, le principe de leurs maux, et il condamne en général leur vie et leurs actions. Quelle grâce c'eut été pour eux, s'il était entré dans le détail de leur conduite, et leur avait fait comprendre, par toutes les particularités de leur vie, toutes les tentations et les dangers oii ils étaient. ;iinsi que tant d'autres choses (jui leur nuiaienl fait voir qu'ils étaient dans une voie de perdition; et s'iJ avait jugé en public tous les détails de leurs fautes, avec tous les mauvais principes' si condaninables, el toutes les illusions auxquelles leui- orgueil les entraînait, el par lesquelles il les livrait au démon el les menait à une perle entière ! Au lieu de leur faire celte grâce, il se contente de leur dire les choses en général in pcccalo vcslro moriemini. (^ela venait de ce que Notre Seigneui- ne donnait ses grâces et ne prononçait mên)e une parole, ni ne faisait une action, que cela ne fût déteiminée par celte volonté éternelle et déterminante de son Père, qui destinait à chacun, et en chaque circonstance, ce que son Fils devait faire dans le temps; et c'est ce que Notre Seigneur
exécutait ponctuellement. Voilà le sens de ses paioles. Il vient de leur dire qu'il était le Principe qui leur parlait; c'est-à-dire, qui leur communiquait la lumière qu'il [)ossède en lui et la vie; la lumière, pour se connaître soi-même et les volontés de son Père céleste, et la vie, pour l'exécuter. Il ajoute qu'il aurait encore beaucoup de choses à dire d'eux, sur ce qu'ils étaient et sur la volonté de Dieu qu'ils devaient accomplir. Il dit de plus judicare , ']u^er . Il a non seulement à dire, mais à juger du mal qui était en eux et de l'opposition à cette divine volonté de son Père. Notre Seigneur parle ici de jugement prononcé et communiqué aux coupables; car, pour l'intérieur. Notre Seigneur jugeait chacune de leurs mauvaises œuvres; seulement il ne leur communiquait pas ces jugements. (*)
Mais, quelque soit son désir pour le salut des âmes, il ne leur en dira pas davantage, et il ne leur manifestera pas son jugement sur leurs actions, parce que celui qui l'a envoyé est vrai, verax.
La véracité de Dieu est applicable à ses volontés éternelles, aussi bien qu'à ses promesses et à ses jugements. Le Père a déterminé de toute éternité, dans sa volonté souveraine, qu'il enverrait son Fils unique sur la terre, et il l'a envoyé. Il a déterminé tout ce qu'il y devait taire pour le salut du monde en général et pour celui de chacun en particulier; toutes ses paroles sont comptées dans cette volonté éternelle. Il a déterminé
(•) Noire Seipneur juge et condamne nécessairement louleueuvre mauvaise dès le moment qu'elle est faite, et le coupable ressent de suite un effet de ce jugement, effet qui est effacé par la pénitence, soit dans son tout, soit en partie, selon la perfection de la pénitence. Ce jugement n'est pas toujours communiqué au pécheur, dans ce sens que Notre. Seigneur ne lui fait pas toujours sentir intérieurement cette réprobation de l'œuvre mauvaise par la force et l'efficace de sa divine grâce. Quelquefois même il laisse le pécheur dans l'oubli entier de s.i faute et dans l'endurcissement. C'est le cas des Juifs.
(Note du V. P<»re. )
toutes les paroles de grâce qu'il devait dire aux Pliarisieiis, vu la circonstance de leur malice, et sa véracité exige que, les circonstances prévues existant, cette ménne volonté dure et existe aussi dans le temps et soit intimée au Fils do Dieu; de manière que le Père ne peut pas, les circonstances existant, changer dans le temps son vouloir éternel, ni pour accorder plus, ni pour accorder moins, parce qu'il manquerait à sa véracité, qui est une rigueur de mesure exacte et voulue de toute éternité. L'homme peut avoir aujourd'hui une volonté et demain une autre, et ne pas manquer à la véracité, parce qu'il est inconstant, et l'acte qui a voulu hier n'est plus, et celui d'aujourd'hui est un autre qui n'est pas le même; tandis que Dieu étant immuable, ses volontés sont toujours les mêmes; et par conséquent ce serait manquera sa véracité, si une disposition dans la divine volonté pouvait changer en augmentant ou diminuant, soit que cette volonté éternelle est absolue, soit lorsqu'elle est conditionnelle, si la condition est remplie, (^est donc ce que Notre Seigneur dit : son Père de toute éternité, avait ses desseins déterminés sur tout ce qu'il devait dire dans le temps. ïl avait déterminé qu'il ne découvrirait pas aux Pharisiens tous les maux qui étaient en eux et tous les jugements qui étaient prononcés contre eux. Par conséquent, le Père ayant envoyé son Fils dans le temps, doit persévérer dans ses volontés à cet égard, parce qu'il est véridique. Qui misil me verax est, celui qui m'a envoyé est véridique. Il eut cette volonté dans l'éternité avant que cette mission fût réalisée dans le temps; et, sa véracité lui fait continuer cette même volonté, maintenant que cette mission est accomplie, et cette volonté est réduite en pratique. Il est verax ou véridique dans sa mission.
Pour compléter lu raison pour laquelle 11 ne dit pa» (oui ce qu'il a à dire, ^otre Seigneur ajoute et t-yo etc. Mon Père est vrai et persévère toujours dans la même volonté, et moi qui suis envoyé par lui pour l'accomplissement de cette volonté éternelle, je ne communique de grâces et je ne dis de paroles en ^ce monde, que celles que j'ai entendues de toute éternité dans son sein, par la communication que j'ai reçue de cette volonté, avec les autres perfections de l'essence divine, qui est en moi comme en lui-môme.
Notre Seigneur dit rjuœ aiidivi au passé, quoiqu'il les entendit toujours également, pour manifester cette audition éternelle, par laquelle est exprimée la C(unmunication reçue de cette volonté divine dans son essence qu'il avait entendue de toute éternité avant son incarnation. Si Notre Seigneur dit : ab eo, cela ne signifie pas séparation, comme si cette volonté n'était plus dans le Père mais dans le Fils; le Fils reçoit cette communication de la volonté de la même façon qu'il reçoit toute la divinité qui reste la même essentiellement et substantiellement dans le Père, et la même est essentiellement et substantiellement dans le Fils; c'est ce qui constitue l'unité divine du Père et du Fils.
Notre divin IMaître dit : Quœ audivi ab eo hœc lotjuor in imindo: Joquor, il ne dit pas /î/(//co, parce qu'ici il ne s'agit que de l'expression de ce jugement par les p:iroles; mais pour le jugement intérieur il existe toujours. A chaque mauvaise œuvre qui sort de l'homme, est opposée une condamnation ou jugement qui sort du Verbe de Dieu uni au Fils de l'homme. Lorsque ensuite la grâce trio?nphe et que l'âme revient à Notre Seigneur alors ce jugement ou cette condamnation est efl'acée. C'est ce r/t/rograjp/j «m decreti dont parle S. Paul
et que Noire Seigneur efVace el déthire par les méiiles de sa croix. Ici, ce (juœ audivi n'a pas tout à fait te même sens qu'au chapitre 5. v. 'M),, sicut audio judico', parce qu'il ne s'agit ici que de prononcer le jugenieat pour le bien de ces àines, el plus liant il s'agit du jugenjent intérieur porté par Notie .Seigneur qui est juste, parce qu'il juge comme il l'entend de son Père. In mundo. Ces explications sur l'état des âmes et ce jugement ne sont pas, ici dans ce monde, prononcés à tous également pour leursaiul, mais il sera prononcé et expliqué pour tous dans l'autre monde. Là, il leur sera montré en un clin d'oeil tout ce qui était en eux de bien el de mal pendant toute leur vie, dans le phis grand détail, et un jugement sera prononcé contre tout le mal : mais ce jugement ne sera plus, comme c'eut été sur la terre, un jugement de miséricorde: ce sera un jiigement lenible qui écrasera les pécheurs et les accablera. On peut dire encore : |)en(lant le temps que Notre Seigneur était dans ce monde, il ne disait pas ces choses, parce que la volonté de son Père était telle. Mais, une fois sorti de ce monde, sa grâce sera plus puissante, et alors il instruira le monde plus qu'il n'avait fait pendant qu'il y était.