‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 43 sur 63 · Si orgo vos (iiius liberaverit, verc liberi eritis · texte numérisé non relu

Si orgo vos (iiius liberaverit, verc liberi eritis

loujonrs dans la maison ; mais le fils y demeure loujonrs.

36. Si donc le fils vous met en liberté, vous serez vraiment libres.

.\oliL' Scii;neiii' leur montre en ces versets qu'ils sont cloubleniinl serviteurs,c'esl-à-clire qu'ils ne peuvent se tirer de la servitude; étant délivrés d'une servitude, le n'est que par une autre servitude. Ils sont donc d'abord serviteurs du péché. Et qui aurait pu les délivrer de cette servitude, sinon la loi et ses observances et ses ligures, animées toutefois de l'àme de toute délivrance, c'est-à-dire de la foi dans le Messie? Or, cette loi étant servante elle-même, ne pouvait les faire sortir de cette servitude du péché que pour les faire entrer sous la sienne. Mais ce serviteur ne pouvait délivier de la servitude du péché pour faire entrer dans la maison de Dieu, qu'autant qu'il y serait luimême. Or, la loi élant une loi de servitude n'y devait pas être toujours, mais cesser bientôt; parce qu'un serviteur ne reste pas toujours dans la maison du père de famille; il n'y est qu'autant que le père de famille le conserve pour son service et celui de sa famille, et linit par le renvoyer. C'est ce qui est en effet arrivé à la loi, et par conséquent la servitude de la loi n'a pu délivrer de celle du péché que passagèrement; et il est arrivé un temps où ceux qui étaient restés sous la servitude de la loi, étaient en même temps sous la servitude du péché, parce que le serviteur légal n'était plus de la maison; le père de famille n'en voulait plus. Mais le tils reste toujours dans la maison et jamais n'est renvoyé; et par conséquent, en tout temps, ceux qui sont délivrés par lui sont véritablement libres; et ne deviennent pas serviteurs, mais enfants du père de

famille. Car celui qui nous délivre de l:i servitude spirituelle du péché , ne le fait qu'en nous donnant sa |)ropre qualité, par une parlicipation spirituelle; la loi donnait la qualité de serviteurs, et le Fils donne la qualité d'enfants, qui n^slent toujours dans la maison, comme celui qui les a délivrés.

Voilà pourquoi, si le Fils nous délivre, nous sommes véritablement libres, c'est-à-dire libres dans tous les sens par la qualité d'enfants; mais si ce n'était pas le Fils, nous ne serions pas libres en tous les sens. Moyse ne peut délivrer les enfants d'Abraham que pour les rendre serviteurs de sa loi.

Dans le premier de ces trois versets. Notre Seigneur insiste beaucoup sur la servitude du péché : Amen, amen dicovohis, parce que tous ces Juifs s'imaginaient que les pratiques de la loi leur suflisaient, et qu'ils pouvaient ensuite commettre tous les péchés que leurs passions et leurs concupiscences leur suggéraient; et Notre Seigneur veut leur faire sentir qu'ils étaient esclaves du péché, et qu'ils avaient grand besoin de délivrance, parce que leur qualité d'enfants d'Abraham et leur loi ne les délivraient pas, tant qu'ils continuaient à le commettre. Qui facit peccatwn, ne signifie pas seulement l'acte du péché commis actuellement, mais sa continuité par la disposition qu'on conserve de le commellre de nouveau une autre fois.

Dans le deuxième de ces trois versets. Notre Seigneur fait voir le parallèle entre la délivrance du Fils et celle de la loi. Lors même que la loi délivre, elle n'est qu'une servante, et la servante ne doit pas toujours rester dans la maison. Par là il annonce que cette servante sera bientôt chassée et ne pourra plus délivrer ; ensuite il mont?e la supériorité du Fils, qui reste toujours.

Dans le lioisièiiie entiu , il tire lu conclusion de (oui ce qu'il vient de dire, et montre que la seule délivrance du Fils rend véritablement libre; parce que celle de la servante rend encore serviteur de la servante même.

37. Scioqiiia filii Abraliae eslis; sed quîtrilis nie inteçljcere , quia sermo ineiis non Ciipit m \»rbis.

38. Ego quod \idi ;ipud Falrem meum, loqnor : et vos qua3 vidistis upiid patrem ve^um, facitis.

37. Je sais que vous êtes fils d'Ahmliam : mais \oiis cherchez à tne faire mourir parce que ma paruh; ne prend pas en vous.

38. Pour moi, ce (]uej'ai vu en mon l'ère, je le dis ; et vous ce que vous avez vu en voire père, vous le faites.

Après s'être expliqué sur l'esclavage ou servitude qu'il avait en vue, et sur l'avantage d'en être délivré par le Kils plutôt que par le serviteur. Notre Seigneur parle aux Juifs dans les versets suivants de leur qualité d'enfants d'Abraham, et leur montre qu'être enfant d'Abraham selon la chair, cela ne peut pas délivrer de l'esclavage du démon. On peut appartenir à Abraham par l'extraction charnelle et appartenir en même tenq)s au démon par l'esprit. Il leur montre eu même temps que c'est la grande raison pour laquelle ils ne peuvent le conjprendre et pour laquelle ils l'ont en haine.

Il parait que ces malheureux s'emparèrent par suite de ces paroles de Notre Seigneur, jusqu'au point d'avoir la pensée de le faire mourir, et, à mesure qu'il s'expliquait, leur rage augmentait. Voilà pourquoi Notre Seigneur leur dit : «qu'il savait bien qu'ils étaient enfants d'Abraham. »

Il le disait dans leur sens, parce qu'eux-mêmes ne l'entendaient que selon l'extraction charnelle; mais c'est peu de chose que d'être enfant d'Abraham .selon la chair, si on n'en a pas l'esprit, qui est le principal et

l'important; et on n'est véritablement entant d'Abraham devant Dieu, que l'orsqu'on l'est selon l'esprit, parce que ce n'est qu'alors que cette filiation met une qualité réelle dans l'àme et rend héritier de la promesse, (^'est ce que Notre Seigneur dit aux Juifs: «Je sais « que vous êtes enfants d'Abraham selon la chair comme « vous le dites, mais nia parole ne p^end pas en vous, « c'est pourquoi vous cherchez à me faire mourir par « un efl'et de votre excessive malice. Et d'où vient-il « que ma parole ne prend pas en vous? Cela vient de « ce qu'Abraham n'est pas votre père selon l'esprit ; « en cela vous avez un autre përe dont vous faites les « œuvres. C'est là la cause pour laquelle mes paroles « ne prennent point en vous ; de là vient aussi que « vous voulez me faire mourir; c'est de votre père que « vous apprenez cela.»

Dans cet endroit. Notre Seigneur dit que les Juifs voulaient le fair^ mourir , parce que ses paroles ne prenaient pas en eux, et les divines paroles de Jésus n'étaient pas goûtées par eux parce qu'il disait ce qu'il entendait de son Père; ses paroles étaient des paroles divines, et les Jjiiifs étaient, selon l'esprit, les enfants du démon, et ne faisaient que ce qu'ils voyaient chez leur père ; c'est-à-dire que leur esprit étant toujours sous l'influence du démon par le péché auquel ils étaient assujettis , ils ne concevaient que le mal et le péché. C'est là la grande cause pour laquelle ils ne comprenaient pas la parole de Notre Seigneur et pour laquelle cette divine parole ne prenait pas en eux. Ainsi, il y avait deux causes pour lesquelles les divines paroles de Notre Seigneur n'allaient pas à ces âmes perdues par leur malice; la première, c'est qu'ils étaient enfants du démon selon l'esprit ; et la seconde

c'est que le divin Maître ne disait que ce qu'il avait entendu de son Père. Ces deux causes réunies, et n'en formant qu'une, sont la véritable raison de l'endurcissement (le ces nirdheureux.

Celle divine parole ne prenant pas en eux, par là même ils cîaienl encore davantage sous l'influence du démon, qui ne leur faisait voir et concevoir que malice et méchiincelé; et, en vrais enfants du démon, ils faisaient ce qu'ils voyaient; ils agissaient selon la malice que l'esprit de ténèbres mettait dans le leur, et c'est pour cela qu'ils voulaient f;iire mourir Notre Seigneur.

Par là ils ont montré !a vérité di; cette parole de la divine Sagesse, qu'ils étaient enfants du démon, ayant en efl'et prouvé combien leurs âmes étaient livrées et vendues à cet ennemi de Dieu. Car, comme il est dans l'essence de Dieu de tendre à l'opposition au péché, de même il est dans la nature du péché et par conséquent du démon, de tendre à l'opposition à Dieu. De là tous ceux qui appartiennent à cet ennemi de Dieu tendent à la même opposition. De là il résulte une opposition et un choc entre tout ce qui vient de Dieu et tout ce qui tient du démon. Mais celui qui est livré enlicrement au démon, et qui est tellement identifié avec lui par les dispositions du péché, qu'il a en lui comme la nature même du démon, parce que le péché est devenu comme incrusté dans son âme, il est devenu comme une seconde nature, celui-là est appelé enfant du démon. Car, comme un enfant a en soi la nature et la substance de son père, de même celui-là a en soi la nature et la substance du démon, c'est-à-dire le péché, qui est le principe et le mobile de toute sa vie et de ses actions. Ceux qui sont dans ce degré de malice doivent avoir en eux l'opposition

à Dieu et à ce qui vient de Dieu, telle qu'elle est dans le démon à un degré supérieur. Et c'est ce (jui arriva aux Juifs dont parie Notre Seigneur; s'ils ne connaissaient pas le divin Maître et s'ils ne comprenaient rien à ses paroles, c'est parce que leur malice repoussait toutes les semences de celte divine parole; et si, pendant un moment, elle entrait un peu, de suite elle était repoussée par la malice qui se soulevait contre elle; et cela par cet instinct mauvais du péché, qui ne peut recevoir ce qui vient de Dieu mais le repousse nécessairement.

Outre cette répulsion de l'esprit pour la connaissance de la vérité divine, il y avait encore la plus terrible répulsion de la volonté, par laquelle nous pouvons voir la grandeur et la violence de la répulsion de l'intelligence, parce que la force de l'action de la volonté correspond toujours à la force de l'action de l'intellio-ence. Or, cette répulsion ici, va jusqu'au plus liaut degré, c'est-à-dire jusqu'à la destruction de l'être divin. Et par là les Juifs montrèrent jusqu'à quel point iïs étaient livrés au démon, à ses affections et dispositions, puisqu'ils portaient cette opposition à Dieu jusqu'à la destruction, c'est-à-dire au plus haut degré où elle peut parvenir. 11 est vrai qu'ils ne connaissaient pas Notre Seigneur, mais cette opposition n'était pas raisonnée non plus; c'était l'entraînement d'un instinct diabolique du péché dont ils étaient dominés et possédés, qui sentait Dieu dans ces divines paroles, auxquelles ils répugnaient et s'opposèrent avec violence. Le démon lui-même ne le connaissait pas, et cependant résistait de toutes ses forces depuis l'origine. Si les Juifs avaient connu que c'était le Fils de Dieu, s'ils l'avaient vu si clairement qu'il leur eut été in>possiblc

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de se t'alie illusion, ils n'auraient pas ose lenlei" de \e faire mourir, ni même lui résister à force ouverte. Non pas parce qu'ils n'auraient pas eu la même malice et les mêmes résistances dans leur intérieur, mais parce qu'ils n'auraient pas osé le faire; ils auraient été tremblants, (lar, le péché ne peut jamais faire face à la toute-puissante sainteté de Dieu; îl en est écrasé, tout eu conservant cette opposition naturelle. De plus, la faiblesse naturelle de la créature est accablée par la force toute puissante de Dieu, qu'elle voit et qu'elle voit surtout armée pour l'écraser. La preuve en est que les démons mêmes n'auraient pas osé lui résister directement, et par conséquent les Juifs non plus. Si cof/novisscnt , iiuiiquani Donrinum glon'œ crucifijcissetit.

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