‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 55 sur 63 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Maladie, et mort de Lazare. Jésus va à Béthanie pour le ressusciter. Entretien de Marthe arec Jésus. Jésus ressuscite Lazare. Les Juifs veulent perdre Jésus. Cuiphe prophétise. Jésus se relire à Ephrem. I^es Juifs • cherchent l'occasion de le prenaie.

\. Erat aiitem quidam languens Lazarus a BeLhatiia, de castello Marias et Marthae sororis ejus.

1. Or il y avait un certain malade, Lazare de Bélhanie, du bourg où demeuraient Marie et Marthe sa sœur.

Notre Seigneur étant demeuré à Béthanie pendant un certain temps, car c'est l'endroit où saint Jean baptisa et où il rendit témoignage à Notre Seigneur, y attira plusieurs bonnes âmes à la foi, entre lesquelles se trouvaient principalement sainte Marie, sainte Marthe et Lazare. Toute cette famille était très-attachée à Notre Seigneur, et le divin Maître avait une tendresse particulière, pour les trois personnes saintes qui la composaient; aussi la choisit-il pour y opérer une des plus grandes merveilles de sa grâce, et la combla-t-il de ses faveurs. C'est à cause de cette prédilection particulière du Fils de Dieu pour cette famille, que le Disciple bien-aimé se plaît à nous donner sur elle, tous les détails que nous voyons ici, et à nous conserver les noms de ces personnes respectables et favorisées de Notre Seigneur.

2. (Maria autem eral quae unxit 2. (Marie était celle qui oignit le Dominum unguenlo, et extersit pe- Seigneur de parfum, et lui essuya des ejus capillis suis : cujus fraler les pieds avec ses cheveux, et La- Lazarus infirmabalur.) , zare, alors malade, était son frère. )

On voit la complaisance du saint Évangéliste dans ces âmes qui aimaient tant son Maître, mais surtout Marie, qui était la grande amante du divin Seigneur. Il s'empresse de citer ici le fait qu'il raconte plus loin cha-

pifreXIl, et qui inonlre ramonr de colle grande Sainte j)oiir Notre Seigneui'. (^omnie le Saint-Esprit veut nous instruire dans ce Chapitre, par cette admirable scène du double amour divin : l'amour de Jésus pour les âmes et l'amour des âmes pour Jésus, c'est pourquoi il nous a • d'abord si soigneusement fait connaître les personnes. Et comme en Marie se manifeste un plus grand et plus parfait amour, et que Notre Seigneur montre pour cette âme une plus grande prédilection, l'Esprit-Saint aussi nous montre dès le commencement, d'une manière plus particulière, quelle était cette personne respectable.

Ce fait de Marie, qui répandit le parfum sur Notre Seigneur, est le même qui est rapporté dans l'Evangéliste saint Mathieu : 26 — 7, et dans celui de saint Marc: 14 — 3, quoique saint Jean au chapitre 12 ne parle que des pieds du Sauveur, et que saint Matthieu et saint Marc ne parlent que de la tête, et que ces deux Evangélistes ne disent rien de l'action de la Sainte, qui essuya les pieds divins avec ses cheveux. Ici, saint Jean supplée à ce qui manque au chapitre 12 et explique tout. Il dit : Unœit Dominum el exlersit pedes. Le parfum fut versé sur la tête de Notre Seigneur, seulement la Sainte n'essuya pas la tête de Notre Seigneur; parce que cela n'aurait pas été convenable. Mais, après avoir rompu le vase pour faire couler le parfum précieux sur la tête, elle en conserva une partie pour les pieds, qu'elle essuya ensuite avec ses cheveux, et ce n'est que saint Jean qui parle de cette dernière circonstance.

Saint Luc rapporte aussi un fait pareil : ch.7 — 37, mais ce n'est pas le même, car il s'agit d'une pécheresse, et au temps de la Passion, sainte Marie était Sainte et une grande Sainte, et même respectée par les Juifs comme on voit dans ce chapitre, mais les âmes pieuses doivent

croire que cette Marie est la nièiiie que celle qui est aussi appelée ailleurs Maydeleine. puisque l'Eglise romaine persévère dans cette croyance, d'après une prière qui est dans le nnissel romain à la messe de celle Sainte, et tout l'oflice de sainte Marie sœur de Marthe qui est le môme que celui de sainte Magdeleine, mais surtout la prière du Missel, qui dit évidemment que c'est la même. Or, si c'est la même, il faut croire que ce fait de saint Luc est arrivé aussi à Béthanie, ce qui est absolument possible, et chez ce même pharisien, appelé Simon le lépreux dans saint Mathieu et saint Marc, et appelé Simon aussi par Notre Seigneur qui lui adressa la parole dans saint Luc.

Cette ressemblance de nom semble dire que c'est la même; et alors ce fait serait arrivé dans le premier temps, quand Notre Seigneur arriva en Béthanie au retour de la Galilée, et de ce temps daterait la conversion de sainte Marie, et ce serait alors que Notre Seigneur en aurait chassé sept démons qui la tenaient dans le péché; et la seconde fois, ce fait serait arrivé dans la même maison du pharisien Simon, qui est appelé le lépreux, parce que probablement Notre Seigneur l'aurait guéri de la lèpre et se le serait ainsi attaché. La ressemblance de la même action répétée ainsi deux fois, indiquerait assez la même personne, surtout l'effusion de cœur avec laquelle cette action semble être faite l'une et l'autre fois.

Le nom de Magdeleine pourrait faire une difficulté, car ce mot signifie le pays de cette Marie, c'est-à-dire de Gdolène ; mais la maison des deux sœurs, quoiqu'étant située dans Béthanie ou aux environs, pouvait avoir porté le nom de Gdolène. L'Evangéliste, dans le verset premier de ce chapitre, le fait entendre, en disant que Lazare était de Béthanie, et ajoute : de castello Mariœ

et Marthœ ; ce qui est dil pour préciser encore plus, par le nom de la ville à laquelle appartenait ce château ou celle maison de campagne. Or, qu'est-ce qui empêchera de croire que ce castellum de I\Iarie et de Marthe portait le nom deGdolène?

3. Misemnt ergo sorores ejus ad eum, dicentes : Domine, ecce quem amas infirmatur.

3. Ses sœurs donc envoyèrent dire à Jésus: Seigneur, voilà que celui que vous aimez esl malade.

Dans tous les hommes, l'âme se peint dans les paroles et les actions; les moindres paroles, provenant du fond des dispositions intérieures, les indiquent et les font connaître. C'est ce qui arrive dans cette circonstance. On voit le grand et pur amour de Marie et de Marthe dans ce peu de mots qu'elles font dire à Notre Seigneur, dans la circonstance critique oii elles se trouvent, et les autres saintes dispositions qui accompagnaient ce saint amour. Les premières qualités du véritable araour consistent dans la foi et l'espérance dont il est accompagné; ce qui paraît très-fortement dans ces deux saintes personnes. Ces deux vertus reçoivent ordinairement une grande fOrce et une grande perfection, de la vivacité de l'amour qui règne dans une âme. La manière dont elles font dire au divin Maître que leur frère était malade, indique la foi pleine de respect qu'elles avaient en lui. Cette foi paraîtra davantage dans la première entrevue qu'elles auroqt avec lui.

Leur espérance était si grande, qu'elles ne demandaient pas même expressément la guérison de leur frère, mais elles disaient seulement : Quem amas infirmatur. L'espérance est fondée sur l'amour de celui en qui on espère, et tire sa perfection de la foi, et surtout de cet amour de nos âmes, qui a pour source ce même amour de Jésus pour nous, qui fait le fondement de l'espérance.

C'est pourquoi on ne peut considérer les dispositions de ces âmes bienheureuses , qui exposent en cet endroit leurs peines à leur IMaîlre bien-aimé, sans y voir cette sainte espérance, animée d'un amour très-grand et Irèsvif. On voit en ces paroles la complaisance sainte de ces deux bonnes âmes dans le divin Maître; elles jouissent et se complaisent dans la complaisance divine de leur adorable Maître en elles et en leur frère. On remarque aussi dans l'amour de ces saintes sœurs les caractères du véritable désintéressement.

C'est le propre d'un amour désintéressé, de rendre une âme timide à demander ce qui est seulement pour ses intérêts propres. Cela vient en grande partie de ce que toutes les prières et toutes les demandes sont des épancbements de ce divin amour. De là toutes les prières et toutes les demandes doivent se ressentir, de la qualité plus ou moins parfaite de ce divin amour; et l'âme qui s'adresse à son adorable Maître pour prier ou pour demander, entre dans son amour, et s'y laissant entraîner, elle s'épanche sur l'objet de sa demande ; et quand cet amour est pur et entièrement désintéressé, l'âme n'insiste pas sur les choses qui sont pour sa satisfaction et son intérêt propres; elle ose à peine les proposer, parce qu'elle est trop vivement pénétrée de l'objet de son pur amour et trop délicate dans l'épanchement de son cœur. Dans cette réserve, il n'y a pas de calcul d'esprit, mais elle lient au mouvement, au penchant d'amour et à l'habitude du cœur, qui ne peut se faire à l'idée de chercher fortement ce qui n'est que pour soi. Voilà ce qui parait dans les paroles de ces saintes âmes.

Elles proposent les choses à leur Maître; celui que vous aimez est malade. Elles n'osent pas lui dire : venez vite pour le guérii , comme fil ce prince ^chap. iv ) qui

le pressa d'aller avec lui pour guérir son fils avant qu'il ne mourût: elles lui exposent la chose et abandonnent le tout à son amour pour celui qui est malade. Elles montrent assez leur désir de voir leur frère guéri, mais elles n'osent pas faire effort: elles savent son amour et attendent ce que ce divin amour lui fera faire. C'est en cela que consiste la bonne prière, qui part d'un véritable amour et de la véritable confiance; l'âme sent que Notre Seigneur l'aime plus qu'elle ne s'aime elle-même; elle n'a pas besoin de lui faire violence par les cris et la multiplicité des ses paroles, elle n'a pas besoin d'employer de l'éloquence. Il suffit de lui proposer ses besoins et de lui manifester ses désirs, avec respect, amour, foi et confiance; et en persévérant ainsi dans son saint désir devant lui, elle obtient tout, comme on le verra plus bas dans ce chapitre.

Un deuxième effet de cet amour désintéressé c'est la soumission à la volonté divine: tout en ayant une ferme confiance d'être exaucée , l'âme , par cette confiance même qui est pleine d'amour, laisse son sort entre les mains de celui qu'elle aime et dont elle sait être aimée. Cette qualité va paraître davantage dans les deux sœurs, dans la première entrevue qu'elles eurent avec Notre Seigneur, après la mort de leur frère.

Le troisième eifet qui résulte des deux premiers, est la paix de l'âme; on est dans la paix, on désire être délivré de l'affection et obtenir son objet, mais on ne s'empresse, on ne se tourmente, on ne s'inquiète pas tant. Et c'est ce qui paraît aussi dans la conduite de ces deux grandes saintes.

4. Audiens autem Jésus dixii eis infirmitas haec non est ad mortem sed pro gloria Pei, ut glorificelur

4. Ce qu'entendant, Jésus leur dit : Cette maladie ne va pas à la mort, mais elle est pour la gloire

Films DpI per eam. [ de Dieu, afin (pio lo Fils de Dion en

soit glorifié.

Jésus écouta faNorablemeul ce qu'on venait de lui annoncer, audiens. cependant il sembla ne pas \ laiie attention dans la piatique. Il resta dans le lieu où il se trouvait et ne se pressa pas de venir au secours de ces bonnes âmes. I.a suite fera voir, que cette ;qiparence d'indiiïérence dans la conduite, ne l'empêcha pas de les exaucer réellement, quoique pas aussitôt, ni de la manière qu'elles auraient désiré d'abord. C'est une grande leçon pour les âmes bonnes et saintes, qui demandent secours dans leurs afflictions et leurs besoins. Il semble quelquefois que le divin xMaître les néglige; qu'elles ne craignent pas, il les écoute, et, apiès les avoir écoutées, il agira selon le bon plaisir de son Père, qui tire toujours sa gloire de la prière de ses serviteurs fidèles. Et les prières des âmes ferventes et pleines d'amour seront toujours exaucées, dans toute l'étendue de leurs désirs, qui sont selon le véritable et pur amour de leur adorable Maître, et pour leur plus grand avantage, quoique la chose bien souvent, ne soit pas accordée selon la même manière qu'elle est demandée.

Les deux sœurs font une sainte et amoureuse prière à Notre Seigneur. Elles croient fermement qu'elles seront exaucées, et leur intention était, que le divin Maître vînt pour guérir leur frère. Leur prière est bonne et sera réellement exaucée. Elle produira l'etl'et que prétend en obtenir celui qui la leur ii inspirée, et non celui que les saintes soeurs veulent. Cette prière doit obtenir que .lésus vienne opérer la gloire de son Père et il vient. Si cette prière n'eût pas été faite, probablement il ne serait pas venu, et la gloire de son Père n'aurait pas été opérée, par le défaut des hommes qui n'auraient pas Init cette prièie. Mais celte prière n'obtint pas son eflèt tel que ces deux saintes âmes se le proposaient, parre

que ce n'était pas le Saint-Esprit qui avait inspiré cette intention ; elle était humaine, provenait de la nature et non de Dieu. Or, toute prière qui vient de la nature n'est pas exaucée ; il faut que l'Esprit-Saint prie en nous par des gémissements inénarrables.

Toutes les âmes fidèles doivent imiter ces saintes âmes dans leurs prières : prier avec ferveur, amour, confiance et respect, s'abandonner à tout le mouvement du divin Esprit, ne pas chercher à distinguer et à discerner ce qui, dans nos désirs, vient de l'Esprit-Saint ou de la nature, mais s'abandonner simplement ; seulement il faut deux choses pour que notre prière soit bonne néanmoins. Premièrement, il faut avoir une habitude d'amour pur et désintéressé, pour que nous ne cherchions pas nos propres intérêts, et cela peut se voir si notre prière a toutes les qualités qui proviennent de l'amour pur et désintéressé, comme il est marqué au verset précédent. En second lieu, quand on voit clairement un défaut, il faut l'éviter. Quand nous prierons ainsi avec simplicité, et en nous abandonnant, dans une grande ferveur d'amour, au divin Esprit, notre prière sera exaucée; seulement Notre Seigneur y débrouillera ce qui vient de nous et ce qui vient de lui, et exaucera notre prière, à la gloire de notre Père céleste et selon ses desseins adorables. Aussi, de notre côté, il faut imiter les deux sœurs de Lazare et nous tenir parfaitement soumis, persévérant toujours, dans un désir humble et amoureux, devant la divine Majesté.

Notre Seigneur dit à ceux qui lui ont été envoyés, que l'infirmité de Lazare n'était pas ad mortem. C'est-à-dire la divine providence de son Père, qui avait donné cette maladie à Lazare, ne la lui avait pas donnée dans l'intention et le dessein de le faire mourir; mais les desseins

de son Père allaient plus loin et abuulissaieiil à prociireisa gloire par ce moyeu. Vav là Notre Seigneur vent dire que relVel qui suivra celle maladie, c'est-à-dire la mort, ne sera pas permanent : la maladie produira la mort, mais elle n'a pas été donnée poui" cela; Dieu n'a pas le dessein direct de la mort de Lazare, mais indirect seulement et non permanent, pour le ressusciter ensuite pour sa gloire. Voilà pourquoi Notre Seigneur ne dit pas : « Lazare ne mourra pas, » mais seulement : « Cette « nuiladie n'est pas pour le l'aire mourir. »

;■). Diligcbat aiilein Jésus .Marlliani l'tsororein ejiis^lariain, et Lazariim.

6. Ut ert^ri aiulivil. quia iiifirmabatiir, lune quidem maiisit in eodem loco (luobus diebus.

7. Ucindc post liac dixit discipulis suis : l^ainus in .ludccam iteruni.

y. Or Jésus aimait Martin; et sa sœur Marie, et Lazare.

6. Ayant donc entendu dire qu'il était malade, il demeura toutefois deux jours encore au lieu où il était.

7. tôt après cela, il dit à ses disciples : Uetournons en Judée.

Notre Seigneur lisait dans les ordres et les volontés de son Père céleste. Il y était dit que cette maladie de Lazare devait être pour sa gloire, et Jésus devait dans cette circonstance opérer cette gloire. D'après cette divine volonté de son Père, il no devait pas partir tout de suite, mais attendre deux joiu's, alin d'arriver en temps convenable, pour opérer cette gloire selon les desseins de son Père céleste. Ce n'est donc pas, par défaut d'amour poui- ces bonnes âmes que Jésus reste encore en Galilée. C'est ce que l'Evangéliste remarque : Diligebal aulem etc. C'est une circonstance qu'il est obligé de dire, pour nous faire voir que le divin Maître agissait en tout, par la volonté de son Père. Il reprend ensuite sa narration : Ul ergo audivil elc. Quand Notre Seigneur apprit la maladie de Lazare, il reste d'abord encore deux Jours; mais, après ces deux joui-s écoulés, il dit à ses <lisciples qu'il voulait se diriger vers la Judée.

8. Diciinl ei discipuli : Rabbi, 1 8. Les disciples lui dirent. : Maimtnc quaerebant te Judœi lapidare | Ire, tout à l'heure les Juifs cheret ilerum vadis illuc? j chaient à vous lapider, el vous re-

! tournez là?

Notre Seigneur, deux jours après la nouvelle de la maladie de Lazare, dit aux apôtres qu'il allait retourner en Judée, sans leur en dire la raison. Aussi les apôtres ne purent s'empêcher de lui faire celle observation, que leur crainte leur inspirait. Selon la prudence humaine, en effet. Notre Seigneur n'aurait pas dû retourner en Judée, surtout s'il n'avait eu aucune raison, comme les apôtres le crevaient d'abord; mais le divin Maître n'agissait jamais en rien par des raisons de la prudence humaine, qui n'est que ténèbres, mais par les lumières de son Père et par ses divines volontés.

Quoique les apôtres eussent de bonnes intentions en disant cela, et que leur attachement pour leiu* Maître leur inspirât cette crainte, cela n'empêche pas qu'ils ne fissent mal en cela, jugeant de la conduite de la sagesse éternelle par des vues et des lumières humaines, au lieu de s'abandonner à sa conduite, par la loi et en renonçant à leurs propres lumières.

9. Jésus répondit: N'y a-l-it pas douze heures dans le jour? Si quelqu'un marche pendant le jour, il ne se heurte point, parce qu'il voit la lumière de ce monde.

10. .Mais s'il marche jjendaiit la nuit, il se lieurte, parce qu'il n'a point de lumière.

9. Respondit Jésus : Nonne dnodecim sunt horse diei? si quis ambulaverit in die, non offendit : quia luceni hujus mundi videt :

'10. Si autem ambulaverit in nocle offendit, quia lux non est in eo.

Noire Seigneur leur répond d'une manière parabolique, pour les exhorter à avoir plus de foi, et à se conduire par cette foi en renonçant à leur raison. C'est pourquoi, au lieu de répondre directement à leur demande pour leur donner les raisons pour lescjuelles il voulait aller en Judée, il leur donna seuU'MM'nl les raisons (pi'ils

avaioni de le suivre sans chercher les niofils do sa coii- (liiitc.

Potif leur dire ces choses, Notre Seigneur se sert, comme parabole, du jour matériel. Celui qui marche le jour marche à la faveur de la lumière de ce monde: (juoique l'homme pai' lui-nuMue ne voie rien, cependant en marchant le jour, il voit la lumière du soleil et ne tombe pas ni ne heurte contre rien, par la lumière dont il jouit; tandis que, s'il marche pendant la nuit, il se fait mal, il se heurte et tombe, parce qu'il est plein de ténèbres; son œil n'a pas de lumière en lui et. la lumière de ce monde ne l'éclairé pas, voilà la cause de ses chutes. C'est donc une grande folie de marcher la nuit, quand on peut avoir tant de facilité de marcher pendant le jour. C'est ce que Notre Seigneur dit : « N'y a-t-il pas ■(( douze heures pendant le jour, où l'on peut marcher « avec assurance, et si l'on a douze heures, pourquoi « donc préférer la nuit? »

Maintenant, pour l'application de la parabole au spirituel, pour comprendre toute la valeur des termes que Notre Seigneur emploie dans cette parabole, il faut savoir que nous recevons deux genres de lumières paila foi en Notre Seigneur, l^es premières sont les lumières et les dons parfaits d'une âme parfaitement renoncée à elle-même, et bien solidement avancée dans la vie divine de la foi. Une âme qui a [)ris, de longue main, l'habitude de n'agir en rien, et de ne considérer ni estimer rien que par les lumières de Notre Seigneur, auquel elle adhère uniquement et parfaitement par la foi pure et sainte; une âme, dans cet état, reçoit les lumière^: divines comme incrustées et inliérentes en elle, <le manière qii'elle en jouit, elle en est illuminée jusque dans son plus intime. C(^ sont là les dons de la sagesse.

de la science et de l'intelligence que l'Esprit-Saint donne. La foi de ces âmes n'est plus aveugle, mais parfailement éclairée et lumineuse, c'est une foi qui jellc un grand éclat dans leur inférieur, et qui de leur intérieur découle sur toutes leurs actions. Ce n'était pas là l'état des Apôtres, dans le moment où il s'agit ici; mais ce fut leur état plus tard, après la réception des dons du Saint- Esprit.

Les deuxièmes sortes de lumières sont celles d'une âme qui est encore imparfaite et peu avancée dans la vie de la foi. Elle n'a pas ces giands dons du Saint- Esprit, qui jettent une si grande clarté dans l'intérieur et dans le plus intime. Ces âmes ont la grâce inhéien le en elles, et par cette grâce elles adhèrent à Notre Seigneur, qui est la grande lumière par la foi. Tant qu'elles suivent cette foi dans leur conduite, elles ont une grande assurance dans leurs actions, quoique, dans le fond, leur intérieur soit peu éclairé sur leur conduite et leurs actions. Ces âmes ont la foi, elles agissent par la foi, mais c'est une foi aveugle. Toute la lumière, que la foi leur procure, est répandue seulement sur leurs actions extérieures, et parce moyen elle leur fait éviter le mal, quoiqu'elle ne leur donne pas cette clarté intérieure qui leur ferait discerner tout le bien qui y est renfermé, ni tout ce qui y est renfermé dans l'état de choses dans lequel elles sont.

C'est de ce genre de personnes que Notre Seigneur parle ici. N'y a-t-il pas douze heures pendant le jour? (•'est-à-dire n'avons-nous pas toutes les facultés d'agir par la foi? Notre Seigneur n'est-il pas avec nous, toutes les fois que nous voulons agir? Cette grande lumière divine était personnellement et corporellement avec les apôtres, ils n'av;uent qu'à suivre ses paroles, quoiqu'ils

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ne les compiissent pas toujours*; il est avec nous par les précpples et les conseils de son saint Evangile, et pai- sa <;râcc intérieure qui nous sollicite sans cesse; nous n'avons qu'à suivre, quoique nous ne le comprenions pas toujours parfaitement, lui étant si au-dessus de nos pauvres petits esprits.

-Marcher ne veut rien dire autre chose que la conduite et l'action générale et particulière de notre âme, qui se dirige vers un objet ou vers une fin. Or cet objet et cette fin doivent être Dieu seul, en toutes et par toutes nos actions et notre conduite. Pour obtenir cet objet et pour arriver à cette fin, nous avons besoin de la lumière divine de Notre Seigneur. Car de nous-mêmes et en nous-mêmes nous n'avons que ténèbres profondes et absolues, tellement que nous serions à jamais incapables de nous di-riger dans cette maiche.

Si donc quelqu'un marche pendant le jour, c'est-à-dire s'il ne se guide pas dans sa marche spirituelle et dans sa conduite par les vues de son propre esprit, qui n'a pas de lumière, mais par les lumières de Notre Seigneur, qui est le soleil du monde spirituel, celui-là marche véritablement pendant le jour, et il ne se fait pas mal; il n'ofî'ense pas, c'est-à-dire il ne choque, et ne heurte rien qui puisse lui nuire ; il ne choque aucune volonté divine et n'y résiste en rien. Ce n'est pas précisément parce qu'il connaît parfaitement et pénètre les vues de Dieu sur lui et sur son action ; car il ne les conçoit pas toujours parfaitement; la lumière divine n'est pas en lui d'une manière parfaite, pour le remplir de cette clarté lumineuse; mais cela vient de ce qu'il voit la lumière de ce monde spirituel et surnaturel, qui lui indique l'action à faire ou à éviter. Cette divine lumière lui éclairera les objets extérieurs, et cela lui suffira pour

l'empêcher tie se liemtei- contre quoi que ce soil. Celait le cas où les apôtres se trouvaient; ils devaient suivre les lumières de Notre Seigneur, qui disait expressément qu'il fallait aller en Judée, quoique sans savoir pourquoi, et rejeter leur propre esprit qui leur disait le contraire, parce que cette parole du Maître adorable qui les conduisait, les éclairait assez sur l'objet extérieur, quoique sans leur en communiquer les lumières intérieures.

Ainsi, en marchant de la sorte par le joui', en quittant ses propres idées et en suivant les vues du divin Maître, on n'aura pas, dans cet état imparfait de la foi, un grand éclat de cette lumière en soi, mais on en profitera pour raarchei' avec assurance, étant éclairé par celte lumière, au moins au dehors de sa conduite.

Mais si on marche pendant la nuit, en suivant son propre esprit et son propre jugement, tout-à-fait indépendamment des lumières de Notre Seigneur, et en opposition avec Lui et avec sa manière d'agir, alorîj on offense, c'est-à-dire on heurte et on choque les volontés divines et on se froisse contre; cela tient à ce qu'on n'a pas la lumière en soi. Les lumières de la foi et de la parole de Notre Seigneur ne nous guident pas , puisque nous nous y refusons pour nous conduire par nousmêmes; il ne nous reste donc pour nous guider que la lumière que nous croyons avoir au dedans de nous. Oi-, nous n'en avons pas au dedans de nous, donc il résuite de là que nous nous froissons sans cesse contre tout ce qui se rencontre être en opposition avec notre action et notre conduite.

C'était là l'état des apôtres. Ils ne com[)renaient pas la conduite de leur Maître, et ils voulaient suivre leurs |>i()pri>s ténèbres, plulôl (pj«' la lumière divine: il^'

aiiiaiciii miiiclu' dans la nuit et aiiraiciil IicuiIl' coiilri; la ilivine voionlé, qui prélondait opérer de si grandes choses dans ce voyage auquel ils lépugnaient tant. Ils auraient offensé de la sorte, par la seule raison qu'ils n'avaient pas dé lumière en eux, pour concevoir et saisir les desseins de Dieu sur ce voyage en Judée. Or, n'ayant pas de lumière en eux-mêmes, ils devaient suivre la lumière du soleil divin qui les éclairait sur l'extérieur de leur conduite, plutôt que de marcher dans la nuit de leurs propres ténèbres.

II. llcec ait, cl posl hjec dixit | II. Il pariii ainsi, et ensuite il eis : Lazarus amiciis nosler dormit : | leur dit : Lazare, notre ami dort, sed vado ut a somno excilem i um. j mais je vais le tirer de son sommeil.

llœc ail. Le divin Maître dit ces paroles pour leur montrer leur faute, et pour leur apprendre ce qu'ils avaient à faire pour agir en vrais disciples de la Sagesse éternelle. Et après leur avoir donné cette leçon, il leur explique le motif de son départ pour la Judée, et l'objet de la divine volonté sur cette démarche. Notre Seigneur appelle la mort de Lazare un sommeil, parce que cette mort ne devait pas être une mort permanente, mais une absence momentanée de l'àme, qui cessait pendant cet intervalle toutes ses fonctions dans le corps, et laissait ainsi ce corps sans mouvement et sans vie.

On pourra dire aussi qu'il \ a de la différence entre la mort d'une personne ordinaire, et la mort d'une personne qui doit être réssuscitée par miracle, d'après i'exj)ressi()n que Notre Seigneur emploie ici et dans saint Luc chap. viu, lorsqu'il s'agit de la fille de Jaïre. Dans la mort ordinaire, il n'y a que le corps qui^soit engourdi et sans mouvement, l'àme a tout l'exercice de ses fonctions en elle-même et indépendamment du corps. Elle est active et passive, produisant tous les actes ordinaires

dont elle a reçu la puissance du Créateur, et recevant les impressions dont le Créateur l'a rendue susceplible; mais dans la mort de ceux qui doivent ressusciter d'une manière miraculeuse, Dieu, leur donnant ainsi la mort, l'ait, par un acte de puissance, que l'âme elle-même reste engourdie et endormie, n'ayant pas d'action et ne recevant pas d'impression jusqu'à son retour dans le corps ; elle n'est pas morte ni anéantie, mais elle n'a pas le pouvoir d'exercer les fonctions vitales ; elle est endormie. Ensuite, par un nouvel acie de la puissance divine. Notre Seigneur l'excite et la relire de son sommeil, pour la rendre à ses fonctions accoutumées.

Peut-être même pourrait-on dire que l'âme ne sort pas même du corps, mais que ses fonctions sont seulement suspendues, et que c'était pour ce motif que Notre Seigneur appelle cela sommeil. Mais cette suspension des fonctions de l'âme est telle, que, sans une intervention extraordinaire de Dieu, elle ne pourrait jamais y rester, et on comprendrait pourquoi Noire Seigneur dit de la fille de Jaire : « Qu'elle n'était pas morte, mais qu'elle dormait.» En réalité, devant Dieu cette fille n'était pas morte, parce qu'il restait encore un certain lien qui unissait l'âme au corps. D'un autre côté, on pouvait la considérer en réalité et devant Dieu comme véritablement morte, parce que l'âme avait perdu tout domaine et toute fonction vitale dans son corps, de telle sorte que» dans son état naturel, elle ne pouvait plus vivifier nr< animer le corps, et il afallu, pour lui rendre ce pouvoir, un acte de puissance qu'elle n'avait pas en elle-même et dans sa nature.

Voilà pourquoi Notre Seigneur va dire bientôt : Lazarus... motHuus est. Dans le verset présent, il ajoute : Sed vado ut a aomno excitem mmi il l'excita de ce sommeil

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(loni on vient de parler. Cell» mort étant comme un sommeil, c'est pour cela que l'acte de puissance par lequel le souverain Seigneur le ramène à la vie s'appelle l'exciter. Par un effet de sa grâce puissante, qu'il répand sui- lui |)our le retirer de son étal de mort, il délie les liens (jui tiennent son âme embarrassée et l'excite, en lui donnant l'action et la vie. Le premier acte est pour lui donner sa passivité, et le second pour lui donner l'activité, la puissance d'agir.

iMais pourquoi Notre Seigneur dit-il vado/ Pourquoi n'esl-il pas resté en Galilée? Il aurait pu faire tout ce qu'il vient dédire sans quitter le lieu où il était. — Par là il nous montre la grandeur de sa miséricorde, la bonté et la tendresse inconîpréhensibles de son cœur divin pour ceux qui l'aiment. L'amour de ce cœur est si grand qu'il est impénétrable à ceux-memes qui lui appartiennent de plus près. (>'est ce grand amour, qui le fait aller là où était Lazare, et qui lui fournit la double raison d'y aller : la première qu'il donne ici, la seconde indiquée dans le verset 15. Jésus est plein de grâces, il en surabonde, et ne désire rien tant que de trouver des âmes qui l'aiment avec simplicité, afin de les remplir; plus il peut donner, plus son cœur jouit. Plus il voit que les âmes reçoivent de lui, plus il les aime d'avance avec une complaisance inouïe.

0 mon Jésus, je vous aime aussi un peu, quoique petitement et misérablement; je suis aussi votre ami aussi bien que Lazare. Je suis mort comme lui; mon âme est engourdie et incapable de quoi que ce soit : venez aussi à moi, s'il vous plaît, avec cette tendresse et cette complaisance. Donnez-moi aussi vos grâces, qui m'excitent de mon sommeil si dangereux et si mauvais. Je les attends, Seigneur, avec de très-grands désirs, venez

donc avec votre graiulc bonté, votre grande donceur et votre grand amour.

La première raison pour laquelle Notre Seigneur quitte le lieu où il est, c'est que Lazare son ami dormait. Voilà le grand avantage d'être l'ami de Jésus. On ne l'aime jamais snns s'attirer un surcroît d'amour de sa part, qui tend toujours à nous combler de nouvelles grâces et à augmenter notre amour pour lui. Les grâces que Notre Seigneur accorde à ceux qui ne sont pas ainsi dans l'intimité de son amour, il ne les donne ordinairement que de loin; il ne s'approche pas d'eux par ses communications intimes, il ne met pas tant de complaisance en eux, et par conséquent ses grâces sont moindres en nombre, en force, et "leur portée ne va pas si loin. Mais quand il vient ainsi s'approcher de nous, comme il a fait pour Lazare, alors il ne met pas de mesure à ses miséricordes. Ainsi Notre Seigneur va lui-même vers Lazare, par un effet de cette grande affection qu'il lui portait, à cause de l'amour que Lazare avait pour lui, et pour communiquer à cehii-ci une plus grande abondance de grâces par sa sainte présence.

On pourrait encore donner une autre explication de ces mots, pour la consolation des âmes, qui aiment véritablement Notre Seigneur et qui se trouvent dans <les étals pénibles pour leur amour. Lazare était ami de Notre Seigneur : Amicus nosicr. Quoique ami, il dormait et ne pouvait manifester aucun amour par des actes formés; mais l'amour de Jésus était dans cette âme, cela suffit pour attirer la tendresse divine de Jésus. Lazare, ami du divin Maître, se trouve dans un pitoyable état; quoique l'amour réside en lui, il ne peut cependant pas se tirer de ce terrible sommeil ; il ne peut pas non plus venir vers son bien-aimé, pour qu'il l'excite de ce

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soniiiioil. Jésus, connaissail ccl* par sa divino lumière; sachant que Lazare son anii ne peut pas venir à lui, que fait-il? Son cœur adorable est plein d'amour pour cet ami, il vient avec une grande tendresse et une grande comphiisance, et le délivre de son pénible assoupissement pour le combler de nouvelles et plus grandes grâces (ju'aupanivant, et le rendre une cause de salut et de sanctification pour plusieurs.

C'est ce qu'il fait tous les jours pour les âmes qui ont son amour divin en elles, qui se trouvent spirituellement dans le même état que Lazare, par celle incapacité intérieure, par les peines, les afflictions, les tentations de tout genre qui les accablent et les lient, de manière à ce qu'il leur semble qu'elles sont mortes. Elles sont dans des agitations, des inquiétudes, des langueurs, des impuissances dans le service de Dieu. Les craintes et les angoisses de la mort les environnent, quelquefois même leurs puissances sont tellement liées et garrottées, qu'elles ne sont pas môme capables d'une impulsion de crainte et d'angoisse. Que ces âmes se consolent. Jésus, leur Seigneur, ne les oublie pas. Elles ne peuvent pas aller auprès de lui; elles sont obligées de rester ensevelies dans le tombeau ténébreux de leur intérieur, sans être ca])ables de se lever et d'aller trouver celui qui seul peut les guérir.

Mais Jésus les aime, il se complaît en elles; il dit à ses anges et à ses saints : « Notre amie dort, mais je vais à elle pour l'exciter de son sommeil. » Il la fait attendre quelque temps, comme il a fait attendre Lazare dans le tombeau ; mais, tôt ou tard, il viendra avec cette grande tendresse et cette infinie miséricorde, dont son cœur adorable est plein, et la récompensera largement, par une vie nouvelle et plus parfaile même quir la précé-

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