‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 54 sur 63 · Si non facio opéra Palris mei, nolile credere mihi · texte numérisé non relu

Si non facio opéra Palris mei, nolile credere mihi

38. Si aalem facio, et si mihi non vultis credere, op^ribus crédite ut me cognoscatis, et ,credatis quia F'ater in me est, et ego in Paire.

37. Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez point.

38. Mais si je les fais, quand bien même vous ne voudriez pas me croire, croyez aux œuvres, afin que vous connaissiez et croyiez que mon Père est on moi, et moi dan?

mon Père.

Et d'où vient cette grande erreur de leur part? C'est de leur malice, qui ne voulait pas croire à la divine parole de Notre Seigneur. Voilà pourquoi, le divin Maître leur répète encore une fois, cette raison convaincante qu'il leur a dite tant de fois déjà, c'est-à-dire la preuve de ses miracles.

Mais pour bien comprendre toutes les paroles que Notre Seigneur dit en cet endroit, il faut savoir qu'une iime qui est hors du bercail du céleste Pasteur, peut y entrer en deux manières. Dans la première, la grâce prévient la connaissance. Notre Seigneur attire à lui cette âme, et lui imprime dans son intérieur, une grâce de foi à toutes ses paroles, sans ([u'elle y comprenne rien, et

telle âme est liilèle à celte grâce et se rend, sans résistance à celle loi intérieure, à tout ce qui lui vient de Notre Seigneur sans vouloir d'abord comprendre les choses qu'elle croit.

Elle ne croit pas en Notre Seigneur et à ses paroles, par les preuves convaincantes, qu'elle aurait eues d'abord, de sa divinité et de la véracité de ses paroles. Quand une fois elle croit ainsi purement et simplement par le mouvement de la grâce, Notre Seigneur lui donne intérieurement des lumières et des connaissances sur l'objet de la foi, et ces connaissances sont beaucoup plus parfaites, plus intimes et plus convaincantes, que celles qu'une âme acquerrait par elle-même.

La deuxième manière, c'est lorsque Dieu se sert de la raison pour convaincre une âme, et l'amener au divin bercail. C'est un raisonnement, animé cependant dé la grâce divine, qui produit la conversion et qui amène à la foi. On commence par raisonner sur les objets, et quand on a trouvé la vérité par le secours de la grâce, on s'y rend par le secours d'une autre grâce.

Cette deuxième manière est moins parfaite que la première ; parce que plus il y a de la grâce dans les opérations surnaturelles de noire âme, plus ces opérations sont parfaites; et plus^il y a d'influence de notre nature et de nos propres puissances intellectuelles ou sensibles, moins une opération surnaturelle est parfaite. Car toute la perfection et tout le mérite de nos actions sont tirés de la grâce, ce sont les dons de Dieu et les mérites de Notre Seigneur qui sont couronnés en nous : Coronando mérita coronas dona tua, dit l'Église dans une Préface. Par conséquent, c'est dans le plus ou moins de ce mérite que réside la perfection de nos œuvres.

Seulement, ce qui est absblument nécessaire, c'est

que notre âme, par sa coopération à la grâce, allirc efi elle ce mérite et ce don de Dieu, le rend triornpliant en elle, l'y établisse et en fasse la vie de ses œuvres. De là. plus notre coopération est parfaite, plus notre àme a du inérile devant Dieu, car plus notre coopération est parfaite, plus la grâce s'étend et triomphe dans notre âme, et plus aussi elle devient l'âme et la vie de nos œuvies. Tandis que, dans notre coopération, la grâce reste morte en nous, ou au moins dans l'inaction , et toutes nos œuvres sont les nôtres, indépendantes de la grâce et pai' conséquent, vides du mérite de Notre Seigneur.

Mais, pour revenir au texte, voilà donc le sens de ces paroles de Notre Seigneur, i.es Pharisiens ne voulaient pas croire à lui, alors il leur dit : Si non facio opéra Patris mei, nolite credere mihi. Notre Seigneur se disait Fils de Dieu, mais en le disant, il faisait les œuvres de son Père qui prouvaient clairement, qu'il était véritablement Fils de Dieu et que son Père était en Lui.

S'il n'avait pas fait ces œuvres, les Pharisiens auraient pu ne pas croire, parce qu'ils n'avaient pas cette grâce par excellence, qui attire à Notre Seigneur par infusion et attraction particulière, indépendamment des opérations de notre intelligence; et, n'ayant pas cette grâce, leur raison leur disait, que ce n'(^ait qu'un homme qui parlait, et non le Fils de Dieu; de là, ils n'aurafent pas été coupables de leur incrédulité, parce qu'avec la grâce ordinaire, ils n'auraient pas pu trouver la vérité, et ils étaient obligés de suivre les lumières de leur raison.

Il y aurait eu encore de graves raisons, pour rendre croyable l'assurance que Notre Seigneur donnait, qu'il était le Fils de Dieu; mais, la chose étant si grave, ils auraient pu ne pas croire à lui, et même ils auraient été obligés de ne pas croire. Mais Notre Seigneur faisait tant

(le iiiiiacles pour pieiivt; de la verilé île ee qu'il avançait, miiacles qui étaient évideinnienl les œuvies de son Père, et il les faisait avec une puissance si extraordinaire, qui paraissait évideniinenl résider en lui.

Celait la preuve la plus capable de convaincre, et de donner la certitude la plus grande, à l'espiit d'un homme quelconque, delà vérité de ses divines paroles. D'ailleurs, cette grâce nécessaire pour aider la raison, à arriver à la foi ne manque jamais à personne ; il résulte donc de là, que les Juifs étaient sans excuse, de n'avoir pas cru au moins de celle seconde manière.

Voilà ce que Notre Seigneur disait : « puisque je fais « ces œuvres, si vous ne voulez pas croire à tnoi- « même, etc. » « Croire à moi-môme, » voilà la première manière d'arriver à Noire Seigneur, croyant à lui sans raisonnement et par le seul mouvement de la grâce auquel l'âme est fidèle. « Mais, si vous ne croyez pas « à moi, de cette façon, si milii non vullis credere, croyez « au moins à mes œuvres, operibiis crédite, » car là ils étaient inexcusables. Notre Seigneur ajoute : Ut cognoscatis et credalis. Par ces œuvres, et de cette seconde manière d'arriver à la loi, ils auraient commencé par connaître, ut cognuscalis, et après avoir connu par le secours de la grâce, ils seraient arrivés à croire, ut credatis.

Et quel est l'objet de celte foi? Quia Pater in me est. et ego in Pâtre. Par là Notre Seigneur explique cette parole qu'il a dite plus haut et qui les a tant scandalisés, et la preuve qu'il vient de leur en donner : Ego et Pater umim sumus. Lui et son Père ne sont qu'une substance, et cependant deux Personnes. Toute la substance du Père est toute entière dans toute la substance du Fils et la remplit; et toute Va substance du Fils est toute entière dans toute la substance du Pèie et la remplit.

Or, le Fils étant tout entier ainsi dans le Père, et le Père ainsi tout entiei- dans le Fils, il résulte de là que la substance du Père est celle du Fils, et la substance du Fils est celle du Père, et cependant il y a distinction, car, puisque le Père est dans le Fils, il faut que le Fils soit distingué du Père pour le contenir, il s'il n'était pas distingué du Père, il ne pourrait pas posséder en soi le Père, mais le Fils serait le Père. La même chose se dit du Père en qui est le Fils.

Le Père et le Fils ont une même existence un même être, une même nature, une même substance, une même vie, une même essence, et par suite de tout cela une même opération, tellement que les œuvres du Père sont les œuvres du Fils, et les œuvres du Fils sont celles du Père; Si facio opéra Patris met, dit Notre Seigneur.

Par cette existence du Père dans le Fils, Notre Seigneur faisait les œuvres de son Père, c'est son Père qui opérait par lui. C'est pourquoi, en ce qui est des œuvres de puissance qu'il opérait. Notre Seigneur disait qu'il les faisait au nom de son Père, c'étaient les œuvres de son Père; et cependant il les faisait par sa propre puissance, parce que la puissance du Père était en lui et était la sienne aussi bien qu'elle était au Père. Par ces paroles. Notre Seigneur nous donne une explication, sur sa génération éternelle. Son Père l'engendre de toute éternité, et, en l'engendrant, il engendre sa propre substance.

Paler in me est. Ce n'est pas une partie de lui-même qu'il produit, ce n'est pas un objet étranger à lui-même, ni une modification de lui-même, ni plus que lui-même, mais c'est sa propre nature, sa propre substance, sa propre essence qu'il produit par un acte substantiel, éternel et infini. Et la seule différence qu'il y a entre le Père et le Fils, c'est que le Père engendre et le Fils est engendré.

Son Pèœ l'engendre dans son |)iopie sein et non pas hors de son sein : c'est l'inimensilé du Fils qui est engendrée par l'immensité du Père, et rinunensité du Fils reste et remplit toute l'immensité du Père : et ego in Paire.

Par là Notre Seigneur nous indique aussi ce double rapport éternel, substantiel, essentiel et infini du Père avec le Fils, et du Fils avec le Père, dont procède essentiellement et nécessairement l'Espril-Saint, aussi immense, aussi infini et aussi Etre essentiel que le Père et le Fils. De même que le Père existe nécessairement, de même il engendre nécessairement son Fils de toute éternité; et aussi bien qu'il engendre nécessairement, de même est-il nécessaire qu'il l'engendre en son sein, c'està-dire aussi bien l'engendrc-t-il nécessairement. De même sont nécessaires et essentiels les rapports entre les deux personnes divines; ou plutôt le rapport du Fils au Père est aussi essentiel que l'engendrement du Père.

Et, comme les rapports du Père et du Fils sont essentiels, substantiels et nécessaires, de même il est nécessaiie que l'Esprit-Saint procède ainsi du Père et du Fils et de ces rapports essentiels du Père et du Fils. Ainsi, comme toutes ces choses ont une égale essentialité, une une égale nécessité et une égale et jneme sjdjstaiice, de là il résulte que le Père est autant dans le Fils qu'il est en lui-même, et le Fils est autant dans le Père qu'il est en lui-même, et le Père et le Fils sont autant dans le Saint-Esprit qu'ils sont en eux-mêmes, et le Saint-Esprit est autant dans le Père et le Fils qu'il est en lui-même.

De là. même substance, même essence, même nature, mêmes perfections et même opération en toutes les trois Personnes divines, et en chacune conjme en toutes les autres. Toute l'essence, la substance et les perfections

divines et intinies sont dans le Pèro comme dans le Principe; car il n'est engendré ni ne procède d'ancnne substance, ni égale, ni ini'Qrienre, ni supérieure à lui, ni qni lui soit étrangère ni qui lui soit propre, mais il est ce qu'il est par lui-même et en lui-même nécessairement, éternellement et infiniment.

Toute l'essence, toute la substance et toutes les perfections infinies qui sont dans le Père sont également dans le Fils, non comme Principe mais comme engendré de son Père; ce sont : l'essence, la substance et les perfections infinies du Père, qui sont aussi parfaitement^ aussi substantiellement, aussi nécessairement et aussi éternellement dans le ¥\\< que dans le Père, parce que le Père engendre essentiellement, substantiellement, nécessairement, et par conséquent éternellement et infiniment son Fils.

Et, quoique l'Etre divin du Père soit dans le Fils, par l'engendrement et non par principe, il n'y a cependant rien dans le Fils de moins que dans le Père, excepté la Paternité ; et le Fils n'est inférieur en rien au Père, ni moins parfait en quoi que ce soit; mais le même Etre existe de toute éternité et dans la même perfection dans le Fils comme dans le Père, et il existe aussi essentiellement et aussi nécessairement dans le Fils que dans le Père.

Il faut dire la même chose du Saint-Esprit. Toute l'essence, la substance et les perfections infinies, qui sont dans le Père et le Fils, sont également dans le Saint- Esprit, dans la même infinité et la même perfection qu'elles sont dans le Père et le Fils, non en tant (pie principe comme dans le Père, ni par engendrement comme dans le Fils, mais par procession. Ce sont : ressenr(\ la substance el les ixMM'eclions infinies du P«Me

cl du Fils qui sonl dans le Saiift-Espril, aussi parfailelueiit, aussi subslantiellemenl, aussi uéccssaircnjcnl et aussi élcruelleuiciil que dans le Père v.i le Fils, parce que le Saiul-Kspril procède du Père el du Fils essentiellement, substantiellement, nécessairement, et par consécjuent éternellement el intiniment.

Le même Etre iniini qui est dans le Père et le Fils est aussi inlinimcnt et aussi nécessairement dans le Saint- Esprit ; el, quoique cet Etre souverain el infini soit dans le Père par principe, dans le Fils comme génération, et dans le Saint-Esprit par procession ; cependant il n'y a aucune supériorité, ni infériorité entre les trois Personnes divines, mais une parfaite égalité sans aucune dépendance, sinon celle de l'essenlialité d'une même substance et d'une même nature; ni aucune diiïérence, sinon que le Père est Principe existant par lui-même, le Fils est engendré de son Père de toute éternité et sans conimencement, et le Saint-Esprit procède, de toute éternité et sans commencement, du Père et du Fils.

C'est celle existence parfaite et éternelle d'une même substance divine qui fuit l'unilé de Dieu; c'est cette différence qui fait la Trinité de Dieu ou la distinction des trois Personnes divines, véritablement unies par une seule et môme nature, et une seule et même substance, véritablement distinctes par la Trinité des Personnes, et chacune de ces deux qualités, c'est-à-dire l'unité et la la trinilé, est aussi essentielle et aussi nécessaire que l'autre.

Mais, pour concevoir un petit peu en quoi consiste cette distinction des trois Personnes divines, il faut savoir laquelle est appelée Père, laquelle Fils et laquelle le Saint-Espiit, et pourquoi le Père ne peut être Fils (tu Saint-Esprit el vice versa, e! pourquoi le Fils ne peut être Saint-Espi'it el vice versa.

La substance ou l'être divin existant de toute éternité, nécessairement, essentiellement par lui-même et en luimême, c'est le Père, qui n'est ni fait ni engendré, qui ne procède de nulle part, niais qui est en lui-même, [ego sum quisum) et par lui-même, un être inliniment parfait. C'est ce qui fait que le Père ne peut pas être Fils ni Saint-Esprit. Cela ne lui donne pas la qualité de Père, mais l'action d'engendrer. Dieu, concevant inliniment, éternellement, essentiellement, substantiellement et nécessairement sa substance divine dans son essence et sa perfection infinie, est appelé Père, et engendre son Fils possédant en lui toute la substance divine du Père dans toutes ses perfections infinies.

Celte substance divine, infiniment parfaite, éternelle, essentielle, conçue ainsi dans l'intelligence infinie du Père, d'une manière substantielle, infinie, éternelle, essentielle et nécessaire, voilà le Fils, aussi parfait, aussi éternel, aussi infini, aussi essentiellement et aussi nécessairement existant que le Père, et n'étant rien autre chose que la nature et la substance du Père. Seulement il est comme conçu par l'intelligence infinie du Père, c'est-àdire comme engendré, et par conséquent il n'est pas le Père mais le Fils. Seulement, la génération passive du Fils étant aussi essentielle, aussi nécessaire, aussi infinie et aussi parfaite que la génération active et l'existence du Père, de là il résulte que le Fils est en tout aussi parfait que le Père et ne lui est inférieur en rien : Ego et Pater unum sumiis; un d'une égalité parfaite. .Jusque là ce n'est l'explication que de ces paroles : Pater in me est.

Le Père concevant ainsi, essentiellement et nécessairement sa propre substance divine, et par cette conception formant essentiellement et nécessairement son Fils, aussi parfait et aussi infini ijuc lni-mêm<\ formo par là même

aussi essenliellemenl, aussi uecessaiiemeul, aussi infiniment, entre lui et sou Fils un lappoit aussi nécessaire, aussi éternel, aussi infini, aussi substantiel et aussi essentiel que cette conception. Cette substance infinie de Dieu ainsi conçue est le Fils, et le Père la conçoit, dans son propre sein et dans sa propre suhsiance et essence; de là résulte cette complaisance infinie, substantielle, éternelle et nécessaire de l'être divin, dans sa propre substance infinie, conçue de cette même manière substantielle et essentielle. Et c'est cette complaisance, essentielle et qui procède substantiellement et nécessairement, de ce rapport du Père avec son Fils et du Fils avec le Père, qui est l'Esprit-Saint. On fappelle Esprit- Saint, parce que c'est le souffle essentiel et substantiel du Père qui va au Fils et du Fils qui va au Père; et c'est ce qu'on appelle procéder.

Ainsi le Saint-Esprit procède du Père, il procède aussi du Fils, et cependant il ne sort pas du sein du Père et du Fils, mais il y reste aussi essentiellement et aussi nécessairement, que le Fils reste dans le Père et que le Père reste en lui-même. Il procède du Père et du Fils, non d'une procession double, mais elle est essentiellement et nécessairement une, aussi bien que la substance divine est une et que la génération du Fils est une. De tout cela on peut voir que l'Esprit-Saint n'est pas le Père ni le Fils; il n'est pas engendré parce qu'il n'est pas conçu, mais il procède de cette génération active et passive du Père et du Fils, c'est-à-dire des rapports essentiels qui existent dans cette adorable génération.

Il procède donc du Père et du Fils. Mais, comme ces rapports et celte procession sont essentiels, éternels, substantiels; de là il résulte que le Saint-Esprit est la substance même du Père et du Fils, aussi bien qu'ils le

sunl eux-mêmes, et que le Pèie et le Fils sont dans l'Espril-Saint aussi bien qu'ils sont en eux-mêmes, et aussi bien qu'ils sont l'un dans l'autre, puisque le Saint- Esprit procède essentiellement et substantiellement de cet être, substantiel et essentiel, du Père dans le Fils el du Fils dans le Père. De même le Saint-Esprit est dans le Père et le Fils aussi bien qu'il est en lui-même. De là rUnilé parfaite de nature et la Trinité parfaite des Personnes, Mystère adorable, et à jamais incompréhensible à aucune créature, sur cette terre d'ignorance et de péché.

Les trois Personnes conçues ainsi n'existent pas seulement dans la conception Immaine, dans le sens dans lequel parle quelquefois l'Ecriture, en disant par exemple : la main de Dieu, etc. JMais ces trois Personnes adorables sont réellement et distinctement existantes dans la divinité et de cette manière.

C'est en cela que consiste une grande différence entre elles et les attributs de la divinité. Nous disons des perfections et attributs de Dieu lui-même : l'immensité, l'infinité, l'éternité de Dieu, etc. et de ses perfections et attributs dans ses rapports avec la création : sa justice, sa miséricorde, etc. Mais ces attributs ne sont distincts que dans notre esprit, tandis que dans la divinité, ils sont tous confondus dans son essence une et indivisible. Ces perfections ou attributs ne sont rien autre chose qyie la substance et essence divine vue par nos esprits faibles sous certaines modifications. Ainsi l'immensité de Dieu est Dieu immense, et ainsi des autres perfections ou attributs. Or, dans l'essence divine, tout est un et rien n'est divisé, rien n'est modifié, seulement, parce que notre esprit est trop faible et trop borné pour voir la divinité dans son essence , nous voyons Dieu de cette

fîjçon el lonjoufs revêtu de certaines formes qui son! à notre portée.

De plus, même les attributs pris séparément selon nos idées faibles, nous ne pouvons pas les concevoir en euxmêmes, mais toujours par rapport à un objet créé qui y correspond : l'immensité par rapport à l'espace, l'infinité par rapport au fini ou borné, l'éternité par rapport au temps et ainsi des autres. Les attributs qui^regardent les relations de Dieu avec ses. créatures, nous les voyons dans leur action vis-à-vis ces créatures ou dans leurs elTets, et c'est par là que nous distinguons la justice de ta miséricorde.

Par tout cela on peut voir que ces paroles de Notre Seigneur e^e^o m Pa^re indiquent, par voie de conclusion, et indirectement, la procession du Saint-Esprit, puisque cette adorable procession tient nécessairement et essentiellement à ce retour du Fils vers le Père, à cette existence du Père dans le Fils et du Fils dans le Père.

Comme les personnes sont distinctes dans la très Sainte Trinité, et que cependant il y a une seule et même nature, et un seul et même être infini dans les trois Personnes divines et dans chacune d'elles, de même chaque Personne a ses attributs ou attributions, el ses opérations qui tiennent à ces attributs ou attributions distinctes; et cependant, ces attributs ou attributions et ces opérations, quoique appartenant personnellement à une des trois Personnes, sont cependant essentiellement les mêmes dans les autres personnes; ce qui est prouvé par ces paroles de Notre Seigneur : Ego et Pater unum sumus. Ils sont un dételle façon que tout ce qui est dans le Père est dans le Fils, et tout ce qui est dans le Fils est dans le Père, el toute l'opération du Père est l'opération du Fils e.\ vice veran. Voilà pourquoi Notre Seigneur dit (ju'il

fait les œuvres de son Père, et par ces œuvres on voit son Père en lui, parce que les attributs de la personne du Père étaient manifestés dans les œuvres du Fils. C'est ce que Notre Seigneur exprime encore dans un autre endroit, quand il dit à son Père : Omnia tua mea sunt, et omnia mea lua sunt.

Mais, quoique ces attributs et opérations soient nécessairement et essentiellement un et les mêmes, dans les trois Personnes par l'unité essentielle de leur nature, ils sont cependant distincts et propres à la Personne à laquelle ils sont attribués, aussi bien et de la même distinction qui existe dans les divines Personnes. Cette distinction n'est pas seulement dans notre idée, mais elle est réelle de la même réalité que la distinction des Personnes adorables. Car, en vertu du même principe qu'ils sont essentiellement et nécessairement un par suite de l'essence d'une même nature, on peut de même conclure qu'ils sont distincts par suite de la distinction des trois Personnes.

Et s'il est difficile de concevoir comment un attribut et une opération divine peuvent êlre particuliers et distincts à une Personne, et cependant être communs à toutes les trois Personnes aussi essentiellement qu'à celle à laquelle ils sont particuliers, la même difficulté existe pour la distinction des Personnes. On ne peut concevoir cela, parce qu'on ne peut pas concevoir l'essence divine; c'est un mystère pour nous sur cette terre, eh bien ! la même chose sera de l'attribution personnelle et de l'opération personnelle des divines Personnes. Ainsi la toute puissance est attribuée à la Personne du Père, l'éternité aussi, puisqu'il est appelé l'Ancien des jours. Cependant le Fils et le Saint-Esprit ont la même toute puissance, aussi essentiellement et aussi

c'ieriielleuienl que le Père. Toutefois, ces atlribuls sont clistinctenienL et particiiiièreiiient personnels dans le Père, parce qu'ils sont dans l'essence de la paternité, qui est la distinction personnelle de cette adorable Personne. De là, tonte opération divine de puissance étant une opération de la divinité, est par conséquent de toutes les trois Personnes adorables , et cependant c'est une opération personnelle du Père. La même chose doit se dire du Fils dans l'attribut de la sagesse et les opérations de la sagesse; et du Saint-Esprit, dans l'attribut de l'amour et les opérations de l'amour.

Cette distinction dans l'opération personnelle de chaque Personne divine, jointe à l'union essentielle et naturelle de toutes les trois Personnes dans la même opération, est exprimée dans ces paroles : Ego facio opéra Patris mei. Ego facio, voilà l'opération personnelle, parce que Notre Seigneur, opérant sur la terre, opérait comme Personne du Fils. Opéra Palris, voilà l'union essentielle et naturelle des autres Personnes divines à l'opération du Fils. Car, quoique Notre Seigneur dise ces paroles, pour prouver aux Juifs que son Père était en lui, ces paroles prouvent cependant en même temps, la distinction de l'opération du Fils, et l'union parfaite du Père à cette opération du Fils.

39. Quaerebanl ergo eum appre- i 39. Us cherchaient donc à leprenhendere:etexivitdemanibuseorum. dre , mais il s'échappa de leurs

I mains.

Notre Seigneur, par sa puissance, les empêche de persévérer daus la volonté de le lapider, parce qu'il ne devait pas mourir de cette manière, et parce que son temps n'était pas venu encore; voilà pourquoi ils ne lui jetèrent pas les pierres qu'ils avaient à la main.

Il est possible aussi qu'ils aient en honte de le lapider

après en avoir reçu tant de bienfaits, et que te fui l'etlet du reprociie que Notre Seigneur leur avait fait : Propter quod eorum opus me lapidalis? C'est pourquoi ils laissent tomber les pierres dont ils s'étaient rnunis. Mais ils ne quittèrent pas leur mauvais dessein de le faire mourir. C'est pour cela qu'ils voulurent se saisir de sa personne pour le juger en règle, au moins en apparence, afin de se décharger de la honte d'avoir fait mourir leur bienfaiteur. Car ils se proposaient d'aviser aux moyens de le faire passer pour un blasphémateur, et par là ils se seraient déchargés de tout l'odieux de cette action et l'auraient jeté sur le divin Sauveur.

Mais il n'était pas temps encore de le prendre, et li fit en sorte qu'ils ne purent le retenir. Ils avaient beau le saisir, il sortit de leurs mains par sa puissance ,divine.

40. Et abiit ileriim trans Jorda- 40. Et il s'en alla de nouveau au nem, et enm locum ubi erat Joan- | delà du Jourdain, dans le lieu où nés baptizans primum: el mansit j Jean baptisait d'abord; et il y deillic. ' menra.

A Jérusalem on ne voulait absolument pas reconnaître la divinité de Notre Seigneur, ni croire à sa parole, quoiqu'il leur montrât évidemment qu'il était le Fils de Dieu. Alors notre divin Maître quitta Jérusalein, cette ville témoin de tant et de si grands miracles, et qui était si coupable de son incrédulité; il se rendit à l'endroit du Jourdain où saint Jean baptisait autrefois, et où l'Agneau de Dieu était allé le joindre, pour recevoir son témoignage : Uhi eral Joamies haplizans primum. Il alla et resta là, afin de trouver quelques âmes fidèlss pour les fortifier dans la foi. Car, en cet endroit, la mémoire et le témoignage de Jean étaient encore récents, et tous les peuples s'en entretenaient toujours.

De plus, il voulait rappelei- le souvenir de Jean et du

y;rdu(\ témoig;ua{j;e qu'il lui avail reiulu, alin que personne n'eûl d'excuse de son inciédulilé. En outre il voulait se rapprocher de cet endroit, alin que Jean lui rendît encore témoignage après sa mort même; car, tout le monde devait comparer Jean avec ce nouveau personnage, qui était venu après lui, et sentir vivement les grands avantages qu'avait sur lui le Fils de Dieu. En conséquence de cette comparaison, on devait se rappeler tout ce que Jean avait dit de lui, et par là il opérerait un double bien : car cela devait éclairer et fortitier beaucoup la toi des peuples; et;en secondjlieu, par cela même le Sauveur rendrait un témoignage tacite, à la grande mission de Jean et le glorifierait aux yeux de tous les peuples, parce qu'on verrait la vérité de tout ce que Jean avait dit, et on sentirait la raison pour laquelle il s'était tant humilié devant le divin Agneau. C'est pour cela que Notre Seigneur resta à cet endroit, pour laisser mûrir toutes ces réflexions dans l'esprit, et produire un heureux effet par le secours des grâces, qu'il répandait en ce lieu par sa présence.

il. Et miilti vencrunl ad eiim, el dicebanl : Quia Jodtines quidein signuin fecil iiullum :

42. Omiiia aiiiem quaecumqiie dixil .loaiines de hoc, vera erant.

F.l mulli crediderunt in eum.

il Ft beaucoup de personnes vinrent à lui, et disaient : Jean n'a fait aucun miracle.

\-2. Mais tout ce que .lean a dit de celui-ci élRit vrai. Et beaucoup crurent en lui.

Dès que le Sauveur arriva là, le témoignage de Jean, dont on se souvenait for! bien, lui amena beaucoup de monde : }fiil(r venennu. Mais, quand une fois ils eurent été quelque temps avec le divin Agneau, et qu'ils eurent vu tous les grands miracles qu'il faisait sans cesse, ils n'eurent alors plus besoin du témoignage de Jean, mais au contraire ils s assurèrent de la grandeur de Jean et de la divinité de sa mission, par (]elui à qui il avait rendu

témoignage. Il est vrai que Jean n'avait fait aucun miracle pour autoriser sa mission; mais le grand miracle de Jean, c'est que tout ce qu'il avait annoncé de Notre Seigneur est arrivé; et pour cette raison un grand nombre crurent en Lui. C'est la marche ordinaire que suit Notre Seigneur dans la conversion des âmes.

On commence par devenir plus favorable et on se rapproche de Lui. Il attire tantôt d'une manière tantôt d'une autre. C'est toujours lui qui dispose les esprits à se rapprocher de lui, par quelqu'un des moyens nombreux qu'il a pour cela. Ici, ce fut le témoignage rendu autrefois par Jean qui disposa les esprits, les rendit ainsi favorables et les fit venir vers Notre Seigneur. Quand une fois on s'est rapproché et qu'on le suit, il fait voir à l'âme quelque partie des merveilles divines qui sont en Lui, et alors l'esprit réfléchit sur les choses; il apprend à connaître Notre Seigneur, il s'éclaire et se convainc, et la volonté y prend part; et une fois que la volonté est jointe à la raison, l'âme s'établit dans la foi par une adhésion parfaite à Notre Seigneur et à sa divine parole.

Jean n'a pas fait de miracles, parce que Jean ne vivait que pour le Messie qui devait venir. Il devait lui préparet les voies, c'est pourquoi il a fallu lui laisser tous les honneurs de la puissance divine, afin qu'à la première apparition du Messie, Jean disparût aussitôt, et que tous allassent à Lui, attirés par le spectacle extraordinaire de ses miracles. De plus, tous les miracles opérés par Notre Seigneur étaient autant de preuves de la mission de Jean et de la vérité de ce qu'il avait dit.

D'ailleurs, Jean ne devait fixer l'attention du peuple sur lui qu'autant qu'il était nécessaire pour les amener au Messie, et jamais pour arrêter cette attention sur lui.

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