Jésns leur dit donc encore
En vérité, en vérité, je \ous lo dis, cest moi qui 'suis la porle des brebis.
8. Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des larrons, et les
dierunl eos oves. j brebis ne les ont point écoutés.
Comme les Pharisiens n'avaient pas compris son langage figuré. Notre Seigneur s'explique en termes clairs. Il y avait deux choses principales qu'ils n'avaient pai=;
comprises, et que Notre Seigneur leui explique. I.a première, la porte par laquelle il faut entrer ; la deuxième, le pasteur qui a ses propres brebis et k qui seul le portier ouvre. Il commence par leur expliquer quelle est cette porte, comme il a été dit plus haut. Notre Seigneur dit : Oslium ovium et non ovilis, pour nous faire voir clairement qu'il ne s'agit pas ici seulement d'une porte d'entrée pour l'assemblée des fidèles en général, comme serait la vocation légitime et la juridiction reçue du vrai Supérieur, et, dans les pasteurs du Nouveau Testament, le sacrement du sacerdoce; mais plus particulièrement de l'entrée particulière des âmes, qui appartiennent à Dieu, c'est-à-dire l'entrée surnaturelle poulies gouverner, les diriger, etc.
Chaque âme est fermée, et Jésus-Christ est la seule porte des âmes : Ego sum oslium ovium. De quelque côté qu'on y entre, excepté par cette porte, on est un voleur et un larron. Notre Seigneur dit : venerunt, parce qu'il s'agit ici particulièrement des Pharisiens, auxquels, après leur avoir annoncé le principe, il en explique les suites, qui ont eu lieu dans les rapports pastoraux des Pharisiens avec le peuple. Les Pharisiens étaient des voleurs, et les brebis ne les entendaient point.
Il dit : audierunt au passé, et non : audiuut au présent comme il dit jures suât, par la même raison pour laquelle il dit oslium ovium. Car, comme ces faux pasteurs entraient par une fausse entrée, la porte des âmes leur restait toujours fermée; et par conséquent quand ils sont entrés, ce n'est pas que les âmes les aient entendus, mais c'est par force et par ruse qu'ils sont venus, les âmes ne les ont pas entendus ni écoutés. S'ils étaient venus par la vraie porte, alors, par là même qu'ils seraient entrés, les âmes les auraient entendus: ce n'est qu'en entendant
— ÔIH —
la voi"; du PïisUmii" (jiic ràiiit' s'om l'e. Ainsi , Ions Ie> l'Iiarisiens qui ont gouverné et dirigé lésâmes pard'aiitres principes rpie par Notre Seigneur e( djins sa foi et sa grâce, sont des voleurs; ils agissaient pour eux-mêmes et non pour le maître du troupeau. Et de plus, ils agissaient sur les âmes pour les gouverner et les diriger, sans <|ue les âmes s'ouvrissent devant eux, sans que les fîmes les goûtassent, mais au contraire ils ne faisaient que les tourmenter, les troubler, déranger el gêner dans le service de Dieu.
9. Ego stim osliiiin. Per me si <iuis introierit, salvabitiir; et ini^redieliir, et ogredietiir et pasciia inveniel.
9. (l'esl moi qui suis la porte. Si c'est par moi que quelqu'un entre, il sera sauvé; et il entrera, el il sortira, et il trouvera de? pâtu- I rages.
Il laul savoir que les pasteurs véritables sont en même lenîps pasteurs et brebis : c'est Noire Seigneur qui est l'unique Pasteur, el tous les autres pasteurs sont ses brebis. Ils sont brebis en tant qu'il s'agit de leur propre salut; et ils sont pasteurs en lantqu'ils s'occupent du salut et de la conduite des autres. Mais, dans cette occupation même du salut des autres, ils trouvent leur qualité de brebis; car, s ils s'acquittent de leur paslorat comme ils doivent le faire, ils y trouvent leur vie, et en cette occupation pastorale même, ils doivent être sous la conduite du souverain Pasteur et être ses brebis, pour en recevoir tout ce qu'une brebis reçoit de son pasteur.
Voila pourquoi Notre Seigneur répète ici ces mots : E()u snm ostiinn, pour montrer qu'il n'est pas seulement la porte pour l'entrée pastorale, mais que, même comme brebis, les pasteurs ont besoin d'entrer par cette porte pour leur propre salut. De là on peut voir combien il est nécessaire pour les pasteurs d'agir avec perfection dans leurs fonctions pastorales; car, s'ils n'entrenl pas j)ar la
vraie porte, ils perdent autant pour eux-mêmes que pour les âmes qui leur sont confio'es.
Notre adorable Pasteur ajoute pour cela : Per me si qiiis iniroieril, salvabitur. Les pertes qu'on fait faire aux âmes, lorsqu'on n'enti-e pas par la vraie porte sont trèsnombreuses et très-grandes ; et les dangers que l'on court soi-même sont immenses. Outre le mal qui réside dans l'acte même d'exercer les fonctions sacerdotales ou pastorales, d'une manière liatui'elle et comme vivant pour lui-même, un pasteur, qui agit en tout son pastorat. de celte manière fausse et indépendamment du souverain et unique Pasteur, ne peut manquer de se perdre.
Mais s'il entre par la porte véritable, alors il sera sauvé. Les grâces qui sont données à un vrai pasteur, sont immenses. Autant sa charge est éminente et ses fonctions le mettent au-dessus des brebis, autant sa grâce sera grande et au-dessus de celle du commun des brebis. D'ailleurs, le dévouement que. le vrai pastorat exige de lui pour le parfait exercice de ses fonctions, s'il entre véritablement par Notre Seigneur, ce dévouement sera nécessairement récompensé par des grâces éminentes. Mais la grande raison, c'est que le pasteur ainsi bien disposé est dans des rapports intimes et continuels avec Notre Seigneur, le souverain Pasteur, par là même qu'il entre par cette divine porte; de là il résulte nécessairemeut qu'il reçoit des grâces éminentes.
Kt inyredietur et egredieliir et pascua inveniel. Voilà les trois grands devoirs pastoraux. Et ingredietur. C'est l'occupation qu'il doit se donner des âmes et de leur direction intérieure : guérir leurs maladies, fortifier leurs faiblesses, encourager leur pusillanimité, profiter du bien qui est en elles pour les faire avancer, et faire tout ce qui tient à la direction intérieure pour les établir
dans lu vraie voie de la perl'eclion, pour les empêcher d'aller à côté de la voie et pour les faire avancer; comme aussi foules les autres sollicitudes pastorales que la tendies^e du vrai Pasteur lui donne; toutes ces choses tiennent à relie entrée dans les âmes : Fa ingredielur.
Fa eqrediciur : C'est le gouvernement et la direction extérieure pour conduire ses brebis, et ordonner tout ce ^u'il faut pour la pratique des vertus et l'occupation des œuvres qui leur seront utiles. S'il est entré dans les âmes i)ar !a vraie j)orte, il sortira sans difficulté et les brebis le suivront. A celte sortie tient celte autre fonction de les garder de tout ennemi : vigilance du pasteur; et de les défendre quand elles sont attaquées : dévouement du pasteur, (^est pour ces clioses qu'il doit être à leur tôle; car il y doit être, non-seulement pour les attirer atin qu'elles ie suivent, mais pour les défendre contre tout ennemi.
El pascua invp/niet : c'est le troisième devoir pastoral de nourrir les brebis. Si le pasteur vient par lui-même, commeni pourrail-il trouver de la nourriture pour les brebis? 11 est inipossible c|u'une âme se nourrisse de ce <|ui vient seulement d'une autre âme qui agit indépendamment (le Noire Seigneur. Un homme peut amuser un autre lioinme, il peut occuper son esprit, satisfaire son imagination, il peut môme lui faire prendre des résolutions naturelles de pratiquer les vertus d'une manière naturelle. .Mais il lui est impossible de donner de la nourriture à son âme, car il est certain qu'un homme qui agit entièrement dans l'indépendance de Notre Seigneur n'a lien dans son âme de;pequi peut nourrir un autre. Et comment peut-il donner ce qu'il n'a pas? Il est (loue de la plus grande importance qu'on ne donne. pas de sou propre fonds, mais du fonds inépui-
sable qui se trouve en Noire Seigneur; et les âmes ne sont nourries solidement de ce qui leui- est donné par leurs pasteurs, qu'à proportion que celte nourriture est puisée en Notre Seigneur. Quand un pasteur agit à demi, moitié par la foi et moitié par la natuie, la nourriture qu'il donne est médiocre ; c'est ce qui arrive à la plus grande partie des pasteurs; mais les saints, qui étaient tout en Notre Seigneur, donnaient une nodrriture si forte, si substantielle et si abondante, qu'une multitude innombrable d'âmes en jouissaient. C'est ce que notre divin Pasteur dit ici : « Et pascua inveniel. » Il la trouvera non en lui, mais en son souverain Pasteur, qui est pasteur et nourriture en même temps : Pastor et pabulum.
Mais ceux qui sont mauvais et ne font aucun retour vers le vrai Pasteur, ceux-là ne donnent rien, et les âmes restent stériles et sèches sous leurs mains. Que s'il arrive qu'une parole ou une action d'un de ces faux pasteurs fait effet, si leurs prédications produisent parfois quelque chose sur une ân)e, souvent cet effet est naturel et reste seulement dans l'imagination et dure peu. Souvent aussi Dieu se plaît à se servir de ces hommes pour sauver une âme ou mêmes quelques-unes, sur lesquelles il a des desseins de miséricorde, et qu'il nourrit lui-même à l'occasion de cette parole vide qui leur est donnée. 11 fait ce qu'il a fait autrefois parMovse : il fait sortir de l'eau vive d'un rocher dur et stérile.
10. Fur non venit nisi ut furetur, et mactet, et perdat. Ego veni ut vilam habeant, et abundanlius tiaheant.
10. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour qu'elles aient la vie, et qu'elles l'aient plus abondamment.
Ici Notre Seigneur détermine entièrement le voleur et le met en parallèle avec Lui-mèmp, qui est le vrai
Pusieur. PremièreinenI, dans 1^ voleur il n'y arien ûo surnaturel, il ne fait aucune attention à Notre Seigneur, et n'a jiucune intention d'agir par des vues de foi. Secondement, il ngit [)our lui-même et par lui-même; voilà pourquoi notre divin Maître dit : non veuit nisi... ce qui indique une exclusion de toute autre vue, de toute autre intention, de toute autre action.
Nisi ut furelur : Voilà l'intention de se satisfaire, de tirer son bien des brebis qu'il gouverne, à l'exclusion de toute autre chose. Il ne fait pas attention à des motifs surnaturels, ni au bien des ânjes; il est occupé à se satisfaire et à se donner des plaisirs, à soigner ses intérêts et à contenter son orgueil et sa vanité. Il a des fonctions sacerdotales ou pastorales à exercer, il les exerce avec le même esprit qui l'anime dans tout le reste, c'est-à-dire pour son intérêt, son plaisir et son orgueil; tant que cela sera conforme à celle triple passion, il le fera avec soin ; si cela ne l'est pas, il ne le fait pas, ou il ne le fait qu'autant qu'il est obligé de le faire : c'est là le vol. Et maclel. De cette première disposition suivent nécessairement les autres. H n'agit pas comme un homme qui doit se dévouer pour le bien de son troupeau, et qui doit tout sacrifier pour en avoir soin et pour le sauver; mais il agit plutôt comme si le troupeau était fait pour lui; il exerce son autorité avec violence. Une brebis lui résiste-t-elle? il la frappe, sans faire attention au mal que cela pourrait lui faire, mais seulement au mal qu'il ressent. Cet homme a ses passions, et ces passions trouvent des oppositions dans ses brebis; il les tue et les renverse pour ses pas- ■ sions. Il a ses goûts et ses goûts pour les uns ou pour les autres; selon que ses passions l'y portent, il cherche à les assouvir: entre lésâmes, il attire les unes et repousse les autres, et en leur faisant mal à toutes sans qu'il s'en
melle en peine. On voit bien souvent de ces pasteurs qui défendent la religion, mais avec une aigreur et une brusquerie qui n'a pas d'exemple; ce sont bien souvent leurs propres passions qu'ils détendent. Qu'il est dilticile d'être bon pasteur! parce qu'il est diilicile d'être vide de soimême, et plein de Notre Seigneui-, le grand Pasteur des pasteurs et des brebis.
El pevdat : Un bon pasteur soulTre tous les dommages et prend toute espèce de précautions, et se donne toutes les peines pour empêcher une âme de se perdre; il n'y a pas de sacrifice qu'il ne fasse pour cela; il est d'une patience, d'une longanimité, d'une douceur et d'une prudence sans égale pour cet article; surtout quand il s'agit d'une âme faible, il prend toutes sortes de ménagements, et souffre plutôt tout que de faire la moindre démarche par laquelle il risquerait de perdre une âme. Le pasteur voleur est bien loin de là ; il veut se satisfaire, c'est son grand principe; il poursuit les faibles comme les forts, il est incapable de ménager il ne sait ménager que lui-même et ses intérêts. Il poursuit sans aucune réflexion tous ses desseins de uiécontentenient et de vengeance même; il parle et il agit dans les circonstances les plus délicates pour les âmes, conuïie s'il n'était pas chargé de les sauver, mais cunnne s'il était chargé de s'en faire honorer et d'en tirer toutes ses satisfactions et ses protits. rson seulement il néglige de les sauver, par suite de ses passions et du désir de satisfaue sa paresse et ses autres inclinations mauvaises, mais i! fait des actes positifs qui les mènent à leur perte, j)ar suite de ces mêmes passions et de ces mêmes inclinations de la nature perverse. Notre divin Maître dit : Non venit nisi ut maciet et perdat, ce sont des actes positifs, et ces paroles divines sont et seront toujours vérilables; non venit indique une
— ÔIU —
action qui Iciul à frapper cl à |:^r(lrc. Tous les pasteurs qui voudront ainsi voler, feront ces actes mauvais.
Ego veni. .Maintenant Notre Seigneur montre la difllerence entre Lui et les mauvais pasteurs. Il se niet en comparaison avec ce mauvais pasteur, pour faire voir la ditTérence de l'intention et la différence des effets. Le mauvais pasteur ne vient que pour voler, massacrer et perdre, il n'exerce ses desseins et n'accomplit ses désirs qu'au dommage et au détriment des brebis; et Notre Seigneur, le vrai Pasteur, est venu pour une lin opposée, pour donner la vie aux brebis. Il ne dit pas : Eyo non veni, nisi ut vilam habeanl. parce qu'alors il aurait fait entendre que sa fm unique serait les brebis, tandis que sa fin directe et son intention principale était la gloire et la volonté de son Père. Mais il dit : Ego veni ul vilam liabeanl, et il le dit en toute vérité; car. quoiqu'il soit venu pour la gloire de son Père, cependant, comme cette gloire de son Père qu'ildevait opérer, et sa volonté qu'il devait accomplir, ne pouvait s'opérer et s'accomplir que par la vie qu'il donnerait à ses brebis, de là il est venu pour leur donner cette vie : « Non vont Filius Iiomims ut judicet a inundwn, scd al salveiur mundus per ipsum. » S'il était venu pour juger, il exercerait et appliquerait souvent la volonté de son Père au détriment des brebis ; mais n'étant venu que pour sauver, toutes ses occupations auprès des brebis, et toute l'intention de sa venue ne sont que pour donner la vie, et, par conséquent, il dit avec vérité : « Ego veni ut vilam habeant. » Or, n'étant venu que pour leur donner la vie, et toute son occupation auprès d'elles ne tendant qu'à ce but, il est donc un vrai pasteur. Le troupeau lui appartient en propriété, l'ayant acheté au prix de tout son sang. C'est pourquoi
il est seul en droit d'en tirer un prolit pour sa gloiie : mais, chose admirable, cette gloire et ce prolit même qu'il retire de son troupeau, tournent à ravantagc de ce troupeau, et jamais à son détriment: il enrichit ses brebis par la gloire même qu'il eu retire, tandis que tous les autres pasteurs ne peuvent rien retirer pour eux. des brebis qu'au détriment des brebis et en les dépouillant. Or, toutes les. fois qu'un pasteur dépouille ses brebis pour son profit, ce n'est pas un acte de pastoral qu'il fait, puisque le pastoral consiste à nourrir et à paître les brebis ; il fait un brigandage dont le propre est d'enlever et de dépouiller. Il résulte donc de là que Notre Seigneur est le seul pasteur véritable, non seulement parce que seul il a un troupeau qui lui appartienne, mais encore parce que lui seul paît son troupeau sans jamais le dépouiller; il ne le paîl, ne le dirige, ne le conduit pas pour le dépouiller comme font les autres pasteurs, mais pour l'augmenter, l'engraisser et le fortifier.
Ut vitam liabeant : La grande tin, l'unique fin qui nous a amené notre divin Pasteur, était de nous communiquer la vie. C'est là le fond et l'ensemble de tout le pastoral; tous les autres soins qui s'y rattachent tendent à celui-là. Cest tellement l'essentiel du pastorat, que le nom de pasteur est tiré de là; celui qui fait paître et qui donne le pâturage, Notre Seigneur, comme souverain, unique et parfait Pasteur, est venu pour que ses brebis aient la vie, et cette vie elles la prennent dans le pasteur même; il les nourrit et vivifie de son fonds et de sa propre surabondance. Et il ne fait pas seulement comme ferait un pasteur ordinaire qui donne la vie, mais il la donne avec une très grande abondance; il ne se contente pas de nourrir et de soutenir
la vie (le ses l)iebis, mais il les ^n^raisse et les remplit aboHclamment : Et abundantius habeanl. Celle ahondance (le vie est au-dessus de tout ce qu'on peut concevoir. C'est j)ar là qu'on peut voir la grandeur de l'amour du divin Pasteur pour ses brebis. Les soins qu'il a pris poui- les mettre dans celle extrême abondance sont si giands. que, pour peu qu'elles y correspondent, elles ont celle grande abondance.
Il est venu sur la terre, il s'est incarné, il s'est livré à la mort, et a passé par tous ces mystères et ces états de vie, afin de leur mériter et d'accumuler ces divins pâturages qui devaient tant les engraisser, et qui suffiraient pour communiquer la même ahondance à cent millions de fois plus qu'ils ne sont. Pour leur faciliter et assurer la divine pâture qu'il leur a préparée, et qu'il leur prépare encore tous les jours étant assis à la droite de son Père, il a établi les sept sacrements qui sont autanl de canaux par lesquels la vie divine leur est communiquée avec assurance ; elles y reçoivent le Saint- Ksprit avec tous les dons et toutes les béatitudes qui en sont la suite. Il a donc raison de dire : Et abitndanlius liabeant.
^'()ilù la diîiéreuce entre noire divin Pasteur et ceux qui sont des voleurs, et qui agissent comme s'ils étaient pasteurs. Mais ceux qui sont vrais pasteurs et qui viennent au nom et par la vertu de ce grand et admirable Pasteur, ceux-là sont d'autres lui-même; sa vérité et sa vie pastorale est en eux, et ils ont en main toute la nourliture et tout le pâturage qui est destiné par le Souverain Pasteur pour chacun des brebis qui leur sont contiées.
Il faut cependant prendre garde de se laisser égarer pai- là, cl de cioire que les mauvais pasteurs, qui agis-
sent par eux-mêmes, ne puissent pas comriiuniqner cette vie par les Saci-ements qui ont été établis par le divin Pasteur, comme des canaux pour communiquer aux brebis la nourriture céleste; ce serait une erreur grossière et une bérésie condamnées par l'Eglise. Les Sacrements étant des canaux infaillibles par lesquels Notre Seigneur communique sa grâce à ses brebis, ce ne sont pas les mauvai^j pasteurs qui donnent la nourriture, cela n'est pas sous leur dépendance; dès qu'ils opèrent les Sacrements, le divin Pasteur donne lui-même ce que ces Sacrements signifient. Ils ont beau vouloir prendre pour eux, ils ne peuvent pas priver les brebis de la nourriture qu'il leur donne.
Ce en quoi les mauvais [)asteurs peuvent nuire aux âmes, c'est en les éloignant et en les priv-ant des ces divins Sacrements par un effet de leur passion, de leurs mauvaises inclinations et le reste de leur mauvaise conduite à l'égard des brebis. De plus, ils leur font grand tort en les privant d'une certaine surabondance de grâce Irès-considérable, qui tient à- la préparation que les âmes apportent à la réception des Sacrements, lorsque, en mauvais pasteurs, ils ne les préparent pas, ou même trèssouvent les empêchent de se bien préparer.
11. Ego siiin Pastor bonus. Bo- | 11. Moi je suis le bon Pasieiir. nus Pastor aninnam suam dat pro Le bon Pasleur donne sa vie pour ovibus suis. | ses brebis.
Notre Seigneur a donc fait voir jusqu'à présent ce que c'est que le mauvais pasteur, qui mange les brebis au lieu de les Jiourrir, qui les perd et les néglige et qui n'agit que pour en retirer son profit, quoique cela ne leur appartienne pas. Il s'est mis en parallèle avec lui et a montré que celui-ci fait le contraire et qu'il n'est pas pasleur. Ici, il commence le parallèle avec un autre genre
(le pasteur icpréliensible, c'est ie<fncrcenair(;. Voilà pouiquoi il commence par dire : « Eyo sum pastor bonus. » Jusqu'à présent, il a parlé de gens qui n'étaient pas [)asteurs, mais voleurs, alors il a fait entendre qu'il est seid le vrai Pasteur. JMainlenanI, il paile de gens qui ne sont pas voleurs, (pii viennent au nom du Pasteur, mais qui sont mauvais et répréliensibles plus ou moins; car, le Tiiercenairc n'est pas voleur, seulement il n'est pas bon pasteur, c'est pourquoi Notre Seigneur dit : Ego sum pastor bonun. Ici, il ne se met pas en parellèle avec le i'aux pasteur, puisque celui-ci fait directement l'opposé de ce que Notre Seigneur dit ici. Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis, et le (aux pasteur au contraire, tue les brebis pour soi, et par conséquent il n'y a pas de comparaison à établir. De plus, par là on voit facilement que le faux pasteur manque des choses qui constituent essentiellement le pastoral ; et ici il s'agit seulement d'une qualité nécessaire au pastoral, c'est d'être bon pasteur, et le bon pasteur donne son âme pour les brebis. Par conséquent, il ne peut pas y avoir ici de parallèle avec les voleurs, qui ne sont pas pasteurs du tout, n'ayant pas l'essentiel du pastoral.
Un pasteur pait ses brebis et a soin d'eux; un bon pasteur donne son âme pour donner et conserver la vie de ses brebis. Notre Seigneur, en parlant du bon pasleur, parle de la perfection du bon pasteur; car la perfection est d'aller jusqu'au sacrifice de soi pour celui envers lequel on manifeste sa bonlé. El c'est ce qu'a fait le véritable et unique bon Pasleur que nous avons. Il a donné sa vie volontairement pour ses brebis. Tous ceux qui viennent dans leur pastoral au nom du grand Pasteur, et qui, en même temps, agissent par son esprit pastoral, en font auttmt; ils portent leur zèle pour les brebis du sou-
veraiii l'nsleur jusqu'au sacrifice d'eux-mêmes, de tout ce qu'ils ont et de leur vie, s'il en est besoin.
l!2. Mercenarius aulem, cl qui lion est paslor, cujus non sunt, oves [)ropriae, videt Ir.pnm venienlerii, ol, dimitlit oves, et fugit: et lupus rapil, et dispergit oves.
■13. Mercenariusautem fugit, quia mercenarius est, et non perlinel ad euni de ovibus.
12. Mais le mercenaire, et celui qui n'est point pasteur, dont les brebis ne sont pas le bien propre, voyant le loup venir, laisse là les brebis et s'enfuit ; et le loup ravit et disperse les brebis.
13. Or le mercenaire s'enfuit parce qu'il est mercenaire, et qu'il n'a point de souci des brebis.
Le bon Pasteur donne sa vie pour la défense de la vie de son troupeau ; mais le mercenaire fuit au moindre danger et laisse périr les brebis par les ravages de l'ennemi contre lequel il ne les défend pas. Il ne prend pas même les premières mesures pour se mettre en défense contre l'ennemi des brebis; dès qu'il voit venir de loin le loup qui veut les ravir, il fuit aussitôt, de peur de périr ou de souffrir quelque dommage lui-même. Quumtidit îupum venienlem. Le mercenaire est lâche et timide, il craint de souffrir quelque chose pour le troupeau. Il le paîtra avec soin et satisfaction et le conservera à son IMaître, tant que cela lui rapportera quelque jouissance et contentement à lui-même, mais il ne se donnera pas grande peine, à moins que cela ne lui soit un avantage pour son amour propre ou pour quelque autre inclination qui en profitera. Quand surtout il s'agit d'exposer ce qui lui est cher .selon la nature, comme parents, amis, biens ou intérêts temporels, réputation, alors il laisse plutôt périr les brebis et se tient retiré.
Dans la multitude de pasteurs qui paissent le troupeau de Notre Seigneur Jésus-Chist, il y a peut-être seulement un petit nombre de voleurs et de brigands, mais qu'ils sont nombreux les pasteurs mercenaires, qui se paissent eux-mêmes dans le temps qu'ils paissent le troupeau du
grand Paslcnr ; (jiii sont làcliesf faibles, tièdes et sans mouvement quand il s'agit de sauver des âmes, mais qui sont pleins de zèle et d'ardeur, quand il s'agit de leur propre intérêt! Ils ne feraient rien directement pour faire périr une àme, h cause de leurs inléréis propres, parce qu'ils ont encore une certaine crainte, mais ils seront négligents, et, dès qu'il s'agira d'un intérêt, ils négligeront davantage et abandonneront même le troupeau, laissant perdre les âmes plutôt que de s'exposer.
Ces termes dimitlit oves indiquent ra])andon (ît la négligence par rapport au troupeau; ils le laissent sans le secourir. Et fugit, c'est-à-dire ils pourvoient à leur propre sûreté et k leurs propres avantages et intérêts.
Au commencement du i^^ verset. Notre Seigneur indique trois choses défectueuses du mercenaire qui sont cause du mal qu'il commet. Mercenarius auleni : c'est la première, il cherche le gain, il garde le troupeau du maître pour en tirer son intérêt. Cette recherche et attache à soi et à ses intérêts, soit pécuniaires, soit de plaisir ou inclination, soit d'amour-propi'c, rend le pasleur faible, soigneux de lui-même, et craintif. Et qui non est paslor. Par là Notre Seigneur veut dire, qu'il n'est pas le pasteur lui-même du troupeau, il n'est pas animé pour le troupeau des sentiments du pasteur; car, outre le désintéressement du vrai bon pasteur, il y a encore le zèle soigneux, ardent et plein d'amour pour ses brebis, et le mercenaire est indifférent pour son troupeau, dès qu'un de ses intérêts marqués plus haut ne le pousse. De là il arrive qu'il n'a aucune générosité pour le bien de ses brebis, et aucune ardeur ni force pour les défendre.
Cujus non sunl oves propriœ. Les brebis ne lui appartiennent pas, c'est la source de son indifïérence ; ces brebis lui sont étrangères, il ne lein- porto aucun amour
ni juicuii allachemeiU, il est froid à leur égaitl. D'un autre côté, il est ciiaucl pour ses intérêts; de là vient que, dès qu'il se voit lui-même et ses intérêts en danger à cause du troupeau, il laisse le troupeau et met en sûr(3(é ses intérêts, avec autant de soin et d'ardeur, que le bon Pasteur prend fait et cause pour ses brebis en se sacritiant lui-même.
La différence entre le voleur et le Uicrcenaire, c'est que le premier ne vient pas au nom du vrai Pasteur, ne travaille pas pour lui, mais pour soi. Il ne cherche que ses propres intérêts, et cela aux dépens et à la perle du troupeau, sur l'intérêt duquel il est toul-à-fait indifférent, tandis que le deuxième vient au nom de Noire Seigneur et travaille pour Lui; il s'intéresse au troupeau, et cherche son bien lorsque cela ne nuit pas à son bien propre, qu'il recherche même dans l'exercice de son pastoral. Lorsque son intérêt est en opposition avec celui du troupeau, il se préfère lui-mêiue à son troupeau. C'est en cela précisément qu'il est mercenaire ; il garde le troupeau du maître avec l'intention d'en tirer son intérêt, et ce qui le rend le plus coupable, c'est qu'il met son intérêt au-dessus de celui du maîlre du troupeau et du bien de ses brebis.
Voilà les caractères du raercenaiie, mais les véritables [)asteurs sont tout le contraire : ils sont entièrement désintéressés et n'agissent que pour les intérêts du Pasleur divin, négligeant et sacrifiant tout ce qu'ils ont et tout ce qu'ils peuvent pour le bien du ti'oupeau. Ils sont pleins de l'esprit du souverain Pasteur, et animés de ses sentiments envers le troupeau dans toute leur conduite. Enfin, le troupeau est comme s'il était le leur, parce qu'ils sont une seule et même chose avec le sou- \erain Pasteur, el agissent loujours en son esprit. C'est
— ô-iT —
Lui plulùl, qui afçil par eux, ef alors leur action est oelle (lu pasteur à qui apparlient le troupeau ; aussi lui sonl-ils attachés et s'y intéressent-ils comme ferait le i'-rand Pasteur.
Le mercenaire s'imagine qu'il n'a pas fait de mal, car il n'a rien l'ait pour perdre les âmes qui lui sont confiées, mais sa (au le est une faute d'omission, qui le déclare directement mauvais pasteur, et qui perd le troupeau du grand Maître.
Et lupus mpit. Quel est le loup? trest l'ennemi du salut, qui est toujours à rôder autour du troupeau ; c'est lui qui se montre au pasteur, en lui suscitant toutes les difficultés, les peines et les perles de ses intérêts qu'il sait lui tenir plus à cœur. Le prêtre veut enireprendre par exemple, une bonne œuvre qui sera d'un très-grand avantage pour le salut des âmes, alors le loup se montre: toutes sortes de difficultés temporelles se présentent; la résistance des amis, la peine des parents, la perte de la réputation ; s'il est mercenaire il fuit. Pourquoi? Parce qu'il est mercenaire; il cherche son intérêt, il ne garde, et ne soigne pas le troupeau dans des vues pures; et parce qu'il ne s'intéresse pas avec ce grand zèle du pasteur pour son troupeau, ce troupeau n'est pas à lui, il est à un autre ((ue lui. Voilà pourquoi il l'abandonne. Il en arrive de même pour une foule d'autres choses de ce genre, de la prédication pieuse et utile, de la bonne direction des âmes pour leur perfectionnement, etc. Mais plus ordinairement cela arrive quant à l'exercice ordinaire du ministère; le mercenaire n'ose faire les démarches, ni donner les soins nécessaires pour le salut du troupeau, parce que le loup se montre et le malheureux abandonne son troupeau au milieu des plus grands dangers, Taiwan-
donne à sa propre conduite sans s'en occuper ; et qu'estce qu'un troupeau sans guide et sans défenseur, en présence d'un loup formidable? Le Inup ravit les brebis qu'il peut saisir et disperse tout le troupeau, le met en désordre et lui fait perdre toute union et toute ferveur. Mercenanus autem fugil quia mercenaiiiisest, etc. Le mercenaire voit tous les désordres qui proviennent et de sa lâcheté et de sa conduite intéressée, et il laisse faire l'ennemi, et s'enfuit toujours de plus en plus.
14. Ego suni Pastor bonus: et] 14. Moi, je suis le bon piisteur, cognosco meas, et cognosciuil me | et connais mes brebis et mes brebis meae. i me connaissent.
15. Sicut novil me l'aler, et ego ; 15. Comme mon l'ère me conagnosco Palrem: et animam meam j nait, et que moi-même je connais f)Ono pro ovibus meis. ! mon Père : et je donne ma vie pour
mes brebis.
Notre divin Pasteur nous montre ici encore une grande qualité de bon pasteur. Il a déjà dit plus haut qu'il appelle ses brebis nommément ; il dit encore davantage ici, en expliquant cette divine connaissance qu'il a de ses brebis et celle qu'il donne aux brebis de leur adorable Pasteur.
C'est une chose admirable que cette connaissance dont parle ici notre divin Maître. Il montre par là les rapports si pleins d'amour qui existent entre le pasteur et les brebis. L'adorable Jésus étant un bon Pasteur envers ses brebis, donne à ses chères brebis d'être de bonnes brebis. Dès que les brebis reçoivent de leur ador;d)le Pasleiw les communications qu'il leur donne de ses sentiments du divin pastoral, elles reçoivent en temps la grâce d'avoir pour Lui et de manifester à son égard les sentiments de vraies et bonnes brebis.
Cette connaissance dont il parle, n'e>t pas une connaissance ordinaire cl commune; elle vieni d'une source
divine ol iidorahle; «l' n'est pus la connaissance qn'un homme a d'un autre homme, mais c'est nne connaissance divine.
Notre Seigneur connaît ses brebis comme son Père le eonnaît et ses brebis le connaissent comme le Fils connaît son Père. La connaissance dont il s'agit est une connaissance d'amour; car, telle doit être la nature de la connaissance pastorale. Notre Seigneur la comparée celle lie son Père pour lui, parce que celle que le Père a du Fils est pleine de complaisance et d'amour , produisant le divin amour, puisque le Saint-Esprit n'est que l'amour procédant du Père et du Fils. Celte connaissance que le Père a pour le Fils et dont parle Notre Seigneur, peut signilier aussi la connaissance d'amour du Père pour le Fils de l'homme, et cette connaissance d'amour est plutôt une connaissance amoureuse de pasteur, parce que c'est de supérieur à inférieur, de celui qui donne la vie à celui qui la reçoit; et réciproquement, l'amour du Fils de l'homme envers son Père céleste est un amour de brebis, de docilité, par conséquent une connaissance et amour envers (ÀMui qui donne et communique tout ce qu'il a , une connaissance de sa conduite et de tous les effets qu'il produit dans l'Humanité sainte comme pasteur. De même la connaissance amoureuse et pastorale de Notre Seigneur pour nous, et la connaissance que nous avons de notre Pasteur, de ce qu'il nous nourrit, nous conduit et nous dirige, est une connaissance amoureuse de docilité. 11 y a cela de particulier dans cette connaissance amoureuse, qu'outre la connaissance que le pasteur a de la brebis pour l'aimer d'un amour de pasteur, et de la connaissance que la brebis a du pasleiu- pour l'aimer d'un amour de docilité, il existe encore la connaissance mutuelle de cet amour mutuel, et (ju'elle luoduil une uoiivellc ett'usion d'amour. 35
^ oilà jjuiuquoi .Noire Seigneui' dit : Cognosco meus, et cognoscunt me meœ. Il les reconnaît comme siennes, et elles-mêmes le lecoiinaissenl comme celui à qui elles appartiennent, et leur amour alors est en rapport avec cette connaissance.
Pour mieux expliquer celte connaissance par rapport à la divine comparaison dont se sert notre adorable Maître, on peut dire : La connaissance que le Père a de son Fils, a deux grandes qualités : elle est intinie et substantielle. 1'^ Elle est intime. Le Père connaît tellement son Fils qu'il est tout en tout son Fils, de manière que l'intelligence intinie du Père réside toute entière dans l'intelligence intinie toute entière du Fils, et s'y applique sans cesse, et cela autant qu'il existe en lui-même, et qu'il se voit et se conçoit lui-même. "2° Elle est substanlielle, par cette connaissance élernelle et infinis que le Père a de toute l'essence inlinie qui est en son Fils; il voit, conçoit, de toute éternité, son propre être et sa propre essence, et c'est par cette même connaissance qu'il la Lui communique subslantiellenient.
Le Fils connaît le Père de la même manière. 11 le connaît intimement, puisqu'il est autant dans son Père qu'il est en lui-même. Il le connaît substantiellement, parce que cette connaissance qu'il ;i de son Père est la même connaissance que le i^ère a de lui-même; et de plus, par celte connaissance, le Fils connaît la substance et l'essence même du Père comme étant toute sa substance et toute son essence. Or, la connaissance pastorale dont parle notre divin IMailrc est la même. Notre Seigneur qui est notre souverain et adorable Pasteur, nous connaît comme son Père le connaît, c"esl-à-dire intimement, il pénèlie jusqu'au plus intime par sa divine grâce, il connaît tous les mouvemenls de nos âmes; il y est plus que
nous n y somiiie> nous-mêmes, et connaît loul ce qui se passe en nous beaucoup mieux que nous: de manière qu';uiciMi mouvement ne se passe dans nous qu'il ne le voie et n'y fasse attention. Et c'est là la grande qualité (hi pasteur véritable et bon, de voir et de suivre tout ce (pli se passe dans ses brebis; et par là il les dirige et les '•enduit selon leur besoin et leur utilité. Ainsi, en tous nos mouvements et en toutes nos actions, notre divin Pasteur est toujours en nous, pour nous modérer et nous diriger avec toute son autorité, et en même temps avec tout son amour pastoral. Cette application est continuelle, comme celle de son Père envers lui est continuelle.
Et caquoscuni memeœ. Notre âme, de st)n côté, si elle est vraie et bonne brebis, connaît Notre Seigneur son pasteur comme il connaît son Père. Elle reste toujours, par son intelligence, appliquée à son divin Pasteur, pour concevoir et suivre la direction qu'il veut lui donner. Elle le connaîtra pour ce qu'il lui est : son Maître, son Pasteur, son Dieu et son Tout. Elle le connaîtra non-seulement en Lui, mais en elle; elle sentira et verra sans cesse comment il est tout en elle, comme Jésus voit que son Père est en Lui. Cette connaissance sera intime dans nos âmes, parce que c'est le divin Pasteur lui-même qui s'y manifestera.
Cette connaissance est ruissi substantielle. Jésus, notre Pasteur, nous connaît de cette manière comme son Père le connaît. Il se voit lui-même dans les âmes qui sont véritablement brebis, parce que tout ce qui est en elle, est de Lui; c'est Jésus qui réside dans ses brebis, car ses brebis véritables ne le sont qu'autant qu'elles sont j)leines de Jésus. Et ses brebis reçoivent, par cette connaissance même, celte grâce de Jésus leur Pasteur, qe.i
iM- s'applique ainsi à ses brebis que pour leur communiquer sa grâce et ses faveurs. Et les brebis reconnaissent en elles cette vie et cette grâce de Jésus leui- Pasieur, et elles la reconnaissent comme brebis avec tous les sentiments et les dispositions de brebis véritables, car elles connaissent leur divin Pasteur de la même façon qu'il connaît son Père. Celle connaissance qu'elles ont vient précisément de la connaissance que Jésus a d'elles..
Notre Seigneur dit : Meas et meœ et non oves mcas et oves meœ parce qu'il veul manifester que cette connaissance s'applique seulement à celles qui sont sa propriété, et vient de ce qu'elles .sont sa propriété; car cette communication pastorale de notre divin Pasteur est faite aux âmes qui sont en Jésus, et que Jésus possède en Lui comme siennes. Voilà pourquoi il dit ces mots, pour manifester propriété et appartenance particulière. Et c'est précisément en cela aussi que réside le point principal, par lequel cette connaissance est comparable à celle de Jésus et de son Père.
Notre Seigneur dit d'abord : Ego sum pastor bonus, avant de parler de cette connaissance céleste, parce qu'en effet cette connaissance, comprise de cette manière, renferme tout ce qu'il y a de plus parfait dans l'application du pasteur à ses brebis.
Et animam ineam pono pro ovibus meis. C'est la perfection du pastoral, comme Notre Seigneur l'a déjà dit plus haut. Notre Seigneur achève ici de parler contre le mercenaire, et montre qu'il fait ce qui est le comble du bon pasteur. Il parle de deux choses : la première, c'est que le mercenaire ne fait pas cette application entière à ses brebis, attendu qu'il n'y met pas son âme, et n'entre pas ainsi dans leur esprit, parce qu'il demande la ré-
compense, et ne cherche pas ses brebis, ni ne les aime en elles-mêmes. Or, celle connaissance et application parfaite de rinlelligence suppose un véritable amour et l'exige nécessairement. En deuxième lieu, pour donner son âme pour ses brebis, ce qui est si éloigné du mercenaire, le bon Pasieur, notre divin Maîlie, le fait.
Notre Seigneur ne dit pas ponam, mais pono, quoique cependant ce ne fût alors que dans le futur. Mais ici il parle du moment même, et il pouvait dire pour une raison double, pono au présent : 1» à cause de la perfection de la disposition où il était de mourir pour ses brebis ; 2<^ parce que notre adorable Sauveur voyait, à tous les instants de sa vie terrestre, sa passion et sa mort comme présentes; car en lui, ce n'était pas comme dans les autres hommes. Quand les hommes prévoient une chose qui doit leur arriver, ils n'en ont jamais une certitude absolue, parce qu'ils ne connaissent pas toutes les circonstances qui pourraient venir empêcher l'etlet prévu. De plus, au cas même qu'ils voient la chose d'une certitude absolue, ils ne la voient jamais telle qu'elle arrivera, et comme ils la verront au moment où elle arrivera. Quand il s'agit d'une chose mauvaise, leur espérance les empêche de la voir telle; et même si elle est bonne, il y a en eux umi certaine satisfaction qui ne leur permet pas de la voir tout a fait comme elle est, car l'imagination y met obstacle par différentes illusions : et toujours différentes passions qui sont en eux y produisent cet etïet d'obscurité. Mais notre divin Maître voyait les choses telles qu'il les devait voir quand elles devaient arriver, et eu sentait toute la vivacité et l'effet. Ainsi, il souffrait la mort à tous les instants de sa vie pour ses brebis, et dans le moment où il parlait, il offrait en effet sa vie à son Père pour ses brebis.
11 y a encore luie atilre laisoii qu'on peiil donnei' du teiiue puno. Le divin Pasteur ne parle pas précisenieni de l'acte du sacrifice qu'il exécuta sur le Calv^aire, mais de son application aux âmes. Aucune âme ne devient sa brebis que parce qu'il se sacrifie pour elle. C'est un tenue général, une chose d'une application constante depuis le conniiencement du monde jusqu'à la fin : tous ceux qui sont brebis du grand Pasteur, le divin Pasteur les a gagnés en mourant pour eux; il voit ces âmes entre les griffes du loup, et il les lui arrache en mourant pour elles. Voilà pourquoi il dit puno au présent. Il ne l'a pas seulement tait, il ne le téra pas seulement, mais sans cesse il le lait, il ne saurait être pasteur sans cela; car, il trouve toujours ses brebis dans la gueule du loup, et il ne les lui ai rache que par sa propre moil.
Ib. El alias oves habeo, quae 1 16. Mais j'ai d'autres brebis qui non simt ex hoc ovili : et, illas opor- ! ne sont |)oint. de celle bergerie; il lel me adducere, et vocem nieam | faut que je les amène, et elles enaudient, et fiel unum ovile, et 1 tendront ma voix, et il n'y aura unus pastor. ' qu'un bercail et qu'un pasieur.
Les brebis dont parle ici Notre Seigneiu-, sont la réunion des gentils qu'il devait attirer dans son bercail. Ces brebis n'étaient pas alors dans le bercail, et notre divin Pasteur dit qu'il a à les amener dans le bercail. .Yo/t mmi eu- hoc ocili, dit Noti'e Seigneur; ex hoc désigne la synagogue, qui était alors le ben ail où se trouvaient les brebis. Les gentils n'étaient pas de cette synagogue, ils étaient hors du bercail; et non seulement ils étaient hors du bercail, mais ils n'y ojU jamais été. Dans l'anciennt» Église, reniermée dans la synagogue, généralement parlant il n'y avait pas de brebis qui ne vinssent d'elles, ou du moins qui n'y tussent aggrégées; mais Notre Seigneur voulait établir un bercail universel; il altiia tous les gentils et forma un autie bercail, qui a pris, il est vrai, sa
sumco (lyiis \v pieinior. mais qui avait son existence par lui-même, et n'était pas au-dessous du premier; l'un et, l'autre formaient un seul et même bercail, dirij^é et ffouverné par un seul et même Pasteur. L'ancien bercail, trop petit pour renfermer tant de brebis, est détruit. Toute l'universalité du troupeau est réunie dans un bercail formé par le divin Pasteur lui-même, et capable de renfermer ce grand troupeau, et de fournir à sa subsistance.
Notre Seigneur dit : Qui non sunt ex hoc ovili, parce que le nouveau bercail n'était |)as le même, mais beaucoup plus parfait que le premier el formé du premier. Outre que toutes les brebis du premier devaient entrer dans le second, le grand pasteur en avait encore d'autres qui n'étaient pas de ce bercail ancien, et qui cependant, devaient entrer dans I(î nouveau bercail qu'il allait former. Notre Seigneur dit : Alias oves habeo, quoique ces brebis fussent encore éloignées, et que dans le moment, elles ne fussent pas encore actuellement ses brebis. Mais on n'a qu'à se souvenir de ce que le divin Maître a dit ailleurs : Omne quod dat inihi Paler ad me veniet. Ces brebis lui ont été données par son Père, elles lui appartiennent donc et personne ne sera capable de les lui enlever. Pai- conséquent. Notre Seigneur peut dire avec vérité qu'il a encore d'autres brebis; car, pour que dès ce moment, les gentils lui appartiennent, il suffit que son Père les lui ait. donnés; or, il est bien certain que tous les gentils, qui dans la suite des temps sont devenus brebis, avaient été donnés à leur Pasteur adorable par son Père céleste. Ils lui appartenaient donc en propriété.
D'un autre côté, tout ce qui af)partient à Notre Seigneur est brebis, car il n'est venu que pour leur donner le pâturage; par conséquent il pouvait dire en toute
— h'Mî —
vérilé : Qu'il avait, dès le temps qu'il paiiait, d'auli»^ï> brebis à lui appartenant dès lors, quoiqu'elles lussent encore hors du bercail ; mais précisément par cela même qu'il était obligé de leg amener dans son bercail, parce qu'il a dit que tout ce que son Père lui donnait venait à lui, et que, s'il ne les rbercliait, elles ne pouvaient venir. Et ailleurs il a dit que tout ce que son Père lui donnait il n'en perdait rien, et que la volonté de son Père était que tout ce qui venait à lui il ne le mît pas dehors : Oportet me adducere. Il lesappelle brebis dans ce moment là même, parce qu'elles Pelaient dans l'ordre de la volonté de son Père.
Il dit : Et vocem meam audient. Dans le moment oir Notre Seigneur parlait, elles n'entendaient pas encore sa voix, parce qu'il n'en était pas encore temps. Quand le temps déterminé par son Père fut venu, alors le divin Pasteur appela ses nouvelles brebis qui lui avaient été données par son Père, et, dès qu'il les appela, elles entendirent sa voix, elles furent fidèles et suivirent avec joie. Par là notre divin Maître prédit la grande ferveur et le grand empressement avec lequels les Gentils, qui avaient été donnés à l'adorable Pasteur, recevaient la parole de la foi, et avec lesquels ils suivaient l'attrait de la grâce divine, chose si nouvelle pour eux, cependant à laquelle ils se rendaient avec tant de foi et de fidélité- Cette voix de Notre Seigneur est la parole de foi annoncée par les saints apôtres, et cette parole intérieure que le Maître des apôtres disait à ces âmes bienheureuses.
Notre Seigneur a encore dit ces paroles pour faire contraste avec ceux qui devaient être naturellement ses brebis, qui étaient de l'ancien bercail, et qui n'écoulaient pas sa voix. Ces âmes abusaient de toutes ses bontés, de toutes ses faveiirs : c'étaient des biebis égarées, qui
n'appartenaient plus au divin Pasteur, landis que ee» âmes neuves recevaient la divine parole pastorale avec une joie et une tendresse d'amour inexprimables, rivalisaient et bientôt même surpassaient les anciennes brebis.
Ces brebis Lui appartenaient avant qu'elles ne s'en doutassent. Le divin Pasteur a déjà les yeux sur elles et ne les perd pas un instant de vue : alias oves habeo. Mais elles n'entreront dans le bercail que lorsqu'elles auront écouté sa voix. Une chose bien remarquable contre les hérétiques se trouvent dans ce verset. Notre divin Maître dit qu'il a d'autres brebis à amener dans son bercail ; voilà l'action de la grâce, par laquelle le divin Pasteur fait ses efforts d'amour pour les amener. Et vocem meani audienl, ajoute-t-il, voilà l'action de la volonté coopérante des brebis. Elles seront fidèles à cette action delà grâce, la recevront et la suivront; qu'arrivera-t-il après cela? Fiel timon ovile et unus pastor. Du concours de la volonté avec la grâce divine, il résulte qu'une âme appartient à Notre Seigneur et que Notre Seigneur devient Maître et Pasteur de cette âme. Si ces brebis n'avaient pas écouté la voix du Pasteur qui les a amenées, le grand bercail n'aurait pas pu se former. Et fiet unum ovile et unus pastor. Par là notre divin Maître nous montre l'unité de la foi dans son Eglise.
Dans l'ancien Testament, qui était un bercail, mais un bercail de pratiques extérieures, — car, ce qui distinguait le peuple de la loi mosaïque des autres, ce n'était que des pratiques extérieures, — ce qui manifestait les brebis d'Israël ce n'était que ces pratiques. Ainsi, par exemple, ils avaient la circoncision pour marque et pour caractère de leur qualité de brebis; les pratiques jointes à la foi formaient les biebis de la maison d'Israël. Les brebis
- 5as —
hors de la maison d'Israël, cjui étaient ceux dos Gentils qui crovaienl en Dieu seul et qui observaient la loi natulurelie, comme Job, Naaman, Jéthro et autres, élnient brebis, mais n'appartenaient pas au bercail établi de Dieu dans Israël, lequel, dans le fond, était cependant le véritable bercail. La foi de ces brebis tirées des Gentils était la même que celle d'Israël; mais i! leur manquait le caractère particulier des brebis d'Israël, qui était la circoncision et les pratiques de la loi. Et par suite, ce bercail qui, dans le fond était absolument le même, variait cependant en une chose, laquelle, pour le temps de la loi de pratiques, était un caractère essentiel; et par là même l'union n'était pas parfaite dans le bercail.
Mais, dans le nouveau bercail, le divin Pasteur réunira toutes ces brebis, pour en former un seul et même troupeau, et pour les faire entrer toutes dans un seul et mênîe bercail. Et dans ce temps, le caractère essentiel et unique des brebis sera dans l'âme, caractère formé par l'Esprit-Saint, caractère qui unira tout le bercail et rendra toutes les brebis dociles et souples sous un !même pasteur. Et c'est l'Eglise nouvelle que le divin Pasteur a formée, et dans laquelle régnera une unité de foi parfaite et ce sera précisément ce qui fera- les brebis. Dès qu'il se trouvera une partie de ce bercail dont la foi ne sera pas une avec le tout, cette partie ne sera plus du bercail parce qu'il n'existe qu'un seul bercail. De plus celui qui dérogera à l'unité de la foi n'aura plus le souverain Pasteu! pour pasteur; car comme ce bercail est un, de même il n'y aura qu'un pasteur, et comme le pasteur est unique, de même son bercail sera unique seulement. C'est ce divin Pasteur qui enseigne, qui inspire, qui guide et qui gouverne son unique bercail, de telle façon que tout enseignement, foule conduite, toute inspiration et tout
i;((u\eiiieim'ii(, qui ne sont pas ceux de loiil le bercail, i\v peuvent pas venir du vrai Pasteur, parce que le pasteur étant seulement un, tout enseignement, tout inspilalion et tout gouvernement doivent être les mêmes dans tout le bercail. De là celles des brebis qui ont ces choses autres quelles ne se trouvent dans le reste du bercail, ne reçoivent pas ces choses du vrai pasteur, de l'unique pasteur, et par conséquent le divin Pasteur n'est pas leur pasteur.
Ces hommes qui se forment une loi selon leurs idées, sans craindre de se séparer de la foi du bercail, ou qui ne veulent pas s'assujettir au gouvernement et à la conduite de tout le bercail, ces hommes sont bien malheureux.: ils sortent et se retranchent eux-mêmes du divin bercail, qui seul a été établi pour les brebis de Dieu; et de plus, ils se soustraient à l'autorité du souverain Pasteur, déclarant formellement par leur conduite perverse qu'ils n'appartiennent plus à l'unique Pasteur. Et si d'ailleurs ils veulent soutenir qu'ils lui appartiennent encore, comme ils le font ordinairement, leur sentence est prononcé par le divin Pasteur lui-même, qui les retranche du nombre de ses brebis, parce qu'ils se sont retranchés de son bercail, et il ne veut plus être leur Pasteur, fiet uuain ovile cl unus Paslor. l.a sentence est prononcée; malheur à ceux qui s'obstinent !
Quant aux termes ei anus pastor, ils sont aussi en opposition avec ce qui existait dans le temps de l'ancienne loi. Dans le fond, il n'\ avait qu'un seul pasteur, qui était Noire Seigneur, ( * ; car il a dit : Nemo venit ad Pair em nisi per me, par conséquent, il ne peut y avoir de vrai pasteur que Lui, et d'ailleurs il s'est assez prononcé
'" .M(*me avant l'existence de l'Hunitinile sainte tous !es mérites acquis sur la terre ne pouvaient venir que de Jesus-Christ. Les anciens se sauvaient par la foi en Jésus- Christ, leur futur sauveur : .\oii in alio aliquo saluf (Note du V. Père, )
sur celle vérité clans le chapitre présent. Mais dans l'eâpril des Juifs, il y avait plus d'un pasteur comme il y avait plus d'un bercail. Ils regardaient comme pasteurs les prophètes, auxquels Dieu adonné ses ditïerentes lois; ainsi Moyse était le pasteur des Juifs, c'est-à-dire de toute la maison d'Israël qui était sous la loi. Les gentils qui servaient Dieu n'étaient pas obligés à la loi, et étaient brebis selon les Juifs mêmes qui les appelaient enfants de Noé. Ils leur donnaient Noé pour pasteur. Les Juifs étaient donc enfants d'Abraham et de Moyse ; et les gentils, enfants de Noé, recevant et observant seulement les lois prescrites à Noé. Ces dénominations se trouvent encore, même maintenant, dans leurs livres. Mais dans la nouvelle loi et le nouveau bercail, il n'y aura plus ces différentes dénominations, ni ces différentes branches : tous seront directement et indistinctement les brebis de Notre Seigneur, et recevront de lui immédiatement, directement et uniquement la direction intérieure de la grâce ainsi que la vie. Donc, dans ce nouveau bercail, il n'y aura qu'un seul pasteur, qui gouvernera seul tout son propre troupeau.
17. Propterea me diligit Pater , i 17. Et si mon Père m'aime, c'est quia ego pono animam meain, ut parce que je quitte ma vie pour la iterum sumam cam. | reprendre.
Notre Seigneur parle ici de la dilectiou de mérite ; car, par la dilection essentielle que le Père avait pour son Fils de toute éternité, comme aussi pour la dilection de choix et de complaisance, ce n'était pas parce qu'il donnait son àme que son Père l'aimait; c'était parce qu'il était son Fils bien aimé. Mais il s'aajit ici de la dilection de grâce et de mérite, qui tieht à la perfection de l'accomplissement de la divine volonté, et de l'amour avec lequel on l'accomplit. Et notre divin Pasteur, après avoir
montré combien son pastoral est au-dessus de celui des faux pasteurs, ou plutôt est l'unique et véritable pastorat, montre ensuite la récompense, qui est l'amoui' de son Père. Il a montré sa conduite pastorale par rapport à ses brebis, il la montre maintenant en ce qu'elle est par rapport à son Père. Et en cela encore il se compare aux autres pasteurs, et montre que lui seul est aimé de son Père : Propterea me diligil. « C'est pourquoi c'est « moi qui suis aimé de mon Père, quia ego pono etc., « parce que moi seul je donne mon âme. » Ces termes me diliyit, quia ego pono, disent assez qu'il s'agit d'une comparaison et que c'est lui qui est aimé, et non les autres.
Pourquoi son Père l'aime-t-il? Parce qu'il pose son àme pour la reprendre. Le grand caractère de l'amour, c'est de donner son âme pour ses amis. C'est la perfection de tout amour, et celui qui donne son âme pour Dieu, aime Dieu parfaitement. De là. Notre Seigneur donnant son âme pour ses brebis, selon la volonté de son Père, pur un pur effet de son amour pour Dieu et sans être forcé à cela par cette volonté, njanifeste ainsi que cet acte est un acte souverainement parfait dans le Fils de Dieu. Car la perfection est double dans un acte; il y a celle qui est inhérente à l'acte, et celle des dispositions qui l'accompagnent. Les dispositions qui l'accompagnaient étaient infiniment parfaites et d'un mérite infini, et l'acte dont Notre Seigneur parle ici est en lui-même le plus parfait; voilà pourquoi il attire l'amour du Père. Ut iierum sumam eam. La perfection d'un action héroïque quelconque ne consiste pas dans cette action en ellemême, mais en ce qu'elle se fait en l'accomplissement de la volonté de Dieu et pour son bon plaisir; voilà pourquoi, afin qu'elle soit parfaite, il faut qu'elle soil enliè-
— hï2 —
lement selon celle sainle volonlé. Ici, la volonle du Père n'élail pas que Notre Seigneur mourût seulement et qu'il restât ainsi jusqu'à la résurrection générale, mais elle était qu'il ressuscitât quelque temps après. De là, l'amour du Père était attaché non à l'action de son Fils de donner son âme, mais à l'action de la donner el à l'intention de la reprendre. Une autre raison encore, c'est que cette résurrection même était pour le bien de ses brebis el entrait dans la sanctification des âmes, aussi bien que le mystère de sa mort, et par là attirail nn amour particulier du Père. Les termes pono el .mmam indiquent la puissance du Fils de Dieu, par laquelle seule ces actions se firent; ils indiquent encore la volonlé libre, avec laquelle le Fils de Dieu les a faites, comme il va l'expliquer dans le verset suivant.
Le mol ponere indique un endroit. Notre Seigneur pose son âme; el où la pose-t-il? c'est entre les mains du Père comme il dit au moment de sa mor.l : Pater, in nianus mas commendo spirilum meum. Ces paroles étaient cet acte de puissance prononcé avec tant de force et par lequel il déposa son âme entre les mains de son Père.
18. Nemo lollit eam a- me ipso, i 18. Personne ne me la raviL: et polestalem liabeo ponendi eam: ! mais je la donne de moi-même : j'ai el poteslalem habeo iteriimsumendi I le pouvoir de la donner et j'ai le eam; lioc mandatum acce|)i a Pâtre pouvoir de la reprendre. C'est le meo. commandement que j'ai reçu de
j mon Père.
Dans ce verset. Notre Seigneur explique pourquoi il dit qu'il dépose son âme el qu'il la reprend. D'après les apparences, il semblerait que ses ennemis lui arracheront l'âme el qu'il mourra par l'effet du supplice, ces apparences sont fausses ; car, c'est par un simple acte de sa volonté qu'il rend son âme à son Père, lorsque tout ce qui devait aNoir liiMi et être exécuté en sa personne a
élé accoiiij)li. l*'t il l'a riK^nie assez ujanifeslé dans ses derniers niuinenls. Après avoir reçu le vinaigre, il dit : « Tout esl lini; » et après il élève la voix avec beaucoup de force, et dit à son Père : In munns luus... Par là il dit : « Tout esl terminé, j'ai jiccompli toutes vos volontés , « maintenant je vous donne mon âme, je la dépose entre (( vos mains. »
Et potesta{em habco. Notre Seigneur montre par là qu'il meurt par sa propre puissance. Poteslalem habeo, il a ce pouvoir en Lui; il est inhérent à sa nature. Notre Seigneur dit : Pono. tollam animam Jiicam ; polcslaiem liabeo ponendi et lollcndi eam. Il parle de déposer son àme et de la reprendre, comme de déposer et de reprendre un objet qui n'est pas lui. Qui posera cette âme et qui la reprendra? est-ce l'âme elle-même? Les termes ne disent pas cela ; d'ailleurs, l'âme ne peut se reprendre, ni se poser hors d'elle pour être obligée après cela de se reprendre. Est-ce le corps? Mais le corps ne pentpas avoir puissance sur l'âme, en Notre Seigneur encore moins qu'en tout îiomme, parce que, dans l'Humanité sainte, tout était dans un ordre parlait et le corps obéissait à l'âme selon l'ordre primitif de la création ; or, si le corps avait eu pouvoir de déposer et de reprendre l'âme, il y aurait eu désordre. Qui est-ce donc qui a cette puissance? C est le Verbe divin, qui dit : Ego pono eam a meipsu, nemo loUil eam a me, polestatem liabeo. Quand les volontés éternelles de son Père se furent accomplies sur son humanité sainte, alors le Verbe posa son âme, non hors de lui, mais hors de son corps, et cela par un parfait consentement de cette âme sainte et admirable, et avec une parfaite docilité et soumission de ce corps; et c'est pour cela qu'au moment où cette grande action s'exécuta, l'adorable Humanité inclina la tête: IndiiiaU) capitc, cxpi-
racil, poiii- iiianilester,-par celle marque, raccoixl el le consentement parfait du corps, de l'âme et de la Divinité dans cette séparation admirable.
Pendant tout le temps de celte séparation, le Verbe resta uni au corps el à l'àme, comme auparavant; de manière que le corps el l'àme restèrent médiatement unis ensemble de l'union surnaturelle que l'Espril-Sainl a opérée par l'union hypostalique du Verbe ; car , le A'erbe étant ainsi substantiellement uni avec le corps et avec l'âme, il résulte de là que ce corps et cette âme saints et adorables, étaient unis dans la substance divine du Verbe, substance essentiellement une el indivisible, et par conséquent une dans le corps et dans l'âme et les possédant de la manière la plus parfaite dans son unité indivisible.
Cependant, qu'on ne se laisse pas induire dans cette erreur grossière, de croire par là qu'il n'était pas possible que le corps de Notre Seigneyr mourût. Ce serait une grande erreur el une hérésie même. Ce corps adoroble resta mort pendant trois jours, mortel sans mouvement, comme tout corps humain qui est privé de l'âme. Mais tout mort qu'il était, il méritait toutes les adorations des anges et des saints, parce que le Verbe divin était en lui comme auparavant. Mais en quoi consistait donc cette séparation de l'âme et du corps, si l'un et l'autre étaient toujours unis dans l'unité du Verbe? En noire adorable Seigneur, il faut remarquer deux choses : sa subsistence surnaturelle, qui provenait de son union avec la Personne divine du Verbe; et en deuxième lieu, son existence naturelle, consistant dans les relations de son corps et de son âme ; corps et âme créés absolument comme les nôtres, seulement dans un degré inexplicablement plus parfait el plus pur. L'un oÀ l'aulrr
étaient de même nature, el avatent les mômes qualités que les nôtres ont reçues de la main de Dieu dans notre première création , sans avoir ce que le péché a ajouté à celte création. Seulement, ces qualités "du corps et de l'âme de Notre Seigneur étaient incomparablement, ot incompréliensibiement plus parfaites que les nôtres.
Dans notre création. Dieu ayant joint l'âme avec le corps, a établi certaines relations entre elle et le corps, union et relations par lesquelles le corps reçoit la vie et le mouvement naturels de l'âme, et c'est ce qui fait l'homme vivant. Lorsque cette union naturelle et ces relations entre l'âme et le corps, sont rompues alors on dit : Cet homme est mort. Car ce mot mort signifie séparation naturelle, et rupture de relations naturelles de l'âme avec le corps, auquel elle doit donner la vie et le mouvement.
Or, voilà ce que lit le Verbe divin en posant ainsi son âme; il enleva à son âme et à son corps, cette union naturelle et ces relations naturelles, de manière que le corps ne recevait plus la vie et le mouvement de l'âme; et par conséquent Notre Seigneur est véritablement mort et a été véritablement enseveli, toiit en restant uni parfaitement au Verbe divin ; et par là le corps et l'âme restèrent médialement unis dans la substance divine du Verbe. Par suite de cette union parfaite cpi'il conserva avec le corps, Notre Seigneur dit en toute vérité : Polestatem habeo ponendi et sitmendi, quoiqu'il restât autant uni à l'âme qu'au corps, parce que séparant véritablement son âme de son corps, il la posa donc hors de son corps, ou plutôt en séparation de son corps, et ensuite quand il la réunit au corps et retablit les relations entre le corps el l'âme d'une manière aussi parfaite et aussi admirable par sa résurrection, il reprit son âme dans son corps. floc mandaluin acccpi n l'aire weo. Ici, Notre Seigneur
<li( hi véritable raison pour laquelle il devait laiie ces choses, (^e n'était pas parce (|ueles Juifs le crucifieraient et parce qu'ils lui leraient souffrir des tourments si terribles, mais parce qu'il avait reçu cet ordre de son Père. C'était la volonté du Père, déterminée de toute éternité, que son Fils bien-aimé dût mourir sur la croix pour les péchés des hommes, ressusciter ensuite pour leur justification ; c'est pour que ce Fils adorable exécutât dans le temps celte volonté éternelle du Père.
On peut considérer cette volonté du Père sous une double forme. Premièrement, comme donnée à son Fils, éternel comme lui, et de toute éternité; et alors, ce n'est pas une loi de supérieur à inférieur, mais, le Père ayant cette volonté en l.ui, l'a engendrée dans son Fils, qui possédait de toute éternité cette môme volonté dans l'essence du Père quiétail toute en Lui. Secondement, comme donnée à l'Humanité-sainte, comme une chose du bon plaisir du Père; et cette adorable et très-sainte Humanité, dans un accord et consentement parfaits avec le Verbe, s'abandonna et se soumit entièrement à celte divine volonté du Père, et concourut de toutes les forces de sa volonté pour l'accomplir, quoiqu'elle eut pu choisir la jouissance et la félicité qu'elle recevait de l'essence divine du Verbe, proposito sibi gaudio, snslinuit crucem.
Cette volonté du Père était non seulement poui- la mort, mais encore pour la résurrection; c'est pourquoi le Fils de Dieu exécuta l'une et Tautre.
19. Dissensio iterum facta est! 19. Une di.'^sension s'éleva do inter Judœos propter sennonos lios. i nouvea;i parmi les Juifs à cause do
I CCS paroles.
20. Dicebanl aiitem niulli ex 20. lieaucoup d'enlrc eux diipsis : DîRinonium liabet,et insaiiil; j saienl. : Il ii en lui un dénion, el il (|uid cuni audilis ? \ a perdu le sent- ; poiiniuoi l'éroule/.-
I vous.
A l'occasion de ces paroles, Si pleines d'onction et de -consolation, il se Ht de nouveau une dissension et une dispule enlie les Juifs, comme ccîlle qui iMit lieu à l'occasion d'autres paroles, <pii leulei'maient une doctrine aussi élevée et aussi pleine de consolation f cliaj). mi.). Personne do ceux qui les entendaient ne pouvait les ■con)j)ien(lie; seulement, ceux, (pii étaient bien dis[)Osés, et qui avaietit un peu de loi, éprouvaient une grande consolation et un eflet de grâce qui les touchait et les attirait davantage à Notre Seigneur; les mauvais, au contraire, y trouvaient un sujet de scandale et de perte ^)our s'endurcjr de plus en plus. Cette dissension mit tin 4iu\ discours <Ie Notre divin Maître, (jui ne se trouve jamais tlans le tiouble, comme il a été dit plus haut.
C'est le propre des gens mal disposés de blasphémer ce ipi'ils ne connaissent pas. (^es gens-là, ne comprenant pas les divines [laroles de Notre Seigneui-, ne se eontenlenl pas de dire que ses paroles sont obscures, mais ils l)lasplièmeut et disent : que celui qui les prononçait parlait par ins[)iration du démon et cpril était insensé. (.'.ependant, chms toutes ses paroles, ils avaieiit toujours observé une sagesse surhumaine; il leur était arrivé bien souvent qu'ils ne conqirenaient pas bien, et eepend;int ils entrevoyaient une sagesse qui était au-dessus d'eux. Ils avaient souvent entendu parler Notre Seineur par paiaboles, et ils devaient croire cpie ces paroles étaient paraboliques et avaient un sens caclié qu'ils ne comprenaient |)as. D'autant plus qu'ils avaient toujouis vu par expérience, que jamais personne n'avait pu résister à la haute sagesse (pii parlait par la bouche de Notre Seigneur, et que jamais on n'avait pu l'embarrasser en rien. Cependant, au lieu d'avouer sa supériorité *^l de croire qu'il v avait là une sagesse cachée, dans
ces paroles qui leur étaient incoin]iréhensibles, ils aimaient mieux suivre le penchant de leur passion, et juger d'abord que ces paroles étaient des paroles insensées, contre toute apparence de raison.
Ils disaient : Dœmonium liabet, parce que, quand le Fils de Dieu parlait ainsi au peuple, l'inspiration divine, ou plutôt la présence substantielle du Verbe, se faisait voir sensiblement dans tont l'extérieur de l'Humanitésainte. Car ces choses se passaient dans l'Humanité-sainte comme dans les autres hommes. Lorsque les hommes veulent communiquer aux autres hommes une chose qu'ils conçoivent, qu'ils éprouvent et expérimentent dans leurs âmes, il faut que cela passe par leurs sens, et, par le moyen des sens, ils le communiquent à leurs semblables, dont les sens reçoivent, la communication de ces choses qui leur sont rendues, et qui, parce moven, entrent dans leurs âmes : Fides ex audiiu.
Et la véritable éloquence consiste en ce que tous les sens de celui qui veut communiquer ainsi les choses qu'il éprouve, prennent part à cet objet, en soient imprégnés et aident à rendre cet objet, chacun à sa manière. Par là, ils font impression sur tous les sens de ceux qui écoutent, les captivent plus ou moins, et enfin font recevoir leur objet avec perfection. C'est pourquoi ceux qui sont vivement et fortement pénétrés d'une chose, la rendent avec plus d'éloquence, parce que tous leurs sens en sont pleins. C'est pourquoi les hommes inspirés de l'Esprit de Dieu, et qui par là sentent les choses plus vive.ment, plus délicatement et plus intimement, rendent les choses de |a même façon, et plus parfaitement que les hommes, qui n'ont qu'un sentiment fondé sur les seules forces de la nature; car, les effets produits par la nature sont incomparablement plus faibles que ceux produits par la grâce,
et surtout clans des hoinnies inspirés d'une manière extraordinaire. C'est pourquoi aussi les hommes inspirés pai' le Saint-Esprit et animés de la grâce, produisent des effets merveilleux de grâce dans les âmes.
L'adorable Humanité du Sauveur faisait de même pour rendre les choses admirables et divines qu'elle recevaif par la communication ineffable du Verbe, et que la volonté du Père était qu'elle nous communiquât. Le Fils de Dieu faisait passer ces objets admirables par les sens de l'Humanilé-sainle, qui manifestait ainsi et produisait au dehors les vérités communiquées par le Verbe divin, et les rendait par lous les sens qui devaient y prendre part, de manière que la sublimité incompréhensible de l'union divine du Verbe paraissait plus fortement. De plus, pour certaines vérités plus élevées et plus importantes, le Fils de Dieu manifestait davantage cet admirable écoulement de l'essence divine sur l'Humanité-sainle, comme il est dit par exemple, par ces paroles : Exultavil spirilus, et autres passages semblables.
Les Juifs, voyaient. ces effets et étant mal disposés, les prenaient en mal et disaient que cela venait du démon ; voilà pourquoi il leur arrivait si souvent de dire : Dœmonium liabet, pai" un effet de leur malice, qui se sentait repoussée par la manifestation de la Divinité qui abhorrait leur malice; et cela excitait davantage leur malice. Les bons, au contraire, étaient embaumés par cet écoulement de l'Ksprit de Dieu sur l'extérieur du Sauveur et sentaient un grand effet de grâce.
21 . Alii dicebant : H;l>c verba non sunt dsemonium habentis : numquid dremonium polesl cœconun oculos aperire?
iil. D'antres disaient: Ces paroles ne sont pas d'un homme qui a un démon en lui : est-ce qu'un démon peut ouvrir les yeux des aveugles?
C'esrpoiH'Lfiiui [es l)ons, c\'Sl-;»-(lii(' ceux qui. iiarnii les Juifs, irétaietil pas mal disposés à l'éganl de Notre Seigneur, suivirent Je senlimenl de leur cœur i)Iulol ipie l'orgueil de l'espi'it. Ils ne comprenaient pas non |)lus les divines paroles du Sauveur, mais, étant touchés par la grâce et disposés favorablement, ils conservèrent une cerlaine droiture d'esprit que la malice faisait perdre aux autres, et, quoique ne comprenant pas ces paroles, ils conclurent, d'après les antécédents, que c'était Dieu qui agissait en Notre Seigneur et non un démon.
Ainsi ils disent deux choses : premièrement, que ces paroles ne sont pas d'un homme possédé du démon, parce que le bon etTet qu'elles produisent et la manièredont elles sont dites, aussi bien que la nature môme de ces paroles, annoncent assez clairement que ce n'est pas le démon qui en est le princi[)e. Ils disent en second lieu, que ce ne pouvait pas être par l'inspiration du démon que Noire Seigneur parlait, parce qu'un démon ne peut ouvrir les yeux à un aveugle-né. Par conséquent, ce grand miracle que Notre Seigneur venait d'opérer était de Dieu ; Notre Seigneur était donc animé de Dieu dans ses œuvres. Or, il est impossible que Dieu et le démon, soient de cette manière, dans une âme, le principe de ses actions. Dieu ne fait pas de miracles par un homme qui agit et qui parle par inspiration du démon.
22. Fada siiiil aiilem Encœiiia in I 22. Or on faisait à Jérusalem la J'erosolymis : el liicnis erat. Dédicace, et c'était pendant l'Iiivor.
23. Kt anibulabal Jésus in templo, 23. VA Jésus se promenait dans k^ in porticn Salomonis. I temple, sous le portique deSalomon.
Notre Seigneur, qui ne reste jamais dans le trouble, quitta les Juifs, dès qu'ils se disputèrent à son sujet. C'était dans ce temps de l'hiver, où les Juifs faisaient 'des feux de joie poiu- célébrer le rétablissement et la
firdicact.' (lu tciiiplc cjiii cul lieu au iL'inps des Macliahées. Noire Seij^neur picnail toujours un plaisir Irès- ^rand à considérer ce qui se taisait pour la gloire de sofi Père, ou pour lui rendre des actions de grâces pour ses hienl'aits; el, dans toutes les circonstances, il honorait de sa présence les letes que le peuple faisait pour rendre hommage à son Père. Voilà pourquoi, en quittant les .Iiiifs, il se rendit au temple. Il est probable, que le principal de ces leux de joie eut lieu, dans le portique de Salomon. Pcul-èire y a-t-il quelqu'autrc raison, pour laquelle Notre Seig[ieur se rendit là, et qui nous est inconnue. Il serait possible qu';ui temps de l'hiver, le peu|)le se trouvait réuni sous le portique plutôt cpi'ailleu rs, et le divin Sauveur, en ces solennités, se montrait au peuple pour lui annoncer son nouveau royaume. Il est probable que les deux circonstances que l'Espril- Saint nous mentionne ici : IHems erat : et : in porticit Salomonis, ont des raisons particulières et plus relevées.
24. CirciimdederiiiU. cri:;o <:um JudiL'i, et dicebant ei : Oi'Oi'sque animarn noslrain lollis? Si lu e> Glirislus, die nobis palam.
24. Les Juifs donc rentourcrent et lui dirent : Jusqu'à quand liendras-lu notre esprit en suspens? Si tu es le C-hrist, dis-le-nous ouvertement.
Les Juifs entendaient toujours parler la divine Sagesse, sans rien comprendre à ce (fui sortait de sa bouche. Il est probable que c'étaient les mêmes, qui venaient de lui entendre^ dire : Eyo sum Pastor bonus, et les autres choses admirables, sans savoir ce qu'il disait. Il parait même certain, que c'est là-dessus qu'ils lui font cette demande, puisque la réponse du Sauveur fait suite à son discours des premiers verselsnle ce chapitre, ('es genslà viennent de dire : Dœmonium habel et insanit, car ceux qui lui parlent ici sont des gens mauvais et saii^ foi.
Cependant, quoique de bouche, ils le taxassent de dire des folies, dans leur conscience, ils sentaient bien que cela n'était pas, et ils soupçonnaient qu'il pourrait vouloir dire par là, qu'il était le IMessre. Voilà pourquoi ils viennent ici l'entendre tous, pour lui demander de leur dire clairement qu'il est le Messie.
Après qu'ils eurent bien disputé ensemble, il dut s'en trouver parmi eux ayant quelque incertitude et remords plus grands; mais leur défaut de foi et leurs mauvaisesdispositions les empêchaient de s'éclairer, et les faisaient abuser de nouveau des réponses de la divine Sagesse. Dans cette incertitude et ce remords, ils font celte demande : « Jusques à quand enlevez-vous ainsi notre « âme, la tenez-vous ainsi suspendue? si vous êtes le « iMessie, dites-le ouvertement et non pas toujours par « énigme et par parabole. » La manière dont ils font leur demande ne méritait pas d'être exaucée. Ils viennent en se plaignant avec humeur, et tout le motif de cette singulière prière est un motif d'ainour-propre; ils ne veulent pas être ainsi dans l'incertitude. Une autre chose remarquable, c'est qu'ils ne demandent pas à connaître véritablement Notre Seigneur; mais ils veulent savoir s'il est le Messie, comme ils s'imaginaient le trouver selon leurs idées singulières et humaines. De plus, leur peu de foi les rendait incapables de cette connaissance, comme cela se manifeste bien, à la fin de la léponse que Notre Seigneur leur fait. D'ailleurs, plusieurs parmi eux étaient endurcis dans leur incrécfulité, et demandaient cela pour avoir un prétexte d'agir contre lui. C'est la demande de Caiphe et le motif qui la lui fera faire.
;25. Respondit eis Jésus : Locjuor vobis, et non credilis. Opéra quae ogo facio in nomine Patris niei, htiec testinionium pcrhibcnt de me-;
2o. Jésus leur répondit: Je vous parle et vous ne me croyez point; les œuvres que je tais au nom de mon Père rendent témoignage de moi ;
Noire Seigneur, en répondanl à Icui' demande, reprend en même temps leur incrédulité, qui était la cause pour laquelle, ils ne pouvaient comprendre ses paroles, et j)our laquelle, Notre Seigneur ne leur donnait j)as de plus amples instructions.
]ls demandent que Notre Seigneur leur dise s'il est le Christ, et déjà tant de fois il le leur avait dit sans qu'ils aient voulu le comprendre, par suite de leurs mauvaises dispositions; et quelque fois quand ils l'avaient compris, ils voulaient le faire mourir à cause de cela. Car, le nom de Christ par excellence qu'ils donnaient à ce grand personnage qu'ils attendaient et qui avait été prédit par tous les prophètes, ce nom ne signifiait rien autre chose que l'onction divine du Verbe dans l'Humanité; et par conséquent, le Christ c'est la même chose que le Fils de Dieu. Or, Notre Seigneur leur avait tant de fois dit qu'il était le Fils de Dieu, sans que jamais ils eussent voulu le recevoir comrae'tel. Et bien plus, il leur avait manifesté une multitude de fois, les deux natures qui étaient en Lui, s'appelanl tantôt Fils de Dieu et se rendant égal à Dieii ; tantôt Fils de l'homme et manifestant son infériorité.
Leur malheur était qu'ils avaient perdu toute véritable notion sur leur Messie et avaient des idées toutes différentes de ce qu'il était réellement. De là venait qu'ils ne pouvaient rien comprendre au langage de Notre Seigneur. Pour se tirer de là, il leur eut fallu avoir plus de docilité et de dispositions à la foi, afin d'être peu à peu éclairés sur leurs fausses idées. Mais eux, au contraire, tenaient à ces idées, et, toutes les fois que le divin Messie disait des vérités qui y étaient opposées, ils se mécontentaient et murmuraient. Ainsi, dès que Notre Seigneur réservait d'un terme qui montrait qu'il était plus que les
autres hommes, au lieu.de se soumettre et de chercher à s'éclairer, ils se fâchaient et se révollaientcoutre lui, par le (léfaul entier de foi en lui et en ses paroles. Par exemple, quand il se met au-dessus d'Abraham et des prophètes, ils disent : Quem te ipsum facis? Quand il dit qu'il a élé avant Abraham, ils veulent le lapider. Ils veulent qu'il soit le Messie, et ils ne veulent pas qu'il soit ce qu'il leur annonce de sa propre personne, parce qu'ils veulent un Messie selon leurs idées et non un autre.
S'ils avaient commencé à croire celte vérité grande et fondamentale de la divinité de Notre Seigneur, toutes leurs erreurs seraient tombées. C'est donc ce que Notre Seigneur leur dit dans sa réponse. Il leur montre que leur incertitude vient de leur incrédulité et non d'un autre cause. Mais, comme ils auraient pu dire qu'ils ne pouvaient pas l'admettre comme Fils de Dieu, ne voyant en lui qu'un homme comme les autres, (ce qu'ils lui dirent dans une rencontre : Tu liomo cuin sis, facis teipsum Deum,) par là leur incrédulité aurait semblé être justifiée. C'est pourquoi Notre Seigneur leur dit : u que « les œuvres qu'il fait comme Fils de Dieu prouvent la « vérité de ce qu'il dit. » 11 dit qu'il est Fils de Dieu, et en cette qualité fait sans cesse de si grands miiacles.
Ces miracles prouvent qu'il l'est réellement, car il ne pourrait faire ces œuvres que par la puissance de Dieu ; et comment Dieu lui mettrai t-il ainsi sa puissance en main, pour autoriser un mensonge si pernicieux? Voilà |)Ourquoi il dit : Opéra quœ ego facio in nomine Palris mei. Les Juifs n'ont donc plus aucune raison à lui alléguer pour justifier leur incrédulité, ni pour montrer que s'ils ne le connaissaient pas, ce n'était pas de leur faute. Notre Seigneur ne dit pas : « Je vous ai dit que je suis « le Messie, Fils de Dieu, et vous ne voulez: pas me
« croire » mais il dil : « .le vous parle el vous no voiilc;/: « pas iiK' cioiiv. » Parce ([n'en etl'et il ne leur avait jamais dit expressément, (ju'il étaillc Messie; mais leui incrédulité en était la cause; c'est pouKjuoi il dit : Lo(/uor. en général.
26. Sed vos non credilis, quiai 26. Miiis vous ne croyez poiriL; non estis ex ovibus meis. parco qne vous n'Oies [)qfnl de mes
j brebis.
Après rpie Notre Seigneur leur a enlevé la seule excuse de leur incrédulité par la preuve de ses miracles, il leur montre ici la véritable raison de cette incrédulité. S'ils ne veulent pas croire qu'il est Dieu et Fils de Dieu le Père, ce n'est pas par bonne volonté, par crainte d'offenser Dieu en adorant un homme, comme ils semblent le manifester, en prenant toujours de bons prétextes pour le persécuter; mais cela vient de ce qu'ils ne sont pas du nombre de ses brebis. Ils n'avaient pas pour lui les sentiments ni les dispositions de brebis; c'est pourquoi ils ne croyaient pas el n'entendaient pas ce qu'il disait.
27. Oves meae vocem meam au- f 27. Mes brebis écoutent ma voix; diunt; el ego cognosco eas, et se- | moi je les connais et elles me ijuunlur me. I suivent ;
Car ses brebis entendent, sa voix. L'amour qu'elles ont pour leur pasteur, fait que leurs alleclions se portent vers lui, et elles sont toujours favorablement disposées envers lui ; mais celles qui ne sont pas de ces brebis, qui ne sont pas dans ces dispositions, le regardent comme un étranger, ne goûtent pas la nourriture que le pasteur leur doime, et toutes leurs afifections les portent ailleurs que vers le divin Pasteur, à son opposition. De plus, ce qui fait, dans les vraies brebis, l'ouverture et la docilité, c'est l'Esprit-Saint qui est en elles, et sa grâce divine qui les attire et les fait tendre vers leur Pasteur, qui leur
ouvre l'intelligence et leur fait goûter avec jouissance tout ce qui vient de leur Pasleur. Tandis que ceux qui ne sont pas ses brebis, ont l'esprit du démon et de la chair, ils tendent toujours à s'opposer au Pasteur divin et opèrent en tous moments le contraire de ce que fait l'Esprit-Saint dans les brebis. Ces raisons, et toutes les autres qui sont détaillées plus haut dans ce même chapitre, étaient cause que les Juifs n'avaient pas la foi.
Et ego cognosco eas et sequuntur me. Le divin Pasteur connaît ses brebis de la manière qu'il a été expliqué plus haut. Par cette connaissance il les attire toujours à lui, et elles le suivent sans cesse, se laissant conduire spirituellement par le divin Pasteur, et étant pleinement dociles à sa conduite et à l'attrait intérieur de la grâce jusqu'à la fin de leur vie.
Et ego cognosco eas. Notre Seigneur les connaît, parce qu'elles ne sont brebis que par la détermination éternelle du Père, qui a voulu qu'elles le fussent; et par suite de cette détermination générale qui les met au nombre des brebis de Notre Seigneur, le Père leur a décrété de toute éternité les grâces particulières, qui, dans chaque temps, devaient opérer en elles cette qualité de brebis et les y conserver. Et Notre Seigneur, possédant en lui cette volonté éternelle du Père, étant lui-même chargé de l'exécuter dans le temps envers chacune de ces brebis, dans chaque moment et dans chaque circonstance déterminés, par cette divine volonté éternelle de son Père, connaît par conséquent toutes ses brebis et les connaît d'une manière pratique, pour opérer ce qui a été déterminé de toute éternité; voilà pourquoi c'est par suite de cette connaissance que les brebis le suivent.
28. Etcgovitam selernam do eis; et non peribunl in gelernum, et. non rapiet eas quisquam de manu mca.
28. El je leur donne la vie éternelle, cl elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de ma main.
Avant d'c\:pliqu(M- le verset, il faut revenir sur les deux piécédenls. Jl se trouve là une ditriculté. Notre Seigneur parle ici évidemment de ses élus, que son Père lui a donnés, et c'est ce qu'il appelle ses brebis. 11 dit aux Pharisiens qu'ils n'étaient pas de ses brebis, et que c'est pour cela qu'ils n'entendaient pas sa voix, et que ses brebis l'entendaient. Or, il est certain que plusieurs même de ceux qui avaient entendu sa voix et qui avaient été dans le bercail, se sont perdus après et ne sont pas entrés dans le royaume du ciel. Celle dii'licultc n'est qu'apparente, la vérité sort toujours de la bouche de la divine Sagesse; seulement il nous arrive quelquefois de ne pas la comprendre; alors il ne faut accuser que notre ignorance et notre péché, et adorer avec foi et amour ce que nous ne connaissons pas assez à cause de nos ténèbres. Ici les paroles du maîtrese comprennent.
On peut diviser les personnes par rapport à notre divin Pasteur en quatre classes. 1" Les élus qui écoutent d'abord et restent tidèles toute leur vie, comme l'Apôtre saint Jean. 2« Ceux qui n'écoutent pas d'abord et se rendent, pour être fidèles, comme saint Paul. 3" Ceux qui écoutent et sont fidèles d'abord et deviennent infidèles ensuite comme Judas. 4" Ceux qui n'écoutent jamais et restent toujours dans leur infidélité; et c'est à ceux-là que parle Notre Seigneur en cet endroit. Quant à ceux qui commencent par être fidèles et qui retombent, puis reviennent, comme l'Apôtre saint Pierre, ou ceux qui, après leur retour, retombent et finissent mal comme Simon le Magicien, ils rentrent dans une des quatre classes marquées. Il est certain que les deux premières classes sont les brebis et les deux secondes ne le sont pas.
Maintenant, reprenons les paroles de Notre Seigneur. Il dit à ceux qui devaient rester dans leur endurcisse-
lueiil : « Vous ne croyez pas, parce que vous n'êtes pas « de mes brebis, c'est-à-dire vous n'êtes pas de celles « que mon Père m'a données, qui sont ma propriété; « c'est là la raison fondamentale, pour laquelle vous ne « m'écoulez pas. » C'est une chose certaine que quand le moment déterminé par le Père, pour la conversion d'une âme, est arrivé, que la grâce de celte conversion est oB'erte, et que cette âme ne se convertit pas; cette âme n'est pas du nombre des brebis, c'est-à-dire des élus.
El en effet, selon la parole de Notre Seigneur « tous « ceux qui sont ses brebis, » c'est-à-dire que son Père lui a donnés pour être de ses élus, ceux-là, quand le moment déteiminé par le Père arrive, el que par suite de cette détermination éternelle le divin Pasteur vient pour les faire rentrer, ceux-là écoutent toujours la voix de leur pasteur. Par conséquent, si, dans un de ces moments décisifs, une âme n'écoute pas, cela vient de ce qu'elle n''est pas brebis.
S'il arrive quelquefois (|u'une âme n'écoute pas d'abord, et qu'à la lin elle se rende el qu'elle devienne véritablement brebis, si elle n'a pas écoulé d'aboid cela venait de ce que le temps déterminé [)our le faire, épocpie décisive donnée |)ar les décrets éternels du Père, n'était pas arrivé. Tandis que si elle s'est ri^ndue dans la suite, (pielquefois avec un moindre appel, c'est-à-dire, |)ar une circonstance beaucoup moindre que la première, c'est (pi'en ce temps l'époque lixée dans les décrets éternels était arrivée.
Mais il faut observei-, ([ue lorsqu'on voit, une âme écouler d'abord, et être fidèle pendant quelque temps, ce n'est pas une i)reuve, qu'elle soit au nombre des véritables brebis. Le divin Maître dit bien (pi'un caractère de ses- brebis est de Tecouler ; de là on peut conclure que pour être sa brebis, il est nécessaire d'écouter ;
mais loulcs celles qui écoiilenl ne sont \y,\^ (oujours des brebis vérilables; il arrive souvenl que c(; sont des brebis étiaiif^ères (|ui se Iroiivenl dans le bercail du grand Paslour, el (|ui (inironl par s'en retirer cl se perdre. Elles sont entrées dans le bercail |)ar les grâces du (bvin Pasieur, et par la miséricorde très-grande de son Père, (jui leur a prédestiné ces grâces et ménagé, cette entrée el celte demeure, dans le bercail de son Fils bien-aiïné, <juoiqu'il ne les lui ait j)as données. Mais il arrivera un njoFuent où ces brebis deviendront infidèlesà ces laveurs, et sortiront pour se perdre, et cela pur leur propre faute, venant de leui- malice et de leur méchanceté, laquelle résisteia à ces grandes grâces et à ces grands bienfaits.
Et comme le Père ne les avait pas données à son Fils, ce Fils bien -aimé et fidèle à son Père, permet (pi'ellesse perdent, en ne leur donnant pas plus de grâces (jue celles, qne son Père leur a déterminées. Et le Père, tout adorable dans ses jugements, n'a j)as voulu augmenter leur grâce, à cause du j)lus granti besoin (ju'en a la grandeur de leur malice et méchanceté. Ce qui fait le caractère déterminant et distinctif des brebis, c'est la persévérance. C'est pourquoi quand Notre Seigneur a dit : Ores meœ vaccin meam audi uni. il dit : El ego cognosco cas.W discerne et distingue celles qui l'écoutent comnie vraies brebis, el par cette connaissance (ju'il en a, il leur applique, en nionu' temps, lieu et circonstance, les grâces déterminées par son Père, soit pour leur conversion, soit pour leur persévérance; cl alors il ajoute : Et sequuniur me ; oWgs le suivent, voila la persévérance.
Le Pasteur donne les grâces sans cesse, et la brebis suit ces grâces sans cesse et est Udèîe jusqu'à la lin. Quant aux vraies brebis (|ui sont lidèles d'abord, puis (pii tombent o\ leviennenl, il ne faut compter le moment décisif dans la déternnnation éternelle du Père, que la
dernière fois qu'elles reviennent, el alors le Pasleur leur donne ses grâces et elles le suivent jusqu'à la fin.
Ceux-là donc qui sont les véritables brebis auront ce que l'éternel Pasteur promet en cet endroit. Il leur donnera la vie éternelle, en leur communiquant, dès ce monde, sa vie ; et cette vie en eux sera durable et ne les abandonnera jamais, parce qu'elles suivront toujours leur Pasteur qui ne cessera de la leur communiquer. Ainsi, vient d'abord la prédestination éternelle pour être brebis du bon Pasteur; puis la grâce présente pour les attirer au bercail, à laquelle répond la fidélité à écouler la voix du Pasteur qui appelle : Vocem meam audiunt ; viennent ensuite les soins amoureux du Pasteur pour ceux qu'il reconnaît être ses brebis, et à cela répond la fidélité à le suivre dans celte gràci3 de persévérance ; el à celte fidélité sont attachées des grâces continuelles, de manière qu'à mesure qu'une âme persévère dans sa fidélité, à mesure elle assure sa persévérance dernière.
Notre Seigneur appelle la vie éternelle qu'il donne en ce monde, cette vie commencée dans ce monde et qui n'aura plus de fin, cette vie de Dieu dont la plénitude est dans le Pasteur ; et le Pasteur la communiquant aux brebis fidèles, il la fait leur propriété qui leur reste toute l'éternité. Tandis que pour les âmes qui viennent à lui, qui lui sont fidèles quelque temps et l'abandonnent ensuite, cette vie éternelle n'est pas en elles ; parce que cette vie de Dieu qu'elles reçoivent par la grâce momentanée qui leur est donnée, n'est pas leur propriété dans la vue de Dieu, qui voit qu'elle leur sera enlevée plus tard par leur faute, Dieu la leur donne comme aux autres pour tout le temps qu'elles seront fidèles, et comme elles ne le seront pas toujours, cette vie par conséquent ne leur appartient pas pour toujours, elle n'est pas éternelle.
Ce n'est doiK- pas un don parlait, mais un, don qui rcssendjic ;i un prêt ; tandis (|uc ceux qui pcisévèreront dans leur lidélite, par leniènie principe, la garderont toute l'élernilé , pI p;)r conséquent Notre Seigneur dit d'eux avec raison : do eis. Il faut rernaïquer qu'il dit, do eis, au présent; c'est-à-dire qu'il leur donne dèsqu'ils deviennent véritables brebis. Notre Seigneur ajoute : Et non péri bimt in œternum. Par là il montre qu'ils ne se perdront pas poiu- Téternité. Ici il y a peribnnl au futur, parce qu'il s'agit de l'autre vie; elles iront donc, ces âmes, dans le royaume de la gloire, puisqu'elles ne périront pas pour l'éternité; mais celles qui n'écoutent pas, et celles qui retournent en arrière après avoir écoulé, périront ; ce ne sont pas ses brebis, et il ne se charge pas de les préserver de tout le mal qui leur arrivera.
Notre Seigneur dit encore quelque chose de plus : El non rapiel eas quisquam de manu mea. Par là il nous dit deux clioses. En premier lieu, il ajoute à ce qu'il vient de dire : « non seulement elles ne périront pas pour (< toute l'éleinité, mais même, elles ne feront pas une « chute passagère qui les éloigne de lui. » Car il faut remarfjuer que notre divin Pasteur parle ici de celles (|ui le suivent, c'est-à-dire qui reçoivent la grâce de la persévérance et (jui y sont fidèles. Car la vraie qualité de brebis du céleslePasteur, considérée dans sa pratique, n'existe qu'après cette grâce de persévérance. Pour une âme qui, ai)rès avoir été fidèle, tombe et puis se relève et persévèie, sa première fidélité ne peut pas être comparée à celle des véritables brebis, mais à celles des âmes fidèles qui se perdent ensuite, car leur grâce de fidélité n'était pas cette grâce de l)rebis qui exige la persévérance. Le moment décisif de l'acconiplissemenf des desseins de la j)arfaile miséricorde de Dieu sur elle,
n'est venu qu'au temps où la grâce de persévérance commence sans plus s'inteiiompre. Voilà pourquoi le divin Pasteur dit que personne ne les lui enlèvera plus. Toutes les puissances de la terre et de l'enfer peuvent se réunir contre les âmes chéries de Dieu; elles ne seront pas capables de les enlever de la main de leur Pasteur qui les conduit. Et c'est la seconde chose qu'il veut nous manifester par ce mot, ei non rapicl...; c'est-à-dire que c'est lui qui a reçu puissance pour cela, et qu'il nous défendra contre toute puissance ennemie.
Mamis signifie le pouvoir qu'il a de nous défendre, et en tant que ses brebis sont sa possession, elles sont dans sa main et dans sa main toute-puissante, à laquelle personne ne les arrachera jamais. Ici, iNiotre Seigneur dit seulement le fait : cela n'arrivera pas ; et, dans les versets suivants, il en dit la raison.
Par là nous voyons combien nous sommes redevables à notre adorable Pasteur, qui veille ainsi sur ceux qui lui appartiennent, et qui les défend, de sa main toutepuissante. Nous voyons encore, combien nous devons avoir confiance en lui, tant que nous sommes fidèles, puisque c'est lui qui est notre défenseur, et combien nous devons de suite revenir vers lui lorsque nous avons été infidèles, puisque ce n'est qu'en lui que nous, trouverons notre force et notre soutien. Tous nous devons être pleins de confiance, que nous sommes au nombre de ses brebis et agir comme tels, et par conséquent le suivre avec une fidélité persévérante, et toujours être pour lui pleins des sentiments des vraies brebis.
Si quelqu'un est environné de tentations de crainte et de défiance, qu'il s'arme d'un amour plein de générosité, qu'il s'oublie lui-même et qu'il lâche d'aiu)er le divin Pasteur, de lui être docile el lidèle i)endant tout le temps
(jn'il se douve (Inns son bercail, sans s'occuper de savoir s'il est là, comme propriété du divin Pasicur ou comnjp élranger.
i'J. Piller mous quod dedii iiiilii, majus oiiîtiibiis est, et ncmo polesl rapcre de manu pulri? iiiei.
2!). Quani a mon l'cro, ce qu'il m'a donné est plus grand que toutes choses, el pcisoiino i;e le peut ravir de la main de mon Père.
Quand Noire Seignein- parie dans loul ce chapitre <le sa qualité de Pasleui-, c'est du Fils de l'homme qu'il parle; car c'est à rilumanilé-saiiite que nous avons été donnés, c'est elle qui nous nourrit, qui nous communique la grâce, c'est avec elle que nous sommes toujours direcleujenl en rapport, c'est elle qui nous dél'end contie toute puissance ennemie, c'est le Verbe qui nous donne tout par son Humanité, c'est elle qui nous récompensera dans l'autre vie, comme tout cela a été expliqué au chapitie V.
.'50. iigo et Pater ununi siimus. 1 30. Moi el mon l'ère nous sommes
j une seule cliose.
Par conséquent, en tout ce (jue Notre Seigneur dit dans, cette circonstance, c'est l'Humanilé-sainte qui parle, c'est à elle que les Juil's ont été incrédides. parce ^pi'ils n'étaient pas de ses brebis.
Voilà pourquoi, après avoir dit (jui; personne ne lui vnlèvera ses brebis, elle en donne ici la raison. Ce que iuon Père m'a donné est plus grand que tout ce qui existe. Et qu'est-ce que le Père a donné de si grand au Fils de l'homme? C'est son Verbe, et il le lui a tellement donné, que cette vénérable Humanité ne fait qu'une seule el même personne avec le Verbe ; et celui qui lui <'n]èvc une chose l'enlève au Verbe, et si elle défend une brebis, ce n'est pas seulement f'ile, mais le Verbe (pii la défend.
Il ajoute, pour expliquer davantage et en même temps pour faire sentir plus vivement son union avec le Verbe : Et nemo potest rapere de mami Patris mei. Ceci est une vérité que tout le monde est obligé d'admettre. Or, il est certain, que celui qui enlèverait une brebis de la main de l'adorable Pasteur, l'enlèverait de force de la main du Père. Et c'est ce que Notre Seigneur explique en disant : Ego et Paler meus unum siimus.
Le Verbe possède en lui l'essence, la nature et toute la substance du Père. L'Humanité-sainte possède en elle la substance du Verbe de la manière la plus parfaite, par conséquent l'Humanité-sainle, étant une avec le Verbe, est par là même une avec le Père et a en elle toute la puissance du Père.
Les termes, unum, sumiis, dit l'union la plus parfaite. Le Père et le Fils ne sont qu'une même chose, ils ont la seule et même existence.
31. Susiulerunl ergo lapides Ju- [ 31. Alors les Juifs] prirent des daei, ut lapidarent euni. i pierres pour le lapider.
La réponse des Juifs fut de prendre des pierres, pour lapider Celui qui leur disait des choses si divines. Leur méchanceté était si grande, qu'ils n'entrèrent pas en discours avec lui, mais s'emparèrent de suite des instruments du supplice qu'ils voulaient lui faire souffrir, et par là montrèrent bien< la vérité des divines paroles, (jue Notre Seigneur venait de Icui- adresser.
32. Respondit eis Jésus : Multa bona opéra oslendi vobis ex Paire ineo, propter quod eorum opus me lapidalis?
32. Jésus leur dit : J'ai fait devant vous beaucoup d'œuvres excellentes par la vertu de mon Père; pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous?
Les Juifs voulaient lapider Notre Seigneur parce qu'il se faisait égal à Dieu, selon la loi qui ordonne ce supplice
contre les blaspliéiiialeiirs. Or, s'il l'allait le lapider pour «.•ela, il eût laliii le faire pour tous les miracles, qu'il opérait pour le bien du peuple, car, tous ces miracles, il les faisait toujours en qualité de Fils de Dieu et au nom de son Père; et s'il ne méritait pas d'être lapidé pour ses œuvres miraculeuses, il ne le méritait pas non plus pour avoir dit : Ego et Pater iinum sumus, car l'un n'est pas plus blasphème que l'autre. Or, Notre Seigneur savait bien, que les Juifs ne pouvaient pas condamner ses miracles, parce qu'il était évident qu'ils venaient de Dieu, et ils n'auraient pas osé nier cette évidence devant le peuple. C'est pourquoi il leur dit : «pour laquelle de mes « bonnes œuvres, c'est-à-dire de mes œuvres miracu- « leuses, voulez-vous me lapider? J'ai fait ces œuvres, « au nom de mon Père, en grande quantité. Et si vous « ne pouvez me lapider pour ces œuvres, vous ne pou- « vez me lapider pour la même parole, que je vous dis « sans faire une œuvre. » Ces paroles étaient en même temps un reproche de leur ingratitude. Ils voulaient lapider un si insigne bienfaiteur, qui marquait chaque pas qu'il faisait par ses bienfaits, pleins de puissance et d'amour.
33. Respondenint ei Judœi : De j 33. Les Juifs lui répondirent: Ce bono opère non lapidcinuis le sed de ! n'est pas pour une bonne œuvre blasphemia : et quia tu liomo cuni que nous te lapidons, mais c'est sis, facis teipsum Deum. pour un blaspliènrie, ot parce que
I toi, étant homme, tu te fais Dieu.
Les malheureux, dans leur réponse, font leur propre condamnation. Ce n'est pas à cause des bonnes œuvres qu'ils le lapident, mais à cause du blasphème; mais si les bonnes œuvres sont vraies il ne peut y avoir du blasphème. Ils lui reprochenl deux choses pour lesquelles ils veulent le lapider : le blasphème contre Dieu, en s'égalant à lui; et l'idolâtrie, en voulant se faire adorer quoique n'étant qu'un homme.
34. Kespondit ois' Jésus : Nonne j 34. Jésus leur repartit : N'est-il scriptum est in lege voslra : (Juia pas écrit daus votre loi : Je l'ai dit : ego dixi, dii estis? j Vous êtes des dieux?
('.es paroles sont clans les psaumes adresses aux méchants. Dieu leur dit : «J'avais dit (lorsque vous étiez « encore bons) que vous seriez tous des dieux et les « enfants du Très-Haut. » (^est aux Juifs perv(M'lis que Dieu parle de ses bons desseins sur eux, quand il leur avait donné sa loi. Et c'est de là que Notre Seigneur tire une preuve contre eux. Quelle bonté admirable du Sauveur! Il leur parle pour les convaincre, afin qu'ils quittent leur mauvais dessein et reviennent à des sentiments moins méchants, en leur tirant de leur loi même une preuve en sa faveur. Et ces gens-là étaient si mauvais, qu'ils ne profitèrent pas même de tant de bonté dans cette circonstance, et il fallut que Notre Seigneur agît par la force de sa divinité, pour les empêcher de faire mal.
35. Si illos dixil deos, ad quos sermo Dei factus est, et non potesi soivi scriptura :
36. Quem I^ater sanctifioavit, et niisit in muiidum, vos dicilis: Quia blasphémas; quia dixi, Filius Dei sum?
35. Quand elle a[)pelle dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et que l'Écrilure ne peut être détruite,
36. Vous me dites à moi que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde : Tu blasphèmes ; parce que j'ai dit ; Je suis le Fils de Dieu?
Si l'Écriture appelle dieux ceux qui ne reçoivent de la divinité qu'une participation secondaire et imparfaite, et qui ne la reçoivent que de Notre Seigneur et par atloption, à combien plus forte raison Notre Seigneur lui-même, qui reçoit une participation simple, directe, immédiate et parfaite de la divinité, et qui doit la communiquer aux hommes qui doivent être ainsi des dieux par lui, à combien plus forte raison est-il Dieu? Et par conséquent il ne blasphème pas en se disant Fils de Dieu.
Si illos (li.rit dcos ad anus scnno iJei Taclus eut. Sermo Dei est celle parole que Noire Seigneur donne aux hommes pour leur communiquer les perfections divines ef les rendre participants de la divinité. Ce mot sermo parole, dit parole inlérieureou de la grâce, et extérieure ou la parole de la loi qui doit produire la grâce. Faclus est, celle parole est faite ; ce n'est pas la substance propre de la divinité, mais c'est une communication imparfaite, elle est créée. La grâce n'est pas la substance de la divinité, mais une créature qui rend participant à la divinité, autant qu'un homme le peut être sur la terre.
Ad quos, voilà qui dit le mode de communication : la grâce est une chose qui est étrangère aux hommes et se fait d'une manière indirecte, parle moyen de l'Humanité* sainte de Notre Seigneur. Et cependant l'Écriture les appelle dieux, parce qu'ils participent réellement à la divinité qui réside en eux , quoique d'une manière aussi imparfaite.
Et non polest solvi scnptiira. On ne peut pas défaire ni contredire ce qui est exprès dans l'Ecriture.
Quem Pater sanctificavit. Maintenant Notre Seigneur montre en lui-même tout ce qu'il a montré dans les âmes fidèles appelées dieux, et cela d'une manière incomparablement plus parfaite. Il dit : « Celui que le Père a « sanctifié, d'une manière directe et par lui-même, en le « prenant dans dans son sein élerneL » Car, l'Humanitésainte a été prise dans le sein du Père par son union personnelle avec le Verbe, par là ne faisant qu'une seule et même chose avec le Verbe, et le Verbe divin, reste toujours dans le sein du Père; et c'est là qu'elle a été sanctifiée, ayant en elle la sainteté du Père même.
Et misit in mundum. Ces termes montrent que le Fils de l'honjme est dans le sein du Père, et que ces mots quem Pater sanctifîcovit. signifient que le Père l'a sanc-
lifié en lo prenant dans son sein, puisqu'apiès cela il l'envoie dans le inonde. L'idée, que le Père l'envoie dans le monde, suppose une idée précédente, à savoir» qu'il l'avait dans son sein. Le Père l'a envoyé dans h; monde, cela veut dire qu'il l'a chargé de sanctifier le monde; il l'a envoyé dans le monde, pour que le monde reçoive imparfaitement et cependant richement, de son abondance. Il est envoyé pour communiquer la divinité, dont il possède la plénitude, à ceux qui doivent être appelés dieux.
Etvosdicitis.. Les Juils étaient donc dans une grossière erreur et dans une indigne mauvaise foi, quand ils disaient que c'était un blasphème que cet adorable personnage s'appelât Fils de Dieu.