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denlo, (le toules les peines, les angoisses, les tristesses (ju'elles aura soutïertes avec amour, avec patience et avec confiance par son amoui* et dans son amour.
Les états pénibles, oii se trouvent quelquefois les âraes, sont le plus souvent un efl'et de l'aniour de Jésus pour elles ; il les y laisse exprès, atin de manifester en elles son amour et sa gloire, comme il a fait avec Lazare. Tout ce qu'elles ont à faire, c'est d'attendre le jour de la miséricorde avec patience, amour, confiance et humilité.
On peut voii' par ces paroles, comment notre divin Maître faisait les réprimandes, avec douceur et avec bonté. Dans les versets qui précèdent, les apôtres, ne sachant pas pourquoi leur Maître voulait se rendre dans la Judée, trouvaient ;i redire et pensaient que ce n'était pas agir prudemment. Leur foi était faible et ils étaient pleins de timidité. Notre Seigneur leur fait donc la réprimande qui est marquée dans les versets 9 et 10 et immédiatement après il leur adresse les paroles du verset 11, afin de leur apprendre le sujet de son prochain départ pour la Judée, Ces paroles sont si douces et si pleines d'amour et de charité, qu'on doit nécessairement en conclure que les précédentes avaient été dites dans un même esprit de douceur et d'amour, comme l'est la suite du même discours. C'est une règle que doit suivre quiconque est obligé de reprendre les inférieui's. Que l'amour de Jésus pour ses disciples l'anime aussi en ces moments, ainsi que ses paroles, et que jamais l'humeur, la dureté et le mécontentement ne se mettent de la partie. îl faut que ses paroles soient pleines d'onction et de bonté.
1:2. t^ixeruiU ergo (liscipuli ejiis : I 12. Or ses disciples lui dirent: Domine, !^i dormit, salvns eril. I Seigneur, s'il dort., il sruérira.
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13. Dixoral aiilem Jesiis de moi- i 18. Jésus avail (wirlé de sa iiiori, le ejiis; illi autem pnlavi'runt quia mais eux crurent qu'il parlait de de dorinilione somni diceret. | l'assoupissement du sommeil.
Les apôtres ne comprirent pas la signitication de ce mol. dormit, et crurent qu'il s'agissait du sommeil naturel: c'est pourquoi ils répondirent : « S'il dort, il gué- « rira de sa maladie. » La première fois que Notre Seigneur leur dit : « Allons encore une fois dans la Judée : » verset 7i ils ne se souvinrent plus de ce que les sœurs de Lazare avaient fait dire à leur Maître, au sujet de leur frère; c'est pour cela qu'ils firent l'observation du verset, oîi ils paraissent un peu de mauvaise humeur. Ils aimaient leur Maître et n'avaient pas la foi assez éclairée; ils craignirent donc pour sa vie. Ils voyaient tous les jours la grande puissance qu'il manifestait eu toutes ses œuvres, ils avaient vu plusieurs fois que les ennemis ne pouvaient rien sur lui, ils avaient cependant peur.
Quand les lumières de la foi ne sont pas vives et ne remplissent pas l'àme, on a beau faire, la conduite spirituelle n'est pas d'accoid av<'c la conviction de notre esprit, et de plus celte conviction même nous échappe en certaines circonstances difficiles, ^fais cette lumière étant grande, nous voyons clair; notre esprit est conséquent avec lui-même, ou plutôt avec le principe par lequel il voit, et en outre, cette grâce de grande lumière est alors accompagnée d'ime force très-grande qui nous fait suivre sans crainte les lumières de notre esprit.
Ici les apôtres craignirent pour leur adorable Maître et poui- eux-mêmes. C'étiiit là la raison de leur ré[)onse; et c'est ce qui leur attira la réprimande des versets 9 et 10. Quand ensuite, au verset 11, Notre Seigneur leur rappela le souvenir de Lazare, ils comprirent que c'était pour guérir le malade que le Sauveur voulait aller en
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Judée, et croyaient que Lazare dormait d'un sommeil naturel. Ils dirent que le malade guérirait, parce que cela est une marque ordinaire que les malades vont mieux lorsque le sommeil revient.
Ce n'est pas sans but qu'ils dirent cela. Sachant que le divin Sauveur, plein de bonté j)our ses amis, voulait aller exposer sa vie pour la guérison de i.nzare, ils espéraient encore l'en dissuader par ces paroles : « A quoi « bon y aller désormais? S'il dort, il guérira. » Ils n'avaient pas compris les paroles de leur divin Maître, parce qu'ils étaient prévenus par cette crainte pour sa vie et pour la leur. Ils n'osent pas cependant lui résister ouvertement, comme au verst 7. Ils prennent un détour : «Oh! il guérira, disent-ils, s'il dort.» Ils semblent dire cela en passant. Ils savaient bien que Jésus lisait dans leurs pensées et qu'il savait tout ce qui s'y passait. Il venait de les reprendre avec bonté de ce qu'ils ne voulaient pas se laisser conduire, et de ce qu'ils jugeaient des choses autrement que lui, qui est la sagesse éternelle du Père. C'est égal, ils ne voient pas bien clair encore, et leur foi était faible et leur cœur aussi : ils cherchent à amener la Sagesse éternelle à leur jugement, ("est une chose bien remarquable. Ils croient à leur Maître la connaissance de l'état de Lazare, quoique éloigné de lui de trois journées de chemin, el ils se servent de cette connaissance divine même par laquelle il leur dit l'état de Lazaie, pour faire changer d'avis à sa Sagesse inlinie, et lui faire suivre leurs fausses lumières et leur fausse sagesse.
Si nous faisons bien attention, nous verrons que cela est bien souvent notre conduite. Il nous arrive une intinilé de fois, que nous voulons à toute force faire agir Noire Sei^çnour, selon nos |)clites lumières el selotj noire
volonté. LcJ même thosTe nous arrive l)ien souvent par rapport à la divine Pio\i(.leiice. Nous ne sonuiies pas contents de notre étal intérieur, au lieu d'une grâce que Dieu nous lait, nous croyons qu'une telle autre aurait mieux valu; s'il nous envoie des croix, des peines intérieures ou extérieures, nous voudrions le repos; si nous sommes en repos, nous voulons avoir des croix ; c'est à ne j)ouvoir jamais nous contenter. De même, dans les événements de la divine Providence, si nous étions aibilres des événements, nous mènerions les choses tout autrement ; sur tout ce qui nous regarde nous voulons sans cesse cli;inger les desseins de Dieu, pour les conformer à nos petites idées rélrécies et à notre prudence ténébreuse. Toute cette conduite prouve la laiblesse de la foi. Ce n'est pas à nous à conduire Notre Seigneur, mais à nous abandonner pleinement à sa divine sagesse et à son amour, à sa bonté et à sa puissanee iniinies, qu'il enq)!oie tour à tour par une miséricorde très-giande, pour nous amener là oii son Père céleste nous veut, c'est-à-dire dans la perfection de la sainteté, et de notre côté nous lui résistons sans cesse! On pourrait peut-être dire aussi, que les apôtres n'avaient pas dit ces mots, pour empêcher Notre Seigneur d'aller en Judée, mais par un etfet de la tendresse de charité qu'ils avaient pour Lazare; et ces paroles seraient comme une réponse à celles de Notre Seigneur, qui avait dit: Amiens nosler. Ce qui montrerait que Lazare aimait bien les apôtres, comme il arrive ordinairement que les amis de Jésus s'aiment entr'eux, et c'est la marque qu'il donne lui-même pour connaître ses disci|)les. Cependant , la première explication semble préférable, parce que celle-ci ne fournil pas une raison sulTisante, pour (pie le saint Evangélisle lapporle cette parole des
apôtres avec la réponse de leur ^Jaitre. Taudis que, dans la première, il montrerait combien peu le divin Sau\eur était connu de ses apôtres, et combien ceux-ci étaient faibles dans la foi et timides, et en même temps la boulé de notre doux Seigneur qui, après cela, manifeste encore tant d'amour pour eux. D'ailleurs, on voit bien au verset 10, dans les paroles de saint Thomas, que les apôtres n'avaient pas eu envie d'aller voir Lazaie, et qu'ils avaient espéré ne pas être obligés d'y aller. Cependant ces paroles « Sed vado ut a somno excilcm » leur disaient bien que Notre Seigneur y allait.
11. Tune ergo Jésus dixit eis manifeste : Lazarus mortiiiis est.
15. Et gaudeo propter vos, ut credatis, quoniam non eram ibi.
Sed eamus ad eu m.
li. Alors .lésus leur dit clairement : Lazare est mort.
lo. Et je me réjouis a cause de vous, de ce que je n'étais pas Ih, afin que vous croyiez. Mais allons auprès de lui.
Dans ces deux versets, on voit la grande et admirable tendresse de ce cœur d'amour pour ceux qui, comme ses apôtres, lui appartiennent. II voit leur esprit obscurci, leur foi faible, leur volonté débile, timide, il leur voit si peu de confiance en lui et en ses divines et inlinies lumières et puissance, il les voit en un mot pleins d'imperfections et de mauvaises dispositions; mais il voit qu'il n'y a pas de malice en leur conduite, tout leur mal est la faiblesse. Il voit qu'ils l'aiment et désirent lui être agréables. Il sent surtout son cœur adorable rempli d'amour pour eux, il s'attendrit sur leur état et agit avec eux selon sa miséricorde et selon son amour. Le très-doux Agneau agit de la sorte envers nous tous, et quelle est l'àme qui, désirant de lui plaire, n'a pas éprouvé ces mêmes ell'ets de son divin amour? Mais aussi c'est une grande leçon pour ses serviteurs, (|ui sont chargés de la conduite des Anics bonnes (pii lui appar-
tiennent; ils doivent porter lenrs faiblesses et leurs iniperfeclions, s'attendrir sur elles, et prendre avec tendresse les moyens de les fortifier le mieux qu'ils peuvent, ne jamais regarder aux peines et injures personnelles, aux défauts de confiance et aux autres manquements de ces âmes; mais conserver le môme amour pour elles dans l'amour du divin cœur de Jésus, et prendre des mesures douces et salutaires pour les guérir. Jésus, voyant ses disciples si pleins d'obscurité et de défauts, par leur faiblesse dans la foi et dans la confiance en lui, leur parle avec une bonté admirable, d'une manière plus manifeste; il leur découvre déjà en partie ce qu'il va faire et en des termes couverts ; et s'il ne voulut pas encore les éclairer entièrement, c'est parce que le temps déterminé pour cela par son Père n'était pas encore venu. Il entre au moins dans un grand sentiment de compassion, il fortifie et échauffe leur volonté par ses paroles de grâces et les remplit d'une confiance et d'un courage très-grands, quoique sans les éclairer. Il y a là de quoi admirer la conduite de notre adorable Sauveur envers ses amis.
Les apôtres étaient encore trop faibles, pour recevoir ces lumières complètes que donne la foi parfaite, qui guident parfaitement dans la conduite, et nous font voir les dispositions intérieures, dans lesquelles nous devons agir à l'égard de notre adorable Maître. Il fallait donc les fortifier d'abord au milieu de leur aveuglement, et les soutenir jusqu'à ce que le temps fût arrivé de les éclairer entièrement. Leur pusillanimité était cause qu'ils avaient mal compris, ce que leur Maître leur avait dit sur le sommeil de Lazare, et cette même faiblesse leur avait fait saisir cette idée erronée, pour leur faire espérer qu'ils ne seraient pas obligés d'aller s'exposer à
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la mort en Judée. Voilà pourquoi Notre Seigneur coi inence par les désabuser de leur erreur, et par la il rend nulle toute la belle raison, qu'ils lui prétendaient suggérer, pour rempêclier d'aller à Jérusalem. Ayant arraché à leur esprit tout subterfuge, et enlevé tout espoir de s'évader, il fortifie la volonté |)ar les paroles du verset 15, où il exprime la deuxième raison pour laquelle il va en Judée; c'est non-seulement pour faire ce grand bien à Lazare, son ami, et à sa famille, mais encore pour fortifier la foi de ses apôtres. Les termes qu'il enq)loie montrent la grande tendresse qu'il avait pour eux.
Et (jaudeo. Il se réjouit de n'avoir pas été là en Judée, avant la mort de Lazare. Ce n'est pas de la mort de Lazare qu'il se réjouit, mais du grand bien qui en devait résulter pour ses disciples chéris : Propler vos. Quelle complaisance Notre Seigneur met dans ses faibles disciples ! Cette complaisance n'est pas dans les qualités ({u'i! voit en eux, mais dans la grâce qu'il allait leur communiquer : Ut credaiis. Celte résurrection devait produire nécessairement, dans les apôtres, une grande force dans la foi. Cela leur était d'autant plus nécessaire, que l'heure de la Passion et des opprobres de leur [Maître était peu éloignée, et il leur fallait, dans ce moment critique, un événement extraordinaire pour les empêcher de tomber dans l'excès de l'incrédulité. Le souvenir frais d'un miracle si considérable, opéré sur une personne si intimement connue de tous et qui demeurait si près deJérusalem, était fait pour les retenir et les empêcher de tomber dans un découragement con^plet, et pour procurer en partie leur retour à la foi lorsqu'ils verjaieni, leur Maître ressuscité. Il faut remarquer ces termes : Quoniam non enun ibi. S'il avait été lii, Lazare ne serait j)as mort. La bonté'de Jé>us est >i çirandc |)0ur ses ami>.
qifil ne leiii leluscî rien : les S(euis ik' Lazare aiiraienl deiDaiidé la gin^rison de leur frore el l'auraient obtenue. Pai- ces paroles. Noire Seigneur lait allusion à ce qu'il était resté en Galilée, encore deux jours après avoir appris la mort de Lazare, et de plus il explique ce retard, au moins en partie : c'était pour Ibrtitier la foi des apôtres. Il est viai que même s'il etai! paiti sur le cluunp, il serait arrivé deux jours a[)rès la mort du malade; mais ces quatre jours déjà écoulés depuis la moit de Lazare rendaient le miracle de la résurrection [)lus Irapi^ant pour les spectateurs. D'ailleui's, il est possible aussi qu'il s<i serait arrêté encore en route et qu'il eût fait en sorte de venir trop tard. Apiès avoi«- lortilié leur volonté ])ar cette parole d'amour, il leur dit encore une l'ois : Scd camus ad eum.
Notre Seigneur iw, leur dit pas expressément qu'il allait ressusciter Lazare; les apôtres l'auiaient cru et l'auraient suivi plus volontiers; mais leurs dispositions en cela auraient été moins parfaites. Ils aimaient voir , leur Maître faire ces grands prodiges; ils auraient eu d'ailleurs une certaine satisfaction de voir ramener à la vie un ami comme Lazare; de plus, ils auraient eu une certaine garantie qu'il ne leur arriverait pas de mal, ni il leur Maître non plus. Toutes ces raisons n'aurriient pas été mauvaises, mais il est encore plus parfait de s'abandonner aveuglément à la conduite du divin Maître et de le suivre sur sa seule parole, sans savoir ce qui arrivera.
Voilà pourquoi Notre Seigneui" laisse ses apôtres dans l'ignorance sur ce qu'il allait faire, ou au moins il ne donne qu'une demi-lueur, et en même temps il agit par sa grâce sur leur volonté, alin (pi'ils se surmontent et qu'ils le suivent avec plus d'nbandon et sans laison-
lier sur sa conduite. C'est pour cela qu'il dit : Ut credalis. Il ne dit pas l'objet de celle foi, car elle n'en a pas de déterminé, il s'agit de celle foi générale, parvenue à un tel degré de force, que nous adhérons à Notre Seigneur sans crainte, sans inquiétude, sans nous rendre compte et sans comprendre ce qu'il demande de nous; nous le suivons à l'aveugle. C'est ce qui arriva en effet aux apôtres. Après ce miracle, ils le suivirent à Jérusalem le jour de la fêle, sachant cependant que les chefs de la Synagogue voulaient le faire mourir. Ils restèrent avec lui, l'accompagnèrent dans le jardin des Olives; ils n'avaient plus ni crainte, ni inquiétude, quoiqu'il leur eût dit expressément qu'il allait être livré.
16. Dixit ergo Thomas, qui dicilur Didymus, ad condiscipulos :
Eamus et dos, ut moriamur cum eo.
16. Sur quoi Thomas, qui est appelé Didyme, dit aux autres disciples .•'Allons, nous aussi, afin que nous mourions avec lui.
Cette confiance n'était pas encore parfaite dans les apôtres ; ce n'est qu'après le miracle qu'elle le devint en effet. Cependant les paroles toule-puissantes de Jésus produisent toujours leurs effets sur des âmes qui ne sont pas trop mal disposées et qui n'ont pas de malice. Elles opèrent selon les dispositions qu'elles trouvent. C'est, pourquoi ces divines paroles produisirent ici leur effet à demi. Elles ne produisirent pas dans les apôtres cet abandon entier à la conduite de Jésus. Ils n'étaient pas assez disposés pour cela, leur foi était trop faible, et leurs cœurs trop pleins de toutes sortes de passions; mais elles opérèrent en eux-mêmes une grande générosité pour suivre leur bon Maître, quoique cela pût leur coûter leur vie. Ils croient toujours que la Sagesse éternelle va commettre une grande imprudence et s'exposer à la mort; ils prennent la résolution d'aller à sa suite
pour mourir avec lui. Au moins c'est Thomas qui leur fait ccHo proposition, et il parait qu'ils entrèrent dans son sentiment. Celte parolç de saint Thomas montre l'extrême attachement qu'ils avaient pour leur Maître. Ils aimaient mieux mourir avec lui que de vivre sans lui.
Il faut cependant remarquer que cet attachement n'était pas sans imperfection. Ce n'était pas cet amour pur et parfait qui fait qu'on se livre à la mort pour l'amour de Notre Seigneur, et tel que fut, dans la suite, l'amour de ces mêmes apôtres, qui les fit tous immoler; la différence était très grande. Ici ils n'avaient pas de Notre Seigneur la connaissance parfaite qu'ils en eurent dans la suite. S'ils l'avaient reconnu clairement comme Fils de Dieu, ils n'auraient pas craint pour sa vie. Ils le crurent donc homme comme eux, seulement bien plus élevé et plus parfait; c'était un prophète, le plus grand des prophètes, le Messie même. C'était beaucoup, mais pas assez, ce semble, pour mourir pour lui. Par conséquent, cette générosité ne répondait pas aux motifs qui la produisaient.
D'où vient donc qu'ils eurent ce sentiment? Cela venait en partie d'une grâce intérieure, qui les attirait avec une force extraordinaire vers Notre Seigneur, et leur donnait des sentiments d'amour très grands et très tendres. C'est le Père qui les attirait vers son Fils bienaimé avec d'autant plus de force qu'il voulait en faire l'élite des sujets de son empire. C'était là le premier principe de leur attachement, mais ce principe était aveugle en eux. Ils éprouvaient cette vive et continuelle attraction d'une manière très sensible, et ils la suivaient avec une grande ardeur par la grande douceur et par la grande et violente satisfaction qu'elle leur faisait éprouver; mais ils n'y comprenaient rien cl ne réflé-
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chissaienl pas même au motit de leur tendre amour pour leui- Maîli'e. Ils éprouvaient un grand bonheur dans ce sentiment, et ils suivaient Notre Seigneur comme des aveugles, pour jouir de ce bonheur.
Voilà le premier principe de leur amour pour Jésus- Christ, principe bon, mais imparfait, et il se trouve encore maintenant dans un grand nombre de ceux qui commencent à marcher à la suite de Jésus, et qui éprouvent de ces joies et de ces délices excessives de l'amour divin. Ils se livrent avec une grande ardeur à ce sentiment d'amour, mais, eu grande partie, à cause de la grande douceur et du grand bonheur qu'ils y éprouvent. Dans la suite, quand les apôtres se sont livrés à la mort. pour leur adorable Maître, et cela, après avoir souffeit par an>our pour lui les plus grandes souffrances et les plus grands travaux, leur amour était plus pur et plus élevé. Ils l'aimaient, moins sensiblement peut-être, mais ils l'aimaient plus fortement, ils l'aimaient comme Fils de Dieu, Rédempteur du monde, et comme Sancliflcateur de tous les élus. Ce n'était plus au milieu des jouissances et des délices, ni par le désir des jouissances du saint amour et des satisfactions qu'on y trouve, qu'ils aimaient, mais dans les privations, les croix et les souffrances; et c'était précisément là dedans qu'ils trouvaient leurs délices, c'était ce dont leur amour se nourrissait et s'enflammait de plus en plus. Tel est aussi l'état de toute àme fervente quand elle fait du progrès dans la vie de l'amour divin.
Le deuxième motif ou principe de leur amour pour Notre Seigneur était les charmes divins, qui étaient répandus sur tout son extérieur et dans tous ses rapports avec eux , la tendresse de sa charité , les délices qu'ils éprouvaient dans sa conversation et dans sa conduite en
géïK'rnl , la i^vàcc i\c >('>, paroles, l'éminence, la sainlelc'» oA les richesses de sa doclrine, i;i doiiecur de ses regards, la inodeslie répandue sur loule sa sainle Humanité, la douce p;ra\i lé de sa déniarciio et de Iniile sa conduite, la bonté inconcevable do son cœur qui se manifestait en toutes les circonstances. Tout cela et tant d'autres attraits ravissants et divins lui attiraient et captivaient tous les cœurs qui n'étaient i)as liviés au démon, et même (le ceux qui n'avaient pas le boniieur de se trouver dans sa familiarité, à plus forte raison des apôtres, qui étaient l'objet continuel de ses soins et à qui il manifestait sa lendressedans toutes les rencontres. Cet amour, quoique pieux et saint, avait cependant (pielque chose d'imparfait; il n'existait que pendant que Notre Seigneur vivait avec eux sensiblement et dans sa chair mortelle; il y avait l)eaucoup d'allachement naturel en cela. Après sa résurrection, et surtout api'ès son ascension, leur amour devint bien plus pur et plus parfait; ce qu'il avait de sensible et de naturel disparut, et fut remplacé par un amour plus solide et plus fort, plus constant, plus durable et plus parfait.
On pourrait peut-être expliquer d'une autre manière ces mots : Moriemur cum eo, mais le fond du sens serait toujours le même. Saint Thomas aurait dit : « Allons y « nous aussi, et mourons avec Lazare. » Notre Seigneur venait, de dire que Lazare était mort et il avait ajouté : « Allons vers lui ; » alors Thomas faisant allusion à la mort deLazare aurait dit : « Allons nous aussi, n'abandonnons « pas notre IMaître quoiqu'il faille mourir comme La- « zare. » Ce sens semble plus naturel selon la valeur des mots, mais cela ne paraît pas être le véritable sens de l'Évangéliste.
47. Venit itaqiio Jésus ; et invenit eum quatuor dies jain in monumenlo habeiilem.
47. Jésus vint donc, et il le trouva mis dans le sépulcre depuis quatre jours.
Jésus, quoique plein de tendresse pour Marie et pour Martlie, a cependant voulu attendre quatre jours avant de les consoler de leur grande affliction. Pourquoi son cœur si doux et si compatissant n'est-il pas venu plus vite au secours de ces âmes chéries? Il daigna verser des larmes à la vue de la douleur de Marie. Pourquoi n'a-t-il pas prévenu ce malheur et fait en sorte que cette bonne âme n'eût pas cette grande affliction? Ne serable-t-il pas que les Juifs avaient raison de dire : « Celui qui a rendu la vue à un aveugle-né n'aurait-il « pas pu empêcher la mort de Lazare? (verset 37.) » C'est bien là le langage de l'homme de la terre : Qui non percipit ea quœ sunt spiritus Dei. Les vues du Notre Seigneur sont bien différentes des nôtres, et sa divine action correspond toujours à la grandeur de ses vues. On voit dans cette action les deux grands principes de toute sa conduite. Le premier, c'est que, dans toutes les œuvres qu'il accomplit sur la terre, il ne voit que la gloire de son Père, devant laquelle tout est compté pour rien, tout cède, tout est sacrifié jusqu'à son adorable Humanité. C'est cette gloire de son Père qu'il avait à accomplir en tout, selon la volonté éternelle de ce Père adorable. Il aimait Marie et Marthe, et il était plein de tendresse pour Lazare, et il daigne manifester sa tendresse et sa compassion par les larmes; mais, quoiqu'il les aimât, il aimait encore davantage son Père; il n'aimait cette pieuse famille qu'en son Père, pour son Père. Ce Père divin avait décrété de toute éternité qtie Lazare devait rester quatre jours dans le tombeau, et que ses deux sœurs seraient tout ce temps dans une profonde
affliclion; et tout cela devait produire sa gloire pour la manifestation de son Fils bien-aimé parmi les hommes. Voilà pourquoi le Fils, qui fait toujours ce qui plaît à son Père, laisse Lazare dans le tombeau et ses sœurs dans la douleur, pour obéir au décret éternel de son Père et pour sa gloire.
Grande instruction pour nous, qui sommes ses disciples et ses représentants sur la terre : rien ne nous doit être cher dans ce monde que par rapport à notre Père céleste, en lui, par lui et pour lui. Et tout doit être sacrifié et immolé sans hésitation à sa gloire et à son moindre bon plaisir. Lorsque la gloire de Dieu et sa sainte volonté le demandent de nous, il faut laisser mourir notre ami Lazare, laisser dans l'affliction père, mère, sœurs, frères et amis. Nous pouvons en souffrir et en être affligés profondément, en pleurer même; mais il faut que nous fassions tous nos sacrifices avec amour, joie, paix et plénitude de notre volonté.
Le deuxième principe de la conduite de Jésus sur la terre est le salut et la sanctification des âmes, particulièrement de celles qui lui sont chères et que son Père céleste lui donne spécialement. Il ne craint pas de les affliger et même de les accabler de tristesse, quand cela tend à leur sanctification. Sa bonté est immense à notre égard, mais ayant des vues de miséricorde plus grandes et plus profondes que ne sont les nôtres, il nous laisse exprès dans l'affliction, pour qu'ensuite il nous comble de grâces plus grandes et plus parfaites. C'est ce qui est arrivé à ces trois âmes d'élite. Ce prétendu malheur jde Lazare et ces jours de douleur et de deuil de ses deux sœurs ont été pour eux la source de si grandes grâces qu'ils en ont été dans l'admiration.
Nous pouvons tirer de la conduite de notre divin
Snuvt'ur lieux sortes de tViiils. Premier IVuit : quand nous soijiiues dans la peine et raltliction, quelle qu'elle soit, nous ne devons pas craindre, mais compter avec assurance sur sa «i-ande bonté, (|ue si nous sommes tidèies, il nous comblera de grâces et de faveurs. Ne croyons pas qu'il nous oublie, qu'il nous néglige ou nous abandonne, quelle que soit la durée de notre peine. Nous le voyons bien : les sœurs de Lazare devaient croire qu'il les avait abandonnées, et cependant il y pensait toujours, comme nous le montre ce qu'il dit à ses apôtres. Le second fruit est pour ceux qui conduisent les âmes. Ils ne doivent pas craindre de causer parfois de Taffliclion à ceux qu'ils sont chargés de conduire, ni même de les laisseï" quelquefois dans la peine, lorsqu'ils sont assurés que cela- les avancera dans la perfection. Ils peuvent, et même ils doivent avoir compassion de ces peines, comme a fait le divin Directeur des directeurs, mais cette compassion ne doit pas aller jusqu'à la faiblesse. Quand le bien spirituel et la sanctification d'une âme exigent qu'elle soit pendant un temps dans la peine, il faut qu'elle y demeure.
18. Erat auLeni Belhania .ju>.la 1S. (Or Bélhanie était pies de Jé- .terosolymam quasi sladiis qiiin- | rusalem, à environ quinze slade.s. ) decim.) !
)9. Mulli autem ex Judyeis ve- \ 19. Cependant beaucoup de Juifs noranl ad Martham et Mariam, ut i étaient venus près de ^lartlie et de coiisoiarenlur eas de tratre suo. \ Marie, pour les consoler au sujet
I de leur frère.
L'Evangélisle marque celte circonstance pour -deux raisons. La première, pour montrer que ces Juifs venaient de Jérusalem et pour expliquer que ce furent eux qui allèrent dénoncer le miracle aux pharisiens, comme il va le dire plus bas. La deuxième, pour faire voir la raison poin- laquelle ce miracle tll tant d'éclat.
(."es cirfonslances sont leniarquables, à cmise des suites extraordinaires qu'elles onl eues. Il semble que le Sainl- Espril, en Taisant marquer ces circonstances au saint Evangélisle, veut lixei' notre attention sur la conduite de la divine Providence, qui amena ainsi ces circonstances pour accélérer l'accomplissement de notre Rédem[)tion, dont le temps avait été décrété pour la Pâque (pii suivit de près ce grand événement. C'était un usage parmi les Juifs, et une œuvre de miséricorde Irès-estimée parmi eux, de consoler ceux qui étaient en deuil pendant les sept jours qui suivaient la mort de leur parent. Cet usage existe encore maintenant parmi eux.
20. Marliia crgo ul aufiivil quia 20. Alartlie donc, dè> qu'elle eut Jésus vcnit, occurrit illi ; Maria au- ■ appris que Jésus venait, alla au-delem domi sedebat. vanl de lui, mais .Marie se tenait
' dans la maison.
Marthe et Marie avaient toutes les deux un amour très-vif et très-fort pour Notre Seigneur, tellement qu'il serait difticile de discerner dans laquelle des deux cet amour était plus fort et plus véhément. En 3[arthe, il s'exprime avec vivacité dans tout ce qu'elle fait; dans Marie, il a une si grande intensité intérieure qu'on l'en voit toute consumée et toute absorbée. Cet amour était cependant si ditierent dans ses etfets , qu'on est obligé de s'en apercevoir au premier coup d'œil. La différence venait de ce que cet amour n'avait pas le même caractère dans les deux saintes. Dans ^larthe c'était un amour passionné, sensible; dans Marie, l'amour était paisible, intérieur. Dans Marthe, l'amour divin agissait sur les sens et les tournait vers le divin objet de l^araour de tous les cœurs, et par là il laissait le caractère intact. Il agit en elle par de continuelles explosions; elle ne peut rien garder en elle, son cœur si rempli du divin amour est
toujours sur ses lèvres et dans ses mains. C'est un mouvement continuel; elle agit, elle parle, elle ne se donne jamais de repos. D'où cela vient-il? C'est que l'amour qu'elle avait dans le cœur pour le Fils de Dieu, agissait sur les sens, sur les passions, et les mettait dans une action vive et continuelle.
Les passions ainsi imprégnées de l'amour divin ne peuvent pas rester sans activité, et cette activité est tres-vive, en proportion de la vivacité de l'amour qui les anime. Cela vient de ce que l'amour de Dieu est toujours agissant, et cela de sa nature. D'un autre côté, les passions sont actives et violentes, surtout quand elles reçoivent des impressions violentes. Ces instruments si impétueux, animés d'une action d'amour violent produisent cette vivacité dans les paroles et dans les actions en cette bonne sainte.
Marie, au contraire, avait un amour tout différent. Il amortissait et calmait le mouvement des passions. Le caractère de Marie subissait de grandes modifications; il ne paraissait pas en elle, comme dans sa sœur, beaucoup de ces saillies de caractère; on a même de la difficulté à distinguer quel était son caractère avant cet état d'amour. Son âme est sous la domination de cet amour, ses passions n'agissent plus, ou au moins très-rarement. Ce qui n'a lieu que selon certaines impulsions d'amour plus vif, dans des circonstances extraordinaires, où elle reprend toute la vivacité et toute la sensibilité de son caractère, de manière à le manifester au dehors.
C'est de cette façon qu'on pourrait facilement expliquer la différence entre ce qu'elle paraît ici, et ce qu'on la voit être au moment de la résurrection, supposé, comme l'Église nous l'insinue, que ce soit la même que la célèbre sainte Magdeleine. Cet amour si vif, si intense
cl si tendre, comme cela paraît ici cl an commencement du cliapilre xir, était concentre dans le fond de ràmc, et son action, quoique forte, ardente et pénétrante, ne produisait pas pour l'ordinaire ces explosions, ne se répandait pas en actions, mais faisait tendre vigoureusement l'âme de la sainte vers son bien-aimé par la contemplation. Le feu était vwlent au dedans, mais il tendait plutôt à l'union intérieure qu'à l'activité extérieure. Elle agissait peu, parlait peu, mais son âme brûlait; et dans certaines circonstances, ce feu violent se manifestait dans toute sa chaleur, tantôt avec langueur, tantôt avec une brûlante suavité, comme on le voit au commencement du chap. xn, tantôt avec une violente absorption et même avec explosion , comme au saint sépulcre; le tout, selon les différentes circonstances qui excitaient ces mouvements divers, et selon l'action de la grâce divine qui produisait, comme elle fait ordinairement, dos impressions diverses, et prenait une action et une tournure différentes, selon la diversité des circonstances. Mais le fond de celte âme si pleine de l'amour contemplatif était le même dans toutes ces différentes circonstances.
Les puissances spirituelles de Marthe sont toujours en activité, parce qu'elle n'agit que par le mouvement des passions, mises en mouvement par l'amour divin; les puissances spirituelles de Marie sont sans cesse fixées par le repos d'un amour contemplatif; son action, sa parole est grave, posée, mais vive, forte et touchante, parce qu'elle est animée par le feu de l'amour qui brûle sans cesse dans son âme. De cette activité des puissances spirituelles dans Marthe, il résulte que souvent des paroles et des acftions défectueuses lui échappaient, parce (lue, dan? la vivacité de ses mouvements elle ne discer-
nail [Kis le bien du mal. Son esprit se laissait enliaîner ;i tons ses mouvements au premier moment qu'ils se [)résenlaient, excepte sans doute lorsqu'elle voyait qu'un mouvement n'était pas bon. Le plus souvent ces mouvements étaient bons et inspirés par l'amour divin dont elle était pleine, mais il devait arriver nécessairement un mélange de plusieurs mouvements défectueux. Conime elle était aussi habituée à cette activité dans l'action, sa bouche exprimait aussitôt les pensées qui étaient dans son esprit.
De plus, cet état des deux saintes influait dans toute leur conduite, même dans l'ordre de leurs affections et de leurs rapports naturels, et dans leurs actions ordinaires. De là vint que Marthe fut instruite la première de l'arrivée du Seigneur; elle se mettait plus en rapport avec le dehors que sa sœur. 3larie restait retirée dans la maison et vivait dans le repos : Domi sedebai. Une autre raison encore de cela est le caractère si différent de l'amour divin de Marie et de Marthe. Elles étaient toutes deux dans l'affliction par la mort de leur frère. Marthe, livrée ainsi à l'activité, avait besoin d'épancher sa douleur et ne pouvait rester en repos dans la maison ; cela faisait qu'elle avait des rapports plus fréquents avec le dehors, et elle apprit la piemière la bonne nouvelle de l'arrivée du Sauveur à Béthanie. .Marie, au contraire dont l'âme était formée d'une toute autre façon par son amour contemplatif, concentra sa douleur en elle-même. On peut présumer qu'elle portait bien souvent son âme vers Notre Seigneur, se consolant en lui et dans l'amour qu'elle lui i)orlait. Elle n'éprouvait pas ce grand besoin de s'épancher au dehors, étant habituée ainsi à retenir son âme au dedans d'elle-même et ses alVections en elle. Voilà pourrpioi elle reste en repos, sedelmi , dans sa maison.
On peut croire que les deux sfiiMirs s'altendyienl à ce que iNoIrc Seigneur ne larderait pas à venir, puiscju'-jlles lui avaient lait annoncer la maladie tlo Lazare, el ([ue c'était peut-ètie poui- cela rpie Taniour de Marthe, impatient de voir ;irriver son ÎMaîIre, la faisait allei- bien souvent aux enquêtes. C'est poui- cela (ju'elle a()prit c(!tte heureuse nouvelle avant sa sœur, .Marie, dont l'amour n'était pas moindre que celui de Marthe, mais d'un autre genre, attendait avec paix el calme que la divine Consolation d'Israël vînt pour lorlilier son àme. Son amouivif et ardent lui donnait des désirs aussi véhéments qu'à Marthe, de voir enlin arriver le grand (Consolateur des affligés pour la soulager. iMais c'est le pro|)re de cet amour contemplatif, de donner des désiis et des affections très-forts et très-véhéments, et de conserver en même temps l'âme qu'il anime dans un parfait repos, et de lui faire attendre les moments de Dieu avec douceur et tranquillité : Maria clomi scdebot.
Dès (pie Marthe eut appris cpie Jésus était venu, elle alla à sa renccuilre avec sa ferveur d'amour et elle le rencontra hors de l'endroit où il s'arrêta,
^1. Dixit crgo Mari lia ;k1 .le>iim : 21. Marllic rlit rloiic à .It'siis: Domine, si fuisses hic. fratcr meus ' Seigneur, si vous eussiez clé ici, non fuisseL luortuus. ! mon frère i\e sérail pas mort.
On voit ici Marthe, dans ces paroles, piéoccupée de deux objets. Le premier était rol)jet de sa douleur, la mort de son frère; le second, son grand amour pour le divin Seigneur, Sa douleur était tempérée par cet amour, (pii est une grande consolation pour une àme affligée. Il paraît que, pendant tout le temps de l'absence de Notre Seigneur, les deux sœurs étaient préoccupées de Fa pensée que s'il avait été là, il aurait guéri IcMir frère, et que c'était pour elles un grand sujet d'affliction
que cette absence; car la première parole fut celle-ci : Si fuisses hic... Cela montre combien ces deux bonnes âmes étaient pleines de l'amour de Notre Seigneur. Cela montre en même temps la grande foi et la conliance sans bornes qu'elles avaient en lui. Elles savaient que Jésus les aimait, et que s'il avait été là, il n'aurait pas laisser mourir Lazare. C'est un grand bonheur pour une âme de savoir qu'elle est aimée de Jésus, et cette connaissance devient en elle la source abondante d'une confiance sans bornes.
22. Sed et nunc scio, quia qurocunque poposceris a Deo, dabil libi Deus.
22. Cependant je sais maintenant même, que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous le donnera.
Au verset 32, Marie dit la môme chose que Marthe dans le verset précédent, mais elle n'ajoute rien. Marthe y ajoute ce que nous voyons dans ce verset 22, et en cela paraît encore la différence de leur caractère de piété. La pensée de Marthe est active, et elle ne retient rien dans son esprit sans l'exprimer; la pensée de Marie est contemplative, elle ne tient pas à exprimer tout ce qui se passe en elle. Elle dit peu de mots et son âme se répand devant son Seigneur; le Fils de Dieu voit bien ce qui se passe en elle.
Cette seconde pensée est parfaitement renfermée dans la première ; mais l'amour du cœur de Marthe ne croyait jamais avoir assez exprimé les sentiments de sa foi et de sa confiance, et cela tenait au caractère d'activité sensible qu'avait cet amour. Marie, au contraire, ne fait guère attention à rex[)ression de ces choses : son esprit n'a pas cette multiplicité d'idées, elle dit peu de chose par son esprit; son principal langage est celui du cœur, qui ne s'exprime pas par la multiplicité des paroles et des idéet^ ; au contraire les paroles sont ujoindres et plus
rares; mais ce saint lanii;age coosisle dans la lenclaiice (le l'aniour, et cela vient de ce que l'amour de Marie est un amour conlemplalif. Dans l'amour actif de Marthe. l'àme ;iime et a<;it fortement, l'esprit aussi bien que le cœur est dans cette activité, qui cependant est animée par l'amour. Dans l'amour contemplatif, l'âme de Marie se concentre, s'unit, reçoit en elle les iulluences célestes de la grâce, et se laisse entraîner à sa divine action. Jille est dans un grand repos, toutes ses puissances sont dans un doux sommeil, entre les bras de son Bien-aimé, et jouissent du divin amour. Ce repos n'est pas oisif ;*elle agit fortement, mais celte action n'est pas sa propre action, ce n'est pas par ses propres forces et son propre mouvement; elle est entraînée par l'impression; elle s'abandonne à cet entraînement et court à la suite de son Bien-aimé, auquel sa contemplation la tient attachée et liée comme sans mouvement et sans vie. Et en effet, elle n'a de vie que par l'amour et en l'amour de son Bien-aimé. C'est lui qui la traîne après lui, et elle court par cet entraînement en se laissant entraîner de grand cœur, fortifiée, animée, touchée et consolée par l'admirable odeur des parfums délicieux et variés que son Bien-aimé répand en elle par l'action de son divin amour.
Marthe dit : Nunc scio, pour montrer que sa foi est la n)éme, quoique le Sauveur n'ait pas fait le miracle en faveur de son frère. On voit en cela la bonté de ces âmes, la vérité et la pureté de leur amour. 11 ne s'élève pas en elle le moindre sentiment de murmure contre le Seigneur. Elles lui avaient fait dire d'avance le malheur qui les menaçait, elles devaient croire qu'il avait négligé <le venir. Cependant rien ne manifeste le moindre murmure. Les Juifs murmurent, comme on va voir l)ienlôl
verset 37, parce que leur toi élail médiocre et non animée d'un vrai amour; mais les deux sœurs se soumeltenl sans avoir même l'idée du mécontentement, parce que l'amour était dans. leur cœur.
On pouri'ait peul-èire dire aussi que ces paroles des deux sœurs : Si fuisses hic. sont une prière : «SeiiJ-neur. « pourquoi n'êtes-vous pas venu sauvei mon frère? Vous « qyi l'aimez tant! » mais non un reproche; ce qui se manifeste par l'action que Marie joint à cela et par ces paroles que Marthe y ajoute : « Quoique, Seigneur, vous « né soyez pas venu, je sais cependant que votre Père « vous donne ce que vous lui demandez. »
Ou voit par ces paioles qu'elle n'avait pas une vue claire de la divinité du Sauveui-. Elle le prend pour un grand Prophète, pour le Messie, et parle de son pouvoir de faire des miracles comme s'il l'avait par la force de ses prières, comme les prophètes. Peut-être avait-elle une idée tellement confuse de la divinité de Notre Seigneur, qu'elle ne pouvait rien concevoir de déterminé, selon que nous verrons tout-à-l'heuie.
23. Dicit illi Jésus: Resurgel fra- I 23. Jésus lui lépondiL : Voire ter luus. 1 frère ressuscitera.
Les deux bonnes sœurs de Lazare, si remplies d'amour pour Notre Seigneur, ne pouvaient manquer d'être exaucées. La prière de Marthe obtint l'assurance d'être exaucée, et celle de Marie fut suivie de l'effet. En cela paraît l'incomparable bonté de Notie Seigneur pour ceux qui lui sont chers. Les deux sœurs n'osèrent pas môme lui demander de ressusciter leur frère, elles se contentent de lui dire que s'il avait été là, Lazaie ne serait pas mort; et en même temps elles lui manifestent leur foi et leur amour, et cette prière tacite fut exaucée tout de même, et Lazure fut ressuscité.
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I.i; cuMir (le Nolic Seiiiiiciii- Ost luiiclié tic la douleiir <le œtte boriiie àine, c'est pour cela qu'il lui adresse cette parole i)0(h- la consoler. On voit une grande ditïéience entre l'aFiiour de Jésus pour Maiie, et sori amour pour Marthe : la donniur de celle-ci reçoit des paroles de consolation el une promesse; celle de la première attire de^ larmes et des consolations ettectives et efficaces.
:2v. Dicil ci •Marllia: Scio quia' "ii. Marlhe lui dit : Je sais qu'il r.^surpet in rosuiTcctionc in novis- I l'essusciterj à la résurrection, au sinio (lie. , dernier jour.
On peut donner deux intentions ditlerentes à cette réponse de Mardie. Reconnaissant que Notre Seigneur lui adressait ces paroles pour sa consolation, elle ne les prend pas pour la prou^esse d'une prochaine résurrection, mais comme une pensée capable de la consoler en elïet, comme s'il lui avait dit qu'elle devait se consoler de cette perte puisque son frère ressusciterait un jour. Elle répond à cela : «Je sais bien, il ressuscitera « à la grande résurrection au derniei' jour. » En second lieu, on peut dire, et cela paraît plus conforme au texte sacré, qu'elle a pris ces pai'oles de Notre Seigneur comme une promesse de lésurreclion ; au moins elle en avait vaguement l'idée, seulement sa foi était très-faible sur ce point. Elle riconnaissait bien le pouvoir à son bienaimé Maître, elle le cioyait sincèrement comme elle va le dire bientôt verset 27), mais cette foi était spéculative, générale, et quand il s'agissait d'en'faire l'application à son frère, son esprit se trouvait dans un certain vague, sans avoir {)récisément de l'opposition à croin? (]ue Notre Seigneur allait le ressusciter, elle n'adhérait pas cependant à, sa divine parole, et n'osait s'y livrer avec conliance. Cela provenait de ce que son frère était niorl dcjiuis (juatre jours, cl (>!!(> ne poiuait se faire à
l'idée de le voir revenir à la vie, d'autant qu'elle n'avait j3as encore vu opérer un miracle semblable. D'ailleurs, son esprit était toujours prcocupé de plusieurs objets, surtout dans la circonstance où elle se trouvait, et de là venait qu'elle n'attachait pas aux paroles du Sauveur toute l'importance qu'elles méritaient, et n'y prêtait pas toute l'attention qii'elle devait. Voilà pourquoi elle fait la réponse que l'Évangile rapporte. Elle entend dire à Notre Seigneur : « que son frère ressuscitera; et elle ré- « pond : « Vous dîtes, qu'il ressuscitera, je le sais bien, « mais ce sera à la grande résurrection et non pas mnin- « tenant. En attendant, il n'est plus avec nous. » Il faut remarquer que Notre Seigneur ne dit pas qu'il allait ressusciter Lazare, mais que celui-ci ressusciterait. Il ne voyait pas dans Marthe des dispositions assez parfaites pour lui dire ouvertement la chose. Peut- être aussi était-ce pour éprouver sa loi. Et s'il avait dit foiraellement qu'il voulait ressusciter Lazare, IMarthe aurait cru.
25. Dixit ei Jésus : Ego sum resurrectio et vila : qui crédit in me, eliamsi mortuus fuerit, sivel.
26. Et omnis qui vivit, et crédit in me non morietur in aeternum.
Credis hoc?
2o. Jésus lui dit. : (l'est moi qui suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, quand même il serait mort, vivra.
26. Et quiconque vit et croit en moi, ne. mourra jamais. Croyezvous cela?
La bonté divine de Jésus voulait relever la foi de Marthe, et les paroles célestes qu'il lui adressa allaient directement à guérir son mal. Cette bonne personne était alors comme toutes les âmes dont l'état de dévotion est un état sensible. Tant que ces âmes reçoivent de Notre vSeigneur des grâces qui les favorisent et les attirent vers lui avec suavité, elles sont pleines de confiance et d'amour poui- lui. ol quelquefois, t(»u( absorbées. Dans ces
moinonls, licMi ne loui' painîl iiK'royiiljle, elles enleiidciii la parole de Noire Scii^Mieiir à demi mot, et seront [)liis perlées à croire plus qu'il ne dit, qu'à être incrédules ou à avoir le moindre doute. Mais, dès que la volonté divine du Maître agit à leur égard de manière à froisser leurs anbclions sensibles, et sans mettre dans son action cette abondance de douceur, alors ces âmes, tout en conservant la force de l'amour qui les porte vers le divin Maître, deviennent cependant toutes diflerentes d'elles-mêmes. Elles sont inquiètes, préocupées de leur sujet de peine; leurs sentinients de foi sont vagues et mêlés de défiance; elles croient bien encore à la promesse de Dieu, mais c'est d'une manière générale. Dans cette foi, elles ne sont pas unies ni abandonnées à Notre Seigneur. Tous les sentiments de foi sont d'une manièi'e vague dans leur esprit, elles ne s'y attachent pas avec celte force de volonté, parce qu'elles sont habituées à cette attraction sensible qui les entraînait vers leur divin Maître. Ne sentant plus cet entraînement, tout est embrouillé chez elles.
C'est ce qui semble être l'état de Marthe. Elle avait cet amour sensible et passionné, comme il a été dit plus haut. Quand tout était conforme à cet amour, rien n'était plus fort que sa foi. Elle envoie dire à son Maître bienaimé : « Maître, celui que vous aimez est malade. » Elle comptait bien sincèrement sur la bonté de celui qu'elle aimait tant et dont elle savait être aimée. Sa foi, animée de cet amour, lui donnait une confiance sans bornes. Elle est trompée dans son espérance, son frère meurt. Quoiqu'elle sût bien que ce n'était pas par manque d'amour que Jésus avait laissé mourir son frère, cela ne laissait pas de lui causer une grande peine, qui préoccupait fortement son esprit et empêchait son amour
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(11' picndtc. loul le déviiloppemeiit en la pivseiici' de soiï bien-ainié. Cet aiiioui- existait cependant encore en elle ; elle était inquiète et attendait avec impatience le divin Sauveur. Dès quelle apprend son arrivée, elle accourt pour trouver quelques consolations auprès de lui; mais sa foi était trop \ague, son esprit trop préoccupé pour adhérer au divin JMaître et s'abandonner à lui pour trouver tout en lui, et c'est ce qu'il eût fallu faire pour trouver cette sainte consolation qu'elle cherchait. Mais Jésus sa bonté intinie et son grand amour pour cette àme, veut la guérir. Au lieu de cette foi vague dans les vérités révélées, il fixe l'esprit de la sainte en hji-même, comme principe unique dans lequel nous trouvons cette foi parfaite qui remplit notre àme, et dans lequel sont renfermées, comme dans leur essence, toutes les vérités qui font l'objet de notre foi. De plus, il attire vers lui ce cœur agité par l'aftliction qui le préoccupe, pour le vivifier et le remplir de sa sainte suavité. Quand nous sommes ainsi agités et que notre foi est faible, il faut nous unir à Jésus pour trouver en lui tout ce qui îious manque. V oilà pourquoi Notre Seigneur dit : Ego sum remrreclio et vîta. Voyez, Marthe, la grande grâce qui vous est offerte, reievez-vous de votre abattement ; ne vous oubliez pas jusqu'au point de désespérer ainsi. Ne laissez pas aller votre cœur à tant d'inquiétudes, ni votre esprit à toutes sortes de pensées. C'est Jésus qui est la résurrection et la vie; fixez votre esprit en lui par une foi animée et épanchez votre cœur dans le sien avec confiance.
Notre Seigneur dit qu il est la résurrection ; qu'étionsnous avant lui? Jamais nous n'aurions pu nous relever de notre mort. 11 est notre résurrection par la fpi qu'il imprime dans nos ànjes. et par laquelle il commence à nous attirer à, lui et nous justilie. et il est notre vie par
la cliaiili.' pail'aiU' qu'il nous c^^utmi nique. Mais il tant remarquer qu'il ne dit pas (ju'il ressuscite et donne la vie, mais qu'il est la résurrection même et la vie même qui est en nous, termes très-forts et qui nous montrent que, dès que nous ressuscitons, Jésus est en nous; et si nous avons la vie parfaitement, c'est que Jésus vit jîarfaitement eu nous. Jésus est don(^ le commencement et la fin en nous, l'alpha et l'oméga. Il est toutes choses en nous, et dès qu'il n'est pas en nous, nous n'avons pas la vie, nous sonimes des morts.
Mais, comment peut-on compi-endre que Jésus soit notre résurrection et notre vie de cette manière? On comprendrait bien qu'il est notre résurrection, parce que c'est lui qui nous attire de notre mort spirituelle et nous unit à lui par la foi dont il nous anime. L'acte de notre résurrectif)n ne part pas de nous, puisque nous ne faisons lien pour ressusciter de la mort. Un mort n'a rien en lui qui puisse lui donner de l'action vers la vie, autrement il ne serait pas mort ; de même nous n'avons en nous rien qui puisse devenir en nous une source de résurrection, puisque tout en nous est mortifié par la mort, c'est-à-dire tout en nous est sans vie; nous n'avons en nous aucune action qui tende par soi à nous donner la vie, ni même à nous aider pour arriver à la vie. Un mort n'a rion eu lui qui, par soi, puisse lui aider à le ramener à la vie. De là il résulte que toute notre résurrection consiste en ce que notre divin Sauveur nous attire et nous rend la vie pai* infusion, par le souffle de sa divine bouche, comme nous avons reçu la vie du corps par l'infusion de notre âme dans notre création, et cela saiis notre coopération. Il est vrai que nous pouvons nous y disposer et que notre divine résurrection exige cotte préparation, mais il n'es! pas moins vrai pour cela
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que ce rappel de la mort à la vie se fait par l'attraclioii de notre Maître et par l'infusion qu'il nous lait. Ainsi, il peut dire qu'il est notre résurrection même. Nous ne ressuscitons qu'en ce que nous le possédons en nous par la foi, et cette union aussi bien que cette attraction de la foi, c'est lui qui en est le principe et qui l'opère en nous.
Mais comment peut-il être notre vie même? Il est dit au commencement de ce saint Evangile : In ipso vila erat et vita erat lux hominum. Toute vie est renfermée dans le Verbe de Dieu. Le Verbe s'étanl incarné, toute la vie se trouve dans l'Humanité sainte de INotre Seigneur.
Cette vie consiste d'abord dans l'essence divine du Fils de Dieu, qui possède en lui la vie essentielle du Père. Cette vie est incommunicable ; la sainte Humanité du Fils de Dieu peut seule avoir en elle celte vie essentielle, non par une opération parliculière faite en son propre fonds, mais par son union personnelle avec le Verbe, qui fait que tout CQ^qui est au Verbe lui appartient. Ce n'est pas de cette vie que le Sauveur veut parler quand il dit à Marthe : Ego sum vita. Car il ne parle ici que de cette vie qu'il communique aux hommes.
La seconde vie est celle qui est communiquée aux créatures : Vie de la grâce en ce monde, et vie de gloire dans l'autre. Cette vie n'est lien autre chose qu'une communication de la divinité à ses créatures, par le moyen de la sainte Humanité de notre adorable Sauveur, qui, comme Chef de toutes les créatures raisonnables, reçoit elle-même, d'une manière incompréhensible à toute intelligence, la vie divine en elle, pour en donner communication de grâces sur la terre et de gloire dans le ciel. Dédit illi nomcn, quod est super omne nomen, ut in nomine
Jesu cœlesliiim,- lerresir'mm ete. Le nom de Jésus est
au-dessus de loule puissance et principaulé, vu qu'il est Chef de loule créaluie. Jésus est le nom do la sainte Humanité, cai" c'est la sainte Humanité qui a été soumise à la circoncision, et par elle le Verbe divin, c'est la sainte Humanité qui a fourni 'notre salut par la croix, et par elle le Vei'be divin. L'empire céleste est à ses pieds pour en recevoir la gloire, le terrestre pour en recevoir la grâce, et l'enfer pour en recevoir le jugement.
Cette vie du Verbe dans l'Humani té-sainte est une vie d'amour, selon les paroles de ce texte : Sic Deiis dilexii mundum, ut Filium suum unigenilum daret. La donation du Fils de Dieu à la terre, c'est-à-dire l'Incarnation, (car c'est ainsi que l'appelle Isaïe : Filins datus est nohis:) est une opération divine d'amour ; c'est pourquoi aussi elle a été faite par le Saint-Esprit ; Spiritus Sanctiis superveniet in te. La vie du Verbe dans l'Humanité-sainte est donc une vie d'amour.
Il faut savoir que la divine Incarnation du Verbe dans l'Humanité-sainte, n'est pas un acte transitoire delà divinité, ce n'est pas une opération passagère du Saint- Esprit, ce sera désormais un acte qui durera toute l'éternité. Pendant toute l'éternité, le Père engendrera son Verbe et pendant toute l'éternité le Saint-Esprit lui unira la très-sainte Humanité. Et cet acte est un acte d'amour, d'amour du Père pour l'humanité en générale, sic Deus dihxit mundum, et pour la sainte Humanité de son Fils en particulier. Pater diligit Filium et omnia dédit ei in manu. Que signifie ce mot omnia, sinon son Verbe et avec son Verbe tout ce qui existe.
C'est cette vie du Verbe dans la sainte Humanité, qui nous est communiquée par l'amour de Jésus pour nous^ amour réduit en acte par lequel il nous attire à lui pour
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nous donner |)ail à ce grand trésor, et en acle élernel par la conlinuilé de, cet acte divin qui nous lienl unis à lui et nous communique cette vie divine. Voilà donc ce qui se t'ait de la part de Dieu envers la sainte Humanité, en partait rapport avec ce qui se fait de la part de son Fils relativement à nous. D'autre part, il y ;i la même l'essemblance en ce qui se fait de la part de la sainte Humanité envers Dieu, avec ce qui se fait de notre part envers le Fils de Dieu.
L'Incarnation a été, et sera dans toute l'éternité opérée par le Saint-Esprit. Or,. le Saint-Esprit n'opère pas sur le Verbe puisqu'il reçoit son essence de l'essence du Père et du Fils : De mco accipil, mais c'est dans l'Humanité-sainte qu'il a opérée. Le Père engendre son Verbe dans la sainte Humanité d'une manière incompréhensible à toute créature, et le Verbe divin s'unit ainsi par sa propre puissance à cette très-sainte et très-pure Humanité. Car, quoiqu'il ne puisse être engendré que par son Père, sa puissance contribue autant que celle du Père dans son union avec l'Humanité-sainte. Mais le Saint-Esprit n'étant pour rien dans l'ordre de la génération éternelle du Verbe, il ne peut pas influer sur cette divine personne dans sa génération temporelle, et comment donc a-t-il opéré l'Incarnation, sinon en opérant sui" l'Humanitésainte, en l'unissant au Verbe, opération la plus parfaite que l'Espril-Saint ait jamais opérée et qu'il opérera jamais. Or, les opérations pai faites du divin Esprit sont (\c> opérations d'amour. C'est donc de cette union d'amour de l'Humanité-sainte avec la divinité que la vie du Verbe est en elle. Et, de même que celte union et cet amour sont incompréhensibles à toute créature, de même cette vie divine qui est dans le Fils de l'homme est ineffable el incompréhensible. En nous la mênio chose
se passe ((.nioiqiie plus vu pelil cl à divers degrés^ enveis le Fils de Dieu incarne. Quand l'Espiil-Saint veut nous faire |)arliciper à la vie du Verbe, qui est la vie de la sainte Humanité de Jésus-ChnsI, il nous unit aussi au Fils de Dieu par cette union de charité: el alors, connue le Père enii,cndre son Fils dans riluinanité-sainle. de même le Fils de Dieu incarné nous communique celte vie divine, dont il a donné une si immense participation à sa sainte Humanité par l'opération du même Esprit- Saint, el cetlt! connnunicatiou dure autant que durera notre union de charité. Dans ce monde, cette union de chai'ité est une union d^ grâce, aussi la vie de Jésus en nous est une vie de grâce; dans l'autre, cette union de charité est une union de gloire, aussi Jésus vit alors en nous dans sa gloire. La charité reste toujours, même dans l'éternité, comme dit saint Paul, car c'est elle qui nous unit à Jésus pour recevoir sa vie. D'après tout cela on conqjrend ce que le divin Sauveur nous dit dans ces dcu\ versets.
Il est la résurrection : toute àme morte .ne ressuscite que parce que Jésus s'unit à elle et l'anime; par là une ân)e sort de son état de mort, elle est capable de mouvement el d'action dans l'ordre surnaturel, qui est le seul ordre de choses où il y ait la vie véritable.
M dit en second lieu, qu'il est la vie. L'âme, ayant ainsi Jésus en soi, peut encore agir par un autre principe que par celui de cette divine résurrection, el alors les actions ne seraient pas des actions de vie. Ces actions ressembleraient à celles qui, dans l'ordre des choses humaines el naturelles, seraient faites sans attention, ni ad verlance, ni volonté; elles ne seraient pas des actions humaines, parce que ïàuni ns^ aurait pas participé. Mais si nous sommes unis à Jésus par l'habitude infuse
d'amour, qui lait tendre |sans cesse notre âme vers lui, la colle pour ainsi dire à sa Personne adorable par son Humanité sainte; alors, par l'Humanité adorable de Jésus et par les sainls mystères qui ont élé opérés en elle et par elle, nous recevons la plénitude de cette vie qui se répand dans nos âmes et se développe dans nos œuvres, qui sont alors des œuvres vivantes.
Dès que l'âme est ressuscitée, elle a en elle le principe dévie qui fait qu'elle n'est pas morte; mais celte vie n'est pas pleine et parfaite, il faut pour cela qu'elle se manifeste dans ses œuvres. Car, comment peut-on appeler vie pleine, celle qui ne donne pas de mouvement au corps? Il en est de même pour l'âme. Quand l'âme agit par suite de cette union avec Jésus, c'est Jésus qui est sa vie, c'est cette vie divine du Verbe qu'il lui communique, qui se développe et agit. Tout ce qu'il y a de vital dans nos actions, c'est la vie de Jésus, qui est en nous, et qui y est tout ce qu''il y a de vital.
On peut encore dire que le Fils de Dieu est notre vie, dans ce sens qu'il est le principe de vie que nous recevons dans la résurrection de notre âme de son état de mort. Nous étions morts, il devient notre résurrection par là même qu'il devient notre vie, par l'infusion delà vie divine dans nos âmes par sa grâce. Si Notre Seigneur met les deux termes qui semblent signilier la même chose, il le dit pour nous représenter la chose sous deux rapports ; 1^ sous le rapport de l'action qui nous ramène à la vie, rcsurrectio, et '2'* sous le rapport de celte vie même qui est le principe de notre résurrection, et vùa.
Notre divin Sauveur ajoute : Qui crédit in me... H dit in me, cela signifie la foi animée de charité, l'union véritable de l'âme avec lui. H ne suffit pas de la croyance pour ressusciter. Marthe croyait que le Fils de Dieu
poiivail ressuscilci'. mais elle n'adliérail pas a ses senliments et à ses dispositions intéiieures; cela nionlic (jue sa charité manquait de perfection dans ce moment. Car il Caut remarquer que toutes les fois que la foi fail)lit, la charité faiblit aussi.
Eliamsi morlaus fuerii, vivcl. Celui qui aura celte foi vivra pai- là-môme, |)arce que, étant uni à Notre Seigneur, la vie de Notre Seigneur lui seia communiquée. C'est là l'explication du mot resurreclio. Jésus devient notre résurrection, si nous avons cette foi en notre divin Viviticaleur. Un seul acte de cetfe foi parfaite produit notre résurrection, parce que cet acte nous unit à lui, cl par là-mème nous communique sa vie.
Et tout homme vivant, c'est-à-dire tout homme qui, ayant été ressuscité par lui, croit en Jésus, c'est-à-dire est dans l'habitude de cette sainte adhésion àJésus, et dont l'àme agit par ce principe de vie divine qui est en elle, par le moyen de cette union de loi et d'amour, à celui qui la lui communique, celui-là ne mourra pas. La vie divine ne l'abandonnera pas, tant qu'il persévérera dans cette union sainte avec le souverain auteur de la vie et la Vie môme. Dans ce monde ce sera une vie de grâce, et dans l'autre, une vie de gloire. Voilà pourquoi le divin Maître dit : In œlcrnum. La vie est la môme, quoique sa manière d'ôtre souffre de grandes modifications. Le principe sera le même dans le Ciel que sur la terre; ce sera toujours Jésus qui seia notre vie, notre vie de gloire, comme il est notre vie de grâce. La vie de grâce est le germe, et celle de gloire, le fruit produit par ce germe. Celui qui vivra et croira en Jésus ne mourra jamais. De là on peut conclure que la divine Sagesse veut dire seulement pendant tout le temps qu'on croit en lui ; c'est-àdire qu'on a lu foi animée de la charité ; car, croire en
lui, sij^nitie celle toi parlaife animée de la cliaiilc, (jiii renferme loujoiirs en elle l'espérance.
Il n'est pns dil : El qui vivit jam non morilur, ce qui signifierait que la vie de la grâce ne peut j)his se perdre; mais, 7»/ rn»7, c'est-à-dire celui qui a reçu la vie de la grâce, el crédit, et qui en outre a cette Toi animée, vivante, celui-là ne inourra jamais. Cette inamissibilité de la vie ne tient donc pas à l'existence de cette vie, mais à l'existence de cette foi, mais foi parfaite. Il ne suffit pas de croire les vérités enseignées par le. Fils de Dieu, ce qui veut dire croire au Fils de Dieu, il ne suffit pas de croire le Fils de Dieu. Tout cela .Marthe le croyait, et cependant la Sagesse incarnée voulait quelque chose de plus en cette sainte fille; elle voulait (ju'elle crût dans le Fils de Dieu, — in me, c'est-à-dire de cette adhésion parfaite de l'âme dans toutes ses puissances, et c'est à cette adhésion seule qu'est promise la résurrection, et après cela la vie éternelle et inamissible.
il reste une difficulté. Le l'ils de Dieu dil que celui qui vit et croit vivra toujours ; mais de là on pourrait, ce semble, conclure qu'on peut vivre et ne pas avoir cette foi, que seulement, quand on n'a pas cette foi eu lui, ou n'est pas assuré de vivre toujours, on peut f^uilement perdre la vie. Par conséquent, on pourrait vivre sans avoir cette foi, cela est vrai : car ici le divin .Maître ne parle que de cette foi agissante d'une âme, qui, fortifiée par la grâce et par l'attraction divine, ad'.ière parfaitement au Fils de Dieu par cette foi aniniée de la charité el s'unit à lui. C'est cette action de l'âme qui la rend à la vie, et, lorsqu'elle est vivante, la lui conserve. Il est impossible qu'une âme adhère et soit unie à Noire Seigneur dans une action, el (jue celle action soil telle
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qu'elle lui lasse piiidre hi vie.' Le uiol crédit indique assez l'acle de rànie. par lequel elle adhère à sou divin Sauveur.
I.c fond de celle inslruclion, qui est donnée à .Mailhe, signilie la morl, la résurrection et. la |)ersévérance dans la vie, dans le sens spirituel, en parlant de l'âme. Cependant elle était parlailemenl applicable à la circonstance dans la(|uelle Marllie se trouvait. Elle pouvait obtenir pour son fi'ère Lazare, moi'l corporelleinent, le même résultat (pii devait s'obtenir spirituelleiucnl pour les âmes, non quant à la persévérance de la vie, mais quant, à la résurrection. Elle devait s'unir à Notre Seigneui-, recevoir sa parole de grâce avec docilité, et s'abandonner à lui avec confiance. C'est ce que la bonté divine voulait opérer en elle par ces douces paroles qu'elle lui adressa : adoucir l'intérieur de cette pauvre al'lbgée, calmer son esprit, la fixer vers celui qui est la seule vie (\eà âmes, et l'unir à lui par un abandon plein d'amour et de confiance.
Notre Seigneur ajoute à ces divines paroles : Créais lioc ? C'est avec une bonté inc(nicevable qu'il Iraili; ses amis.
Il proci^de en cela selon sa manièie d'agir oi'dinaire dans les âmes. Il veut atlirei' Marthe à lui, mais par cette loi pail'aile, pleine d'amoui-, d'abandon et de confiance. Celte bonne âme en élail bien éloignée, elle était au contraire bien agitée, comme il a élé dit |)lus haut. Il commence donc par lui exprimer une grande douceur par ces saintes paroles qu'il vient i\(i lui dire; par-là il calme ses sens agités d'une manière passionée par la tristesse et la peine. Cela une fois fait, celle âme sera disposée â fixer son attention vers lui, à l'écouter et à se laisser entraîner. Alors il lui donne une impression de
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foi {)our lui faire croire celte vérité, et lui faire coucevoir par là celte vertu et celte perfection dans lesquelles il veut la faire entrer. Ces âmes touchées de la sorte par la grâce n'entrent pas d'abord dans ces perfections; avant de les posséder, elles entrent dans de grands sentiments de foi envers ces objets ; cette foi les fixe davantage en Notre Seigneur, et les rend ensuite peu à peu conformes à cette vue que le divin Seigneur leur présente, et qui fait l'objet de leur foi.
Ce qui marque ici la bonté particulière du Sauveur pour cette bonne âme, c'est que, après lui avoir dit la chose, non-seulement il excite intérieurement sa foi, mais il l'y exhorte par ses paroles ; et il faut remarquer qu'aux paroles du Sauveur répond toujours une grâce intérieure. Non seulement il l'excite par ses paroles, mais il lui adresse ces paroles par forme de question, afin de lui faire faire un acte. Les actes prononcés fortifient considérablement l'àme dans la foi.
27. Ait illi : Utique, Domine ego credidi, quia li! es Christus filius Dci vivi, qui in liunc mundum venisli.
27. Elle lui répondil : Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde.
La parole du Sauveur eut tout son effet. Marthe reprend toute son ancienne ferveur et fait une belle confession. On voit combien son cœur adhère à la vérité que le Sauveur vient de lui annoncer, et qu'il se porte tout entier vers lui, principalement par l'assurance avec laquelle elle professe sa foi. « Certainement, Seigneur « je crois. » Il n'y a qu'un instant, son esprit était dans le vague, son cœur hésitait; maintenant elle est animée : « Certainement, Seigneur, je crois. » Le mot credidi au passé signilie le présent, comme cela est assez commun dans l(; langage des hébi'eux. ^( .le rr(/is, ilil-ell(% (pie
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Kl vous^'lcs le Fils (le Dieu, qui êtes ncuu dausce monde.)! On voit encore par là la lumière que la divine [)arole de Notre Seigneur jeta dans cette âme. Tout à l'heure elle disait : « Je sais que tout ce que vous demandez à « Dieu, il \ous le donneia. » Et maintenant elle dit : « Vous êtes le Fils de Dieu qui êtes venu dans ce monde. » Cela provient de ce que la divine Sagesse venait de dire : « Je suis la résurrection et la vie. » Marthe ne comprenait pas ce langage; cependant ces paroles accomj)agQ6es de la grâce intérieuie jetèrent <lans son esprit une lueur assez grande pour qu'elle pût voir confusément quelle était la grande lumière qui se manifestait à elle. Cette bonne âme voyait donc quelque chose, mais elle ne pouvait se rendre compte exactement de ce qu'elle voyait. Quoiqu'elle confessât la divinité du Fils de Dieu, elle ne conçut pas cependant comment cela était ainsi; elle ne connut rien de l'Incarnation. La connaissance parfaite de l'union du F^ils de Dieu avec le Fils de l'homme était réservée au jour de la Pentecôte. Avant ce temps-là, la Très-Sainte Vierge, saint Jean-Baptiste et saint Joseph étaient les seuls à avoir cette connaissance.
11 paraît cependant certain par ces paroles qu'elle dit qui in hune mundum venisti, que sainte Marthe eut en ce moment cette connaissance. Si elle avait compris ces mots : Fils de Dieu, dans un sens vague, signifiant seulement prophète ou juste, on ne verrait pas pourquoi elle ajouterait qui in hune mundum venisti . Elle sentait que le Sauveur n'avait pas toujours été dans ce monde, et qu'il y était venu du sein de Dieu. Mais comment cela s'étaitil fait, son esprit ne s'en occupait pas, pas plus que des autres grandes difficultés qui semblaient devoir se présenter si naturellement.
Quand on connaît l'action de la grâce dan.^ les ùuîes.
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(m 110 s'élonne pas de ce qu'elle n'ail pas clieiclié à éclaircir celte vue oi)scuie qu'elle avait de cet objef iinportanl. Cela vient de ce que toutes les fois que la grâce divine nous donne une lumière intérieure par une impression Ibrte, celte lumière, quoique très-obscure, embrase tout notre esprit, surtout quand l'impression est très-sensible. L'esprit ainsi embrasé et jouissant d'une manière si sensible de cette vue obscure et vague, est tellement préoccupé de cette vue et de la jouissance qui lui en revient, que l'idée ne lui vient pas même de scruter la chose pour y voir plus clair.
Or, tel était l'état de Marllie, et de toutes les âmes à qui Notre Seigneur d<vnna, avant son Ascension, cette connaissance obscure de sa divinité. Dans cet élat la curiosiléne vient pas, et, lorsqu'elle vient, la grâce n'est j)liis si forte ni si sensible, et cette curiosité achève de diminuer la grâce, de rendre U\ vue plus obscure, et alors la nature prend ordinairement le dessus et l'âme quitte Notre Seigneur. Ce malheur est arrivé bien souvent aux Juifs. On en voit un certain nombre qui le suivent pendant longtemps, et Unissent par le quitter; tandis que les disciples fidèles ne cherchent pas tant à comprendre, mais ils croient avec un grand abandon à leur Maître. Le plus grand obstacle à la perfection de la foi, est de vouloir comprendre ce que l'on entrevoit. Cette curiosité naturelles , cette recherche scrutatrice en cette matière ruine tout : Scrutator majeslalis opprimelur a qloria.
On pourrait dire aussi que ce mot credidi est au |)assé. Marthe, dont l'âme lut animée d'une foi plus vive par les paroles de lumières sorties de la bouche du Seigneur dit: « Certes, Seigneur , je crois ce que vous dites là. Même <' quand j'ai hésite loul-ii-l'heure, «piand j'ai été dans le
« vague, je croyais aussi que l^ous c(cs le Messie, Fils « (lu Dieu vivant. » Celle explication supposerait que Marthe n'avait jamais cessé de croire que Notre Seigneur était le Fils de Dieu. Que si elle venait de dire (jii'il obtiendrait par sa prière tout ce qu'il demanderait . c'était dans ce moment d'obscurité, de peine et de tristesse qu'elle avait dit cela, sans trop attacher de sens slricl à sa parole, tandis qu'au fond la môme croyance existait toujours.
28. El ciim litec dixissel-, ubiii. et vocaviL Mariam sororem suain silentio, dicens : Magister adest, et vocal le.
28. Après qu'elle eùl dit cela, elle s'en alla el appela Marie, sa sœur, en secret, disant : Le Maître est là, el il l'appelle.
L'activité naturelle de Marthe aurait pu être la cause pour laquelle elle alla sitôt chercher sa sœur, après cette courte conversation avec Notre Seigneur; mais il paraît que ce lut par l'inspiration d'un pieux mouvement intérieur. Cette âme ayant reçu celte paiole de consolation et sentant son cœur fortilié, ne peut conserver sa consolation pour elle seule, elle ne peut rester en repos làdessus. Elle va aussitôt, pleine de joie, prévenir sa sœur pour qu'elle vienne aussi voir le Seigneur. Elle lui dit que le Maître l'appelle. Elle a peut-être conclu cela, d'après les grands sentiments de tendresse qu'elle lui connaissait pour Marie. Il est probable qu'en quittant Notre- Seigneur elle lui dit qu'elle allait chercher sa sœur, et alors il était naturel qu'elle dit à sa sœur que le Seigneur l'appelait. « Le Seigneur est là et vous appelle », ce qui veut dire: « Il vous attend,» et pour cela il n'était pas nécessaire qu'il se fût prononcé à ce sujet.
Elle lui dit ces mots dans le silence, c'est-à-dire en secret, de façon que ceux qui étaient là ne s'aperçurent pas <|u'ellc l'appelait. La laison pour hupiellc elle agit ainsi
en caclielle, c'est qu'elle voulait que Marie pût paiier au divin Consolateur seule cl sans être environnée de tout le monde. Ce peut être aussi la raison pour laquelle elle avait quitté si brusquement Notre Seigneur, afin de pouvoir |)rocurer à sa sœur la consolation de lui parler à son aise avant qu'il fût entré dans la ville, où ordinairement il était de suite environné de toute la foule. Elle comptait bien revenir avsc sa sœur, et jouir à loisir do la grande suavité que les deux mots qu'elle venait d'entendre avaient déjà répandue dans son cœur.