Al ille ail: Credo, Domine
Et procidetis adoravit eum.
38. El celui-ci reprit : Je crois, Seigneur ; et, se prosternant, il l'adora.
Cette réponse de l'aveugle guéri est parfaitement en rapport avec ces deux paroles de Notre Seigneur. A cette parole et vidisti eum, il répondit : Credo Domine je crois Seigneur ; et a cette autre et qui loquilur iecum, il se prosterne et adore et procedens adoravil eum. Cet là une foi admirable, une foi qui ne raisonne pas. Elle voit, elle entend, elle adore. I*as de réflexion, mais un abandon entier : Credo Domine. Notre Seigneur lui demande : Tu credis 7 elW répond avec amour : Credo Domine, et l'action suit de près. Non seulement il soumet son esprit, mais il donne toutes les puissances de son corps, procidens, et de son âme, adoravit eum. Il voit par la foi et il adore par la grâce admirable qu'il en reçoit par sa divine parole. Il adore, et par là il rend
hommage à sa divinité, et avoue que toutes les puissances de son corps et de son âme sont dans la dépendance du Fils de Dieu et reçoivent tout de lui, dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce : El procidens adoravit.
39. El dixit Jésus: In judicinni f 39. Alors Jésus dit : C'esl en juego in liunc mundum veni, ul qui gernenl quo je suis venu dans ce non vident, videant , et qui videiU monde, afin que ceux qui ne voient cœci fiant. I pas, voient, et que ceux qui voient
deviennent aveugles.
Notre Seigneur se sert de celle occasion conime d'une parabole, en comparant et mettant en rapport l'aveuglement de cet homme et les ténèbres de son esprit, comme aussi la vue qu'il a reçue avec la grâce de la foi qui en fut la suite. L'une n'est qu'une image de l'autre et il l'applique aux autres hommes. Il dit donc qu'il est venu dans ce monde pour elre un sujet de jugement. Ce mot jugement renferme ce qu'a prédit Siraéon au jour de la Présentation du divin Sauveiw, disant : « Que cet enfant sera la ruine, et le salut de « phisicurs en Israël. » Il est venu pour être lui sujet de jugement entre les bons et les mauvais. Les uns seront fidèles et se sauveront, les autres seront infidèles et se perdront. Ce jugement consiste en ce que ceux qui ne voient pas deviennent clairvoyants, et c'est là ce qu'indique l'image de cet aveugle-né, qui était en même temps figure et réalité de celte vérité que nous dit le divin Sauveur; et ceux au contraire qui voient, deviennent aveugles. Avant la venue du Sauveur, toutes les lumières étaient entre les mains des docteurs de la loi, et tous ceux qui recevaient leurs petites et faibles lumières étaient en bon état; les autres étaient des aveugles. Ces lumières n'étaient qu'une lueur, mais quand loul le monde esl aveugle celui qui a une petite
kieur est regardé comme un homme clairvoyaiil. Noire Seigneur étant venu sur la terre, n'y est venu que pour y jeter le grand éclat de sa lumière de vérité. Ceux qui étaient dans les ténèbres, c'est-à-dire les gens les plus simples et lès plus ignorants du peuple, voyant celte grande lumière, selon la parole du prophète], se rendirent en grand nombre et crurent , et par la foi devinrent éclairés. Si cela n'arriva pas de suite pour tous, cela eut lieu au moins après l'Ascension.) Mais ceux qui, auparavant, avaient été en possession de cette petite lueur, croyant être bien clairvoyants, ne se rendirent pas, et même résistèrent à la grande lumière , de peur d'être éclipsés par la présence de la lumière venue. Or, comme cette petite lueur qu'ils avaient, n'était qu'un reflet de cette grande et divine lumière, en la rejetant ils perdirent même cette petite lueur , comme la lune en se détournant du soleil perd le peu de lumière qu'elle avait et devient ténébreuse.
Par là Notre Seigneur prédit aussi la conversion des gentils, qui avaient été enfants de ténèbres, dès l'origine du monde, et qui ont reçu la lumière de notre divin soleil, et l'endurcissemenl du peuple Juif qui, ayant eu seul la lumière en possession, la perdit et devint un un peuple de ténèbres.
40 Et audierunt quidam ex Pharisaeis qui ciim ipso eranl. et dixerunl ei : Nuniquid et nos caîci sumu9?
40. Or quelques-uj;is d'entre les Pharisiens , qui étaient avec lui , l'entendirent et lui demandèrent :
Est-ce que nous sommes aveugles, nous aussi P
Ils se trouva là présents des Pharisiens qui étaient avec Notre Seigneur. Car, ces gens là ne le quittaient pas; il y en avait toujours avec lui, non pour profiter de ses discours, mais pour l'épier sans cesse et pour l'examiner dans toutes ses paroles et sa conduite, afin
d'y trouver quelque chose à redire; el ils ne manquaient jamais de circonstance pour lui faire opposition, et dans toutes ces occasions leur orgueil paraissait.
Ceux qui étaient là présents sentirent de suite que celle parole pourrait les regarder, parce qu'ils se sentaient coupables. C'est pourquoi ils lui adressèrent de suite la question et demandèrent «s'ils étaient aveugles « eux aussi. » Ils avaient si bonne opinion d'euxmêmes , qu'ils ne croyaient guère possible qu'on put dire qu'ils fussent aveugles; mais ils étaient pourtant si aveugles , qu'ils ne voyaient pas que cette bonne opinion là même était la source de leur aveuglement.
Ces Pharisiens comprenaient que Notre Seigneur parlait de ceux qui ne voulaient pas croire en lui, et qui avaient chassé cet aveugle devenu clairvoyant ; ils sentaient que cette comparaison pesait sur eux, voilà pourquoi ils font cette question avec une espèce d'étonnement : « Croyez vous donc que nous autres Pharisiens sommes «aveugles?» Ils voulaient dire qu'ils avaient la lumière de la loi, des prophètes et de la tradition.
41. Dixil eis Jésus : Si caeci es- I 41. Jésus leur répondit : Si vous setis, non haberetis peccatutn, mine étiez aveugles , vous n'auriez point vero dicitis : Quia videmus; pecca- ' de péché. Mais vous dites au contum vestrum manel. I traire ; Nous voyons. Ainxi votre
! péché subsiste.
Notre Seigneur n'avait pas dit qu'ils étaient aveugles, mais que, par leur résistance et opposition à la divine lumière, ils devenaient aveugles. Voilà pourquoi il leur répond : a que si véritablement ils étaient aveugles, « comme avait été cet homme guéri, ils n'auraient pas « de péché à lui résister, parce qu'ils résisteraient pour « la gloire de Dieu et avec sincérité et non par suite de « leurs passions, ne sachant pas qu'ils résistent à la lu- « mière. Mais, ajoute-1-ii, maintenant que vous dites que'
« vous voyez la vérité, et vous résistez tout de même, « voire péché restera en vous et vous serez véritablece ment aveugles. » Notre Seigneur dit : Dicitis quia videmus. parce que, dans le fond, ils n'avaient pas une lumière véritable, mais seulement un reste de lueur, qu'ils trouvaient dans la loi et les prophètes ; parce que leurs fausses traditions n'avaient pas tout renversé, mais seulement obscurci certaines choses, et il leur restait même de vraies traditions qui leur apprenaient encore bien des choses concernant la Vérité éternelle, qui devait paraître sur la terre. De tout cela il ne leur revenait pas un grand jour, mais une lueur forte, qui était affaiblie beaucoup par leurs passions et leurs fausses traditions. 11 y en avait encore cependant assez pour leur faire connaître la vérité et pour les rendre inexcusables de leur malicieuse résistance, et c'est ce qui faisait que leur péché restait toujours en eux et produisait en eux cet aveuglement dont notre divin iMaître parle. Mais cet aveuglement ne devait être achevé qu'après la mort de celui qui était venu les sauver et les éclairer. Car comme en ceux qui croyaient, par l'habitude et la permanence de la foi, la lumière devenait leur partage,. de même ceux qui devenaient incrédules, leur péché devenant permanent les endurcissait et les rendait aveugles; c'est pourquoi Notre Seigneur dit : Peccatum vestrum manet.