Pour moi, si je dis la vérité, vous ne me croyez point
46. Qui de vous me convaincra de péché? Si je vous dis, la vérité, pourquoi ne me croyez-vous point?
Notre Seigneur vient de leur montrer qu'ils écoutent le démon, père du mensonge, et lui obéissent comme des enfants pour exécuter ses désirs; maintenant, dans les versets suivants, il reprend ce qu'il a dit plus haut, pour leur expliquer pourquoi ils ne l'écoutent pas. Il leur dit : « Vous écoutez le démon, et « non seulement cela, mais vous donnez à ses paroles « de mensonge, l'assentiment de votre esprit et de votre « volonté; vous adhérez à toutes ses inspirations, et ce « sont des mensonges, qu'il tire de son fonds : Cum « loquilur mmdacium ex propriis loquilur . Et moi, si « je vous dis la vérité, non seulement vous ne com- « prenez pas, mais votre âme s'y refuse et vous ne « me croyez pas. Et pourquoi ne me croyez-vous pas? « Est-ce par bonne volonté; parce que vous me croyez « être capable de mal et de péché, au point de croire « que je ne dis pas la vérité? Qui de vous peut me «reprendre d'un péché quelconque?» Par là Notre Seigneur leur montre sa nature impeccable, et leur
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prouvequ'il ne peut, par conséquent sortir, de sn bouclie que la vérité. Il leur demande : « quh arijuel me de pcccato"! n parce que, s'ils n'avaient aucun reproche à kii faire, ni aucun soupçon à former sur lui, ils devaient nécessairement croire à la sainteté qui reluisait dans toute sa vie, et croire aux paroles saintes qui sortaient de sa bouche. Ils devaient les prendre pour la vérité, puisque tout en indiquait la vérité et l'éminente sainteté du personnage celle de la doctrine admirable qu'il annonçait. Et pourquoi donc ne croyaientils pas? Cela prouve qu'ils n'étaient pas de Dieu.
47 Qui ex Deo est, verba Dei au- 47. Celui qui est de Dieu écoule
les paroles de Dieu. Et. si vous ne les écoulez point, c'est parce <pie vous n'êtes point de Dieu.
dit. Propterea vos non auditis, quia ex Deo non eslis.
Celui qui est de Dieu, c'est-à-dire celui dont l'àmi^ est dans la • dépendance et sous l'influence de Dieu. ceJui-là écoute les paroles de Dieu, il les discerne et les goûte, parce que celui qui est ainsi de Dieu a l'esprit porté vers Dieu et aime ce qui vient de lui ; il est anime de l'Esprit de Dieu, qui tend sans cesse à disposer l'âme pour recevoir les impressions divines qui dirigent et font tendre l'âme vers Dieu. De plus, le même Esprit lui inspire des sentiments et des dispositions conformes à ceux que la parole de Dieu doit produire, il apaise les passions et les penchants qui s'y opposent, et, dans le même moment que la divine parole est dite, l'Espril de Dieu imprime dans l'intérieur une grâce analogue à cette parole divine. Enfin, par le moyen du divin Esprit qui est dans les âmes des enfants de Dieu, il se trouve une grande conformité et une singulière attraction (\\ attrait entre cette parole divine et l'âme qui l'entend, tandis que ceux qui ne sont pas de Dieu, c'esl-à-diic
ceux qui, dans Ions les détails de leur vie, ne recjoivent pas de Dieu et par le S. Esprit rinipiiisioii et rinfiuence ([iii lait aj^ii- leurs puissances, mais la reçoivent d'au tie part, comme de la nature ou du démon, ceux-là, ayant des goûts différents, des habitudes contiaires et un sentiment d'une nature tout autre, et même tout opposée à celle de cette parole divine et des impressions qu'elle opère, et par là étant privés de tous les avantages cidessus luarqués des entants de Dieu, ne peuvent pas ouïr, c'est-à-dire recevoir en eux cette parole de Dieu pour y croire. Voilà pourquoi les Juifs ne croyaient pas : Propterea vos non audilis ; outre qu'ils avaient tous les défauts opposés, ils manquaient encore de ce qu'ont les enfants de Dieu, parce qu'ils n'étaient pas de Dieu.
■iS. Responderunt ergoJudaei, et i 48. Mais les Juifs répondirenl et dixeriinl. ei : Nonne bene dicinms ' lui dirent: Ne disons-nous pas avec nos,(]uia Saniarilanus es lu, et dae- j raison que tu es un Samaritain et nio.'iium habes. j qu'un démon est en toi?
Ce discoui^s, si peu favorable aux Juifs, nuiis d'ailleurs assez convainquant pour qu'ils n'eussent rien à y répondre, quoiqu'ils ne fussent capables d'en comprendre qu'une partie, ce discours les irrita toujours de plus en plus contre celui qui leur disait ainsi la vérité, pour les ramener à son Père et par amour pour eux. N'ayant pas de réponse à donner, ils lui disent des injures. Ils l'appellent Samaritain, parce qu'ils le regardaient comme ennemi du peuple de Dieu, et possédé du démon, parce qu'il leur disait les choses cachées dans leurs pensées et les réduisait à ne pouvoir pas lui répondre.
49. Respondit Jésus: Egodaemo- [ 49. Jésus répartit : Il n'y a pas nium non habeo ; sed tionorifico de démon en moi ; mais j'tîonore Palrem meum, et vos inhonorastis mon Père, et vous, vous me désn\e. honorez.
Les Juifs disaient qu'il était possédé du démon, parce qu'il leur disait des choses auxquelles ils n'avaient pas de réponse à faire, et Notre Seigneur leur dit que ce n'est pas le démon qui l'inspire dans ses paroles, mais qu'il honore son Père. Il montre bien par son exemple, qu'en tout il honorait son Père et qu'il ne cherchait pas sa propre gloire, puisqu'après des injures si grossières et des blasphèmes si horribles, il répond avec tant de douceur. Quand il sagit de venger l'honneur de son Père, il parle avec force, il découvre aux gens jusqu'à leurs secrets les plus intimes. Les Juifs veulent se donner pour enfants de son Père; il n'aurait pas été honorable pour son Père d'avoir et de produire de tels enfants, le divin Agneau devient un lion, les accable, leur montre ce qu'ils sont, et les met à la place qu'ils doivent occuper. Il venge l'honneur de son Père, il honore son Père; il ne le fait pas par défaut d'aÛection et de tendresse pour eux, mais pour honorer son Père. Quand on l'attaque lui-même, il redevient agneau et leur parle avec sa douceur ordinaire, tandis que les Juifs font le contraire. Notre Seigneur ne leur en veut point, il ne les attaque point personnellement, il les aime malgré leur méchanceté, et leur dit la vérité, non pour leur faire de la peine, mais uniquement par amour pour son Père, pour l'honorer; ils lui répondent par des injures, et disent qu'ils est possédé du démon. Sa parole n'est cependant pas celle d'un homme inspiré par le démon. Tout y est saint et admiiablc ; mais ils se trouvent manifestés par ses paroles comme des enfants du démon. C'est ce que Notre Seigneur leur dit : « Je ne vous parle et ne vous éclaire sur ces choses que « pour honorer mon Père. Ce n'est pas moi que je « défends pas ces paroles, mais l'honneur de mon Père ;
«et parce (jiic j'honore mon Père vous me désliono- « rez. » Xoire Seigneur ne déshonore pas les Juifs en leur (lisant qu'ils sont enfants du diable, puisqu'il ne fait que leur dire ce qu'ils sont, et cela par mission de son Pcre, tandis que les Juifs le déshonorent parce (ju'ils lui disent une chose qui n'est pas.
50. Ego autem non quaro glo- ] 50. Pour moi, je ne cherche point
ma gloire ; il est quelqu'un qui la cherchera et qui jugera.
nam nieam, est qui qutorat, et ju- (licet.
Tous ceux qui n'honorent pas Notre Seigneur: et qui ne croient pas en lui et en ses paroles, seront jugés et condamnés, et tous ceux qui croieiit en lui et qui chercheront sa gloire seront glorifiés; et ces jugements seront laits et celte réponse sera accordée par Notre Seigneur lui-même : et potestalem dédit et judicium facere. Mais dans ce jugement et cette réponse, Notre Seigneur n'agira que par la volonté de son Père, qui veut que tous ceux qui croient en son Fils jouissent et soient revêtus de la gloire de son Fils, et que tous ceux qui le déshonorent et ne croient pas en lui, soient condamnés et restent couverts de tous leurs péchés. C'est ainsi que son Père glorilie son Fils, en lui donnant sa gloire et en mettant tout sous sa dépendance, et qu'il force tout le monde à l'honorer comme lui-même. Voilà pourquoi notre divin 3Iaîlre dit qu'il ne cherche pas sa gloire. Quoique les Juifs le déshonorent, il ne les reprend pas, parce qu'il ne cherche jamais que la gloire de son Père. Mais il les prévient qu'ils n'échapperont pas pour cela. Il y en a un autre qui cherchera la gloire du Fils de l'homme, et c'est le Père lui-même. Il cherchera sa gloire dans ceux qui l'honorent et lui ohéissent par une véritable foi, et il jugera {et judicel) ceux qui ne l'auront pas reçu et qui l'auronl désho-
noré. Quoique ce jugement soil donné par le Père au Fils : omne judicium (ledit Filio, le Fils ne jugera que j)ar la volonté du Père, qui veut que ceux-là soient condamnés, et non par sa propre volonlé et parce qu'on lui a résisté. C'est celte volonté du Père qui est le seul principe et la seule mesure de ce jugement, et par conséquent la divine Sagesse et Vérité éternelle dit vrai en déclarant que son Père jugera.
11 faut remarquer que Notre Seigneur dit en cet endroit : non quœro gloriam meam, mais qu'il ne dit pas, non judico ego, parce qu'il jugera réellement lui-même, seulement, il ne jugera pas à cause qu'il cherche sa propre gloire, mais parce que son Père la cherdie, et cette recherche de la gloire du Fils par le Père fait tout le jugement du Fils.
Il faut observer aussi que Notre Seigneur ne dit pas : cU qui quœral et qui judicet ; mais qui quœraf et judicel ; jiai'ce que ce jugement du Père et la recherche de la gloire de son Fils est la même chose; le jugement découle de la recherche. Le Père veut l;i gloir»» de son Fils, il l'a décrétée dans toutes ses créatures, il hi cherche en toutes, et celles dans lesquelles elle ne se trouvera pas seront, par le fait de cette loi universelle, jugées et condamnées, et c'est le Fils à qui il a été donné de prononcer et d'exécuter ce jugement.
'■)\. Amen, amen dico vobis : si r|uis sernioncm meum scrvavcrit, niortem non \ idebil in selernnm.
51. En vérilé, en vérilé, je \ous lo dis : Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort.
Notre divin Sauveur, [)ar un bonté inlinie i)Our ces âmes perverties, après leur avoir montré le jugement, leur montre aussi la miséricorde, afin de les loucher et de les attirer ii lui. Celte même volonté el recherche de sa gloire par son Père, qui fait le jugemenf
de ceux (jiii ne croient pas. celle iiièine volonté fait aussi ie saliil el donne la vie k ceux qui se soumettent et observent cette parole divine qu'il leur annonce. Notre bon Sauveur leur annonce les vérités de son Pèie pour leur apprendre le malheur dans lequel ils sont, et alin tl'en l'aire de véritables enfanls de Dieu, el de leui- communiquer la connaissance de ses myslèrcs, dont ils ne sont pas encore capables, à cause de la malice de leur père, (du démon j, qui est en eux. De leur côlé, au lieu de recevoir cette parole et de s'y conformer j)our avoir la vie, ils y résistent el se livrent davantaj^e à l'empire de la mort el de salan. Cela louche profondément notre très -bon Sauveur, et il prolesle d'un ton solennel contre leur conduite, alin de leiu- faire impression et de leur faire acquérir la vie : < amen^ amen dicocobis. »
Mais ces malheureux sont si pleins de malice, que cette dernière bonté môme est pour eux un sujet de scandale, par l'abus de cette grâce et parla méchanceté, avec laquelle ils cherchent à s'en servir contre celui qui a lin si grand désir de les sauver.
^2. DixeruiU ergo Judiei : Nunc ( o2. Miiis les Juifs liu dirent : coa;novimns qnia d.'cmoniiim liabes. Maintenant nous connaissons qu'il y Abraham morUius est, el prophetae, | a un démon eu loi. Abraham est et tir dicis: Si quis sernionem mcum ! morl cl les prophètes aussi, et tu servaveril, non guslabil mortem dis : Si quelqu'un gard(î ma parole.
m iTeternum.
53. Niimquid lu major es paire noslro Abraham, qui morluus est ?
el I*rophetic morlui sunL ? (Juem te
il ne goùlera jamais de la mort.
53. Rs-tn plus grand que notre père Abraham qui est moati* et les prophètes sont morts aussi. Oui
ipsum facis? ' prélends-lu élreP
Les Juifs, incapables de comprendre les pai'oles spiriluelles de Notre Seigneur, pensent qu'il veut parier de la morl du corps. Toul charnels qu'ils étaient, ils ne j)ou\ aient penser j)lus loin, et ils sont bien conleuts
d'avoir trouvé quelque clioso pour faire un reproche à Noire Seigneur. Ils blasphèment et ils ne comprennent pas ce que la divine Sagesse leur dit : Ils ont cela de commun avec toutes les âmes mal disposées et sujettes à une passion quelconque, tant soit peu violente ou qui préoccupe tant soit peu, ou avec tous ceux qui ne con- <;oivent les choses qu'humainement et selon la nature et ses goûts bas et défectueux, et qui sont ordinairement pleins d'amour propre, et veulent juger de tout. Tous ceux-là sont incapables de juger, et de concevoir seulement les choses divines. Dès le premier abord ils jugent et condamnent ; et non seulement cela, mais ils s'irritent et blasphèment contre ce qu'ils ne voient pas, sans examiner même les choses dont il s'agit. Leur mauvaise disposition ne leur laisse pas même le temps d'examiner et de considérer la chose, mais leur donne de suite une prévention qui les empêche à jamais de saisir le vrai point de vue, et d'avoir la soumission d'esprit suffisante pour suivre les lumières de Dieu, dont ils auraient besoin. De plus, la mauvaise intention les détourne de la voie de la vérité par laquelle ils auraient pu voir juste, et leur fait chercher de suite un mauvais côté de la chose ; et, quand on est plein de malice, on trouve toujours un mauvais côté, parce que la disposition malicieuse d'une âme et la faiblesse en général de l'esprit humain font qu'on ne peut voir les raisons qui expliquent toutes les choses. Et ce mal va souvent jusqu'à la perte et à la damnation ; il cause souvent de grandes ruines dans les œuvres saintes pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, ou au moins de grands dommages à ceux qui se laissent ainsi dominer par la nature et par les préventions.
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La malice do ces niallicureux Jults va jusqu'à conclure de ces paroles saintes et uniquement dites pour leui sahil, f|ue c'est un démon qui en est auteur. Nunc coguovimus ; ce sont ces paroles divines qui achèvent de les convaincre. On voit par là jusqu'où mènent la malice et .l'aveuglement des hommes. Et par là on doit apprendre à se mettre sur ses gardes contre l'amourpropre et contre les passions et les inclinations naturelles, puisqu'elles sont capables de nous mener si loin.
Le grand argument qui leur prouve la possession du démon, c'est qu'Abraham est mort et les prophètes sont morts aussi; et Notre Seigneur avance que celui qui observe ce qu'il dit ne mourra point. Cela prouverait qu'il est beaucoup au-dessus d'Abraham et des prophètes, puisqu'il a tellement la vie en lui, que tous ceux qui écoutent ses paroles et les observent, ne meurent point; et Abraham et les prophètes, non seulement n'avaient pas le pouvoir de donner cette vie aux autres , mais ils n'ont pas pu l'avoir pour euxmêmes.
Les Juifs se trompent ici en jugeant qu'il s'agit de la mort temporelle; ils n'étaient que chair, et ne pouvaient voir que selon la chair; cependant, leur argument n'en est pas moins vrai ni moins fort, selon toute sa rigueur. 3lais chose bien étonnante et qui montre que leur malice les aveuglait, ils ne font pas de difficulté sur la chose même, à savoir, si la parole de Notre Seigneur pouvait doimer la vie ; mais ce qui les choque tant, c'est que. d'après ce qu'il disait, il était plus qu'Abraham et les prophètes. Et c'est ce qu'ils trouvent monstrueux et digne d'exécration. Quem te ipsinn facis/ Cependant ils étaient toujours tous convaincus, que le Messie était plus grand que tous les prophètes," ei avait plus de pui.s-
sauce qu'AbrahariK ïts savaient eependanl lotis que- Notre Seigueuj- se disait être le Messie, et tous ie suivaient sans cesse dans cette pensée. Et s'il leur avait dit simplement qu'il était le Messie, ils n'auraient pas pu trouver en cela une chose si étrange et si exécrable ; tous les miracles qu'il faisait et le bruit public soutenaient cette opinion ; et eux-mêmes le croyaient, il n'y avail que quelques instants. Mais c'est la grandeur de leur méchanceté et de leur orgueil qui les aveugle. Ils sont encore pleins d'indignation et de rage, de s'être entendu dire qu'ils n'étaient pas enfants d'Abrahanj, mais enfants du diable. L'idée d'Abraham rodait encore dans leurs esprits et les agitait violemment coni!^' '^îotre divin Maître, (^'est pourquoi, au lieu de lui reprocher le pouvoir qu'il s'attribuait d'empêcher de mourir ceux qui croient et observent ses paroles (ce qui devait être pour eux une plus grande difficulté que celle qu'il* font), ils l'attaquent parce qu'il veut être plus qu'Abraham. Leur esprit étant encore rempli de colère de ce que Notre Seigneur leur a dit qu'ils n'étaient pas enfantsd'Abraham, ils sont frappés et entraînés maintenant par cette autre pensée : Comment î maintenant, il veut encore être plus qu'Abraham notre j)ère? Celte pensée les fait entrer en l'ureui- et achève de les endurcir dans leur grand aveuglement.
54. Respondil Jésus : Si ego ylorifico meipsum, gloria mea niliil esl:
esl l'aler meus qui glorifical me, cjuem vos dicilis, quia Deus vesler esl.
54. Jésus répondit, : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien ; c'est mon I*èrc qui me glorifie, lui donl vous dites qu'il est voire Dieu.
Les Juifs, toujours aveugles sui la personne de N jtre Seigneur, et ne sachant pas qui il était, le prenaient pour un homme ordinaire, et, l'entendant dire des choses si extraordinaires, ils croyaient qu'il voulait se faire
cioiie plus qu'il n'était; ot, quoique sa doctrine, l'enseiuble de tous ses discours et toute sa conduite sainte cl admiral)ie, nianileslassenl clairemenl qu'il ne cherchait que la gloire de Dieu el qu'il ne taisait rien pour lui-iuènie, la prévention, les mauvais penchants, les passions, l'orgueil et la malice de ces gens faisaient sur eux, en grand, ce que chacun de ces vices fait ordinairement dans les âmes, par rapport aux choses divines et vis-à-vis des hommes les plus saints. Des hommes animés de ces passions et vices ne voyaient et n'apercevaient pas toutes les choses belles et saintes qui sortaient de la bouche de notre adorable Sauveur, et qui luisaient d'une manière si brillante dans toute sa conduite; et si, parfois, ils ne pouvaient pas se le cacher, ni s'empêcher de rendre hommage à cette incomparable sainteté, celle lueur était bientôt étouffée par les mauvaises dispositions, et l'admiration se changeait en haine et en jalousie. Les Juifs donc, malgré ce qu'ils savaient de Notre Seigneur, soutenaient toujours qu'il se gloritiait lui-même. C'est pourquoi Notre Seigneur leur répond dans le même sens dans lequel ils le prenaient. Ils voulaient absolument voir en lui un homme qui cherche la gloire, et Notre Seigneur, répond : aSi ego fjloriftco,n c'est-à-dire, si ce lils de l'homme que vous voyez seulement en moi se glorifie lui-même, sa gloire n'est rien, parce que le fils de l'homme ayant été tiré du néant, il n'a pas de gloire en luimême, et ne peut pas, par conséquent, s'en donner de son fonds, quelle que soit d'ailleurs son excellence, qui surpasse tant toutes les créatures, que jamais ange, ni Chérubin, ni Séraphin n'a pu la concevoir. Mais, que la gloire que celte vénérable Humanité possède, lui vient de la Divinité qui est en elle corporellement, c'est-àdire, substantiellement el incorporée ou incarnée.
Ainsi, si c'eut été rHunianilé sainte qui se glorifiât par elle-même, les Juifs auraient raison de dire qu'il avait tort. En etïet pour Abraham, ce qui le rendait grand, c'étaient les grâces divines, et par conséquent, quelles que soient la grandeur, la richesse et la beauté magnifique de cette très-respectable Humanité, considérée telle qu'elle est sortie de la main de Dieu, et, quoiqu'elle soit incomparablement plus au-dessus d'Abraham, que le soleil dans tout son éclat et dans toute sa grandeur n'est au-dessus d'un petit grain de terre noire et vile, cependant les grâces de Dieu en Abraham étaient une chose plus grande que l'Humanité sainte considérée en elle-même et dans son état naturel, abstractioiî faite de l'immense trésor qu'elle possède si parfaitement. C'est pourquoi le divin Sauveur dit : « Si ego glorifico meipsum gJoria mea nihil est.-» Notre Seigneur ajoute que ce n'est p:is non plus lui qui se glorifie lui-même. Car, quand l'Humanité sainte parlait de sa grandeur, elle ne se glorifiait pas, mais elle glorifiait la gloire de son Père qui était en elle. Lorsque les hommes se glorifient devant les autres, de quelque bonne qualité que ce soit, ce n'est pas Dieu qu'ils glorifient, et ce n'est pas Dieu qui les glorifie. C'est un néant qui glorifie un néant par un autre néant, et par conséquent la gloire est néant, niliil est. Car l'homme qui se glorifie et veut se donner du relief dans l'esprit et dans le cœur des autres sur une qualité quelconque est néant; celte qualité n'est qu'une qualité créée, même lorsqu'elle est dans l'ordre surnaturel, et par conséquent, elle est néant: elle est encore plus particulièrement néant par rapport à lui, parce que cette qualité n'est qu'empruntée en lui, et n'y est que pour attirer i'iionneur et la gloire, à celui qui l'y a mise et à qui
elle appartient ; cl pur conséquent la u,loiie (|ue l'iiomnie veut attribuer à sa propre personne est une gloire de néant, ou plutôt n'en est pas. n'est rien et n'existe que dans son imagination. Mais, en Notre Seigneur il n'en était pas ainsi.
C'était un autre que lui qui le glorifiait, et lui ne se glorifiait pas, mais il gloritiait uniquement celui qui le glorifiait. Son Père, en le revêtant de sa divinité, a donné au Fils de l'homme toute sa gloire divine; et par conséquent, toutes les fois que le Fils de l'homme parle de lui-même, il est obligé de dire ce qu'il en est et de glorifier la divinité, où elle veut être le plus glorifiée. De là on peut facilement concevoir , qu'en parlant de sa gloire, il ne se glorifie pas lui-même, mais la divinité qui est corporellement en lui.
Notre Seigneur leur explique en cet endroit, quel es son Père qui le glorifie ainsi; c'est celui que les Juifst disaient être leur Dieu.
Le Père de Notre Seigneur est le Dieu de tout l'univers, des méchants comme des bons, dans le sens que c'est lui qui a créé toutes choses et qui a puissance souveraine sur toutes ses créatures. Mais, quand on dit qu'il est le Dieu d'un peuple ou d'un particulier, on signifie quelque chose de plus. On veut dire qu'il se communique à ce peuple ou à ce particulier et lui fait sentir les influences de sa Divinité, et que ce peuple ou ce particulier le reconnaît, l'honore et le respecte comme Dieu, c'est-à-dire, que les rapports du Créateur et de la créature dont il s'agit sont dans l'état voulu par la Divinité Créatrice. C'est dans ce sens que sont dites les paroles que Notre Seigneur adresse dans un autre endroit aux Sadducéens : a Non est Deus moriiiorum sed viventmm. »
Quant aux méchants qui n'Iionorent |)as DitMi cl ne le servent pas, toutes les communications voulues par le Créateur entre lui et la créature sont rompues; il n'existe plus que le titre général de (créateur, et de (Conservateur de toute la créature et des relations particulières qui en résultent, mais dans lesquelles il n'y a plus la spécialité, qui se trouve dans les communications et les rapports intimes de la Divinité avec une âme qui est dans sa grâce et qui la sert et la reconnaît.
C'était précisément là le n^alheur des Juifs; le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob n'était plus le leur; les communications étaient rompues. C'est ce que notre divine Sagesse leur dit : « Quem vos dicilis, quia Deus vester « esi. » Ils l'appelaient leur Dieu, ils Taisaient semblant de le servir par hypocrisie, mais, dans le fond, non seulement ils ne le servaient pas, mais ils ne le connaissaient pas même. C'est ce que Notre Seigneur leur dit.
55. Et non cognovistiseum : Ego aotem novi etim; el si dixero quia non scio eiim, ero similis vobis mendax. Sed scio eiini, et sermonem ejns servo.