‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 50 sur 63 · Nisi esset hic a Deo, non poterat facere quidquam · texte numérisé non relu

Nisi esset hic a Deo, non poterat facere quidquam

Cette dernière réponse fait suite à ce qu il a déjà dit plus haut, c'est pourquoi il dit,enj7n; elle n'en est que le développement. Les Pharisiens lui avaient dit que cet homme était un pécheur, il avait répondu à cela -(que « cependant cet homme qu'ils disaient être pécheur, lui « avait ouvert les yeux. » Dans leur réplique, les l^harisiens dirent qu'ils ne connaissaient pas cet homme, c'est-à-dire Notre Seigneur. Et à cela l'aveugle guéri poursuit ses dernières réponses, en disant que c'était précisément en quoi consistait la chose qui devait étonner, c'est que les Pharisiens, qui étaient les docteurs de la loi, et les savants dans cette matière, ne le connaissaient pas, et que cependant il était certain que ce même -lesus lui avait ouvert les yeux.

— îSi —

Cet liommu simple cl ignorant pousse son raisonnement [avec tant de vigueur, qu'il accable ces savants incrédules; tant il est vrai que la foi vive et forte dans une âme simple l'éclairé infiniment plus, que les ténèbres obscures de la laison luunaine la plus éclairée. Jl leur dit donc : « Vous ne voulez pas être ses disciples parce que « vous ne connaissez pas sa mission. C'est cependant « une chose bien étonnante que vous ne connaissiez pas, « si cet homme vient de Dieu. Il est certain qu'il m'a « ouvert les yeux, or, d'un côté, il est certain cjue ja- « mais par des moyens humains on n'a ouvert les yeux c( à un aveugle-né, par conséquent il n'a employé que « des moyens surnaturels ; c'est Dieu qui lui a accordé « ma guérison (car il le croyait toujours un prophète « seulement, et il sent que sa guérison ne vient que de « Dieu) ; d'un autre côté, nous savons tous avec certi- « tude que Dieu n'exauce pas les pécheurs pour leur « accorder une grâce surnaturelle semblable, mais seu- « lement ceux qui le servent fidèlement, et par consé- « quent il est bien évident que cet homme vient de Dieu ; « sans cela il lui eut été impossible de me guérir, ni de « faire aucune œuvre surnaturelle. »

Quel bonheur pour cet homme d'avoir été choisi pour être le premier à défendre et à confesser Notre Seigneur devant ces juges infidèles et vides de foi ! Et notre divin Maître montre là, par avance, qu'il soutiendra ceux qui le confesseraient devant les princes de la terre, et que ses serviteurs n'avaient pas besoin de préparer ce qu'ils auraient à dire, parce qu'il les inspirerait dans le moment; car, il est certain qu'il inspira cet homme ignorant pour parler avec tant de clarté et tant de force, pour réduire au silence des gens exercés de longue main a la chicane.

— iSô —

34. Res[)onderunlet dixeriint ei : 1 M. Ils répliquèrent et lui dirent: In peccalis n;Uus est tolos, et tu Tu es né tout entier dans le péché, doces nos? El ejeceruni eum foras, et tu nous enseignes? Et ils le je-

! ti'rent dehors.

Les Pharisiens, se voyant poussés par un pauvre ignorant de manièi'e à n'avoir pas le mot à redire, lui firent une réponse à laquelle il ne pouvait répliquer. Ils avaient la force en main et cet homme était faible et sans défense contre eux, et ils employèrent l'injuie et la violence comme font ordinairement les orgueilleux. Ils commencèrent par lui dire des injures, en lui disant qu'il était né tout entier dans le péché. Les pauvres gens était dans la grossière erreur des Apôtres, concluant de ce qu'il était né aveugle, qu'il était né dans le péché. Ces misérables ne font pas attention que même si cet homme était né dans le péché, il en serait sorti glorieusement et avantageusement par un miracle opéré en sa faveur. Il serait en ce moment sorti du péché, et eux étaient de vils pécheurs, qui au lieu d'en sortir, s'y enfonçaient et s'y endurcissaient de plus en plus. En outre, ils montrent par ces paroles qu'ils croyaient bien qu'il était né aveugle, et s'ils croyaient cela ils devaient par conséquent conclure que le miracle était grand et parfait; mais, des âmes livrées à l'orgueil et à la passion sont incapables de voir les inconséquences de leur conduite, elles sont aveugles sur tout bien.

Ils disent : « Vous êtes né dans le péché et vous voulez « nous instruire? » C'est ici qu'ils montrent de quoi est capable l'orgueil et la superbe. Cet homme avait parlé si clairement qu'il n'y avait pas de réplique à donner; ils sentaient toute la force de ses raisons, mais deux choses les empêchaient de les recevoir. Premièrement, ils étaient décidés à faire mourir Notre Seigneur, et jamais ils ne s'en seraient dédits; en second lieu, se don-

nef pour vaincus pai- un pauvre ignorant, jamais leur orgueil ne pouvait se résoudre à cela. Ils aiment mieux se boucher les oreilles, endurcir leurs esprits et leurs cœurs. îl est né dans le péché et il veuf les instruire! Mais, qu'est-ce que cela fait qu'il soit né dans le péché? Pourvu que la vérité soit dans sa bouche, on doit la recevoir. Mais les Pharisiens aveugles trouvent là une raison plausible et ils le mettent à la porte.

0 divin Jésus! que cet homme est heureux d'avoir été ainsi traité par vos ennemis pour l'amour de vous ! La porte des Pharisiens lui est fermée désormais, il n'en est pas à plaindre; bien au contraire, son bonheur n'en est que plus grand, infiniment plus, parce que c'est par ce moyen^qu'd trouve ouverte la porte de votre cœur adorable; et vous l'y recevez avec une admirable bonté. Il vaut bien -mieux être reçu chez vous, que d'appartenir aux Pharisiens. Ouvrez-moi aussi la porte de votre cœur, 6 très-aimablejet [très-adorable Seigneur Jésus ; faites m'y entrer et y jouir de la plénitude de votre divine lumière et de votre très-saint amour!

35/"Audivit Jésus quia ejecerunt ] 35. Jésus apprit qti'iis l'avaient eum foras; et cum iovenissel eum, jeté dehors: et l'ayant rencontré, disit ei : Tu credis la Filiunj Dei? il lui demanda : Crois-tu au Fils do

1 Dieu?

Jésus apprit que les Pharisiens l'avaient chassé. Le divin Sauveur n'avait pas besoin de se le faire dire par d'autres; il l'avait vu et assisté dans tout ce combat, et était présent à tout ce qui s'y était passé; mais le saint Evangile veut nous montrer par là, que l'oreille de Notre Seigneur est attentive à toutes les injures que ses serviteurs souffrent pour l'amour de lui. Après qu'il nous a assistés dans nos combats, qu'il nous a donné la force de supporter les peines que le démon et le

monde nous t'oiil sniiiliMr en haine d(i lui; nprès même nous en avoir donné une grande salisfaclion intérieure, il est prêt à nous recevoir à lui, et à écouter avec une grande complaisance, tout ce qui a rapporta nos combats, et il vient ensuite à nous pour nous consoler, et nous accorder une grande abondance de sa grâce. L'Evangéliste ne dit pas : Audiens Jésus, ni : Cum audisset et. invenisset, mais une phrase détachée : Audivit etc. afin de nous enseigner cette vérité consolante pour les âmes qui souffrent persécution pour vouloir être à lui.

Le reste du verset fait suite à cette première parole; voilà pourquoi l'Evangéliste ajoute : El cum invenisset.,. Jésus entendit la persécution qu'il avait soufferte. L'Evangéliste ne dit pas qu'il a entendu que cet homme avait été fidèle à^défendre sa foi. mais qu'il avait été chassé, parce que c'est à cela que s'applique cette attention de l'oreille de Jésus. Et que fait-il après cela? 11 va le chercher pour lui donner sa récompense; car c'est ainsi qu'il fait ordinairement; il écoute et puis il vient à nous pour nous donner le centuple qu'il nous a promis. C'est pourquoi Notre Seigneur est sans doute allé chercher cet homme, car ce n'est pas un hasard qui le lui a fait rencontrer, ni une providence ordinaire. S'il pouvait exister un hasard pour tous les hommes, (ce qui est impossible) pour Notre Seigneur il ne pourrail pas y en avoir, parce que, sachant tout et réglant tous ses mouvements par une claire vue de la divine volonté sur tous , il ne pouvait en rien agir qu'avec choix et par un acte de l'âme. Par cette même raison il n'y avait pas de providence ordinaire pour lui. Car, la providence ordinaire sur tous les hommes se sert de leurs actions et de toutes les circonstances qui les environnent, pour amener les choses au point où les

veut la divine volonté, et cela indépendamment des hommes et sans qu'ils le sachent; mais, pour Notre divin Maître, cela n'était pas ainsi; la divine providence de son Père lui amenait les hommes et les circonstances, pour qu'il agisse sur eux et en eux selon la volonté déterminée de son Père. Mais, pour lui-même, voyant d'avance tout l'enchaînement de la divine Providence de son Père et le développement de sa volonté, il agit toujours de concert avec cette providence et volonté de son Père, par un acte réfléchi de son âme sainte, en union avec l'action divine du Verbe. Par conséquent. Notre Seigneur dirigea ses pas de manière à rencontrer ce pauvre homme, qui venait d'être chassé du conseil et de la synagogue. Il s'était fait dire tout ce qui s'était passé, et puis il va pour faire et dire à cet homme ce que veut son Père.

Et l'ayant trouvé il lui dit : «Vous croyez dans le Fils de Dieu?» Comme cet homme venait de combattre pour sa foi , et que par conséquent, sa foi était déjà pleine de mérites. Notre Seigneur voulait la rendre plus éclairée qu'elle n'était, et achever de l'établir parfaitement et fortement. C'est toujours la marche que Notre Seigneur suit avec nous; il nous donne d'abord une foi peu éclairée, il nous y communique de grandes grâces; et, lorsque nous sommes fidèles, il nous donne de plus grandes lumières, et affermit notre foi à mesure qu'il augmente nos lumières; et il nous l'affermit par les actes qu'il nous en fait produire. C'est pourquoi Notre Seigneur donne à cet homme la lumière sur sa personne divine par manière de demande , afin qu'il puisse produire l'acte de foi, que cet homme produisit en effet avec beaucoup de ferveur. Et, en même temps que Noire Seigneur lui fait cetlc demande lumineuse.

il lui communique dans rinlcrieur 1(3 mouvement de sa grâce, qui lui t'ait faire plus que Notre Seigneur ne lui demande de bouche, ou bien qui lui fait réduire en pratique, par toutes les puissances de son âme, les sentiments qui devaient être nécessairement renfermés dans une foi vive et ardente; tant est grande la bonté et la grâce de Notre Seigneur dans les âmes (idèles, et tant est puissante sa divine parole.

La tournure de phrase : Ta credis. est par opposition aux Pharisiens incrédules et en rapport avec la fidélité avec laquelle cet homme a soutenu sa foi.

36. Respondil ille, et dixil : Qnïs i 36. Celui-ci répondit el dit, : Oui est, Domine, ut credam in eum? est-il, Seigneur, afin que je croie

! en lui?

Les paroles de cet homme si dévoué et si plein de foi, montrent bien que s'il n'avait pas toutes les lumières d'une foi parfaite, ce n'était que la grâce qui lui avait manqué jusqu'à ce moment, et que la divine miséricorde l'y a admirablement préparé. Notre Seigneur lui demande s'il croyait dans le Fils de Dieu, et le pauvre homme est de suite JDrêt à croire , mais il ne le connaissait pas. La grâce divine l'a touché, son âme s'abandonne pleinement entre les mains de son Sauveur; il n'attend qu'une parole de sa bouche pour adorer le Fils de Dieu, qu'il daignera lui montier. «Quel est-il « pour que je croie en lui?» Il demande avec impatience à savoir oh était le Fils de Dieu, et il semble le demander avec empressement à Notre Seigneur, atîn que, le sachant, il puisse l'adorer. Il attend cette nouvelle grâce de sa bonté. Un esprit disposé de cette manière est toujours exaucé dans une demande semblable.

37. Et dixit ei Jésus: Et ^idisti eum, et qui locjuilur tecum, ipse est.

37. Et Jésus lui dit : Mais tu l'as vu, et c'est lui-même qui le parle.

Notre Seigneur, le voyant si bien disposé et son âme ouverte et prête à recevoir sa divine parole, se découvre à lui et lui donne une connaissance entière de sa divinité. C'est une grande instruction qui nous est donnée dans tout cela. Tous ceux que Notre Seigneur attire à lui, il leur donne au commencement une foi peu éclairée. Il faut au commencement obéir à la divine parole de la grâce que Notre Seigneur nous dit, quoique sans comprendre, et se disposer par là à avancer davantage; puis se donner à Notre Seigneur de plus en plus avec la plus grande docilité, toujours sans rien voir, ou au moins sans voir bien clairement les choses; car, à mesure qu'on avancera, on verra davantage. Ceux qui sont attachés à leur raison propre, et qui craignent de se livrer trop (ce qui arrive toujours par amour propre; on craint de se rendre méprisable ou peu estimable aux hommes, ou d'autres raisons d'amour propre semblable) ceux-là ne parviendront pas à cette docilité parfaite de l'aveugle. Ils ne savent pas assez intimement qu'ils sont nés aveugles, et que leur esprit n'est que ténèbres; et ne parvenant pas à cette docilité, ils n'acquerront pas cette grande lumière intérieure qui fait le bonheur des âmes parfaites, et qui remplit l'âme d'une clarté céleste. Mais les âmes qui dès le commencement, renoncent à leur propre esprit, qui sentent le bonheur d'être guéris par Notre Seigneur et qui se livrent entièrement et sans réserve entre ses mains, celles-là reçoivent de grandes et abondantes grâces. Leur foi sera d'abord obscure comme chez les autres, mais leurs esprits seront disposés comme celui de l'aveugle, ils n'attendront qu'une parole de la bouche de leur libérateur et maître, pour se donner à corps perdu entre ses mains. Aussi Notre Seigneur fait tout à coup changer lia face des choses, leur

foi devient lumineuse, et ils apprennent, de la bouche de leur adorable Maître, des instructions divines qui les remplissent. Cela vient onlinairement après les croix qu'ils ont supportées avec courage, avec amour pour lui et pour son bon plaisir.

Pour lui faire connaître qu'il était le Fils de Dieu, Notre Seigneur ne dit pas tout simplement : Ego sum , ou : Sum qui loquor tecum, comme il a dit à la Samaritaine ; mais il prend une tournure toute particulière: El vidisd eum. Notre Seigneur veut lui montrer par là la plus grande grâce qu'il reçoit en saguérison : à savoir qu'un des premiers objets qu'il avait vu était le Fils de Dieu, et de plus que c'était là la fin de sa guérison. Car, telle est la bonté de Dieu, il nous accorde une première grâce pour nous en donner une seconde plus grande que la première ; il nous donne les biens immenses de sa grâce dans ce monde, pour nous donner ensuite le bien infini de sa gloire.

Et vidisti veut dire aussi vous avez vu par l'esprit et par la foi, car cette vue extérieure sans celle de la foi n'est rien. 11 vit le Fils de Dieu selon la foi, quoique sans le connaître. Il le vit sans pouvoir se rendre compte de ce qu'il voyait, il y voyait quelque chose de divin. Il l'a bien prouvé par tout ce qu'il a fait et dit.

Et qui loquitur tecum ipse est. Par là Notre Seigneur lui fait comprendre que tout ce qu'il sentait en son âme venait de lui, qui était le Fils de Dieu, et qui loquitur tecum. Notre Seigneur, le Fils de Dieu, lui parlait. Ses oreilles étaient frappées du son des paroles prononcées par le Fils'de l'homme, mais ces paroles étaient celles du Fils de Dieu et pénétraient jusqu'à la division de son âme, pour le remplir et le pénétrer dans son intérieur. 11 e^st certain que si Notre Seigneur, dès au-

paravanl, lui avait accordé de si grandes grâces, à combien plus forte raison dans le moment qu'il lui parlait, poui- le disposer directement à recevoir la-connaissance et la lumière de sa divinité.

Ces paroles expriment encore une autre chose: c'est la double action de Notre Seigneur dans les âmes qu'il prend et attire à lui. La première est d'attirer vers lui leur esprit pour le contempler et pour se soumettre, et c'est le rapport de l'âme avec Notre Seigneur : Et vidisli euni. La seconde est la communication de Notre Seigneur à l'âme, pour lui imprimer sa parole et son amour, pour l'instruire et l'animer, et c'est le rapport de Notre Seigneur avec l'âme : Et qui Joquilur ipse est. C'est le même qui nous fait voir et qui parle à notre cœur; même quand nous agissons pour le contempler et nous donner à lui, c'est lui qui opère cette grâce en nous.

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