‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 44 sur 63 · Rp?ponderii[il, Pt dixenint ci · texte numérisé non relu

Rp?ponderii[il, Pt dixenint ci

Pnler no?lpr Abraham esi . Dixit ei.'^ Jpsns : Si fiiii Abraliae eslis, opéra AbrahaD facile.

VO. Nunc aiilem qr.<ieritis me interficerp , homineni, qiii verilalem vobis loculns siim, quani aiicl'vi à Deo; hoc Abraham non fecit.

■39. Ils répliqnprent et lui dirent :

Noire pèrp pst Abraham. Jé«ns leur dit : Si vous êtes fils d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham.

40. Mais loin de là, vous cherchez à me faire mourir , moi homme qui vous ai dit, la vérité que j'ai entendue de Dieu ; c'est ce que Abraham n'a pas fait.

I-es Juifs entendant dire encore une fois à Notre Seigneur, en mauvaise part, qu'ils faisaient les œuvres de leur père, ce qui voulait leur dire que leur père était un h'.imicide répondent à cela : « qu'ils ont «pour père Abraham, et que par conséquent ils ne « sont pas enfants d'un malfaiteur. » Ils étaient toujours sans comprendre qu'il s'agisait d'une paternité spirituelle. Notre Seigneur la leur explique, en leur disant a que s'ils étaient véritablement enfants d'Abra- « ham, ils devaient faire les œuvres d'.Abraham , ils « devaient être animés de son esprit, avoir en soi ses « dispositions, pour faire comme .\brahain aurait fait

« à leur place, et comme il a fait quand il vivait. » Mais eux, au lieu d'agir ainsi, font tout le contraire et cherchent a faire mourir Notre Seigneui-, parce qu'il leur dit la vérité qu'il a entendue de son Père, c'està-dire que son Père l'a chargé de leur annoncer.

Il dit hominem, parce qu'ils croyaient ne ftiiro mourir qu'un homme; mais toujours voulaient-ils le ("aire mourir, à cause de la parole dé Dieu qu'il leur annonçait ; et c'est celle parole seule qui les irritait et qui leur donnait cette pensée de le faire mourir.

41. Vos fucilis opéra pnlris ves- Iri. Dixerunl ilaquc ei : ^os ex fornicalione non siiimi? nali : unum palrem tiabemus Deiim.

41. Voiif. failes les œmrcs de voire père. Ils lui roplic|i)èrent donc: Nous ne sonimes pas nés de la fornicalion ; nous n'avons qu'un père.

Dieu.

Notre Seigneur ajoute, que puisqu'ils veulent le faire mourir, ils ne font donc pas les œuvres d'Abraham; par conséquent, selon l'esprit, ils ont un autre père, parce qu'Abraham n'avait pas fait cela. Il ajoute donc que celte malice dans leurs œuvres leur a été communiquée par leur père, qui n'est pas leur père selon la génération corporelle, mais selon la corruption spirituelle. Comme Notre Seigneur ne s'expliquait pas sur la personne de leur père, cl qu'il insistait toujours à leur nommer un autre père, tout en reconnaissant la paternité d'Abraham, ils finirent enfin par se douter qu'il voulaient parler d'une autre paternité, qui est celle selon l'esprit, et ils lui dirent qu'ils n'élaient pas des enfants de fornication, mais des enfants légitimes, que par conséquent ils appartenaient au peuple de Dieu, et de là ils étaient enfants de Dieu et n'avaient pour père que Dieu seul, qui est le père de tous les enfants d'Abraham. Leur idée était toujours que, pour être enfant de Dieu , il suftlsait d'être enfant d'Abraham

selon la chair, et ils regardaient tous les gentils comme n'appartenant pas aux. enlants de Dieu. Ils sont encore actuellenicnt dans la même opinion, regardant tous les chréliens, aussi bien que les payens, comme éli'angers à Dieu, par la grande raison qu'ils ne sont pas enfants d'Abraham. Peut-ètie aussi par là veulent-ils exclure les enfants adultérins que la loi exclut de l'assemblée du peuple de Dieu. Cest pourquoi ils disent : « Nous « ne sommes pas nés de hi fornication, nous appartenons « au peuple de Dieu et n'avons tons qu'un père, qui « est Dieu. »

Leurs idées étaient grossières; ils ne pouvaient concevftir (jue la véritable libation divine était pour l'âme et non pour le corps, et qu'en cela le corps ne peut influer en rien.

i 2. Dixil ergo eis Jésus : Si Deiis paier \esu r esset, diligerciis uiiqiie me : ego eiiim ex Deo processi, d veni : nequo etiini a aieipso veni , sed ille me misil.

42. Mais Jésus leor repariit : Si D;eu éiail voire père, curies vous m'aimeriez; car c'esl de Dieu que.

je suis sorti el que je suis \euu; ain^i.je ne suis point venu de moimême, mais" c'esl lui qui m'a envoyé.

Notre Seigneur leur fait voir Terreur de celle idée dont ils se flattaient. Il leur avait déjà assez montré cela, en leur disant que leurs mauvaises afl'ections et leurs mauvaises actions étaient celles de leur père. Ici il leur donne encore une autre preuve : Si Deiis pater tester asci etc. Dans l'ordre de la nature, tout, enfant aime son pè/e et tout ce qui appartient à son père et tout ce qui en vi:;nt ; à plus fojte raison, dans l'ordre spirituel de la grâce, u^^ enfant de Dieu doit aimer ce qui appartient à Dieu et ce qui vient de Dieu son Père, dont il est comme exilé sur cette terre.

Pour expliquer plus radicalement la chose, il faut savoir que, dans l'ordre spirituel, tout est plus parfait

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que dans l'ordre nialériel. Ainsi, la paleinité ou la filiation existant dans l'un et dans l'autre ordre, elle est inconij)arai3leinent plus parfaite dans l'ordre spirituel et surnaturel que dans Tordre matériel; et plus on est parfaitement enfant de Dieu, plus aussi il y a de perfection dans la nature de cette paternité ou filiation. La filiation humaine et charnelle n'est qu'une figure de la filiation des enfants de Dieu. Comme nos pères sont le principe de l'existence et de la vie dans notre corps, de même Dieu est le principe de lexistence et de la vie de nos âmes, si nous sommes véritablement enfants de Dieu. Mais, il y a une perfection incomparablement plus grande dans la naissance que nous donne Dieu, que dans celle que nos pères humains nous donnent. Mon père selon la chair m'a engendré hors de luimême; plus mon corps se formait, plus j'en devenais séparé et indépendant ; et, une fois devenu homme parfait, je ne semblais plus être fils de mon père, tant je paraissais un homme à part, et tout l'être que j'avais nçu de mon père n'était, plus en lui, mais concentré en moimême. Le principe d'existence qu'il m'avait donné, avait reçu tant d'accroissement et tant de développement, par des principes étrangers, que mon être ne semblait plus être celui qu'il m'avait donné. Je ne tenais plus à lui que par les lois établies par le Créateur, dont il est pour moi le représentant et la figure.

Mais quant à la génération et à la naissance que Dieu donne à nos âmes, elle est tout autre. Dieu nous engendre en lui-même, et non en nous meltjint hors de lui. Plus notre enfance spirituelle et surnaturelle est parfaite, plus nous sommes unis à Dieu, plus nous rentrons dans son sein. Sa génération n'est pas d'un moment, mais, comme sont toutes les œuvres de Dieu, c'est un acte continuel, et, dès qu'il cesse de nous en-

gendrer, nous cesso;is d'être ses enfants. Il nourrit el développe liii-nième ce germe de la vie divine qu'il a mis dans nos àines; c'est lui qui nous augmente et nous agrandit, de manière qu'à mesure que nos âmes se perfectionnent, nous devenons plus parfaitement, enfants de Dieu ; nous sommes dans une plus parfaite dépendance de noire Père céleste, et notre vie est toujours de moins en moins la nôtre el de plus en plus la sienne; la vie de nos âmes est plus concentrée en noire Père qu'en elles-mêmes. Plus nous allons, plus la vie de notre Père paraît dans la nôtre, el plus les œuvres de nos âmes, non seulement paraissent être les siennes, mais le sont réellement.

Voil;i une génération bien parfaite, incomparablement plus parfaite que notre génération charnelle, mais elle n'est pas encore parfaite comme celle de l'Ilumanité-sainte de Notre Seigneur, dont elle n'est qu'une ligure el une légère parlicipalion, quoiqu'elle soit aussi parfaite que le compurtc notre misère el notre faiblesse. L'Humanité-sainle est parfaitement engendrée dans le sein du Père; car ici. plus le Fils rentre dans le sein du Père, plus il est parfailemenl engendré. L'Humanité, participant à tout ce qui est dans le Verbe, participe parfaitement et par nature à sa génération el à toutes les divines perfections que renferme celte admirable génération.

Cependant, quoiqu'elle soit parfaite, elle n'est qu'une figure de la génération éternelle du Verbe. C'est une génération ou filiation divine naturelle; mais , par assomplion et communication elle est gratifîquement naturelle, tandis que la génération éternelle du Verbe est une génération essentielle et aussi essentielle que la paternité du Père. Notre filiation est une participation a la filiation (\c rilunianité-sainte, el par elle

à celle du Verbe même; el c'est par Notre Seigneur que nous l'acquérons, ou plutôt que nous somnies acquis à notre Père céleste. <rest pour cela qu'il dit : Si vos filius Uberaveril, vere liberi erilis. par la parlicipalion à sa propre iilialion.

Par ce qui vient d'être dit sur la nature de notre filiation divine, on peut comprendre celle pensée de Noire Seigneur, que nous devons faire les œuvres de notre Père; dont nous sommes vérilablemcnt enfants selon l'àme. La perfection de l'enfance divine au-dessus de l'enfance naturelle n'existe pas seule nent dans ce qui fait son essence, elle existe encore relativement aux lois que Dieu a établies, pour les rapports de l'enfant avec son père.

C'est une loi générale de la création : que tout objet doit tendre vers son principe; cela se voit même dans les choses insensibles. Qu'on jetle une pierre en l'air, elle retombera sur la terre dont elle a élé formée Quand l'homme fut condamné à la mort, à cause de son péché, Dieu dit que son corps, qui avait élé formé de la terre, rentrerait dans la terre. Par un effet de la même loi, le fils sentira toujours en lui un penchant naturel qui le porte, vers son père par l'amour, la docilité et le respect, et vers tout ce qui lui appartient et vient de lui. Mais celle loi existe bien plus parfaitement dans la filiation des enfants de Dieu; car, outre les raisons tirées de ses grandeurs, perfections, et amabilités, et de la grandeur de la grâce d'enfants de Dieu qu'il nous fait; outre toutes ces raisons, qui doivent augmenter l'amour du fils pour un père, les enfants de Dieu ont toujours la vie de leur Pèie en eux, et par conséquent ses sentiments et atïeclions. De plus, cette paternité divine tendant toujours à nouP

atlirer en lui-même, c'est-à-dire en Dieu, elle doit nécessairemenl établir cet amour envers Lui, et son Fils qui vient de Lui, puisque cet amour n'est rien autre chose que la tendance de notre volonté vers l'objet qui attire sa complaisance, et ici cet objet doit être notre l^ère, puisque nous ne sommes ses enfants qu'autant que nous avons sa vie dans notre volonté. De là il résulte, que si nous sommes enfants de Dieu , nous devons aimer Notre Seigneur puisqu'il vient do Dieu, qu'il participe à la divinité du Père, et puisqu'il est, en cette qualité, le principe de notre vie et notre véritable père : a Si Deus pater vester esset, « dilifjerclis utiquc me : quia ex Deo processi. » De plus, Notre Seigne^ir est venu de Dieu pour nous, pour l'amour de nous, pour notre bien, et précisément pour nous attirer en cette iiliation, processi et vcni. Et non seulement cela, il est venu pour que nous ayons cette filiation par lui seul et de nulle autre part, ni de nulle autre manière, tellement que, par là même que nous sommes enfants de Dieu, c'est en Lui que nous le sommes; et toute la tendance de notre volonté vers notre père, doit être attirée par Notre Seigneur et passer par Lui. Et cela, il ne l'a pas fait par lui-même; il n'est pas venu de lui-même, pour que nous allions par lui à notre Père, mais c'est ce Père divin qui nous l'a envoyé et qui attire notre amour par son Fils et seulement par son Fils ; neque enim a meipso veni, sed ille me misit. Ncqîie, indi(jue une surabondance de raison. Il suffirait déjà de dire qu'il est sorti du sein de son Père, et qu'il est venu pour attiier tous les hommes et leur communiquer sa filiation divine; mais bien plus il n'est pas venu de lui-même, c'est le Père qui l'a envoyé pour cela. C'est le Père f[ui nous attire par

son Fils, qu'il nous a envoyé pour cela; il nous attiie à son Fils, alin que par sou Fils, i! nous tire clans son propre sein pour ehe ses eulanis. I-ar t()n>cquent ii est bien évident, que ceux qui ne l'aiment pas et qui lui sont opposés, ne sont pas enfants de Dieu.

Quand Notre Seigneur dit processif il ne parle pas de la g^énéralion éternelle du Acerbe, car le Verbe ne procède pas de son Père, il est engendré par le Père. Mais Kotire Seigneur veut parler de son Incarnatiou et de sa naissance temporelle, processi ; voilà l'incarnation et reni, voilà la naissance. Or cotte œuvre est attribuée au Verbe, aussi bien qu'au Père et au S. Esprit, |)uisque S. Paul dit : « Exinanivii semeiipmw. » (>'est l'œuvre par excellence de la très-sainte Trinité : « Facianms ho- K minem ad imagincm noslram. n (Test l'homme par excellence.

43. Quare foquetam roeam non r iH. Pourquoi ne connaissez-vous c<^oscitis? quia non pole&lis au- point mon langage? parce que vous dire sermonem meum. , ne pouvez écouter uw parole.

Notre Seigneur sortant du sein de son Père et venant en ce monde parle le langage de son Père, et surtout venant en son nom et étant envoyé par Lui pour annoncer sa parole et sa doctrine ; et les Juifs entendent toutes ses paioles et ne les comprennent pas. C'est de là que Notre Seigneur leur tire une conclusion pour leur montrer qu'ils ne sont pas enfants de Dieu. Car d'où venait-il qu'ils ne comprenaient pas sa parole? La seule raison en était, parce qu'ils ne pouvaient l'entendre. Il en est de l'oreille de l'âme comme de l'oreille du corps. Il faut, pour l'ouïe de l'oreille du corps, que cet organe soit bien disposé, qu'on s'applique à écouter, et qu'il n'y ait pas d'autres bruits (jui empôclieut le son d'arriver distinctement : autre-

ment on ponirait entendre des sons confus, mais non pas entendre les choses qui se disent. Pour l'ouïe spirituelle il en est de même, et c'est là précisément ce qui faisait le malheur des Juifs par rapport à la parole de Dieu. Leurs esprits étaient malades, obscurcis et incapables d'entendre cette sainte parole ; et c'était le péché qui était cette maladie. En second lieu, ils ne s'appliquaient pas à' écouter. Ils faisaient des efforts pour entendre extérieurement cette divine parole, mais ils ne s'appliquaient pas pour l'entendre de cette ouïe spirituelle : ils n'applicpiaient pas leurs âmes pour saisir et concevoir ces divines paroles, et cela par l'opposition ot la répugnance qu'ils avaient pour cette parole; par cette opposition et répugnance ils la repoussaient et l'enqiécliaient d'entrer dans leurs âmes. Et cette opposition et répugnance venaient de leurs mauvaises inclinations et de leur orgueil. Eu troisième lieu, ils ne pouvaient pas l'entendre, à cause du ijjrand bruit de toutes leurs passions, qui leur faisaient entendre tout autre chose que ces divins préceptes et cette sainte doctrine du Fils de Dieu. Notre Seigneur dit : « Non « poteshs amh're. » Il eut fallu, d'abord, vaincre ces choses mauvaises qui leur étaient un si grand empêchement. Or, toutes ces choses ne pouvaient exister <lans les enfants de Dieu. Par là même qu'on est enfant de Dieu, on est débarrassé du péché de ces répugnances, oppositions et mauvaises inclinations, de l'orgueil sur lecpiel elles sont fondées ; et on n'est pas livré à ces passions qui s'opposent à Dieu. Donc les Juifs n'étaient pas enfants de Dieu. Notre Seigneur va achever d'expliquer cela dans le verset 47.

a. Vos c\ piilru diabolo estis: 1 ii. Vous avez le diable pour père, et da<îideria palris vpstri vultis fa- j et vous voulez accomplir 1*^? désirs

ocre; illc honiicida erat ab inilio, et iti veritate non sletit, quia non esl voritas in eo. Cum loquitur mendacium , ex propriis loquitur, quia mendax est et pater ejus.

de votre père. H a été homicide dès le commencement. , et il n'est pas demeuré dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui; lorsqu'il parle mensonge , il parle de son propre fonds, parce qu'il esl menteur, et le père du mensonge.

Notre Seigneur leur a montré que Dieu n'était pas leur père, et qu'ils n'agissaient pas non plus selon Abraham, et que par conséquent ils ne pouvaient pas regarder Abraham comme leui- père selon l'esprit; dans ce verset il leur découvre quel est ce père dont il a parlé. C'est le démon qui leur communique son esprit et ses penchants; par conséquent c'est lui qui est leur père; et, en voulant faire mourir Notre Seigneur, ils voulaient faire les désirs de ce père impie et méchant. Quoique les Juifs ne connussent pas clairement Notre Seigneur comme Fils de Dieu, et qu'ils ne voulussent le faire mourir que comme un homme qui leur déplaisait, cela n'empêche pas qu'ils faisaient en cela les désirs du diable, et qu'ils agissaient sous son immédiate inspiration, en s'abandonnant à toute la fureur de sa malice qu'il soufflait dans leurs âmes, lesquelles lui étaient vendues. De plus, ils voulaient faire mourir Notre Seigneur, précisément par haine de la vérité qui sortait de sa bouche ; et ils entraient par là dans toute l'horrible opposition que le maître du mensonge a contre la vérité, et se mettaient sous l'inspiration de cet ennemi de la vérité.

Pour leur dire que, par cette action qu'ils méditaient, ils faisaient le double désir de cet ennemi, Notre Seigneur leur montre la nature de cet ennemi méprisable de Dieu. Il était dès l'origine homicide et mensonge. Notre Seigneur dit : homicide, parce que les Juifs ne croyaient commettre qu'un homicide, et qu'il les

voyait incapables ironloiulic (m'il é-lait Fils de Dieu; ce (jui les leiuliail coupables d'un crime inlininicnt plus grand. Le démon était homicide dès l'origine. Cela veut dire (jue sa nalure de péché est une nalurc ho- R)icid(!. Il voiidiait et aurait toujours voulu j)Ouvoir détruire Dieu lui-même, mais cette volonté n'a jamais été efticace cliez lui, sacliant bien qu'il ne pourrait jamais le tenter seulement, ni même sur les bienheureux Anges, dont le bonheur l'écrase; mais, ne pouvant détruire Dieu en lui-même, il cherche à le détruire dans son image et il y tend de toutes ses forces et de toute sa capacité. Ne pouvant détruire celte image véritable dans les Anges bienheureux, il tend de toute sa fureur à la détruire dans les hommes, où elle est vivante et parfaite. C'est pour cela qu'il cherche à la détruire autant qu'il est en lui, et à la défigurer au moins par le péché, et même à la détruire en partie, et pour un temps du moins, pnr la mort des hommes.

C'est pourquoi Notre Seigneur semble parler ici de la nature du démon en lui-même et de son essence, et non d'un désir particulier. Il y a encore une autre raison de cet homicide; cela lient au péché qui le remplit d'une malice horrible et d'un orgueil effroyable, dont il résulte contre les hommes une haine de jalousie qui tient nu caractère et à l'essence de ce misérable. 11 se voit exclu du bonheur de posséder Dieu, et cela sans ressource, et nous, quoique pauvres et petits, comblés de grâces et de faveurs, et en voie pour nous disposer à le remplacer dans le séjour de la gloire. Cela lui donne des rages inconcevables, qui le fait tendre sans cesse à notre destruction.

El in veritate non sletit. Il ne fut pas fixé dans la vé-

lilé. Cela semble dite que jamais il n'y lut irii instant, cl que, même dès le premier moment de sa création, au lieu de se complaire en Dieu, il se complut de suile en lui-même. Car, c'est là slare in verilale, se fixer en Dieu, dans le Verbe de Dieu, qui était le principe de toute créature, le Verbe qui est la vérité par essence et dont découle toute vérité. Cette méchante créature n'a jamais tixé son intelligence en Dieu, mais en ellemême indépendamment de Dieu, par conséquent dans le mensonge , dans le néant qui est la dénéi^alion de la vérité. L'être essentiel qui est en Dieu est la vérité, la créature est la ligure de cette vérité; c'est un écoulement un épanchement de cette vérité, et le néant est la négation de celle vérité. Le péché n'est rien autre chose, que l'acte par lequel une créatui-e intellectuelle se détourne de cette vérité éternelle et se repose dans le néant; ce qui est exister et vivre dans le mensonge dire oui à ce qui est non. C'est ce qu'à lait le démon. Depuis que, à l'origine, il est de suite entré dans le mensonge, il n'en est plus sorti. Depuis tout ce temps, toutes ses affections, inclinations et penchants sont en opposition à la vérité, parce qu'ils sont tous dans le mensonge, et cela d'une manière continuelle, et sans qu'il y ait jamais eu la moindre interruption : non slelil. La raison de cela, c'est (jue la vérité n'est pas en lui. Tout être créé raisonnable ne peut sentir ni agir que par un principe qui lui communique la vie ou le sentiment intellectuel qu'il a, et le meuve dans sou action. Il n'existe que deux principes : Dieu, qui est la vérité, et le péché, qui est le mensonge, le néant, la négation de la vérité et l'opposé de Dieu. Celui qui se trouve dans ce péché, qui l'a comme principe de sa vie, et qui n'a en aucune façon

— ïV.i —

!a vérité cii hii **onjiiu' j)rirni|K*. Je sa vie fl de sua iK'lion, celiii-lii tsl <Uuis le mensonge cl ii'43n sorl jfjmais; car, pour en sortir un instant, il îaul que la vérité soit en lui dans cet instant; or, le démon n'a jamais eu la vérité en lui nn seul instant, il n'est rlonc jamais sorti du mensonge.

On pourrait dire que ce mol. ab iniiio, signifie depuis la création des hommes, car c'est dès loi-s qu'il iHit en exécution son penchant primitif d'homicide,, en faisant péchei- Adam pour l'aire mourir tout Se genre humain.

On peut aussi expliquer ainsi : in cerilale non slelit, « Le démon ne resta pas dans la vèrilé. » Stetil indique la persévérance, et cela montrerait qu'il y fut pendant quekiue temps. Cette explication, de premier abord, pai-aii plus selon la ligueur de la vérité; car. Dieu le cj'éa bon et en état de grâce, et par conséquent îi aurait été au moins un petit instant dans la vêriJé. Pour la première, explication , on pourrait dire que l'action de Dieu dans la création. Ta mis dans la vérité, m;iis que son premier acte formé fut hoi-s de ia vérité : nmi slelil indique un acte propre et non un v'tat passif-

Cam loquiiur, c'est-à-dire quand il communique ses sentiments et dispositions à une âme, quand il fanime et lui montre ce qu'elle a à faire; qu'est-ce qu'il ilit ainsi à celle àmc? Des mensonges, toujours des mensonges. Ainsi, quand il dit aux Juifs de faire mourir Notre Seigneur, il leur inspira quelques motifs et quelques sentiments, et c'était mensonge. Il en arrive de même toutes les fois qu'il parle ainsi aux âmes: il ne leur conuiiunique jamais que mensonge, cum loquitur mendacium. Par là Noire Seigneur ne veut pas faire

entendre : quand il lui arrive par fois de dire des mensonges; mais: quand il parle, toutes les fois qu'il parle, loquiiur niedacium^ il parle mensonge. Au moins toutes les fois qu'il parle selon sa volonté propre et non par force; car. Dieu le force quelquefois de dire des choses vraies; et il y mêle encore des mensonges si cela lui est permis. Et quand il parle ainsi mensonge, c'Qst de son propre fonds qu'il le tire, parce qu'il est menteur et son père aussi. Le père du démon c'est l'orgueil; car c'est l'orguel qui a engendré le démon» qui l'a fait démon. Il est tellement identiûé avec l'oigueil, qui est menteur par essence, qu'il est devenu de même nature.

L'orgueil est menteur : il faut remarquer que Notre Seigneur ne dit pas que le démon et son père sont mensonge; mais menteurs, c'est-à-dire producteurs ,. pères du mensonge. Le péché est mensonge, l'orgueil est menteur, parce qu'il dit à la créature qu'il y a une excellence en elle qui n'y est pas du tout. Et l'orgueil était le père du démon; c'est lui qui l'a fait démon, et qui est aussi le principe de tout mensonge, c'est-àdire de tout péché. Le démon est tellement identifié avec l'orgueil qu'il est menteur comme lui, et une seule et même chose avec lui. Il ne peut plus sortir de lui que des mensonges. C'est la différence qui existe entre un homme sur la terre, livré au péché, et le démon. L'homme, sur la terre, qui est ainsi enfant du démon, ne devient pas si identique avec son père, qu'il tire ainsi le péché de sa propre substance et qu'il devienne menteur par nature; au contraire, toujours il a en son pouvoir de rentrer dans la vérité; parce que la vérité ne le quitte jamais, elle le sollicite sans cesse; et lo mensonge qui en sort vient de son père,

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(du (Icmon, j qui met en lui le péché qu'il tire de sa nature, et l'homme par sa volonté s'y livre. Tandis que le démon est devenu lui-même père du mensonge proférant de son fonds le péché et le mensonge comme de leur source.

De là il résulte que les Juifs, voulant faire mourir Notre Seigneur à cause de la vérité qu'il leur dit de la part de Dieu, manifestent dans cette volonté toute la nature diabolique, et par là môme ils sont enfants du démon.

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