‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 42 sur 63 · Et non cognoverunt quia Patrem ejus dicebal Deiim · texte numérisé non relu

Et non cognoverunt quia Patrem ejus dicebal Deiim

28. Dixil> ergo eis Jésus : Cum exaltaveritis Fiïinm hominis, tnnc cogiioscelis quia ego sum, el a nieipso facio nihil ; sed sicut docuil me Pater, tiaec loquor.

27. Et ils ne comprirent pas qu'il disait que Dieu était son Père.

28. Jésus leur dit donc : Quand vous aurez élevé Ip Fils de l'fiomme, c'est alors que vous connaîtrez ce que je suis, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle comme mon Père m'a enseigné.

Les Juifs ne comprirent pas que Notre Seigneur se disait Fils de Dieu, ils ne surent pas plus la signification du mot Principium, que des mots Ego !>um. C'est pourquoi ils continuaient de l'écouter en paix et Notre

Seigneur leur adressa ces paroles des deux versets 28 et 21), pour les loucher au moins et leur inspiier quelques bons sentiments, en les laissant toujours dans la grande ignorance oh il les voyait, et dans l'incapacité de comprendre ses paroles divines et de le connaître. Il les console de j^ette ignonmce et leur donne espérance de le mieux connaître plus tard. C'est une chose admirable que la bonté incompréhensible de notre trèsdoux Sauveur. Il voit ces gens trop mal disposés pour leur pouvoir dire ouvertement qui il est; il les ménage et leur parle en termes couverts ; il se les attire au moins pour un temps, afin de leur donner quelques grâces, et leur dit que, plus tard, quand le temps sera venu, ils le connaîtront.

Ciim exaltaveriiis. La sagesse éternelle a choisi, selon S. Paul, ce qui est insensé selon le monde pour confondre la sagesse humaine. C'est de là que devait venir aux enfants de Dieu la vraie sagesse et les connaissances de la vérité; c'est par les faiblesses de son Humanité que Notre Seigneur a abattu toute la puissance opposée à son règne dans les âmes, et c'est par ses ignominies qu'il a établi sa gloire, mais de la manière la plus brillante. C'est par sa Croix qu'il devait éclairer les hommes, écraser la puissance de l'enfer et attirer tout le monde à Lui. Tous les mystères que le Fils de Dieu opérait sur la terre, étaient pleins des grâces qui devaient se communiquer aux hommes, non seulement pour leur salut, mais même pour leur avancement dans la plus grande perfection de la sainteté; tels sont, par exemple, les mystères de son Incarnation, de sa vie intérieure en Marie, de sa vie cachée, qui sont des mystères pleins des plus grandes grâces pour la vie contemplative et parfaite; celui de sa conversa-

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tion avec les lioiiiiiies et de sa prédication, qui lenferluent les grâces suréiuinentes de l'esprit apostolique, et ainsi des autres.

Mais les effets que ces mystères devaient produire dans les âmes, furent suspendus pendant tout le temps que notre Sauveur a vécu sur la terre, et les grâces n'étaient alors communiquées que faiblement, parce qu'il fallait dabord que le mystère de la croix fut accompli, mystère qui devait nous délivrer de la mort, nous arracher cl nous faire sortir des mains du démon et de la sujétion aux passions de la vie animale et terrestre. Ensuite devait venir le mystère de la résurrection qui nous mériterait la grâce de la vie divine de Notre Seigneur 'dans nos âmes. uMortuns est propier peccata noslra et resurrexit propter justificalionem nostram » dit S. Paul. Ces mystères, une fois accomplis et appliqués aux âmes, tous les autres produisent aussi leui-s grâces. Il en est des âmes comme du jardin d'Eden dont il est parlé dans la Genèse. Dieu y avait planté toutes sortes de plantes délicieuses, mais avant que la pluie ne tonTbât, ces plantes ne croissaient pas et n'étaient pas produites, quoique les germes en existassent; de même Notre Seigneur, par tous les mystères de sa vie sur la terre, prépare des -plantes admirables pour les faire germer dans les âmes, mais, avant que celte première pluie de sa passion ne tombe sur une âme, ' cette âme reste stérile et aucune de ces i^râces n'est produite, mais cette pluie une fois tombée, le reste va tout seul; si l'âme est fidèle elle ira toujours de perfection en perfection, et aura sa part à tous les mystères qui auront été opérés pour elle par le Fils de Dieu.

Voilà pourquoi Notre Seigneur dit aux Juifs : quand vous aurez exalté, c'est-à-dire quand vous aurez élevé en

croix le Fils de l'homme, alors vous cotnaitrez que cest moi. Par là Noire Seigneur veut dire qu'ils reconnaî- (ronl en lui la personne divine du Verbe : Prindpium qm et loquor vobis. Il dit cela en dt'ux sens : Kn premier lien : ceux qui seront attirés par sa Passion et qui en recevront la grâce, pour ceux-là ils le connaîtront par les iumières surnaturelles de la Foi; car il yen eut un grand nombre parmi les Juifs qui revinrent à lui après sa Passion. En second lieu, notre divin Sauveur, par sa Croix, atlir-ant tout le monde à lui, omnia iraham ad meipsiim, la toute-puissance du Verbe y paraîtra pleinement, puisque, par une action de faiblesse et d'ignominie qui devait rebuter ceux qui lui avaient été attachés, il attirera môme ceux qui lui avaient été opposés. P«ir le même mystère de la croix ^dans le même double sens!, ceux qui seront attirés à lui, ainsi que ceuxmèmes qui resteront infidèles, verront qu'il n'a rien fait par lui-môme et indépendamment de son Père. Car, pour ceux en qui la croix aura opéré le salut, ils auront part aux grâces des mystères que Notre Seigneur m opérés pendant toute sa vie et de la parole* divine qu'il a annoncée, et ils veiront par la lumière surnaturelle de l'Espril-Saint. et sentiront par l'impression de la grâce quelque chose de divin dans tout ce qu'a dit et fait leur adorable Sauveur; ils sentiront l'action du Père dans fout ce qu'a dit et fait le Fils. Pour les autres, le mystère de l«i croix [>ar lui-même, fera voir l'obéissance rigoureuse du Fils de Dieu, laquelle a été jusqu'à la mort de la croix, et U dépendance entière de toutes ses volontés, parce qu'ils le verront boire ce calice d'amertume jusqu'à la lie et n'omettre la moindre petite circonstance marquée par la volonté de son Père et annoncée par les Prophètes. Tous les Juifs furent obligés

de voir lela et de le leeonnaître ; <i, après cela, le grand rioinbie n'a pas cru, c'est qu'ils se sont fait illu-

sion, à force do malice, d'orgueil et de résistance à la grâce divine.

(^'est donc par rc\altation tie la ( ioi\ (jue Notre Seigneur lait connaître k tous, qui ilesl, c'est-à-dire le Fils de Dieu, (piel est le principe de ses actions et de ses paroles, c'est-à-dire son Père <M''leste. Mais, pour coinpreHdre bien ce verset, il faut savoir que c'est le Verbe incarné qui |)arle, c'est Jésus Fils de Dieu et Fils de Marie tout ensemble. Une partie de ce texte est applicable au Fils (le Dieu, le reste au Fils île l'homme, et tout ce qui est dit du Fils de Dieu appartient au Fils de l'homme et tout ce qui est dit du Fils de l'homme appartient au Fils de Dieu réellement et véritablement, par concomitance ou par coexistence des deux natures dans Jésus-(]hrist, en qui toutes ces choses existent.

Les .Tuifs avaient des idées entièrement brouillées sur le divin Sauveur; ils n'avaient pas assez de foi pour recevtîiv ses grâces parfaitement et pour être dociles à sa parole; ils voulaient comprendre avant de croire. Voilà pourquoi ils ne pouvaiehl souflrir de lui entendre dire qu'il était Fils de Dieu, parce qu'ils ne voyaient qu'un homme comme un autre; quoiqu'incomparablement plus parfait, c'était toujours un homme à leurs yeux. Renoncer à leurs sens pour se soumettre à la foi, était une chose dont les rendaient incapables leur grossièi'eté, leurs vices et leurs péchés. Croire que cet homme était Dieu, cela n'était pas possible, et ils ne pouvaient concevoir la divinité et la sainte Humanité ne formant qu'un même Jésus-Christ. C'est pourquoi ils étaient incapables de saisir ce que Xotre Seigneur leur disait de lui-même. Car ces choses étaient relatives laniM a sa divinité, tantôt a son Humanité.

Mais, après le crucifieiuenl, quand ce grand mystère de la foi leur eut été découvert, alors ils comprirent toutes ces différentes choses et apprirent à les rapporter tantôt à l'une, tantôt à l'autre nature, comme appartenant toujours au même Jésus-Christ. C'est dans ce sens que le divin Maître leur parle ici : « Vous ne me con- « naissez pas et vous ne me comprenez pas. Quand je « vous parle de mon Père, vous ne savez qui il est; « quand je vous dis que je suis le principe, vous ne « comprenez pas ce que je veux dire; quand je vous « parle de ma mission, vous ne savez pas quelle elle « est. Vous ne connaissez et ne voulez connaître en « moi que le Fils de l'homme. Mais, quand vous au- « rez exalté le Fils de l'homme, (c'est-à-dire quand « vous l'aurez crucifié,) alors vous connaîtrez qui «je suis, (c'est-à-dire, comme il vient d'expliquer au « verset 25, le principe de toutes choses) vous ap- « prendrez à connaître en moi la personne du Fils de « Dieu qui vous parle, quoique ce soit une bouche hu- « maine qui vous annonce ces paroles. (Voilà une phrase « appliquée à la divinité du Verbe. « Vous connaîtrez « qui je suis » mais phrase dite par Jésus-Christ homme, « en même temps que Dieu) ; vous apprendrez que je ne « fais rien par moi même, f Voilà pour le Fils de l'homme, « ainsi que tout le reste.) » « Ainsi, quand le Fils de « l'homme ne vous exprime et ne vous explique pas da- « vantage les choses que vous ne comprenez pas, ni « même celles qui vous regardent, cela ne vient pas de « Lui; car je ne fais rien par moi-même, par ma volonté « et par mon jugement humain; mais tout ce que je dis, « toutes les paroles que le F^ils de l'homme prononce « devant vous, il ne le dit, il ne le prononce que d'a- « près l'instruction du Père; tout part de là, cl rien « d'ailleurs. »

Et celte instruction du Père n'est rien autre chose que la sagesse essentielle du Père, en laquelle résident subslanticllemenl toutes ses volontés. Voilà pourquoi Notre Seigneur dit : Sicut docuit me Pater, hœc loquor. Docuit, au passé, par la génération éternelle du Verbe et j)ar son Incarnation, où le Fils de Tliomme ;i reçu cette instruction substantielle et éternelle du Père, sicut. Le Verbe s'exprime par rHumanité sainte dans la manière, le temps et les circonstances déterminés par la volonté éternelle du Père. Sicul indique la ressemblance rigoureuse de la parole du Verbe incarné, avec les volontés éternelles (pji la déterminent. El pour qu'on n'y voie pas seulement la ressemblance telle qu'elle serait pour un homme qui accomplirait parlailemcnt ce que commande un autre homme, il ajoute, hœc loquor.. Ce n'est pas seulement la ressemblance, mais c'est la substance même de ces volontés du Père, qui est en moi et en mes paroles : luvc hquor; je parle cela même que mon Père m'enseigne.

Ici, nous pouvons faire une observation importante. Notre adorable Maître nous montre combien il faut peser saintement toutes les divines paroles qu'il nous adresse, combien nous devons les vénérer et respecter avec toute l'adoration et l'amour de nos âmes. Chaque . discours a son but et sa hn, chaque phrase est pesée mesurée et réglée pour opérer les eflets variés de lumière dans les intelligences, et d'amour dans les volontés; chaque mot est à sa place, rien d'inutile et de superflu, pas de terme vague et approximatif. Tout part de la sagesse éternelle du Père. On voit ici qu'il ne dit rien qui ne soit décrété, pas un mot de sa volonté propre, de son esprit humain. Il reçoit tout ce qu'il donne et donne tout ce qu'il reçoit pour être don-

lié. Quand les hommes parlent, quelque sages qu'ils soient, ils ne peuvent jamais mesurer tellement ce qu'ils disent, que chaque pensée vienne à propos et soit précisément ce qu'elle devait être, ni rendre leur pensée en termes propres qui rendent la pensée telle qu'elle doit être rendue, ni rendre leur pensée dans les termes stricts et nécessaires pour cela, sans superfluilé. Il y a toujours des contours et des arrangements de phrases qui ne doivent pas tirer à conséquence; quelque concis que soit un auteur, cela sera toujours ainsi plus ou moins. Tout cela vient de la faiblesse de l'intelligence humaine. Il manque aux hommes le fond de lumière qui leur pourrait faire voir ces choses, ils sont incapables de cette multiplicité d'attention qu'il faudrait pour tout cela. 3Iais le Verbe de Dieu, voyant de toute éternité, dans le sein de son Père, chaque action et chaque parole qu'il devait faire et prononcer dans le temps déterminé, arrangea ses discours, ses phrases et ses mots avec une sagesse si admirable, que tout ne fut que le lésultat de la volonté de son Père, et en toute parfaite conformité avec cette adorable volonté qui les faisait prononcer et les avait décrétés de toute éternité.

Qu'on ne regarde pas cela comme une petitesse, car ■chaque mot a un sens, exprime une pensée et se dit pour produire un effet sur les sens et par là sur les âmes, fides ex auditu. Or, il est certain que la volonté du Père réglait, de toute éternité, toutes les pensées de salut et toutes les impressions que son Fils devait produire sur chacune des âmes à laquelle il parlait. De là combien ne devrions-nous pas approfondir toutes ces divines paroles, qui sont sorties de la bouche du Verbe de Dieu! (>)mbien ne devrions-nous pas les mé-

diler dans l'Esprit -Saiul î Nous ne devons pas nous

contenter d'y voir un sens superticiel, comme on t'ait

pour les paroles des bommes, mais entrer jusqu'au

plus intime du sens de chaque parole, et nous en rendre

compte en la présence de Dieu et par la lumière de

l'Esprit-Sainl, pour en extraire les grâces divines dont

ces paroles sacrées sont pleines. Lorsqu'on ne pénètre

pas et qu'on ne peut comprendre, alors qu'on s'Juimi-

lie, qu'on se dise qu'on ne comprend pas parfaitement

ce passage, et qu'on se contente d'en comprendre au

moins quelque chose, étant indigne du bonheur de

lire seulement ces paroles divines.

29. El qui me misii, mpcum e.-t , 29. El celui qui m'a envoyé esl

ol non reliquil me «olum : egoquœl avec moi, et il ne m'a pas laissé

' placila siinr, ei facio .>euiper. | seul, parce que |ioiir moi je fais

I toujoui's ce qui lui plaît.

Le divin Maître vient de nous dire qui il est, c'està-dire le Principe, le Verbe de Dieu, que toute son action et toutes ses paroles sont selon le Verbe, qui possède en lui les volontés du Père. Maintenant il va plus loin, et dit que son Père même est avec lui dans son opération, montrant l'identilé parfaite de l'opéi'alion (lu t'ère avec les siennes. De manière que dans les actions et les paroles de l'Humanité sainte, agissant et parlant au nom de son Père qui l'a envoyé pour faire ou dire les choses qu'il avait déterminées, c'est le Père lui-même qui agit et parle avec lui, et cela en deux façons, dont la première éloignée, en ce sens : 1° que partout où est le Fils, là est le Père; 2" que cette volonté du Père résidant substantiellement dans le Fils, et le Fils, par l'Humanité sainte, produisant et exécutant cette volonté sainte dans ses actions et ses paroles, c'est cette adorable volonté elle-même qui

se produit en même lemps que T Homme-Dieu agit ou parle. Notre Seigneur dit : et qui misit me; et est pour montre?' qu'il ajoute quelque chose à la première pensée : misit me, parce qu'il s'agit d'une chose qui tient à sa mission; c'est la volonté du Père envoyant sou Fils qui agit et parle avec lui. Celui qui l'a envoyé est avec lui; non seulement le Verbe est avec lui, mais, à la présence du Verbe qui s'est incarné, est jointe celle de son Père qui n'est jamais séparée de son Fils; et cela relève encore la mission de Notre Seigneur, puisque celui qui l'a envoyé est avec lui. Et il est avec lui dans l'exercice de sa mission. En outre il est avec lui par l'exécution de sa volonté, qui agit substantiellement dans les œuvres que le Fils t'ait par elle. Et non seulement il est avec lui, ce qui indique le fond de la vérité de la présence substantielle du Père dans les œuvres du Fils, mais encore il est présent à toutes ses œuvres; il ne le laisse pas seul. Voilà ce que t'ait le Père de son côté; et pourquoi? Parce que l'Humanité sainte était d'une si grande fidélité à exécuter ces adorables volontés, qu'elle les fait toujours ; Quœ placila sunt ei, facio semijer. Cela annonce l'accomplissement de toutes les volontés; quœ au pluriel est pour montrer l'application de cette volonté divine, qui est une en elle, à toute la diversité d'objets qu'elle ordonne; semper indique que Notre Seigneur ne fait rien autre chose que cette divine volonté. Or, si l'Humanité sainte n'agit en rien que par la volonté de son Père et agit selon toute l'étendue de la volonté de son Père, et que d'ailleurs la volonté de son Pèie réside en elle corporellement, de là résulte cette identité parfaite de l'opération du Père par sa volonté éternelle, et de l'opération du Fils par l'exécution de cette adorable vo-

lonlL', ut [)ar couséqueiit Notre Sci^neui a dit avec une vérité admirable : « que son Père est avec lui et ne « l'abandonne jamais. »

Notre Seigneur nous donne par là un grand secret pour noire conduite. Il est pour nous ce que son Père est pour lui; nous recevons tout de lui et nous devons être par rapport à lui ce qu'il est par rapport a son Père. Toutes les actions que nous faisons, dans lesquelles Notre Seigneur n'est pas avec nous, ne sont pas des actions saintes, tandis qu'au contraiie, s'il est avec nous, tout ce que nous faisons est saint et parfait, agrandit et relève nos âmes, et réussit pour la très grande gloire de son Père et pour le salut d'une foule d'âmes. Comment faut-il donc faire pour qu'il soit avec nous en toutes nos œuvres? Il faut faire comnje il a fait avec sou Père. Faisons en toutes choses ce qui lui est agréable, et ne faisons rien que ce qui lui est agréable, et pour cela ayons toujours les yeux de notre âme tournés et (ixés vers lui, alin de connaître en tout ses bons plaisirs, et de recevoir à tout instant ses ordres, et alors nous serons bien sûrs qu'il sera avec nous et il ne nous abandonnera jamais seuls.

30. Haec illo loquente, miilli cre- [ 30. Comme il disail ces ctioses, diderunt in eiim. | beaucoup crurent en lui.

Pendant ([ue Jésus disait ces choses, plusieurs crurent en lui. Ce n'était pas cette foi par laquelle on croit les paroles et la doctrine de Notre Seigneur, mais ils crurent en lui. \\& furent touchés par la grâce qui sortait de sa bouche: ils crurent à ces paroles par lesquelles il leur donnait l'esprérance, que plus tard ils apprendraient à le connaître et à le compiendre, et ils s'attachèrent à sa per.sonne par une foi mélee de cha-

rite; ils l'aimèrent et étaient disposés à se donner ;; lui. .Mais c'était de peu de durée; ces coeurs mal disposés et pleins d'amour propre ne laissaient guère le temps à la grâce d'enraciner en eux cette divine foi. Une autre dilliculté était l'ignorance; ils croyaient en Notre Seigneur, parce qu'ils ne le connaissaient pas;, s'il leur avait dit dès lors clairement qu'il était le Fils (Je Dieu, ils n'auraient pas manqué de blasphémer. Enfin, une troisième difficulté, était que ce mouvement de leiu' foi n'était fondé que sur le plaisir et la satisfaction qu'ils éprouvaient dans la grâce de la parole de Notre Seigneur, mais dès que, par un eOèt de leur amour propre, cette touche sensible de la grâce passait, ils redevenaient ce qu'ils avaient été auparavant, et tout ce sentiment de foi disparaissait à l'instant. Et maintenant, dans le temps où nous vivons, pareil malheur arrive à beaucoup d'âmes, qui comnjencent à se donner à Notre Seigneur et qui éprouvent de grands sentiments envers lui ; ces sentiments tombent et s'évanouissent en peu de temps comme ceux des Juifs dont il est ici question, parce que la foi ne peut pas prendre racine chez ces hommes. Ils s'aiment plus euxmêmes que Notre Seigneur, ils ont un esprit opiniâtre et plein d'amour propre. Et s'ils semblent aimer Notre Seigneur et s'attacher à lui, c'est en grande partie pour l'amour d'eux-mêmes.

31 . Dicebat ergo Jésus ad eos qui credidenint ei, Judîeos : Si vos maiiseritis in sermone meo, vere discipuli mt'i eritis;

31. Jésus disait donc à ceux des Juifs qui croyaienl en lui : Pour vous, si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples.

\otre Seigneui-, voyant leur foi et en même temps leur ignorance et les mauvaises dispositions, qui bientôt devaient renverser cette foi et cet attachement qu'ils

lui mani lestaient, donne aux Juils un avertissement plein d'amour, qui devait les atTermir davantage et leur procurer de plus i;randes grâces, mais dont ils abusèrent par un elTet de leur grande malice. Il s'adresse à ceux qui croient en lui; c'est pour eux qu'il va dire les paroles qui vont suivre, mais non pas pour tous ceux qui croient en lui, ce n'est que pour les Juifs qui viennent de manifester ces sentiments de foi. Car, pour ses anciens disciples, ils étaient afiermis dans leur foi, autant qu'ils devaient l'être en ce temps.

Notre divin Sauveur savait bien qu'ils abuseraient de la grâce qu'il allait leur faire en leur adressant ces paroles, et que ces paroles mêmes serviraient à leur faire perdre ce qu'ils venaient d'acquérir; il les leur dit tout de même, par une disposition de la divine volonté de son Père, qui lui mit ces paroles dans la l)ouche pour être des paroles de grâces, et c'est leur malice qui en a fait des paroles de jugement et de condamnation.

Ces Juifs avaient cru à la promesse que Notre Seigneur leur avait faite de les éclairer plus tard, (ad eos qui credidenml ;, cela leur avait donné ce bon sentiment envers lui; et c'est par rapport à cette docilité et soumission de leur esprit à sa parole que Notre Seigneuidit ensuite : « que s'ils persévèrent dans cette disposi- « tion , et s'ils restent ainsi dans sa parole, ils seront « véritablement ses disciples. » D'après la pensée de Notre Seigneur, on reste dans sa parole quand l'esprit est docile et s'en pénètre, quand la volonté le goûte et en fait sa joie et sa satisfaction, et que persévérant ainsi, on se l'applique pratiquement. Il leur dit donc que s'ils restent ainsi persévérants dans cette docilité parfaite à sa parole, ils seront véritablement ses disciples.

Notre Seigneur dit: Si vos pennanseritis; si de votre côté, vous êtes fidèles, vous serez au nombre de mes disciples; maintenant vous ne l'êtes pas encore, c'est pourquoi je ne vous donne aucune lumière, mais si vous correspondez à ma grâce et que vous restiez dociles, alors vous serez véritablement mes disciples, je vous admetterai dans mes secrets les plus intimes, et vous donnerai les connaissances que je viens de vous promettre.

Par là Notre Seigneur montre que si les mérites de sa Passion ne sont pas appliqués à tous, cela ne tient pas à lui, mais au défaut de correspondance ou de persévérance aux premières grâces reçues. Il dit plus Imui, cognoscetis; tous connaîtront, tel est le désir de Notre Seigneur, et sa volonté véritable; il meurt pour tous; mais il faut être fidèle: Si vos permanseritis. Bonté adorable de notre Sauveur, qui est toujours désireux de nous donner ses grâces, qui nous les offre et attend à notre porte! Si nous ne les recevons pas, c'est parce que nous nous refusons à ses miséricordes. Ce qui montre qu'il s'agit de la croix encore et de la connaissance qu'il a promise, c'est qu'il dit : Discipuli erilis; vous serez mes disciples; il ne s'agit pas du temps présent; et dans le verset suivant, cognoscetis, vous connaîtrez, Notre Seigneur ajoute, vere, pour dire qu'ils entreront dans cette intimité parfaite avec lui, et qu'il les instruira parfaitement et sans réserve, tandis que s'ils restaient toujours dans leurs mauvaises dispositions ils ne seraient pas vere discipuli ejus, parce qu'il ne les instruirait qu'à demi, ou plutôt en toute petite partie, puisqu'il ne pouvait pas leur dire qui il était; or, pour être un vrai disciple, il faut connaître, admettre et suivre toute la doctrine de son maître.

II nous montre pur là qu'il ne se conlenle pas d'un sentiment de toi et d'amour; il lui faut des âmes dociles et persévérantes dans la doctrine cl dans la parole intérieure dont il parle, pour qu'il se communique à elles, avec celte intimité qui fait les grands saints, pour qu'il leur donne ses iilmières avec plénitude, • et qu'il les admette dans sa sainte familiarité. Autrement il use de réserve avec les âmes et ne se communique qu'en partie et selon leurs dispositions.

32. El cognoscetis verilalem, el l 32. Et vous connaUrez la vérité, Veritas liberabil vos. J el la vérité vous rendra libres.

Il ne suffit pas d'avoir la foi pour acquérir la connaissance de Notre Seigneur et de ses mystères, et la . connaissance de soi-même; il faut la persévérance dans cette foi; car ce n'est pas par un mouvement sensible et passager que Tâme acquiert la lumière de Notre Seigneur, parce que la foi n'est pas encore enracinée dans l'àme. Ainsi, si on persévère dans la parole de Notre Seigneur on acquiert sa lumière divine, par laquelle on connaît la vérité éternelle vivant et résidant dans l'humanité sainte de Notre Seigneur. Cette connaissance n'est pas celte connaissance superficielle et philosophique ou naturelle, par laquelle on sait qu'une chose- est; mais il s'agit ici de cette connaissance véritable de la foi, par laquelle on croit que le Verbe de Dieu lui-même est en Notre Seigneur, par une certitude fondée sur la révélation de Dieu, ce qui est la véritable foi, mais foi très-faible et obscurcie quand elle est dans ses commencements, et qui en persévérant, devient forte et plus étendue, et donne cette vue et cette connaissance intime de la divinité de Notre Seigneur et de tous ses mystères, par l'union intime

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qu'elle a établie entre la luniièie du Veibe et notre intelligence, i^ar celle foi, la divine lumière vient demeurer en nous, et plus nous avançons dans la persévérance de la foi, plus elle s'étend et se dilate dans notre âme, elle se rend peu à peu maîtresse de toutes nos passions et dr toutes" nos mauvaises inclinations, qui auront toujours leur séjour dans la chair : elle fortifie tellement nos âmes et s'en empare de telle sorte, qu'elle les rend libres des attaques mauvaises de ses ennemis jurés, qui la dominaient auparavant.

Par ces paroles, Notre Seigneur console et encourage les Juifs qui croyaient en lui- Ces gens là avaient une foi morte; ils étaient encore entièrement soumis à leur chair et à si's concupiscences; de plus, "Notre Seigneur leur parlait et ils n'y comprenaient rien. C'est pourquoi Notre Seigneur les exhorte à persévérer dans leur bon mouvement. Par cette persévérance, ils acquerront la foi vivante qui pénétrera dans leurs âmes, les éclairera sur la vérité éternelle qu'ils n'étaient pas capables de connaître alors, à cause des vices qui les dominaient encore, et qui les éloignaient de cette connaissance.

S'ils avaient persévéré, la divine bonté de Notre Seigneur aurait continué de les disposer à recevoir sa connaissance, et ensuite il les aurait délivrés de ces concupiscences qui les dominaient. Cette persévérance de la foi devait encore procurer aux Juifs une seconde délivrance, celle de la servitude de la loi. La loi n'étant qu'une ligure de cette vérité éternelle qui devait paraître. La divine vérité une fois connue délivre de la figure, et par conséquent de la servitude de cette figure. Le crucifiement de Notre Seigneur était comme la promulgation de cette divine vérité apparue. Elle

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est coiiinie aflictiée el suspendue à la croix pour êtrevue et connue de tous. Et réellement, c'est du là qu'est venue la connaissance delavérilé. (Cum exaltaveriiis... tune cognosceiis (/nia ego sum.) Voilà pourquoi, par la mort de Notre Seigneur, la loi de servitude a été abolie.

Par cette douce exhortation à la persévérance, Notre Seigneur nous donne une instruction, que bien des Prêtres ne suivent pas. Quand nous voyons des gens ignorants et grossiers, qui ont beaucouf) de foi , mais une foi peu éclairée et qui ne les empêche pas de croupir dans les vices et les superstitions, au lieu de nous récrier contre la superstition et de parler sans cesse contre cette fausse foi, il faut au contraire les exhorter avec douceur à la persévérance dans ces bons sentiments envers Notre Seigneur et sa sainte religion et ne pas éteindre la petite étincelle qui brûle encore ; seulement se servir de cette foi même pour leur apprendre peu à peu, à avoir une foi véritahie, les éclairer peu à peu el faire en sorte que la vérité divine d'une foi éclairée les délivre de leurs vices et défauts.

33. ResponderiinL ei : Semen Abraliao siinnis, ef nemini servivimiis unquam : quomodo tu dicis :

Liberi erilis?

33. Us lui répondirent : Nou.« sommes de la race d'Abraham, et nous n'avons jamais été e.sclaves de personne ; comment dis-tu, toi :

Vous serez libres.

Les Juifs, au lieu d'être touchés de la douceur et de la bonté de Notre Seigneur à leur égard, qui leur promettait cette grande récompense pour leur persévérance, s'offensèrent de ses paroles et lui répondirent avec aigreur. Cela provenait de leur orgueil, qui se trouva compromis et choqué par les paroles de Notre Seigneur les plus consolantes : Et verùas liberabit vos.

Ils comprenaient que que Notre Seigneur les legardait connue un jjeaple d'esclaves et de serviteurs . sans comprendre de quelle servitude il voulait parler; ils sentaient seulement qu'il s'agissait de la constitution surnaturelle du peuple de Dieu, parce qu'ils savaient bien qu'il ne se mêlait pas des oppressions temporelles qu'ils souffraient. Ils voyaient donc qu'il s'agissait d'une servitude spirituelle qu'ils ne comprenaient pas et dont Notre Seigneur disait qu'ils seraient délivrés par la vérité qu'il leur manifesterait. Celte pensée les irrita beaucoup, parce qu'ils étaient au contraire extrêmement tiers de leur privilège surnaturel; ils regardaient tous les autres peuples de la terre comme leurs esclaves, et eux comme le seul peuple libre, tellement que c'était un axiome chez eux. «Les enfants d'Israël sont des « rois. » Se voyant donc enlever ce privilège, et appeler tacitement serviteurs, cela offusqua leur orgueil, et les porta à de grandes extrémités contre Notre Seigneur. Voilà pourquoi ils disent : « Nous sommes les descendants d'Abraham. » C'était leur grand titre de liberté; mais ils ne savaient pas que cela n'était qu'un titre de liberté pour leur nation, qu'autant qu'ils avaient Abraham pour père par la foi, que cette liberté qui appartient aux enfants d'Abraham, n'est accordée qu'à la foi, et autant qu'Abraham était le père de la foi. Ils n'avaient jamais servi, disent-ils, ils savaient cependant qu'ils avaient été esclaves à Babylone, cl qu'ils l'étaient alors des Romains; mais ils ne parlaient pas de servitude corporelle, mais de celle concernant la constitution surnaturelle de la nation.

. 34. Respondit eis Jésus: Amen, | 34. Jésus leur repartit : En véamen dico vobis quia omnis qui fa- 1 rite, en vérité, je vous le dis, quicit peccatun», servus est pecaili ; j conque commet le péché est esclave

du péché.

M). Servus yulom non niancl in j 35. Ur l'osclave ne demeure point

(lonio in .L'ierniim : filins autem manel in iL'leriinm.

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