CHAPITRE X
Faux cl mil i)a.sleur. Jésus est. la purtr des brebis ', il est le bon pasteur. Caractère ilu vtercenaire. Brebis réunies sous un seul pasteur. Jésus cjuitle sa vie pour la reprendre. Les brebis de Jésus entendent sa coi.r Les Juifs reuleni le lapider. Il prouve sa divinité par ses œuvres.
1. Amen, amen dico vobis : Qui tion iiilral per ostiiini m ovi!e ovium sed ascendil aimnde, ille fnr est et
1. l'ji vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui n'entre point par la porte datis le bercail des brebis.
lalro. ; mais y monte par ailleurs, est un
voleur et un larron.
A l'occasion de la conduite des Pharisiens , Psotie Seigneur donne celle belle instruclion aux pasteurs de son Eglise, c'est-à-dire aux pas-teurs des âmes. Il adresse cette parabole aux Pharisiens, qui étaient les pasteurs du peuple juif. Noire Seigneur conjpare la réunion des âmes fidèles à un bercail. Il parle ici en général, et indique soit les fidèles de l'ancien soit ceux du nouveau Teslament; et par conséquent cela regarde les prêtres du nouveau Teslanienl , aussi bien que les docteurs et les chefs du peuple de l'ancien Testament.
Par l'entrée dans le bercail , Notre Seigneur ne veut pas dire seulement la première entrée en charge, et faire entendre par là qu'il faut la vocation divine. Car c'est un reproche qu'il fait ici aux Pharisiens, pour leur montrer qu'ils sont des voleurs et des brigands. Or , les Pharisiens n'étaient jvas voleurs par faute de vocation ; ils étaient assis dans la chaire de Moyse, comme dit Notre Seigneur dans un autre Evangile, et cela par succession légitime. Il veut faire entendre plus particulièrement toute action du pasteur par laquelle il gouverne et dirige les fidèles. Ce mouvement par lequel il se porte vers les fidèles, pour les gouverner et les diriger, s'appelle entrée
dans le bercail, parce que pour gouverner et diriger eu pasteur véritable, il faut entrer spirituellement dans les âmes; il faut que les âmes soient ouvertes devant le pasleur et qu'après cette entrée il les gouverne et les dirige.
Il y a deux entrées dans le bercail : l'une légitime et selon la nature du bercail, l'autre illégitime et hors de l'ordre des choses, l/enlrée légitime et naturelle est appelée porte; toute autre entrée que la porte n'est pas l'entrée légitime et naturelle. Le pasteur entre par la porte, parce que le portier qui en est chargé lui ouvre. L'étranger qui vient pour voler ne peut entrer par la porte, parce que le portier ne lui ouvre pas ; et que faitil ? il emploie la force ou la ruse pour se frayer un autre chemin pour entrer. De là, toute entrée, excepté la porte, est l'entrée des voleurs.
Maintenant, pour connaître et trouver la porte légitime, il faut examiner la nature du bercail et des brebis qui y sont renfermées; et pour y entrer, il faut être véritable pasteur, ou venir au nom du véritable pasteur et avec lui ; car, aucun étranger n'entre comme pasteur. A présent, qu'on examine quel est ce bercail, (^est un bercail tout spirituel et surnaturel, les brebis sont les âmes considérées dans un étal et dans un ordre spirituel et surnaturel, et h manière d'entrer dans ce bercail doit être par conséquent spirituelle et surnaturelle. Or pour entrer d'une manière surnaturelle, dans ce bercail spirituel et surnaturel il n'y a et il ne peut y avoir qu'une seule porte, qui est Notre Seigneur tout seul.
Un homme qui s'occupe de son propre salut et qui n'est pas chargé des autres est une simple brebis, qui est entrée par cette divine Porte dans' la voie du salut çt dans le bercail du Père Eternel; car rien ne peut y
entrer que par la divine Porte qui nous a été donnée par le Père. Mais celui qui, non seulement s'occupe de son propre salut, mais du salut du prochain, celuilà est pasteur, en tant qu'il est chargé des brebis, et toutes les l'ois qu'il se désoccupe actuellement de luimême et fait une démarche vers les brebis pour les fonctions pastorales de gouvernement et de direction, il entre dans le bercail; or, celle démarche ne peut le conduire dans le bercail d'une manière légitime que lorsqu'il la fait en Notre Seigneur, qui est la seule entrée surnaturelle, le seul moyen par lequel on puisse opérer des œuvres surnaturelles. De là un pasteur qui veut entrer par la vraie Porte, c'est-à-dire par Notre Seigneur, dans tous ses rapports avec les âmes pour les gouverner et diriger, doit enlrer dans des vues surnaturelles de loi et par une action de foi animée de la grâce. Celui qui s'occupe des fonctions pastorales dans des vues humaines et naturelles et par une action humaine et naturelle, celui-là, fut-il légitimement appelé au pastoral, n'entre pas par la porte mais par une des autres entrées. Ces entrées sont différentes, selon les différentes passions qui les guident, et selon l'action plus ou moins coupahle qui est employée. Aussi, chaque action pastorale est faite, non pour gouverner et avoir des brebis, mais pour sa propre gloire et pour son propre profit: car, toutes les fois qu'un pasteur a des vues et une action purement naturelles, il agit pour lui-même. Or, comme il n'a aucun droit de tirer son profit des brebis qui lui sont conliées, de là il résulte qu'il est un voleur et un biigand.
Notre Seigneiu- emploie ces deux termes, dont l'un signifie voler en cachette et par ruse , et l'autre par force et à découvert, parce que tons les faux pasteurs
eniploienl toutes ces deux espèces de uioyens de voler : et surtout les Pharisiens employaient sans cesse l'un et l'autre, comme ils l'ont lait voir dans l'atiaire du pauvre aveugle-né; ils employaient la ruse et la force pour le gouverner et le diriger, et l'une el l'autre étaient des moyens illégitimes entre leurs mains, parce qu'ils ne les employaient pas selon l'ordre légitime; ils n'entraient pas par la porte. Et c'est là le grand reproche que notre divin Pasteur leur fait, en leur disant qu'ils n'entraient pas par la porte, parce qu'ils n'avaient pas la foi dans le Fils de Dieu incarné, et par conséquent n'entraient pas par Lui. Et n'entrant pas par la porte, ils étaient des voleurs et des brigands, qui voulaient entrer dans les âmes par ruse et par force, parce qu'ils ne pouvaient entrer par la porte légitime. Ils voulaient agir sur les âmes indépendamment de Notre Seigneur qui est la seule Porte, agir sur elles pour leur propre intérêt et leur propre gloire.
2. Qui autem intrat per osîimn, ; 2. Mais celui qui entre par la pastor esl ovium. porte est le pasteur des brebis.
On a vu , par le verset précédent, comment Notre Seigneur est la Porte. Pour comprendre ce qui suit, il faut sav^oir ces deux grandes vérités : premièrement, qu'il n'y a qu'un seul bercail, qui est la réunion des de nfants de Dieu, et un seul Pasteur qui est Notre Seigneur; deuxièmement, que tous ceux qui sont chaigés la conduite des brebis et qui n'agissent qu'au nom, en union, en vue et par la vertu de ce grand Pasteur, deviennent comme une seule et même personne avec lui, et toute leur action pastorale est la sienne, parce que toute leur action pastorale se fait en lui, le souverain Pasteur, dirigeant, nourrissant et gouvernant les âmes. De là leur pastorat esl attribue au grand l*asteur.
H qui S(Mi! il appartient, el à oiix-mônies, coin me ayant en eux sa vertu, et agissant par cette vfMlu pastorale du grand Pasteur.
Ainsi, ceux qui n'entrent pas par la porte ou qui ne viennent pas par Notre Seigneur, et qui n'agissent pas en Notre Seigneur, sont des voleurs et des brigands, connnie prenant pour eux-mêmes le profit des brebis qui appartiennent nniquement au grand Pasteur des âmes, et ils ne sont pas pasteurs parce qu'ils ne sauraient l'être qu'en ayant en eux sa vertu et en agissant par son action. Tandis que ceux qui entrent ainsi par la porte divine, qui leur est donnée pour cela, sont les véritables pasteurs, comme il vient d'être dit.
Notre Seigneur en disant : Pastor est ovium, dit seulement qu'il l'est lui-même, et celui qui entre par lui, l'est en lui et par lui, ou plutôt Notre Seigneur exerce son paslorat par celui qui entre par lui et fait par lui ses actes pastoraux. Voilà pourquoi, dans le verset suivant, tout en parlant de ce pasteur qui entre par lui, il parle de sa personne propre, et montre tout ce qu'il est par rapport à ses brebis, qui sont sa propriété, et sa conduite envers elles ; el tout ce qu'il y dit, est dit en toute réalité, non seulement eu ce que l'adorable Pasteur fait par lui-même, mais encore en ce qu'il fait par ceux qui entrent par lui dans le bercail. Par conséquent, tout ce qu'il y dit de lui-mê(ne arrive à ceux-là, excepté que toute leur action leur est étrangère quant à son principe et à sa fin, et en grande partie même quant aux moyens ou manières d'être, qui appartiennent au souverain et unique Pasteur. Autrement ils n'entreraient pas par lui et seraient des voleurs, parce que les brebis ne leur appartiennent pas, mais au souverain Pasteur dont elles sont la propriété : Proprias ovcs.
El ce n'est pas une chose nouvelle que cette existence du souverain Pasteur dans ceux qui viennent et entrent par lui dans le bercail, et cette identité qu'ils ont avec lui. Cette vérité est enseignée dans une multitude d'endroits du nouveau Testament. Le Fils de Dieu s'est incarné pour nous rendre participants de sa nature divine, eonsortes, a dit Saint Pierre; et Saint Paul : Vho,jam non ego. virÀt vero in me Cliristus. Et il ne parle pas seulement de lui, mais de tout chrétien , et cela par la considération de cette fusion de l'Esprit de Jésus en nous pour établir sa vie en nos âmes. Saint Paul répète cette vérité dans une multitude d'endroits, et Notre Seigneur l'a dit souvent. Notre divin Maître a établi tel nombre de sacrements comme autant de canaux par lesquels il met sa vie en nous, pour que, dans tout état, Jésus vive en nous selon cet état. En outre, il a établi son adorable Sacrement, par lequel il s'unit à nos âmes et fait une même substance avec elles. De là un simple chrétien a en soi la vie privée de Jésus vis-à-vis de son Père. Le prêtre, qui est véritablement pasteur en Jésus-Christ, a en lui, outre sa vie privée pour lui-même, sa vie pastorale pour les brebis.
Ainsi donc c'est une vérité que tout ce que Notre Seigneur va dire de lui-même, doit être dit des pasteurs qui entrent par la vniie porte; autrement, on conclurait de son discours que tout, autie pasteur que lui n'est pas vrai pasleur, mais voleur : ce qui n'est pas vrai. Tous ceux qui entrent vérilableriaent par la porte, comme il a été dit plus haut, sont vrais pasteurs; mais c'est Jésus qui est Pasteur en eux, et c'est à Lui qu'appartiennent les brebis, et eux ne peuvent en rien agir en leur nom, ni tirer du profit pour eux-mêmes.
3. Huic osliariiiâ aperil, et oves \ 3. C'est à celui-ci que le portier
vocem ejns aiidiunt, el proprias oves vocal iiominalim, ci cdiicii eas.
ouvre, el les brebis entendent sa voix, et il appelle ses propres brebis par leur nom, el les fait sortir.
Le bercail spi rituel des âmes appartenant à Dieu est fermé, et il est impossible d'y pénétrer surnalurellement sinon par Noire Seigneur qui est la porte des âmes. Mais cette divine porte, ce n'est pas nous qui pouvons l'ouvrir par nous-mêmes : c'est son divin Esprit qui est le Portier, c'est lui qui fait entrer par cette adorable Porte. C'est à ceux qui représentent le souverain Pasteur à se diriger vers Notre Seigneur et par Notre Seigneur, toutes les fois qu'ils veulent se mettre en rapport avec les âmes pour les fonctions pastorales, et alors l'Esprit-Saint leur ouvre les âmes, pour qu'ils y entrent et se mettent en rapport parfait avec elles. Mais le divin Esprit ne leur ouvre que parce qu'il voit Notre Seignueur en eux. et en leur entrée et en leur action; car, il n'y a que le souverain Pasteur, à qui appartiennent les brebis, qui puisse entrer et qui y soit reçu.
De là on peut voir la grande pureté que doivent avoir les pasteurs des âmes dans leurs œuvres pastorales; combien leur foi doit être grande et l'âme de toutes leurs œuvres. Elle doit être dépouillée de tout amourpropre et intérêt particulier.
Et oves vocem ejus audiuni. Quand il s'agit de parler aux hommes, el de les instruire des choses divines, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, il n'y a qu'une seule voix qui s'en puisse faire entendre, c'est celle du grand Pasteur; mais aucune voix humaine, quelque puissante qu'elle soit, n'est capable de faire comprendre aux âmes les vérités éternelles, de manière à leur imprimer des sentiments de foi et d'amour. Mais, dès qu'elles entendent la voix de Notre Seigneur toutes les âmes
qui sont vôiilablemenl brebis, c'est-à-dire qui oui la }^iàce (le Dieu en elles et qui sont bien disposées, deviennent de suite dociles et soumises; elles reçoivent ' et écoutent la voix qui les touche et les attire. De là, si un pasteur veut parler aux âmes et les lendre dociles à la grâce, qu'il se remplisse de l'Esprit de Notre Seigneur et qu'il parle ainsi dans ce divin Ksprit de son Maître; et les âmes bonnes entendront cette voix qui leur est si bien connue, se rendront de suite, et se laisseront gouverner et diriger très-facilement.
Et proprias oves vocal nominatiin. Cette voix du divin Pasteur, parlant par la boncJie de ses pr^ôtres, appelle ses brebis. Notre Seigneur les appelle à Lui comme Lui appartenant et étant sa propriété; il les prend ainsi et s'empare d'elles. Quel bonheur pour des brebis véritables d'avoir de vrais pasteurs, en lesquels réside leuigrand et unique Pasteur! Ces pasteurs leur parlent le langage de leur Maître, et ce divin Maître leur parle, les touche et les appelle à Lui.
yominatim : 11 n'y a que le divin Pasteur qui puisse appeler chaque brebis par son nom; il donne cette grâce aux vrais pasteurs qui agissent et qui parlent en son nom et par sa vertu. Le nom d'un objet ou d'un homme est l'expression de la nature de l'objet et de la manière d'être de l'homme. ïci,^ il s agit d'un objet spirituel et d'une mîinière d'être surnaturelle des âmes. Cette manière d'être surnaturelle d'une âme peut-être en plusieurs laçons différenles, par<;e que les voies de Dieu dans les âmes, ses desseins sur elles, la marche de la grâce en elles, leur état et leurs dispositions varient si considérablement, qu'il est impossible à un homme de connaître par lui-même l'état intérieui- d'une âme, et la marche qu'elle doit suivre. Par conséquent, il est impossible à
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tout liomnie d'apptîler rhaciine dos brebis par son nom, c'est- à-'dirc de discerner sa manière d'être et de lui parler et de la diriger selon cette manière d'être, tandis que Notie Seigneur qui est l'auteur de toutes ces grâces, et qui connaît intimement tout ce qui se passe dans cha- (;une de ces âmes , les appelle avec un amour et une bonté infinis, chacune pai" son nom, selon sa manière d'être intérieure.
Et educil eas : Le divin Pasteur appelle ainsi chaque brebis par son nom, et par son état et attrait intérieur, selon lequel sa voix divine la touche. Et il la fait sortir c'est-à-dire lui fait produire des œuvres, selon la volonté divine sur chacune, selon le nom de chacune, c'est-àdire selon l'adrail. l'état et les dispositions spirituelles de chacune.
Une âme reste dans le bercnil cjuand elle reste dans son intérieur, ayant en elle les dispositions et la vie de son divin Pasteur; et une âme sort, sous la conduite de son Pasteur, quand, par suite de ces dispositions intérieures ef de la vie de Jésus, elle agit au-dehors, quand elle réduit en action cette vie de Jésus en elle. Or , il n'y a que le divin Pasteur qui puisse appeler ainsi chaque brebis par son nom, ' |Hiisque cette divine . vie de l'adorable Pasteur est si diversifiée dans les brebis j et les faire agir ainsi chacune selon son nom, c'est-à-dire selon la diversité de la vie du Pasteur en chacune.
Mais, par une bon té, admirable de ce divin Pasteur pour ses brebis, il communique sa vie et son être pastoral à ceux qui agissent en son nom, par sa vertu et par son divin Esprit; de manière que Jésus, dans ses Prêtres et par ses Prêtres, opère les mêmes choses qu'il opère par lui-même. El le Prêtre, ainsi saintement rempli
(le la vie pastorale et de l'Esprit de sou principe, et qui n'agit que par Lui et eu Lui, connaît aussi, par une vertu surnaturelle, l'état dc^s âmes, les appelle par leur nom et les fait agir selon les desseins de Dieu, et selon le véritable attrait de Notre Seigneur en elles. Aussi les fait-il plus avancer en un mois, qu'elles ne l'auraient fait en des années.
4. El cum proprias oves emiseril, ante eas vadit ; et oves illum sequunlur, quia sciunl vocem ejus.
4. Et lorsqu'il a fait sortir ses pro|)res brebis, il marche devant elles, et les brebis le suivent parce qu'elles connaissent sa voix.
El cum proprias oves emiseril. Emisent dit plus que edueit. Ce dernier terme dit faire sortir, c'est-à-dire donner la première impulsion de l'action, qui produise en dehors la vie intérieure de Jésus dans les âmes; et celui du verset 4 emiseril signifie faire sortir loin et poursuivre la marche, c'est-à-dire la continuité de cette impulsion pour la continuité de Tnction.
Notre Seigneur dit encore une fois proprias oves, toujours pour montrer au doigt de quel pasteur il s'agit, quel est le pasteur qui fait ainsi sortir au loin ces brebis. Il n'y a que le Maître du bercail qui puisse faire agir les j'imes qui lui appartiennent, soit pour trouver leur nourriture, soit pour travailler à sa gloire.
11 dit envovQ proprias oves, non seulement par rapport à son pouvoir pastoral, qui seul peut les faire sortir, mais encore par rapport aux brebis qui doivent toujours, dans leurs sorties, suivre Celui a qui elles appartiennent. Lésâmes, dans leur action, doivent tendre en tout vers leur unique Pasteur et ÎMaître; ce qui est expliqué par les paroles suivantes : Anle eas vadit. Comme le pasteur marche devant le troupeau et que tous les yeux du troupeau sont sur lui; il attire les brebis par sa parolft
et par ses signes, et le troupeau te suit : de même quand Notre Seigneur, le souverain Pasteur, fait ainsi sortir les brebis, il marche devant elles, il les attire dans toutes leurs œuvres par cet^atlrail intérieur, qu'il leur continue sans cesse dans leur action. Ainsi, il commence par les faire sortir, en leur donnant l'impulsion à ces œuvres, auxquelles il les applique ensuite; il va devant elles par l'attrait continuel qui les attire à continuer leur marche. Et, lorsqti'il agit sur elles par ses vrais pasteurs, ces pasteurs, agissiint par sa vertu et son esprit, font toujours suivre aux âmes cet attrait du grand Pasteur.
On peut encore expliquer ces paroles dans un autre sens, qui est vrai aussi : Et anle eas vadil. Dans toutes les vertus et perfections dont il fait excercer la pratique à ses brebis, il va devant elles, et leurs yeux doivent être dirigés sur leur Pasteur pour le suivre. Ainsi, en tout ce que nous faisons, nous avons notre Pasteur qui marche devant nos yeux, et qui est un modèle divin de la voie de sainteté et de perfection, dont il nous ouvre la marche, et c'est à nous à le suivre. Tous les vrais pasteurs doivent représenter le grand Pasteur, et donner ainsi les mêmes exemples à leurs brebis: non qu'ils soient obligés de faire les mêmes choses qu'ils font faire aux brebis, mais il faut qu'ils en possèdent la vertu et la perfection. Et oves ilhim sequuniur : Les brebis le suivent dans toutes leurs œuvres; les âmes qui sont vraies brebis suivent cet attrait et rien autre chose; ce n'est pas la raison, ni leur goût, ni rien autre chose que la grâce de leur Pasteur qui les précède et les attire; c'est sa grâce, sa voix intérieure qu'elles entendent , et ses divins exemples qu'elles imitent.
Quia sciunt vocem ejus. La raison pour laquelle elle»
le suivent, esl qu'elles connaissent sa voix. Il les appelle et les attire en marchant devant elles, et elles le suivent parce qu'elles connaissent sa voix. Les âmes sentent dans leur intérieur que c'est la voix du Pasteur divin, lorsqu'elles sont de véritables brebis, parce qu'alors elles ont l'habitude d'entendre cette voix les appeler ainsi et parler dans leur intérieur. En second lieu, cette voix du Pasteur adorable, par laquelle il les appelle et les attire à agir selon leur état et le>i dispositions qu'il a mises en elles, est si conforme aux goûts, aux désirs surnaturels et à tout ce qu'elles sentent en elles, qu'elles comprennent très-facilement que cet attrait, par lequel il les attire, est I;i voix du Pasteur; et, au lieu de faire résistance et opposition, elles le suivent au contraire. Si on explique les paroles : Ânte eas vadit, des exemples, c'est ici la même explication; elles suivent les exemples du Pasteur, parce qu'elles reconnaissent sa voix qui les appelle après Lui par cet attrait intérieur.
o. Alienum auteiii non sequuntur, sed fugiiint ab eo, quia non noverunt vocem alienorum.
o. Elles ne suivent point un étranger, mais elles le fuient, parce qu'elles ne connaissent point la voix des étrangers.
Alienum aiilem. Cet étranger est le faux pasteur, qui vient en son nom, et qui agit par lui-même et pour ses intérêts. Il est étranger aux brebis de Notre Seigneur, parce qu'elles ne lui appartiennent pas, et il n'a aucun droit de se les attirer, de les diriger et de les gouverner. Même lorsqu'il a été appelé légitimement et par la voix de Dieu, dès qu'il parle par lui-même et pour luimême, il est étranger et parle sans droit; car toute sa puissance et tout son droit sur les brebis, c'est la puis- .sance et le droit du souverain Pasteui-.
Quand donc l'étranger vient ainsi, pour attirer les
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brebis, pour les IV.ire sorlii selon sou caprice et ses idées propres, sans (pi'il soil Toryane du grand Pasteiir, dont seul il doit leur faire entendre la voix pour les attirer, alors les brebis ne le suivent pas; c'est-à-dire, que ses paroles ne l'ont pas d'impression surnaturelle sui- les àines; elles n'éprouvent point celle atlraclion spirituelle pour se livrer à l'objet qu'on veut leur inspirer et à la direction qu'on veut leur donner, et pour la suivre. Sed fugiunt. Loin de suivre l'impression que l'étranger veut leur donner, bien au contraire elles y sentent de l'opposition et de la résistance dans leur intérieur; et elles fuient ainsi les mouvements qu'on veut leur donner, ainsi que les faux pasteurs qui veulent les leur donner. Celle opposition et cet éloignement que les âmes éprouvent pour les pasteurs étrangers et humains qui veulent les attirer à eux, peuvent être appelés une véritable fuite spirituelle; car,, plus ces pasteurs faux les veulent diriger, plus ils les appellent ainsi spirituellement, plus elles se retirent et s'éloignent.
Mais, d'où viennent ces répugnances, ces éloignements, ces oppositions, et ces raideurs et afflictions qu'éprouvent ces bonnes âmes, qui sont de vraies brebis et qui sont ordinairement si contentes d'obéir à leur Pasteur et de le suivre? Cela vient de ce qu'elles entendent une voix étrahgèie qu'elles ne connaissent point. Dans la voix du pasteur qui les dirige et les conduit, elles veulent entendre la voix de leur propre Pasteur, qui est le divin et adorable Jésus. (>ar, il y a en elles une oreille spirituelle qui discerne et distingue la voix de cet adorable Pasteur, qui retentit jusqu'au fond de leur intérieur et qui est parfaitement d'accord avec leur état Ht leur attrait; et, lorscpTun faux pasteur parle un langage naturel, et d'une manière naturelle, et fondé
sur des principes et des intérêts naturels, ce langage leur fait l'opposé du langage du Pasteur, il gène lo\is leurs goûts et tous leurs attraits spirituels et surnaturels, et met de l'embarras dans leur intérieur.
C'est ce que notre divin Maître appelle ne pas connaître la voix des étrangers. Car il faut remarquer que Notre Seigneur ne dit pas : non noverunt vocem ejus, mais vocem alienorum, pour nous faire entendre que, dès que cette voix n'est pas de Notre Seigneur, quelqu'en soit le principe étranger, les âmes ne l'entendent pas, c'està-dire qu'elle produit ces mauvais elïets qui viennent d'être énumérés tout à l'heure, et il n'y a que la voix surnaturelle de Notre Seigneur qui entre dans toutes les afïéctions spirituelles et tous les goûts et les attraits, et qui trouve l'oreille des âmes fidèles de suite ouverte et y pénètre; et dès qu'elles écoutent ainsi, dès que cette parole entre, elle produit immédiatement son etïet. Les âmes suivent de suite, car il s'agit ici d'âmes fidèles, dociles et obéissantes à la grâce divine. Voilà pourquoi Notre Seigneur dit qu'elles ne suivent pas et qu'elles fuient, parce qu'elles n'ont pas connu la voix des étrangers.
6. Hoc proverbium dixit eis Je- 1 6. Jésus leur dit ceUe panibole. sus ; llli aulem non cognoverunt Mais ils ne comprirent pas ce qu'il quid loqueretur eis. j leur dis;iit.
Cette parabole est adressée aux Pharisiens, qui avaient tous ces défauts qui font les faux pasteurs. Ils ne voulaient absolument pas venir au nom du vrai Pasteur, ils le méconnaissaient tout à fait, ils voulaient agir en tout par eux-mêmes, et s'attirer lésâmes à eux-mêmes, de manière qu'ils étaient des voleurs et des brigands. Et notre Seigneur leur montre les mauvais effets de ce vol et de ce brigandage dti Pastoral. Les brebis, au lieu
d'écouter, fuient, tiuidis qu'elles écoutent et suivent le Yiai Pasteur : ce qui s est manifesté dans l'aveugle-né. l.es Pharisiens lui parlaient et il leur résistait de toutes ses forces; Notre Seigneur, le vrai pasteur, lui parlait, et il était docile comme une vraie brebis. Cela vient de ce que la voix des Pharisiens était une voix étrangère, tandis que celle de iXotre Seigneur était celle du m-m Pasteur.
Mais les Pharisiens étaient si éloignés d'avoir si mauvaise opinion d'eux, qu'il leur paraissait impossible de se regarder et de croire qu'on pouvait les regarder comme de faux pasteurs. Ils connaissaient si peu les mauvaises dispositions qui les animaient dans la direction des brebis qui leur étaient confiées, qu'ils n'eurent aucune idée de ce que Notre Seigneur leur disait. Outre cela, ils ne savaient même pas ce que c'était que les devoirs et les fonctions de pasteur. Ils se voyaient à la tète du peuple de Dieu, et ils ne pensaient qu'à en profiler pour leur avantage, comme si les brebis eussent été faites pour eux, tandis qu'au contraire ils étaient faits pour les brebis, qui appartiennent au souverain Pasteur ; et c'est là encore une grande raison pour laquelle ils n'ont rien compris du tout à la parabole que Notre Seigneur leur adressa.