Nul n'a jamais vu Dieu
c'est le Fils unique, qui est dans le sein du Père, qui nous l'a lui-même fait connaître.
Une autre grande ditîérence entre la lettre et les figures de la loi de Moyse, et la grâce et la vérité de la loi de grâce, consiste dans la connaissance de Dieu, en laquelle est cependant la vie éternelle : ut cognoscant te solum Demn verum (S. Jean C. xvii. v.3), et qui est source et principe de toute vérité. Moyse ne donnait et ne pouvait donner de Dieu qu'une idée figurée ; il pouvait présenter un tableau imparfait, et celui qui le voyait y comprenait ce qu'il pouvait. Cela venait de ce que Moyse ne pouvait nous apprend le ce (ju'i! n'avait \u lui-
même que per spéculum, et en figure; tandis que le Fils de Dieu, qui est dans le sein de son Père, possédant en lui l'essence de son «Père et le voyant essentiellement , pouvait nous en dire des réalités, et, réellement, il nous a raconté, à voile levé, ce que nous étions capables d'apprendre.
On peut dire encore que Moyse ne pouvait pas donner la grâce et la vérité, puisqu'il ne l'avait pas; il ne l'aurait pu avoir, et par conséquent donner, qu'autant qu'il aurait vu Dieu sicuti est, tel qu'il est, cette vue seule mettant en possession de Dieu.
Toutes les connaissances que Moyse et les prophètes avaient de Dieu, ce sont celles que le Fils unique de Dieu, qui est de toute éternité dans le sein de son Père, leur avait communiquées. De là, tout ce qu'il y a de substantiel et de vérité dans la loi et les prophètes vient du Verbe ; par conséquent, le Verbe seul est auteur de la grâce et de la vérité. Et comme ces grâces et ces connaissances n'ont été accordées à iMoyse et aux prophètes que par la vertu (it les mérites du Verbe incarné, il s'ensuit que c'est Jésus-Christ seul qui est la source de toute grâce et de toute vérité communiquée aux saints. Et ces vérités, grâces et connaissances, ce n'est pas comme Moyse qu'il les donne, par la lettre seulement, mais il les grave dans les âmes et il illumine ces âmes dans leur intérieur.
19. El hoc e.^^t teslimonium Joannis, qiiando niisermit Jiidœi ab Jerosolymis sacerdoles et leviias ad euni. ut inlerrogarent eiim ; Tu quis es?
19. Or voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander :
Qui es-tu ?
Avant que Notre Seigneui' eiit paru, Jean prêchait dans le désert et faisait ses fonctions de précurseur, pour préparer les jDeuples à la pénitence. Les Juifs, voyant un spectacle si nouveau qu'ils n'avaient Jamais vu auparavant, même dans leurs anciens prophètes, soupçonnaient que ce pourrait bien être le jMessie, et ils envoyèrent des hommes qui connaissaient la loi et qui étaient à même de juger de œs choses. C'étaient des prêtres et des lévites, qui vinrent examiner quel était ce nouveau personnage : Tu quis es ?
Il parait, pai- la réponse qu'il leur fit, qu'ils lui demandèrent s'il était le Messie.
20. Et confessus est, et non negavit ; et confessus est : Quia non sunn ego Cliristus.
20. ('ar il confessa, et il ne le nia pas; il confessa : Ce n'est pas moi qui suis le Christ.
l ne chose à remarquei" ici , c'est que le S. Précurseui- n'aime pas à parler de lui-même. A toutes tes questions qu'on lui fait sur lui, il répond par des monosyllabes ou par les phrases les plus courtes possibles ; il avait toujours peur qu'on ne fît attention à lui, tandis qu'il voulait lixer tous les esprits vers celui pour lequel il avait été envoyé. Mais, dès que la question est au sujet de Notre Seigneur, il ne tarit pas. Et tout ce qu'il dit va toujours à se faire oublier, à s'etfacer lui-même, pour n'occuper les autres que de son principal objet ; il montre qu'il n'est qu'une voie qui mène à Notre Seigneur. Une fois arrivé là, il ne faut plus s'occuper de la voie ou de l'instrument qui y a mené. Grand modèle des prêtres, qui ne doivent pas attirer l'attention, l'estime et l'alfection des hommes vers eux, mais amener toujours tous les esprits et tous les cœurs directement vers le grand objet de tout amour.
On peut encore reiuaiquer dans ses réponses qu'il s'oubliait l'ntièrernent e( ne voulait en aucmio façon l'estime des hommes; pas de tergiversation, pas de détour. On lui demande : Etes-vous le Messie? Il confesse qu'il ne l'est pas; mais il ne leur dit pas qui il est; il répond à la question, et ne s'inquiète pas de ce qu'on ira penser après, parce (jue son esprit était tout plongé en son Maître, et n'était occupé que de lui. Il leur dit : « (^e n'est « pas moi qui suis le Christ ; » par là il voulait détourner leur esprit de lui-même et leur faire demander : Qui est donc le Christ ? où est-il ?
21. Et interrogaverunt eum : i 2t. Et ils lui demandèrent : Quoi Quidergo? Elias es tu ? Et dixit -.donc? Es -tu Elle? Et il répon- Non sum. Propheta es tu? Et res- dit : Je ne le suis point. Es-tu pondit : Non. | propliète ?(*) Et il répondit : Non.
Mais les envoyés n'entrèrent pas dans les vues de son humilité et de son amour pour- le Verbe inciu'né. Ils poursuivirent leurs questions et voulurent absolument savoir qui il était, et ils le firent d'une façon à montrer la grande opinion qu'ils avaient de lui. Ils pensaient qu'au moins ce serait Elie, qui serait revenu sur la leire pour annoncer le Messie. L'humilité de S. Jean répondit Non . quoiqu'il eût pu dire Oui , dans le sens des prophètes, qui l'avaient annoncé sous ce nom, comme ayant l'esprit et la vertu d'Elie.
Il ne voulait pas non plus qu'on le regardât comme un prophète; il répondit donc par un suiiple non, de manière que ceux à qui il parlait pouvaient et devaient croire qu'il était moins qu'un prophète, quoiqu'il fût plus griMid que tous les prophètes, et qu'Elie lui-même.
■, l.i' lc\U' s''''<" l>orlc " le prophrlp ".
li (lisait la vérité ; il n'était pas prophète, parce que les prophètes devaient annoncer le Messie de Join : c'était là le caractère propre de l'Esprit de propliiMie ; tandis que lui, Jean, devait l'annoncer de près et le montrer au doigt. Caractère de mission unique, qu'il n'a partagé avec personne, et dont il aura lui seul la gloire éternelle dans le ciel.
Jean semble espérer que par ces réponses brèves il les empêchera enfin de lui faire ces questions sur son compte et qu'ils en viendront enfin à son grand objet, au Messie. Mais non.
22. Dixerunt orgoei : Quis es, ul responsiim demus his, qui miserunt nos? Quid dicis de leipso?
22. Us lui dirent donc : Qui es-tu, afin que nous rendions réponse à ceux qui nous ont envoyés? Que dis-tu de (oi-mênie?
Ces envoyés désiraient avoir quelque chose de positif pour rendre réponse, et plus l'humilité de Jean tendait à éloigner de lui leur attention, plus au contraire ils le pressaient de répondre, et cette question l'obligea enfin de répondre.
Il le fit en peu de mots, y manifesta de nouveau sa grande humilité, et dirigea encore l'esprit vers son divin Maître, afin de leur faire poser une question sur le Messie.
23. Ait : Ego vox clamanlis in deserto : Dirigile viam Domini, sicut dixit Isaias prophela.
23. Je suis, répondit-il, la voix de celui qui crie datis le désert:
Redressez la voie du Seigneur , comme l'a dit le propliète Isaie.
Enfin S. Jean leur dit que toute sa mission était de crier dans le désert et d'exhorter les peuples à se préparer pour la venue du Seigneur. En tout son ministère, il n'était que la voix de Dieu. Il montre par là que, de son fonds, il n'était rien ; il montre encore qu'il n'avait pas de pouvoir sur les âmes, que
tout ce qu'il pouvait étail de faire entendre ces paroles : DirigOe etc., c'est-à-dire qu'il pouvait leur dire qu'ils .'ivaient à se préparer, sans leur donneidu secours pour cela. Par ces paroles, plus encore que par les premières réponses (ju'il avait faites, S. Jean s'efface devant le divin Messie et attire toutes les attentions vers Lui. H semble que les envoyés des Juifs auraient du entin lui faire quelque question sur ce grand objet de leur attente. Mais le S. Evangéliste fait une réflexion, dans le verset suivant, qui explique pourquoi ils s'obstinèrent à faire des questions sur lui-même.
24. Et qui missi fueriint, erantj 24. Or ceux qui avaient elé enex Pharisaeis. voyés étaient du nombre des Phari-
I siens.
Ceux qui avaient été envoyés vers S.Jean étaient du nombre des Pharisiens. Les Pharisiens étaient comme un corps religieux parmi les Juifs. Ils faisaient profession d'un grand rigorisme pour l'observation de la loi, et menaient une vie retirée et plus parfaite, selon la loi, que les autres. Ils faisaient les choses autrement que le commun des Juifs. Cette vie leur attirait l'eslime et la vénération des peuples. Cette estime flattait beaucoup leur orgueil, et ils étaient jaloux de la posséder seuls, et tout ce qui était capable de la leur disputer leur faisait ombrage.
C'est ce qui nous explique la raison pour laquelle ils posent tant de questions pour faire dire à S. Jean qui il était, et surtout celle du verset suivant. S. Jean menait une vie plus extraordinaire que la leur; il donnait des marques très évidentes d'une sainteté phis grande que la leur. Les peuples vennient à lui en foule: tous les veux se tournaient vers lui, et ils
crai^uaieiil que, peu à peu, ou ue l'estimât j)ius qu'eux. C'était la raison secrète pourquoi ils lui faisaient tant de questions, et pourquoi ils ne s'inquiétaient pas de savoir quel([ue chose sur le Messie.
2">. Et inteiTogavenint enm , et dixeriint ei : Quid ergo baptizas, si tu non es Christus, noqiie Elias, neqiie Prophota?
25. Et iis l'intcrrogôreiit encore, et lui dirent : Pourquoi donc ba[)tises-(u, si lu n'es m le Christ, ni Elie, ni un prophète ?
Le baptême de Jean était un ministère extraordinaire, qui touchait beaucoup les peuples et les j)ortait à la pénitence, ce qui donnait une grande autorité au saint Précurseur. C'est ce qui otTusquait les pauvres Pharisiens, lesquels voulaient tout attirer à eux. Et comme ce baptême n'était pas du nombre de ceux qui sont, marqués dans la loi, ils demandèrent à Jf-an par quelle autorité il baptisait, n'étant ni le Messie, ni Elie, ni un prophète, et quelle vertu avait donc son baptême, étant fait sans autorité.
26. .lean leur répondit : Pour moi, je baptise dans l'eau : mais il y a au milieu de vous quelqu'un que vous ne connaissez pas.
27. C'est lui qui doit venir après moi, qui a été fait avant moi ; je ne suis même pas digne de dénouer les cordons de ses souliers.
28. Ceci se passa à Béihanie. au delà du Jourdain, oi!i Jean baptisait.
26. Respondit eis Joannes, dicens : Ego baptizo in aqua : médius autem vestrûm stetil, quem vos nescitis.
27. Ipse est, qui post me venturus est, qui ante me factus est :
cujus ego non sum dignus ut solvam ejus corrigiam calceamenti.
28. Hsec in Bethania facta sunt trans Jordanem, ubi erat Joannes baplizans.
S. Jean leur dit : « 3!on baptême n'est qu'un «
<( baptême d'eau. Pourquoi m'interrogez-vous tant «
« sur mon baptême? Ce baptême n'est rien pai' «
« soi-même, il n'a aucune force spirituelle, et moi «
« je ne lui communique pas de force non plus «
« par ma propre vertu. Mais vous avez quelqu'un «
« au milieu de vous que vous ne connaissez pas; « « c'est vers lui qu'il faut lixer votre attention ».
Ou peut croiie ([u'il iijoula à cela ce (jui est dit clans les autres ('nangélisles, el ce que celui-ci semble supposer plus laid : Ipsc vos baplizabit in SpiritK Sanclu. Car, par toutes ces paroles, S. Jean veut montrer que son baptême n'est lien, el qu'il ne fait que préparer les voies au Messie, qui va incessaninient paraître, et qui donnera ce que ce baptême ligure.
Il leur dit : Vous venez ici dans le désert pour m'interroger sur tout tcla, tandis que celui pour lequel je suis venu est au milieu de vous, sans que vous le connaissiez. C'est lui qui viendra après moi et qui est le grand personnage pour lequel je suis fait; je ne suis venu que pour être son avant-courreur, mais je ne suis pas digne de dénouer le cordon de ses souliers, tant il est grand et moi je suis peu de chose à côté de lui. Occupez-vous donc de lui et non de moi.
On peut encore expliquer ces mots : ut soham, « mon ministère est bien peu de chose, puisqu'il « n'est que pour préparer les voies devant lui; et une « fois arrivé, je ne puis plus lui rendre le moindre « service; je suis indigne de le servir dans l'apos- « tolat n. Le terme dénouer les cordons de son soulier signifie : le soulager dans sa course apostolique, comme le dernier domestique fait à un maître quand il vient de voyage; il lui ouvre son soulier pour qu'il se délasse.
29. Altéra die vidit Joannes Jesum veiiienlem ad se, et ail ; Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatiim mundi.
29. Le jour suivant Jean vit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l'Agnean de Dien, voici celui qui Ole le péché du monde.
Jusqu'à présent le S. Evangéliste a rapporté le témoignage de Jean après que Notre Seigneur IViit quitté, el
— iO —
avanl qu'il ne iVil vomi. Maintenant il va parler du témoignage qu'il a rendu en la présence' même du Sauveur. Quand Jésus arriva vers S.Jean, dès que ce saint Précurseur le vit de loin, l'Esprit de Dieu, qui était en lui, lui lit reconnaître celui qu'il désirait depuis si longtemps, et qu'il avait annoncé avec tant de force et de respect. Et, animé d'un amour tendre, à la vue de tant de grâces divines, de tant de douceur et de tant d'innocence répandues sur sa personne sacrée, il dit : « Voilà l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde. » Il l'appelle Agneau, pour manifester son innocence et sa douceur, et pour annoncer que c'est une victime ; il l'appelle Agneau de Dieu, c'est-à-dire , une victime innocente et agréable devant son Père, qui lui est toute entière dévouée, qui en vient et qui lui appartient entièrement. Il veut montrer encore par laque toute la divinité est on lui, et que par conséquent c'est une victime divine. Qui toUil peccatwn mundi. Cet Agneau adorable est pur et saint, et il n'est victime que du péché du monde, qu'il porte sur lui et qu'il enlève et ôte par son sacrifice. Quoique Jean ne sût peut-être pas que Notre Seigneur devait être baptisé par lui, ces f)aroles lui étaient cependant inspirées, pour faire voir aux peuples que si le divin .Messie recevait le baptême de pénitence, ce n'était pas qu'il fût pécheur, et qu'il en eût aucun besoin pour lui, mais seulement parce que, ayant pris tous les péchés du monde sur lui, et devant les emporter, il était nécessaire que le divin Agneau vînt lui-même recevoir ce baptême, pour lui donner force et grâce pour la pénitence, et pour consacrer pour ainsi dire rélérnent qui, plus tard, devait servir au baptême, lequel devait remettre les péchés ipso favfn.
il (lit : pecculum mimdi, pour désigner le péché originel, dont tous les autres péchés ne sont que des elTcts, et dans lequel ils sont par conséquent renfermés et emportés par le divin Agneau.
:iO. Hic est, de quo tlixi : Post 30. C'est celui donl jai dit:
me venit vir, qui anle me faclus est, quia prior me erat,
Après moi vient un homme, qui a été fait avant moi, parce qu'il était avant moi.
Il répète toujours la même sentence, pour faire comprendre à tous la grandeur du Messie ; et, après avoir parlé de lui comme d'une victime offerte à la gloire du Père et d'une manière à remplir tout le monde d'amour, il ajoute ces paroles pour imprimer le respect et la vénération dûs au Fils de Dieu.
31. Et ego nesciebam eum; sed ut manifestetur in Israël, proplerea veni ego in aqua baplizans.
31 . Et moi , je ne le connaissais pas ; mais c'est pour qu'il fût manifesté en. Israël , que je suis venu baptisant dans l'eau.
11 ajoute que lui, Jean, n'est, venu baptiser dans l'eau que pour la manifestation du Fils de Dieu en Israël, parce que c'est par là que le peuple avait commencé à se disposer à la pénitence, disposition requise pour recevorr la grâce de la foi et de la régénération. Une fois l'esprit de pénitence répandu dans les peuples, le divin Messie pouvait venir pour avoir entrée dans les âmes. De plus, c'est à l'occasion du baptême qu'il se montrait. Ainsi Jean expose que toute sa mission consistait à préparer les peuples à la venue du Messie par le baptême, proplerea veni ego. Il dit que lui-même ne l'avait pas connu, et par conséquent le Messie avait été entièrement inconnu jusqu'alors, et que c'était pour sa manifestation qu'il baptisait.
■rj.
On [)eu( ciicort'. dire qu'il voulait sigiiitioi- pai là (jue c'élail par rHsprit de Dieu qu'il le reconnaissait en le voyant, arriver, et que le caractère divin d'Agneau de Dieu et de Verbe incarné se manifestait à lui pour la première fois en ce moment. Quel transport d'amour a dû éprouver ce grand personnage, à ce moment le plus heureux de sa vie !
Une autre explication, plus spirituelle et plus profonde: ^<. Et ego nesciebam eum. » Cette conn;iissance de Notre Seigneur, dans le sens si souvent employé daîis l'Ecriture, signifie une connaissance intérieure et spirituelle. Notre âme étant appliquée à Notre Seigneur et< en rapport intime avec lui, voyant et considérant dans une sainte contemplation toute sa personne, ses perfections et ses mystères, et recevant dans le même rapport ses divines communications, Jésus s'ouvre ainsi devant cette âme fidèle, la reçoit dans ses embrasements et lui communique son intérieur.
Dans l'ancien Testament, avant la venue de Notre Seigneur, cette connaissance et ce rapport étaient très-imparfaits et obscurs. Tout ce qui était accordé aux plus grands d'entre les Patriarches et les Prophètes, c'était une vue lointaine et seulement par figure; et, au lieu de ces embrasements que produit dans une âme du nouveau Testament, la possession du divin Agneau, les grands Patriarches et Prophètes avaient des espérances, des désirs et des soupirs. C'est ce que dit plus loin le divin Maître : Abraham exultavit ut videret diem mcum, vidit et gavisus est (v. 56). Ces soupirs allaient toujours en croissant, k mesure que le temps s'approchait. Qu'on juge de ceux du grand Précurseur, avant (ju'il eut
en U' bonheur de voir le divin Messie. Car, uviinl que Noire Seigneur se fût manifesté, S. Jean était comme les anciens Patriarclics, sa vue du Messie, quoique plus rapprochée , puisqu'il avait été sanctifié par lui dans le sein de sa mère, était cependant dans le lointain(*). Sa connaissance obscure et ses rapports intérieurs, étaient une connaissance et des rapports de désir et d'espérance, et c'est ce qu'il dit dans un transport d'amour : Je ne l'ai pas connu, car mon baptême n'a pas reçu de sa main les grâces de sanctification, mais la grâce de préparation ; je travaillais pour lui, mais seulement pour son apparition, et, avant cette apparition, j'étais ignorant comme les autres; mais maintenant je le vois avec des transports d'amour: Ecce Aynus Dei. Une fois que Notre Seigneur eut apparu. S. Jean reçut de suite ces rapports, ces lumières, ces embrasements du nouveau Testament. Et c'est ce qui fait son transport; il sent, il voit, il connaît, il jouit d'un ordre de choses inouï jusqu'alors. Car S. Jean, en qualité de Précurseur, a eu la grâce des deux Testaments dans une très grande perfection. Au moins a-t-il eu celle du Nouveau, dans le moment de ses rapports avec Notre Seigneur; car tous les rapports et toutes les actions de Notre Seigneur apportaient avec eux une grâce intérieure qui leur était analogue, et qu'ils exprimaient : la vue extérieure, la connaissance intérieure, etc. Il n'y avait que ceux qui étaient mal disposés qui ne
(*) Noire Seianeur a voulu sanclificr le S. l'récursoiir cl.int encore caclié dans le sein (le sa Se Mère, et S. Jean rélaiil aussi, et ainsi son opération était eachéc non moins ((ue (i;ms les anciens Prophètes, car le jour de sa manifestation n'était pas venu. Kt il est probable que .lean n'avait jamais vu encore l'Enlant Jésus, quoi((ue les peintres représentent si souvent ce tableau; sa première vue manifeste fui au jour de l;i manifestation du Sauveur en Israël, 'xoti; du \'. l'ère.
profitaient pas de ces grâces, et qui en devenaient plus aveugles et plus mauvais. (*)
Jusque là c'est le témoignage de S. Jean avant le baptême de Notre Seigneur. Dans les versets suivants ce sera son témoignage après le baptême.
32. Et testimonium perhibiiit | 32. Jean rendit, encore ce té- Joannes, dicens : Quia vidi Spiriliim moignage disant . J'ai vu l'Esprit
descendenteni quasi columbam de cœlo, et mansit super eum.
33. Et ego nesciebam eum ; sed qui misil me baptizare in aqua, ilie mihi dixit : Super quem videris Spiriluni descendentem, et manenlein super eum , liic est qui bapLizat in Spiritu Sanclo.
34. Et ego vidi : et te.sllmonium perhibui quia bicest Filius Dei.
descendant du ciel en forme de colombe, et il s'est reposé sur lui.
33. Et moi je ne le connaissais pas : mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et se reposer sur lui, c'est celui-là qui baptise dans le Saint-Esprit.
34. Et je l'ai vu, et j'ai rendu témoignage que c'est lui qui est le Fils de Dieu.
Ces trois versets renferment le témoignage de Jean immédiatement après le baptême. Après le baptême de Notre Seigneur, le Saint-Esprit descendit sur Lui sous la forme d'une colombe. Ce n'est pas que l'Humanité sainte reçut une plus grande abondance de l'Esprit-Saint, qu'elle n'en avait auparavant; mais ce fut pour montrer à S. Jean ce qui existait dans le Fils de l'homme depuis le premier moment de l'Incarnation. Et c'est ce qui est particulièrement signifié par la permanence du divin Esprit sur lui, sous cette forme sensible. C'était encore pour montrer les effets du baptême du Fils de Dieu, dont celui de S. Jean n'était qu'une figure. La forme de la colombe signifie l'amour pur et chaste, Tinnocence, la simplicité et la douceur, qui en sont les effets nécessaires.
• Par là on explique les difficultés qui pourraienl venir de la différence de l'Évangile de Saint Jean et des autres evansélistes. (note du V. l'ère.
A uiesiiie i{uc les j3ioinesses divines s'accoiiij)lissaient el que Noire Seigneur auj^menlait ses rapports avec S. Jean, à mesure aussi celui-ci acquérait des grâces et des lumières plus claires et éprouvait des choses plus grandes. Le Fils de Dieu a dû donner à Jean des communications très-grandes, dans les rapports si intimes et si admirables du saint baptême qu'il reçut de lui ; el les manifestations qu'il lui fit de ce qu'il était, par le moyen de la vision de la colombe, ont dû être d'une perfection et d'une efticace qui surpassaient tout ce que saint .Jean avait reçu jusqu'alors. Le saint Précurseur, selon que les rapports et les grâces augmentaient, entrait aussi toujours dans un plus grand amour et une plus grande admiration sur ce qu'il voyait, (''est pourquoi il répète encore : Et ego nesciebam eum. Plus ses connaissances devenaient grandes, plus il voyait son ancienne ignorance.
S. Jean eut bien connaissance longtemps d'avance de la venue du Fils de Dieu sur la terre et de son union à la chair ; mais il semblerait qu'il ne connaissait pas l'union hypostatique ou au moins qu'il n'en avait qu'une connaissance obscure, et en général tout ce qu'il savait n'était que par ime vue obscure ou plutôt une certaine lueur. Quand Dieu lui fit connaître que son Fils viendrait, qu'il baptiserait dans l'Esprit-Saint, et qu'il lui promit de le lui faire voir par la marque de la colombe qui descendrait sur lui et y resterait, le saint vit bien alors que l'Humanité sainte aura des rapports intimes avec la divinité et que i'Esprit-Saint reposera sur lui et qn'il aura toute puissance de disposer de ses dons.
.Mais ce t'ul bien aulre cliuse, ([uand l'évèiiejnenl arriva. Alors Notre Seigneur s'ouvrit devant lui, mit son âme en rapport avec la sienne, lui fit concevoir, sentir, goûter l'union de l'Humanité sainte avec le Verbe, et ses rapports avec l'Esprit-Saint, et il lui en donna participation de grâce, le tout selon la capacité de Jean. Il lui fit concevoir aussi la communication de grâce qu'il faisait aux hommes : Ipse est qui baptizat in Spiritu Sancto, le baptême de l'iispril- Saint est... f*)
Et ego vieil : S. Jean a vu. H faut pénétrer un peu plus avant que dans le strict sens des paroles, dans une circonstance si extraordinaire du Fils de Dieu en rapport avec le plus grand des enfants des hommes, chargé d'en rendre témoignage, et de. faire croire à tout le monde la grandeur de la mission du Fils de Dieu. Et ego vidi : lo Fils de Dieu lui a fait voir.
Quand on veut avoir un témoin de cette importance, pour une chose de si j^jrande conséquence et si profonde, il faut faire voir à ce témoin tout ce dont il doit rendre témoignnge. De là, on peut conclure avec vérité que Jean a vu et considéré avec admiration les grands trésors renfermés dans Notre Seigneur Jésus- Christ, et qu'il a pénétré dans son divin intérieur, pour considérer l'union admirable du A'erbe avec le Fils de rbomme, du Fils de Dieu avec le Fils de David. C'est pourquoi il dil avec admiration : « J'ai \ u et j'ai rendu témoignage que c'est là le Fils de Dieu. » Il avait conmi cela auparavant par révélation, c'est certain, mais il n'avait pas vu. Maintenant qu'il a vu, son témoignage a une toute autre force, et qu'est-ce qu'il a vu?
'*) l.a phrase esl incoinpJcle dans lo inanusrril.
Il a vu lo Fils de Dieu dans cotte chair qui parai! aux veu\, et il rend témoignage que c'est le Fils de Dieu.
Tout cela se passa innnédiatement après le baptême (le Notre Seigneur. Saint Jean dit : Testimonium perliibiii. C'est le passé pour le présent, comme cela se trouve si souvent dans l'Ecriture.
Autre explication : ce mot, lémoignage , dans saint Jean, n'a pas la signilication ordinaire dans son strict usage parmi nous pour les choses humaines, mais cela veut dire» une affirmation forte, animée, et ])leine de foi et d'amoui- d'une vérité connue. Ce genre de témoignage peut se rendre en son intérieur vis-à-vis de soi-même, ou en la présence de Dieu par des actes de foi et de charité, ou en la présence des autres, pour les exhorter à croire les choses qu'on annonce et y adhérer avec les mêmes sentiments de foi et d'amoiu". Et ici le mot perhibui peut se rapporter au tiMnps oii saint Jean eut le bonheur de voir les choses qu'il admirait; et alors il rendit gloire à Dieu par des actes de foi, pleins d'amour envers Je Fils de Dieu. C'est un témoignage comme celui de saint Thomas qui dit : Dominus meus et Deus meus; ou comme celui de Nathanaël : Tu es Filius Dei , tu es Rex Israël.
35. Le jour suivant Jean se trouvait encore avec deux de ses disciples.
36. Et regardant Jésus qui se promenait,il dit -.Voilà l'Agneau de Dieu.
35. Altéra die iterum stabat Joannes, et ex discipulis ejus duo.