Jésus dil : Otez la pierre
Marltie, la snoiir de celui qui étail mort, lui dil; Seigneur, il sent déjà mauvais, car il esl de quatre jours.
Jésus, avant disposé les cœurs au miracle qu'il allait opérer, voulait éprouver leur esprit et fortifier leur foi par l'action. Il n'avait pas besoin de faire enlever la pierre; il aurait pu la faire se retirer d'elle-même et en même temps qu'il eût ressuscité Lazare, ou faire la résurrection d'abord. .Mais il voulait faire agir la foi des assistants, t't après cela, la volonté étant disposée comme elle l'était, et l'esprit étant actuellement agissant par la foi, le miracle devait produire de grands fruits. Ces paroles s'adressèrent particulièrement aux Juifs qui étaient là. H est probable qu'à la voix du Sauveur ils se mirent de suite en devoir.
Pendant tout ce temps Marie ne dit mot. Son cœur sans doute éprouvait les plus fortes commotions d'amour, pendant que tout cela se jvassait. Comme c'était pour l'amour d'elle principalement que le Fils de Dieu d;iigna verser des larmes, il semble qu'elle devait plutôt répondre que Marthe; mais non, elle élait dans son silence contemplatif, et, soit qu'elle s'attendît à voir un miracle, soit qu'elle n'y pensât pas, parce que son âme élait entièrement absorbée par l'amour dans son Seigneur, et dans toute cette bonté qu'il manifestait, elle se taisait et restait dans la calme du divin amour qui le remplis-
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sait. I^^lie se gardait bien de contredire son bien-aimé Maître, son esprit ne savait penser que comme son divin Maître pensait, et sa volonté suivait avec amour tous les désirs el les volontés divines de son iMaître. Sa foi était pleine. !Marthe. au contraire, n'avait pas une foi parfaite. Elle croyait que son Maître pourrait ressusciter Lazare; et s'il avait dit qu'il allait le ressusciter, elle aurait cru, mais de là à une foi parfaite il y a encore beaucoup de chemin à taire. Marthe avait de la foi et de l'amour, ntais ni l'une ni l'autre parfaite.
La foi parfaite exige une union et un abandon entiers de l'intelligence à la Sagesse éternelle, et l'amour parfait une union et un abandon parfaits de la volonté. Comme l'amour n'a jamnis aucun refus pour les moindres désirs de celui qui en est l'objet divin, de même la foi n'a jamais de réplique à ses paroles. Lorsqu'on apporte encore son esprit propre dans ses rapports avec le Sauveur, on trouve toujours à faire mal à propos toutes sortes d'observations, parce que noti-e esprit a encore des restrictions et notre volonté aussi. Si, au contraire, nous sommes dans la foi et l'amour parfaits, notre esprit et notre volonté sont entraînés à la moindre parole du Bien-aimé.
Le malheur, qui est arrivé à Marthe, d'apporter toutes sortes de résistances à notre divin IMaître, arrive encore maintenant à bien des personnes qui désirent se donner à son divin amour. On a toujours toutes sortes de restrictions el de réflexions à faire aux inspirations intérieures, par lesquelles notre bon Maître nous parle intérieurement. Il y a très-peu d'âmes qui sachent, comme Marie, se tenir dans le silence, dans le saint abandon d'une foi et d'un amour parfaits devant le Seigneur et le Maître de nos Ames. Peu de personnes se laissent
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fMilraînef ainsi aiiMnirciiseineiU ft la moindre nianileslalion (le Jésus. D'où cela vient-il? Ou rnèmedéfant qui était la cause de cela en Marthe.
Cette bonne sainte avait une grande activité naturelle. W là venait que son esprit ne pouvait pas être sous la parl'aile dépendance du divin esprit de son Maître; il s'écliappait à tout instant, mêmp, lorsque la volonté était pleine de la suavité de l'amour, et alors il était en opposition avec le divin Maître; au moins, il raisonnait, exannnait et modifiait les paroles divines; sa. volonté même par cette activité avait ses raideurs et ses résistances. Marthe manqua ici par une résistance d'esprit et une opposition de volonté. Le Sauveur lui avait déjà fait entendre d'une manière assez formelle qu'il allait ressusciter Lazare. Si son esprit avait été disposé à cet abandon à son Maître, elle l'aurait sûrement compris dès le premier moment; et même, si elle ne l'avait compris qu'à demi, son esprit aurait été dans une douce attente, animé par l'espérance dans ly bonté du Seigneur. Mais son esprit, livré à sa propre activité, avait une tendance d'opposition, et c'est ce qui l'empêchait de comprendre clairement qu'il s'agissait de ressusciter son frère, même après tout ce qu'elle voyait dans son divin Maître. Sa foi n'était pas assez forte pour croire à demi-mot.
Sa volonté même était en opposition, en ce qu'elle voulait empêcher d'ouvrir la tombe dans le moment même où le Sauveur l'ordonnait, quoique ce fût par bonne volonté qu'elle s'opposait à ce qu'on enlevât la pierre : u Jam fœtet. » Cependant une volonté bien abandonnée se laisse aller à la première manifestation de la volonté divine, et n'y trouve jamais rien à redire. La même chose arrive à toutes les âmes qui sont encore livrées à leur propre activité ; avec la meilloure volonté
du monde elles loinbeal dans une nuillhude de raiiles> cl même assez souvent cette même bonne volonté est la cause de ces fautes, parce que c'est celte bonne volonté qui met en mouvement celle activité naturelle. Aussi ordinairement le bon Maître a conijDassion d'elles et les ramène avec une douceur, une patience et longaiiiraité admirables, comme il lit avec sainte Marthe.
•iO. Dicit ei Jésus: Nonne dixi i 40. Jésus lui réponciit : Ne vous tibi, quoniam, si credideris, videbis } ai-je pas dil que, si vous croyiez, gloriiim Del? | vous verriez la gloire de Dieu ?
Jésus reprend sainte Marthe avec une bien grande bonté. Il ne fait que lui rappeler ses paroles, qu'il lui avait dites plus liant ( v. 23, 25, 26^ et qui devaient lui suffire pour avoir plus de confiance en son Maître et plus d'abandon, comme on vient d'exposer au verset précédent. C'est ainsi que Jésus reprend les fautes de ses amis. Marthe l'aimait et croyait en lui ; seulement son amour et sa foi n'étaient pas parfaits, et Jésus est plein de bonté pour elle; il a égard à sa faiblesse. Voilà comme il agit ordinairement avec les âmes qui lui appartiennent. Lorsqu'elles sont infidèles à sa divine grâce et aux paroles intérieures qu'il avait la bonté de leur dire au fond de l'âme, il se contente de lês rappeler à elles, de leur faire comprendre qu'elles auraient du être plus fidèles, et de leur inspirer par là le repentir de leur faute, afin de les ramènera la fidélité. Une âme infidèle ainsi à son Dieu par une faiblesse passagère, et alors même que cela lui serait arrivé à plusieurs reprises et d'une manière persévérante, comme cela arriva à sainte Marthe, ne doit pas se décourager pour cela, ni croire que le divin Maître l'abandonnera; oh! bien sûrement elle ne doit pas croire cela. Tant qu'elle aura l'amour de son Maître en elle, elle en sera aimée aussi, et il la ramènera avec bonté et douceur.
Noire Seigneur dit à Marthe que, si elle croyait, elle verrait la gloire de Dieu par la résurrection de Lazare. Quel malheur pour nous d'être infidèles à notre Dieu ! Il arrive très souvent (jue d'une petite infidélité il résulte un grand înal ; comme ici celle bonne <\rne,par celte infidélité,allait priver xNotre Seigneur de la gloire qui lui reviendrait de cette résurrection. Elle se privait elle-même d'un grand degré de perfection que devaient acquérir sa foi et son amour, et les Juifs assistants, de la grâce de foi que cette résurrection devait leur procurer.
Il paraît que ces paroles eurent toute leur efficace. Marthe ne réplique pas comme elle faisait auparavant; elle se tait par le sentiment intérieur de la grâce qui l'animait par suite des divines paroles de son Maître; elle €St dans l'attente, et le miracle est opéré.
41 . TiiIermU ergo lapidem : .lesiis ] il. Ils ùIlm-oiiL floiic la pierre; outem, eiov ilis tiiirsiim ociilis dixit : : alors JcSiis levant les yeux en liaut, Pater, gralias ago tibi (|uoiiiani au- : dit, : Mon Père, je vous rends grâces dislime. j de ce que vous m'avez écouté.
H serait possible que les Juifs se-fussent arrêtés, quand ils entendirent l'observation de Marthe, et que ce fût seiilement, lorsqu'à la parole (\u Sauveur elle se rendit en gardant le silence, qti'ils se remirent en devoir d'enlever •cette pierre. Ce mot ergo pourrait aussi se rapporter à celle parole de Notre Seigneur : ToUilc lapidem.
La pierre étant otée, le divin Sauveur élève les yeux vers le ciel. On trouve souvent dans le saint Evangile que Jésus élevait les yeux vers le ciel. Cela arrive lorsque sa sainte Humanité veut rendre quelque devoir à la divinité. Il faisait cela pour trois raisons : pour que son corps saint contribuât à louer son Père, et à exprimer ce que sa très sainte âme faisait dans ce moment; pour apprendre aux hommes qui ét<iient présents une i)artie de
son divin amour, et par la laire sur eux la saiiile impression qu'il clésirail imprimer dans leurs âmes, impression qu'il communiquait par le mouvemenl sensible, par lequel il manifestait les dispositions et les actes admirablement saints de son àme céleste; enfin pour attirer du mérite et pour imbiber de sa grâce les actions extérieures que nous faisons ainsi, en exprimant par le corps les sentiments qu'il met dans nus âmes, et en honorant son Père céleste par ces actes extérieurs du corps. Car, toutes ses actions sur la terre étaient pour nous, selon cette sainte parole qu'il dit ailleurs : Et pro eis ego sanclifico meipsum. Ces actions extérieures de son corps étaient toujours en conformité et en rapport avec le genre de sentiment qui était dans sa sainte âme. Ainsi, à laanontagne des Oliviers, il était prosterné la face contre terre ; ici qu'il s'agit d'une élévation d'âme vers son Père céleste par l'amour et pour lui rendre des actions de grâces, il élève les yeux.
Notre Seigneur élève donc les veux et rend grâces à son Père de ce qu'il l'exauce. Pour être exaucé, il a fallu qu'il eût prié, et comment le Fils de Dieu prie-t-il? N'estce pas lui qui a opéré cette résurrection aussi bien que son Père, puisqu'il lui est égal en puissance, et participe autant que le Père lui-même à tout ce qu'il fait pour les créatures ? Mais il faut remarquer qu'il s'agit ici du Verbe incarné, qui nous obtient tous les biens et tous les dons de la nature et de la grâce par ses mérites infinis, qu'il offre sans cesse pour ses frères malheureux et pécheurs. Ces mérites offerts au Père sont les prières du Fils. Cela n'empêche pas que le Fils n'opère cette merveille par sa propre force, vem foras: parce que son Père lui a donné de faire ces œuvres de puissance . comme il a bien voulu avoir l'cxtrômc miséricorde de nous te diie plus haut.
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Mjus, quoi(jue ce soil sa propre upéraliuu , cepundaut e'esl par ses iiiéViles présentés devant le trône de son Père, qu'il l'obtient.
il dil: Àudisii au |)assé. (^ela peut s'expliquer en trois iii.iiiières. D'abord, selon l'usage des Hébreux, le passé se dit pour le j)resent; et dans ee cas, le nionienl où Notre Seigneur opère les grâces en nous, c'est celui où il présente ses mérites devant son Père pour nous obtenir ce bienfait. Ainsi, au moment de ressusciter Lazare , il lui applique ses mérites intinis pour lui donner une vie miraculeuse. Il prie son Père en ce nionienl , parce qu'il applique ses mérites.
En deuxième lieu, on pourrait dne que, lorsque le divin IMaître excita ainsi en lui cette émotion, et (pi'il versa des larmes à la vue des pleurs de Marie et des Juifs, et en excitant leur foi et ensuite celle de Marthe, il leur fit intérieurement produire des désirs pour la résurrection de Lazare, et qu'unissant ainsi leurs prières à rotïVande qu'il faisait à son Père, il a prié et a été exaucé dans sa propre prière et dans celle qu'il produisait en eux. (^ar leurs prières n'ont été exaucées que comme siennes. Toute prière, qui n'est pas celle de Jésus, n'est pas exaucée; et celle qui est faite en nous par Jésus est toujours exaucée, comme il dit au verset suivant : Me semper audis. Les prières qu'il l'ait en nous sont toujours exaucées comme il les fait en nous. Ce qui, dans nos prières, n est pas exaucé, est ce qui vient de notre piopre fonds, qui est presque toujours corronjpu et ne peut jamais produire un effet surnaturel.
La troisième manière d'expliquer ce mot audisli est que Notre Seigneur parle à son Père de la prédestination éternelle, par laquelle le Père, de toute eteiiiité, voyant son Fils dans le temps appliquer ses mérites à Lazare
mort et les lui otTrir pour sa résuifectioii, a décrété dès avant l'origine des choses que son Fils bien-aimé forait celte grâce à Lazare, à ses sœurs et aux Juifs. Le Père, dans ses décrets éternels, ne prédestine les grâces à donner aux créatures dans le temps, qu'en vue des mérites de son Fils, et c'est ainsi que de toute éternité il l'exauce.
L'Evangéliste dit sursum cculis, et non in cœlum. On pourrait croire que Notre Seigneur se trouvait déjà dans la caverne lorsqu'il fit cette prière, et ne voyait plus le ciel, il dirige ses yeux en haut vers le ciel.
On pourrait aussi expliquer cela d'une manière mystique. Notre Seigneur, vivant dans ses membres, a part à leurs soulfrances et aux différents états où la divine volonté les réduit par un etfet de sa justice executive contre leurs péchés. Lazare se trouva ici dans un état de mort et enseveli dans le tombeau . et le Sauveur souffrait cette affliction dans la personne de Lazare. De plus, cet état de Lazare est une iîgure de l'anéantissement que méritaient toutes les créatures perdues par le péché. Jésus vient les ressusciter, en s'anéanlissant pour elles et avec elles. Il est mort et enseveli avec Lazare et en la personne de Lazare. C'est pourquoi il s'attendrit, il soupire , il pleure de compnssion sur le malheur de ces créatures de son Père céleste. Knsuite du fond de sa tombe dans laquelle il est enseveli avec Lazare, il élève ses yeux vers son Père pour le remercier de ce qu'il l'a exaucé pour le salut de ces pauvres créatures. «Il élève les yeux en haut » est dit en opposition avec la profondeur de la tombe dans laquelle il est enseveli sous les ruines du jiéché. Il élève les yeux dans le même sentiment dans lequel le Psalmisle dit : De prof undis daman ad te. Domine. C'est de lui que ces paroles sont dites, et il les accomplit ici.
Une cliose reste à expliquer^ Notre Seigneur rend grâces de ce que son Père l'a exaucé. On ne voit pas qu'il ait l'ait une prière cl il semblerait que ce fût là sa prière. Si le mot audisii s'explique dans le dernier sens dont il a été parlé, celte dilïicullé n'existe pas. Dans le premier sens, on peut dire que toutes les intentions de Notre Seigneur, dans ses actions et dans les grâces qu'il voulait accorder, étaient des prières, parce que toutes ces saintes intentions étaient l'application de ses mérites, qu'il olTrail à son I^m'c, pour cette grâce qu'il voulait accorder, ou celte action qu'il voulait faire. Ainsi, le Fils de Dieu se dirigeant vers la tombe de Lazare avec l'intention de le ressusciter, a fait une prièie, parce que par là même il dirigea ses mérites et les olFrit pour cette résurrection. Voilà pourquoi il ne fait que rendre grâces au moment oii il s'agit d'opérer ce miracle.
Il prononce le saint nom de son Père et lui adresse son action de giâces, .afin de manifester au nom de qui il allait agir et la puissance de qui opérait dans son action.
42. Ego autemsciebam qi)ia sem- I 42. Pour moi, je savais que vous
m'écoutiez toujours: mais c'est à cause fie ce peuple qui m'environne que j'ai parlé, atin qu'ils croient que c'est vous qui m'avez envoyé.
Toute la vie du Fils de Dieu sur la terre était une prière, une adoration, une offrande pour etlTacer les péchés et une action de grâces. Car toute cette vie divinement passée sur la terre est un seul et même sacrifice. Le premier sacrifice s'était fait à l'Incarnation. Le Verbe s'anéantil; or, c'est dans l'anéantissement que consiste l'acte du sacrifice. Depuis ce temps, toute celle vie sacrée et divine fut un anéantissement, jusqu'à ce que ce sacrifice fût consommé, et achevé sur le calvaire, où il dit : Consummatum est, c'ëst-à-dire sacrificium. Il dit alors
per meaudis, sed propter populum (jui circumsial dixi, ul credanl quia tu me misisti.
que c'est dans son adorable mort que ce long sacrifice de toute sa vie eut sa consommation. Ce sacrifice a commencé par l'anéantissement du Verbe , du Fils de Dieu, et a fini par l'anéantissement même de la nature humaine, du Fils de l'homme, tout l'intervalle de ces deux époques remarquables est un seul et même sacrifice.
Dans l'intervalle de ces deux grandes époques, il se rencontra des circonstances marquantes où le Fils de Dieu réitéra son sacrifice d'une manière sensible par l'expression de certains actes formulés; ces circonstances emportaient des raisons graves avec elles pour qu'il exprimât ces actes. Ainsi, ces paroles du prophète se sont accomplies à la lettre : Ingrediens mundum dixit : holocautomata pro peccato nohdsti , lune diœi : Ecce venio.. Voilà un acte de sacrifice prononcé, mais ce fut à son entrée dans ce monde, parce qu'il s'agissait d'embrasser un genre de sacrifice nouveau. Le premier genre fut celui de l'anéantissement du Verbe dans le sein virginal de Marie : le deuxième eut lieu quand il entra dans ce monde impur, ea sortant du sein de Marie ; et ce fut alors qu'il fit l'acte du sacrifice marqué par le prophète : Tuncdixi.. Il devait remplacer les hosties sensibles ; la réalité devait remplacer la figure, et il prononce cet acte pour opérer ce beau changement. Il ne change pas de sacrifice, c'est toujours le même ; seulement, entrant dans un ordre de choses nouvelles, il s'otfre pour obtenir de nouvelles grâces à ce nouvel ordre de choses. Avant de commencer sa prédication, il va jeûner dans le désert, et c'est un acte expressif de son sacrifice, parce qu'il entre dans une nouvelle époque de sa sainte vie, sa vie conversante ; il fait l'offre de son sacrifice pour obtenir des grâces. Enfin vient sa croix, qui devait être la consommation de tout.
Mais tous ces sacrifices n'en faisaient qu'un ; seulement, par la raison particulière de ces grandes époques de sa vie adorable sur la terre, l'Humanité sainte formulait d'une manière expressive l'acte continuel de son sacrifice. Dans tous les autres intervalles de sa vie, cela n'était et ne devait être qu'un seul et même acte, qui était actuellement prononcé sans cesse. Car, pour ce qui est de la volonté divine du Verbe, elle ne fait pas d'acle distinct de l'opération. Ainsi quand, dans l'origine du monde, il prononça cette volonté du Père, cette adorable volonté ainsi prononcée était l'acte même qui créait les êtres. Fiai luœ, que la lumière soit faite, voilà un acte prononcé de la volonté divine ; et fada est lux, et la lumière fut faite. Par qui fut-elle faite? Par ce seul acte de la volonté divine prononcé. Ainsi lorsque le Verbe voulait, dans le temps, faire et offrir les sacrifices en son Humanité sainte et par son Humanité sainte, ce n'était que l'application de la volonté éternelle du Père à la volonté humaine de la sainte Humanité, pour lui donner le vouloir de ce sacrifice et le lui faire exécuter.
Quand à la volonté humaine, c'est la même chose : ses actes de vertus étaient tous actuellement persévérants. Toutes les vertus que cette très-sainte volonté produisait, elle les produisait sans discontinuer un seul instant et <îela dès le premier moment de l'existence de la sainte Humanité, jr.squ'à sa divine mort, excepté certains actes de vertu, dont l'époque où ils devaient être produits était déterminée de toute éternité par la volonté divine, et alors, dans le temps déterminé, chaque acte était produit selon toute la perfection et la sainteté dans laquelle cette volonté divine l'avait décrété de toute éternité. Et même dans ce cas, l'âme sainte de Jésus voyait €et acte dès le premier moment de son existence, et sa
sainle volonté humaine s'y livrnit avec un amour inconcevable à toute créature.
Pour prouver cette unité dacte dans la sainte volonté humaine, on n'a qu'à considérer que cette sainte Humanité unie hyposlaliquement au Verbe, avait sa volonté et l'opération de celte sainte volonté unies aussi iiypostatiquement à la volonté et à l'opération du Verbe, qui lui communiquaient sans cesse leur action, et par conséquent l'action de la volonté humaine devait être une et continue comme les volontés du Verbe, ainsi opérant en elle. D'ailleurs THuinanité sainte, jouissant de la vision intuitive et recevant de plus continuellement les lumières du Verbe sur les divines volontés, voyait sans cesse tous les desseins de son Père sur elle et sur les actes qu'elle devait produire ; et comme, d'un autre côté, sa sainte volonté humaine était sans cesse parfaitement et également obéissante à la volonté divine, de là ses actes n'étaient jamais coupés en aucune façon, ni par l'interruption de l'intention ni par l'affaiblissement ou l'inapplication de l'attention. Et de plus, ils n^étaient jamais ni plus, ni moins intenses, n'acquérant jamais plus de perfection, et n'en diminuant jamais. Par conséquent, dans la sainte Humanité, c'étaient aussi des actes uniques, du commencement de sa vie sainte jusqu'à la fin.
Dans les hommes faibles et misérables, comme nous sommes sur la terre, cette vie parfaite de Notre Seigneur n'est pas possible ; à tout instant, notre attention manque, et notre volonté par là même n'est plus actuellement dans celte sainte intention de Dieu ; et lors même que nous ferions attention, notre volonté elle-même, par sa faiblesse et sa corruption, se détourne de Dieu, et rarement même elle persévère long-temps dans la perfection de son propre acte, lors même qu'elle ne se répand pas
dans les ciéalures. Voilà pourquoi nous devons souvent et très-souvent renouveler les bonnes intentions et les vertus que nous avons reçues de la bonté divine.
Mais revenons à notre passage. Les choses étant ainsi, d'où vient que le Fils de Dieu fait ici exception à sa conduite ordinaire ? Pourquoi prie-t-il d'une manière si explicite et par un acte distinct? C'est ce qu'il explique dans ce verset. Il avait des desseins de miséricorde extraordinaire sur ce peuple. Il voulait ramener ces âmes à son Père céleste. Il allait faire un miracle et par ce miracle tout ce peuple devait croire en lui, excepté quelques endurcis; et comme il ne cherchait pas sa propre gloire mais celle de son Père, il voulait leur faire voir évidemment que c'était le Père qui l'avait envoyé, et qu'il ne faisait ses œuvres que par la vertu do son Père qui était en lui.
Ego sciebam quia semper me audis. Par là il dit qu'il n'avait pas besoin de faire un acte distinct et exprès d'offrande de ses mérites pour obtenir la résurrection de Lazare, et celle de ce peuple qu'elle signitie , puisque cette offrande se fait sans cesse par un acte continu et est aussi continuellement exaucée, semper, c'est-à-dire sans interruption. C'est pour le peuple qui était présent^ ajoule-t-il, qu'il avait dit ces paroles à son Père, c'est-àdire, que c'était pour ce peuple qu'il manifestait, par rapport à la circonstance présente, ce qui se passait intérieurement dans sa sainte âme, l'offrande de ses mérites appliqués à la résurrection de Lazare, et les grâces qu'il rendait sans cesse à son Père de ce qu'il l'exauçait. Ainsi, dans cette circonstance, il n'a rien fait d'extraordinaire, sinon d'exprimer à voix haute les actions de grâces qu'il rendait à son Père.
On pourrait penser aussi qu'il dit cela parce que ce
peuple, l'entendant rendre grâces d'être exaucé, aurait pu croire qu'il n'était pas toujours exaucé et que c'était pour cela qu'il rendait grâces cette fois-ci, comme cela se voit dans les habitudes entre les hommes, qui rendent grâces pour un bienfait auquel on n'est pas accoutumé.
Une autre erreur aurait pu résulter de celte action de grâces. On ne rend grâces que pour un bienfait qui nous est accordé gratis et par élection, mais non pour une chose qui est due à titre de justice rigoureuse. Notre Seigneur ne rendait pas grâces en cela pour lui-même, parce que tous ses mérites recevaient leur récompense par justice rigoureuse et c'est ce qu'il exprime par ces mots : Qnia semper me audis. Mais il rendait grâces pour Tapplication de ces mérites à la résurrection de Lazare et à la conversion de ces Juifs, ce qui était une pure miséricorde ; Quia audisli me, il s'agit ici de cette circonstance.
Il reste à savoir pourquoi le divin Sauveur s'adresse à son Père et non au peuple même. Il aurait bien pu dire à ce peuple tout ce qu'il continue, dans ce verset, à dire à son Père; ce qui semblerait plus naturel, puisqu'il s'agit d'instruire ce peuple et qu'il ne dit ces paroles que pour lui. La raison en est qu'adressant ces paroles à son Père, c'est une continuation de sa prière et une application de ses mérites pour obtenir à ce peuple la foi en lui comme en l'envoyé du Père. Mais ce n'est pas, ce qui serait ridicule à penser, une excuse qu'il faisait à son Père de ce qu'il lui adresse la prière contenue dans le verset précédent. Mais, pourquoi dit-il ces paroles encore à voix haute et par un acte distinct et exprimé de la volonté? Il semble que, pour atteindre son but de faire croire qu'il venait comme envoyé du Père, il lui eût suffi de prononcer à voix haute les paroles du verset précédent.
Il dit ces paroles encore à voix haute, pour njanifester k ce pauvre peuple le grand amour qu'il lui portait^ et le désir immense qu'il avait de son salut, et par là il portait ce même amour dans leurs àmcs. Les paroles du verset 41 portaient une grâce de lumière dans l'intelligence de ce peuple, et celle du verset 4-^ une grâce d'amour dans la volonté ; ce qui produit une foi vive et animée.
43. Haec cum dixisset, voce ma- i 43. Ayant dit cela, il cria d'une gna clama vit : Lazare, veni foras. [ voix forte : Lazare, sors.
Les miracles opérés par Notre Seigneur Jésus-Christ étaient opérés par l'Humanité sainte, en qui résidait la Divinité. C'était la puissance divine qui était communiquée à la sainte Humanité^ et une vertu sortait de la sainte Humanité pour opérer ces merveilles.il est bien juste que ces prodiges fussent exécutés par la sainte Humanité, puisque c'était elle qui méritait les grâces pour cette opération merveilleuse. Ce n'était pas par sa puissance humaine qu'elle opérait, mais par la puissance divine qu'elle attirait sur cette action. Aussi Notre Seigneur donnait ordinairement ces merveilles comme preuve de saMission; et il dit même dans un endroit que c'était son Père qui faisait ses œuvres. Arbitre de la puissance divine, il l'employait selon la volonté de son Père pour faire ses œuvres extraordinaires. Quoique ce fût la puissance divine qui opérât, ces vertus sortaient cependant de la sainte Humanité. Voilà pourquoi, toutes les fois que Notre Seigneur faisait un miracle, il le faisait par un acte exprimé de son Humanité sainte par parole ou par action, afin que l'intermédiaire de la sainte Humanité toute entière y contribuât. C'est pour cela aussi qu'on cherchait aie toucher, parce qu'une vertu sortait de sa sainte Humanité. El c'est pourquoi il dit une fois qu'on l'avait touché pour nous apprendre celle vérité : « On m'a tou- « ché, car il sort de moi une vertu. »
C'est ce qui explique ici la conduite du divin Maître. Il commence par prier son Père, comme il a été dit au verset précédent, pour attirer la volonté puissante de son Père pour l'opération miraculeuse de la résurrection de Lazare. Il prie à voix haute, pour manifester au peuple que ce n'est pas sa puissance humaine mais la divine qui allait opérer. Ensuite il dit comme de son propre fond: « Lazare, venez...» pour montrsr que cette puissance divine est entre ses mains, que c'est son Humanité qui emploie cette puissance, que c'est de sa sainte Humanité que sort la vertu divine qui ressuscite. Il crie à haute voix, afin que le son de sa voix parvienne jusqu'à Lazare et que par là sa sainte Humanité, comme à l'ordinaire, agisse directement surle sujet du miracle. Il aurait pu dire ces mêmes paroles à voix ordinaire, et opérer la même merveille, comme il l'a fait quelquefois, par exemple quand il dit au Prince : Filiiis tuus vivit ; mais alors il eut plutôt ressuscité le mort par un acte de sa volonté que par le contact de sa sainte Humanité, et ici il voulait . montrer au peuple la vertu renfermée dans sa sainte Humanité.
Mais pourquoi Notre Seigneur n' est-il pas entré dans la caverne tout auprès du mort? On peut en dire plusieurs raisons. 1" Il n'était pas convenable pour sa dignité d'entrer dans un lieu ténébreux. 2" Ce lieu étant censé immonde aux yeux des Juifs, il lui eut fallu se purifier, ce qui était indigne de sa sainteté, qui ne pouvait jamais contracter de tache; ou il eut fallu qu'il passât aux yeux des Juifs comme s'il méprisait leur loi, ce qui aurait causé du scandale. 3° C'était pour épargner les Juifs et par une grande bonté pour eux. Ils avaient une si grande horreur pour les tombeaux, que plusieurs auraient sûrement manqué de courage pour le suivre.
4" Ce l'ut une ligure de la grande résurrection des morts qu'il a voulu donner. Or, au jour de la grande résurrection, le Fils de Dieu fera entendre sa voix à tous les morts pour les ressusciter; il n'ira pas les visiter dans leurs tombeaux, il les appelera et il ressusciteront à sa. voix. 5° Enfin, la résurrection de Lazare est une image de la conversion du pécheur; or le Fils de Dieu n'entre pas dans l'âme du pécheur pour la convertir et ramener à la vie^, mais il l'appelle du dehors : Ego sto ad osttum et pulso.
Veni foras... Il ne faut pas que le pécheur reste dans sa tombe, dans ses mauvaises hahitudes ; il faut sortir des habitudes de la chair qui est comme le tombeau de l'âme, laquelle étant morte par le péché est ensevelie dans la chair.
Si on interprète la résurrection de Lazare comme une image de l'état de mort oii se trouvent quelquefois les âmes bonnes et amies de Jésus, ces paroles veni foras signifient ce retour à la lumière. Notre Seigneur rappelle ces âmes du tombeau ténébreux où leur intelligence reste ensevelie, il fait ensuite ouvrir les liens dont la volonté est garrottée sans pouvoir se débarrasser ; il rétablit ainsi l'âme dans la parfaite liberté ; et, à l'exemple de Lazare, il conduit l'àme d'une vie naturelle à la mort et à la nuit du tombeau, par cette impuissance où il la met, ensuite dans un état surnaturel, par cette résurrection.
4-4. Et stalim prodiit qui fuerat r 45. Et aussitôt sortit celui qui morluus, ligatus pedes et manus a\ait été mort, lié aux pieds et aux institis et faciès illius sudario erat t mains de bandelettes, et le visage ligata. Dixileis Jésus : Solvite eum, i enveloppé d'un suaire. Jésus leur et sinile abire. i dit : Déliez-le et laissez -le aller.
Jésus ne dit pas à l'âme de Lazare de fonctionner dans son corps comme auparavant, il ne lui ordonne pas de
ressusciter comme à la fille de Jaïre Thabita cumt ; mais il lui ordonne de venir hors de son lombe;iu, et par là il manifesle cette grande puissance qu'il a. La nature lui obéit quant aux ordres qu'il donne d'une manière même indirecte. Il dit à Lazare de sortir, et Lazare revient à la vie et sort aussitôt, et slalim prodiù qui fuerat mortuus.
Ce n'est pas sans dessein que l'Évangéliste dit les choses de celte manière. Les liens dont il rtait lié sont significatifs. Dans l'explication donné plus haut de la mort de Lazare, appliquée à l'obscurité d'une âme dans son état d'épreuve, les liens des pieds marquent l'impuissance de se diriger dans sa marche. L'âme accablée ne sait pas continuer sa roule qui la dirige vers Dieu, elle n'a pas la capacité de suivre sa marche. Les liens des mains marquent l'incapacité des actes de la volonté, et le suaire sur la figure représente l'obscurité de l'intelligence. Jésus dit qu'on lui défasse tous ces liens, et l'âme s'en va et quille cet étal pénible, elle s'en va vers son Dieu.
Dans la signification qu'on donne à la mort de Lazare en ses rapports avec la mort du péché, les liens des pieds montrent l'incapacité de se diriger vers Dieu dans ses œuvres, l'âme pécheresse est hors de la voie, elle est liée dès qu'il s'agit d'aller à Dieu. Ceux des mains signifient les bonnes œuvres dont elle est incapable, enfin le suaire les ténèbres de l'esprit, qui ne reçoit aucune lumière de Dieu.
45. Multi ergo ex Judaeis qui vénérant ad Mariam et Marltiam, et videranl quœ fecit Jésus, crediderunt in eum.
46 Quidam autem ex ipsis abierunl ad Pharisacos, et dixeriint eis quae fecit Jésus.
45. Beaucoup d'entre les Juifs qui étaient venus près de Marie et de Marthe, et qui avaient vu ce que fit Jésus, crurent en lui.
46. Mais quelques-uns, d'entre eux allèrent vers les>'Pharisiens, et leur dirent ce qu'avait fait Jésus.
Ceux des Juifs bien disposés ne pouvaient guère manquer de croire après un miracle pareil. Ils savaient que Lazare avait été mort et enseveli ; ils en étaient assurés, maintenant ils le voient revenir à la vie après quatre jours de mort et ils croient.
On voit cependant dans ce fait trois choses bien importantes. La première, c'est que sans une grâce puissante de conversion les faits les plus miraculeux ne servent de rien ; ce ne sont pas les miracles qui donnent la foi, ils disposent la raison humaine à la foi qui est donnée par la grâce intérieure, et celle grâce agit sur Tâme à l'occasion de ce miracle. Elle tourne l'esprit de ce côté, elle touche le cœur par cette vue et inspire la foi. Les hommes pensent qu'ils croient à cause de ce qu'ils ont vu ; leur foi est fondée sur ce qu'ils ont vu, en ce sens que ce qu'ils ont vu a servi d'instrument entre les mains de Dieu pour les loucher et les éclairer ; mais ce n'est pas ce qui les a éclairés, c'est une grâce interne. Il en esl de même de tous les motifs de la foi qu'on présente à la raison. Ici. dans ce fait, les paroles et les actions du divin Sauveur ont déjà opéré de grands effets, produit et attiré la grâce dans ces cœurs pour les disposer au grand coup qui devait être porté.
En second lieu, ce qui perd les hommes et les empêche d'acquérir la foi, ce sont leurs mauvaises dispositions ; les plus grandes grâces sont nulles pour eux. Le Sauveur, si plein de bonté et de miséricorde pour les pauvres Juifs, prend de si puissants moyens pour les attirer et les disposer à ce grand miracle afin de leur donner la foi, et ils s'endurcissent davantage ! Et c'est la troisième chose remarquable.
Quand une grâce extraordinaire est accordée, surtout si elle^a été accompagnée de sollicitations intérieures très-fortes, comme cela est arrivé assurément dans cette
circonstance où le divin Sauveur agit et parle d'une manière si touchante; quand cela arrive et qu'on rejette cette grande grâce, on tombe dans la malice et parfois dans l'endurcissement^ comme il semble qu'il est arrivé aux Juifs dont il est parlé au v. 46.
Ils allèrent conter ce qu'ils avaient vu, sans doute avec un esprit d'aigreur et de malignité. Sachant que les Pharisiens étnient jaloux des merveilles que faisait le Fils de Dieu et de l'estime et de l'amour universels qu'il acquérait parmi les peuples, ils allèrent exciter davantage ces mauvais sentiments. Ils racontèrent toutes les diflerentes actions que le Seigneur avait faite dans cette circonstance, qiiœ fecit. C'est ce qui arrive ordinairement à ces sortes de gens : ils passent en revue toutes les actions, faisant quelque réflexion maligne sur chaque circonstance, et les rep'Tsentant de manière à aigrir et à augmenter les mauvais sentiments de ceux à qui ils parlent.
47. CoIIegernnt ergo Ponîifices el'Pharisœi concilium et diccbanl ; Quid facimus, quia hic horao mulla signa facit ?
48. Si dimillimus eum sic, omnes credent in eum : et venient Romani , tollent nostrum iocum et çentem.
47, Les l'oiilifes donc et les Pharisiens assemblèrent le conseil, et ils disaient': Que faisons-nous, car cet homme opère beaucoup de miracles ?
48. Si nous le laissons ainsi, tous croiront en lui, et lesRomains viendront et rumcront noire pays et notre nation.
Les Pharisiens, pleins de haine et d'envie contre Notre Seigneur, comme on le voit dans toutes les circonstances, réunissent un conseil pour mettre' fin aux miracles innombrables que le divin IMessie op^Mait sans cesse. Ces miracles, joints à sa doctrine sainte, détruisaient toute la réputation des prêtres et des Pharisiens : la doctrine, parce qu'elle les condamnait, et les miracles, parce qu'en établissant l'autorité de celui qui donnait cette doctrine.
ils produisaient deux mauvais eflets contre eux: ils mettaient Notre Seigneur intinimenl au dessus d'eux, et autorisaient cette doctrine qui faisait si bien voir, leur mauvaise conduite. « Que faisons-nous, disent-ils, nous « laissons faire; cet homme, il fait sans cesse un grand « nombre de miracles. » Us veulent dire parla qu'ils avaient tort de ne pas s'opposer à sa prédication et à ses miracles. La raison qu'ils donnent est que « le peuple « croira en lui, et les Romains viendront faire la guerre « et détruiront tout, parce qu'ils ne voudront pas que le « peuple juif ait un roi.»
Dans ce discours, on voit des hommes qui veulent se tromper mutuellement et se faire illusion à eux-mêmes par des raisons en apparence plausibles. Les Pharisiens croyaient à ^ioïse et aux prohèles, ils attendaient le Messie au temps précisément que Notre Seigneur parut sur la terre ; ils voient un hommequi opère de grands et d'innombrables miracles; ces miracles sont tels qu'ils regardent comme une chose certaine que tout le peuple croira en lui, c'est-à-dire que tout le peuple le reconnaîtra comme iMessie et adhérera à lui ; c'est pour cela qu'ils pensent devoir l'empêcher de faire ces merveilles, de peur que les Romains, apprenant l'arrivée du roi -Messie, ne fasse la guerre au peuple juif. Mais qu'avaientils à craindre des Romains, ayant leur iMessie à leur tête? Us auraient donc mieux aimé rester sous la servitude des Romains, et ils auraient rejeté leur Messie à cause des Romains? C'est déjà se déclarer bien coupables. Rien certainement aucun de ces hypocrites n'aurait jamais osé dire qu'il avait ces dispositions ; mais l'envie et la haine contre Notre Seigneur les aveuglaient.
De plus, par ces paroles, ils rendent un témoigage formel à notre bon Maître. La seule raison qu'ils ap-
porlent pour s'opposer à cet homme merveilleux, est la crainte des Romains; par conséquent ils trouvent ces miracles véritables et venant de Dieu ; car s'ils les avaient crus faux, ils auraient dû poursuivre celui qui les faisait, non par la crainte des Romains, niais parce qu'il séduisait le peuple. On aurait pu par conséquent leur faire ce raisonnement: ou vous croyez cet homme envoyé de Dieu et opérant de vrais miracles au nom de Dieu, ou non. Dans le dernier cas, vous deviez vous opposer à un malfaiteur, non à cause des Romains, mais à cause du mal, il ne serait pas nécessaire de chercher vos raisons de si loin, et Caïphe n';iurait pas besoin de dire qu'il faut qu'un homme meure pour le peuple, il mourrait pour lui-même ; dans le premier cas, vous résisterez donc formellement à Dieu et à son iMessie atin de ne pas déplaire aux Romains! Vous rejetez le seul lemède qui reste à vos maux ; aussi vous serez livrés à ces mêmes Romains que vous craignez. Mais s'ils n'avaient pas été remplis de malice, ils n'auraient pas si mal raisonné. Ils reconnaissent la vertu divine et ils cherchent à empêcher le peuple de croire en lui. La seule envie était capable d'opérer ce triste aveuglement dans ces orgueilleux. Ils avaient honte les uns devant les autres, et iiscliercliaient à colorer leur malice par une apparence de bien ; mais ils se trahissent dans leurs paroles, comme cela arrive presque toujours. Tous ces beaux prétextes ne cachent pas leur haine et font ressortir d'autres mauvaises dispositions; mais, ce qui est plus ordinairement, ils disent des choses qui font voir la divinité de Notre Seigneur et de sa Mission.
]1 n'y a rien de plus dangereux que l'orgueil dans une âme, elle ne trouve la vérité et ne s'y rend que lorsqu'elle lui est favorable. Lorsque cette vérité est opposée à ses
prélenlions, l'orgueil fait prendre toutes sortes de détours pour la décliner, et cela presque toujours en aveuglant l'esprit, qui, ne voyant que d'après ce quile flatte, ferme toute ouverture à la vérité et ouvre toutes celles qui peuvent lo tromper. Presque toujours ces illusions se font sous le prétexte de l»ien.
49. IJnus aulem ex ipsisCaiplias nomine ciim essel Ponlifex anni illius, dixil eis: Vos nescilis quidquam.
50. Nec cogilatis quia expedil vobis ul iiniis moriaUir homo pro populo, et non Iota gens pereat.
49. Mais l'un deux nommé Caïphe qui était le Pontife de cette année-là leur dit: Vous n'y entendez rien.
50. El vous ne pensez pas qu'ils vous est avanlaceux qu'un seul homme meure pour le peuple, et non pas que toute la nation périsse.
Les Pharisiens et les prêtres semblaient etnbarrassés sur ce qu'il y avait à faire. Ils avaient probablement la meiric pensée que Caiphe, qu'il fallait faire mourir cet homrue merveilleux^, mais ils n'osaient pas s'avancer. Ces hommes semblaient être en garde les uns vis-à-vis les autres. Ils sentaient qu'ils agissaient mal, et leur orgueil leur faisait craindre de dire une chose si mauvaise. C'est pour cela qu'ils étaient si réservés.
Il a fallu que leur chef ouvrit ce conseil qui était digne du chef d'une telle assemblée. Ce qui prouve que tel était le sentiment de tous les Pharisiens, c'est que personne n'objecta rien, et depuis ce temps ils ne se cachaient plus; ils poursuivaient ouvertement le divin Messie et disaient au peuple qu'il était un séducteur. Le masque étant tombé de toutes les figui^es de ces orgueilleux, ils n'avaient plus ni honte, ni crainte les uns devant les autres. Il fallait seulement mieux colorer leur attentat devant le peuple, qui était plus sincèrement attaché au Messie que ces orgueilleux, et ils dirent au peuple qu'il était un séducteur.
Caïphe, connaissant ce qui se passait dans l'esprit des Dierabres de son conseil par la longue expérience qu'il avait d'eux, ne craignit pas tant de se déclarer. De plus, Caïphe était parvenu probablement aune plus grande méchanceté qu'eux. Ce qui l'indiquait, c'était de voir qu'ils craignaient de se prononcer sur le sentiment qu'ils avaient, c'est pour cela qu'il commence son avis par leuK dire des choses dures. Mais, tout en leur disant ces paroles dures, il savait feindre comme eux, aiin de ne pas donner lieu à des explications sur le fond de la question, à savoir: si Jésus était le Messie. Il ne nie donc pas ce que les autres avaient supposé, que les miracles étaient véritables et nombreux; il ne se prononce pas sur le personnage qu'il s'agissait de condamner à la mort. 11 se contente de prendre là où les Pharisiens sont restés. Les Romains viendront enlever le peuple el détruire Jérusalem ; le moyen le plus simple d'empêcher ces maux, c'est de faire mourir celui qui pourrait causer ce m-al. Il est innocent à la vérité, mais Caïphe passe là dessus; ce n'est pas là la question; il faut qu'il meure pour le peuple. Cette tournure qu'il donne à son sentiment •était d'une malice raffinée. Il épargne à ses complices la Jionle d'ijn crime, et colore son sentiment d'une vertu politique, du bien public. Vu la disposition des esprits, il n'aurait pas pu opiner plus adroitement pour parvenir à la fin criminelle à laquelle il voulait arriver. Il laisse sur les yeux de ses compagnons le voile qu'ils vont posé et qu'ils voulaient y garder: «Vous ne savez rien, leur dit-il, « vous voyez le mal et vous ne savez y porter remède. » Les Pharisiens étaient bien contents de ce reproche, cela mettait leur vanité à l'abri, ils avaient l'air de s'être seulement rendus au conseil violent de leur chef et le mal ne tombait pas sur eux, d'après l'illusion qu'ils durent se faiie.
Caiphe leur dit : Eapedit vvbis. Les Pharisiens craignent pour le pays et le peuple. Caiphe savait bien que ce n'était pas l'intérêt du peuple qui les tenait, et il leur dit les choses nettement pour les toucher davantage en faveur de son sentiment, en leur montrant que c'est leur intérêt qu'il cherche. Il les prend par leur endroit sensible. Il leur fait concevoir par leurs paroles que cette espèce d'indignation à laquelle il s'était laissé aller, provenait de l'intérêt qu'il portait à leur avantage et pour le soutien de leur autorité. Ut umis morialur homo... Il vous est avantageux qu'un homme meure pour le peuple; un seul homme! mais quel homme? un ennemi des Pharisiens, un détracteur de leur autorité. Il ne dit pas le fin mot; mais il savait qu'il serait compris de ses collègues. 11 valait mieux laisser penser cela que de le dire. Et non Iota gens pereat. Si tout ce peuple périssait que vous resterait-il ejisuite?
51. Hoc autem a semelipso non dixit : sed cum esset ponlifex anni illius, proplietavit quod Jésus moriturus eral pro gente.
52. Et non tanlum pro gente, sed ut filios Dei, qui erant dispersi, coneregaret in unum.
51. Or il ne dit pas cela de luimême ; mais étant le pontife de cette année-là ; il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation.
52. Et non pas pour la nation seulement, mais encore pour rassembler en un les enfants de Dieu qui étaient dispersés.
La tournure de phrase que prend ce méchant homme est entièrement orthodoxe et approuvée de toute éternité par le conseil éternel du Père. De toute éternité, le Père a prononcé cette sentence : il faut qu'un seul homme meure pour tout le peuple de Dieu. Caïphe, dans son animosité, aurait dû employer d'autres termes. Il aurait dû dire que cet homme, restant en vie, attirerait l'animadversion des Romains sur le peuple, et qu'il faudrait le faire mourir pour empêcher ce malheur. Il devait employer des termes qui indiquassent que le mal venait de
lui, et qu'il devait être mis à uioi t alin de l'euipèchei' de causer ce grand malheur; au lieu de cela, il s'exprime par une maxime générale, qui indique le peuple dans un danger et qu'il faut qu'un homme meure pour le peuple, sans dire que le danger du peuple venait de cet iiomme. Ces paroles semblent indiquer une action généreuse, par laquelle un homme se livre à la mort, pour le salut du peuple; wor<rta<r d'ailleurs indique une mort volontaire et non une exécution de justice.
Caiphe a prophétisé involontairement, à cause de son souverain Pontiticat. Dieu a voulu nous faire connaître par la bouche de ce méchant, la raison pour laquelle son Fils devait mourir pour le peuple, c'est-à-dire pour tous les hommes. Car Caiphe n'est pas prophète par son intention, mais sans le savoir il dit : ut unus moriaiiir pro populo. Il a l'intention de parler du peuple juif, mais l'intention de Dieu n'est pas celle de Caiphe.
On pourrait expliquer en deux manières ce i)assage : Et non tantum... La première est celle-ci : Caiphe semble dire que le Fils de Dieu meurt pour le peuple juif, et Dieu ajoute à cela plus que Caiphe n'a prophétisé , mais il est mort encore, dit-il, pour tous les peuples, afin de réunir tous les hommes dans l'Eglise de Dieu. Ces enfants de Dieu sont dispersés sur toute la terre et ne vivent pas unis par le même lien, que Notre Seigneur est venu donner aux âmes, réunies dans son bercail. Dans ce sens, l'Évangéliste appelle tous les hommes enfants de Dieu par leur vocation, par les mérites de la mort de Jésus-Christ, qui leur sont offerts. S'ils s'étaient rendus ;i la grâce divine qui leur était méritée par la mort du Fils de Dieu, ils auraient été enfants de Dieu; donc Jésus-Christ notre Sauveur est mort pour les leuuir tous comme entants de Dieu. Ce sens ne paraît pas cependant aussi naturel que le suivant.
Le deuxième sens est : Caiph^dit qu'il devait mourir pour le peuple juif, c'est-à-dire pour sauver le peuple juir. Ainsi la proposition de Caïphe était qu'il fallait que Jésus-Clirit niourûl pour que le peuple juif fût sauvé. L'Évangéliste ajoute, et non seulement pour le peuple juif, mais encore pour le salut de tous les élus de Dieu ; car le terme enfant de Dieu signilie élu, si^nilie âme dans la grâce sanctifiante au moins. Dans ce sens, on peut donc entendre cette réunion de deux façons : la réunion des élus dans le cic! ou hi réunion des âmes par la grâce sanclilianle dans l'Église. Car toute âme infidèle qui reçoit la grâce sanctifianle, entre par là dans l'Eglise et par là reçoit l'application de la mort de Notre Seigneur. C'est ce dernier sens qui paraît le plus naturel.
Ici l'Evangéliste explique la prophétie de Caïphe. Ce méchant l\)i)tife ne parlait pas du dévouement de Notre Seigneur ({ui n'est pas seulement mort pour une partie des hommes, mais pour tous les hommes en général et pour chacun en particulier; il parle seulement du bien qui devait résulter de In mort du Fils de l'homme ; ce bien était la préservation de l'oppression et de la destruction entière du peuple.
L'Evangéliste ajoute : Quoique Caïphe n'étende le bienfait de la délivrance qu'au peuple, celte délivrance était une figure prophétique qui annonçait la délivrance des enfants de Dieu, c'est-à-dire, de tous ceux qui devaient appartenir à l'Eglise de Dieu. Or, la mort de Jésus-Christ devait opérer cette délivrance de ces enfants de Dieu, dispersés dans tout le monde pour les réunir dans son Église. Ainsi, les hérétiques ne peuvent pas conclure contre nous que Jésus-Christ n'est mort que pour les enfants de Dieu ; car il ne s'agit pas ici d'appliquer la piophélie de cet aveugle à toute l'étendue de la
lin que le Fils de Dieu se proposa, mais seulement à l'une des deux; ou à l'application parfaile des mérites du Fils de Dieu aux seuls élus ; ou à l'application momentanée des mérites du Fils de Dieu aux payens devenus enfants de l'Eglise. Il faut toujours distinguer dans la mort de Notre Seigneur, ce qui était dans son intention en mourant ainsi pour les hommes, et ce qui arriva en réalité, à savoir : que sa mort ne fut appliquée qu'à un certain nombre qui voulurent bien en profiter et recevoir ce grand bienfait de leur Dieu.
53. Ab illo ergo die cogitaverunt I 53. Dès ce jour donc ils pensèut interficerent eum. } rent à le faire mourir.
On voit par là ce qui s'était passé dans l'esprit de ces hypocrites. Cette raison que Caïphe leur allégua n'était pas si convaincante qu'elle ne soufîfrît aucune difficulté. D'oii vient-il donc qu'elle passa sans réplique à l'unanimité, et que depuis ce temps ils s'occupèrent seulement du moyen de faire mourir leur Messie? C'est que, dès le commencement de leur conseil, ils avaient tous le désir de le faire mourir, mais ils n'osèrent le dire par hypocrisie. IMaintenant que leur conscience pharisaïque et orgueilleuse est couverte, c'est-à-dire, qu'ils n'ont pas à risquer d'être mal jugés par les hommes, ils ne craignent plus de tendre ouvertement à ce grand forfait. L'arrêt a été prononcé par leur chef, et tout le monde est de son avis.
Mais la raison qui les a si fortement convaincus que cet homme doit mourir, ils ne l'allèguent pas au peuple ; ils disent que c'est un séducteur qui parle et qui agit contre la loi de Moïse et contre les prophètes ; c'est le zèle de la gloire de Dieu et de la loi qu'ils montrent au peuple dans leur grand forfait.
54. Jésus ergo jam non in palani ij4. C'est pourquoi Jésus ne se ambulabal apud Judacos, sod abiil monlrait plus en public parmi les in regionem JMxta desertum, in ci- Juifs; mais ils s'en alla dans une vilatem quœ dicitur Eplirem, et ibi conlrée près du désert, en une ville inorabatur cum discipulis suis. qui est appelée Éphrem, et il y de-
meurait avec ses disciples.
Ici, on voil la même conduite dans le Fils de Dieu qu'on a déjà vue plus haut : il savait que son heure n'était pas venue encore, et que par conséquent les Juifs n'avaient encore de pouvoir sur lui ; il avait toute puissance pour résister à tous leurs efforts, il se cache et ne paraîtra en public dans la Judée que lorsque le temps de son sacrifice sera arrivé.
Cependant, il nous montre en même temps, d'un autre côté, que nous ne devons pas entièrement abandonner notre ministère parce que des hommes nous résistent. Il se retire ailleurs et n'abandonne pas ses disciples pour cela. S'il avait voulu être entièrement caché, il n'aurait pas dû conserver ses disciples auprès de lui ; mais il ne veut pas que nous abandonnions les travaux que nous entreprenons pour la gloire de son Père ; il veut seulement que nous cédions aux circonstances, en tant que ces circonstances nous obligent absolument de céder.
55. Proximumautem erat Pascha Judaeorum ; et ascenderunt muiti Jerosolymam de regione anle Pascha ut sanclificarent seipsos.
56. Quoerebant ergo Jesum ; et colloquebantur ad invicem, in templo stantes : Quid putatis, quia non venit ad diem festum ? Dederant autem Pontifices et Pharissei mandatum^ ut si quis cognoverit ubi sit, indicet ut appréhendant eum.
55. Or la Pâque des Juifs était proche, et beaucoup montèrent de cette contrée à Jérusalem, avant la Pâque, pour s& purjfier.
56. Ils cherchaient donc Jésus, et se disaiwit les uns aux autres étant dans le temple : Que pensezvous de ce qu'il n'est point venu pour la fête? Or les Pontifes et les Pharisiens avaient donné ordre que si quelqu'un savait où il était, il le déclarât afin de le prendre.
Un grand nombre de Juifs des différentes provinces allèrent à Jérusalem avant Pâques, afin de se disposer à manger l'agneau pascal. Il fallait se purifier aupara-
vant ; au moins un grand nombre avaient besoin de se puiificr , et ceux-ci se rendirent à Jérusalem avant Pâques. On voit la différence en're les âmes simples et sans ambition, et celles qui sont pleines d'elles-mêmes et qui cherchent plutôt leur amour propre que la gloire de Dieu. Le peuple bon et simple qui n'a pas de vue d'ambition, ne trouve pas d'obstacle considérable dans l'observation de la loi de Dieu et est docile aux inspirations de la grâce. Ces gens-là vont à Jérusalem pour se purifier et ils cherchent avec empressement le Fils de Dieu. Ils savent bien où le chercher, c'est dans le temple. Ils ne le trouvent pas là, et ils concluent qu'il ne viendra pas à Jérusalem pour ce jour de fêle, parce qu'ils sont habitués à le voir avant que le jour ne soit arrivé. Pourquoi le clierchenl-ils? Pour écouler sa divine parole et voir les merveilles qu'il opérait sans cesse.
On pourrait encore expliquer le mot de regione du pays de Lazare, des environs de Béthanie. Ces hommes, encore touchés et étonnés du grand miracle que Jésus vient d'opérer dans leur pays, le cherchent dans le temple afin de s'instruire et de s'édifier de sa doctrine. Mais quelle difïérence entre ces hommes simples et les prêtres et les pharisiens ! Ceux-ci, préoccupés par leur ambition, cherchent aussi le Fils de Dieu et cela avec autant de soin que ce bon peuple ; mais leur intention était bien différente. Leur orgueil les aveuglait et les endurcissait de plus en plus. Quel bonheur pour une âme d'être simple et sans orgueil î et quel malheur d'être pleine de soi-même! Or, il arrive assez souvent à ceux qui sont préposés sur les autres de manquer de cette simplicité. Ils ont besoin de veiller sur eux-mêmes plus que tout autre, poui' ne pas êlre entrainés par leur amour-|)ropre, et ordinairement ils ont moins de vigilance, surtout
lorscju'ils admiiiisilrenl par des jfMncipes trop luiniains. Alors, (lès (priiiie choso contrarie leur adniinislralro» et leurs vues, ils se livrent tout entiers à l'opposition (pie leur amour i)roprc leur l'ait aussitôt sentir, ils n'cxauiinenl et ne calculent pas le bien qui résulte de la chose qui les contrarie, ni le mal qu'ils commettent en s'y opposant; ils ne voient que l'objet qui les préoccupe, l'administration qu'ils ont en tele, et c'est une pure illusion (le leur amour j)ropre qui les fixe et les attache ainsi k ce qu'ils préfendent faire eux-m(*Mîies et au'bien (pi'ils veulent en faire résulter. Cette préoccupation les rend incapables de voir le mal qu'ils commettent, en les jetant dans une ])rofonde illusion. Si ces hommes étaient plus déliants d'eux-mêmes, s'ils avaient des désirs plus purs dit la gloire de Dieu, ils ne chercheraient pas tant à établir leurs propres œuvres au détriment d'un autre bien ; ils examineraient d'abord , s'il n'est pas plus avantageux à la gloire de Dieu que ce bien qu'ils veulent renverser ou entraver existe, et qu'ils modifient leur action à laquelle ce bien s'oppose.
Si les pharisiens avaient mieux examiné, s'ils n'avaient pas tant tenu à leur autorité et à leur manière d'administrer, ils auraient procédé avec plus de précaution et de simplicité, ils auraient eu le bonheur de reconnaître le Sauveur du inonde et auraient favorisé sa doctrine.
Combien n'y a-t-il pas de personnes constituées en autorité, à qui le même malheur arriverait si le divin Sauveur revenait, et si sa conduite contrariait leurs vues et leur administration? Qu'il faut se défier de soisnême ! Que les dignités et le gouvernement des choses sont dangereux et difficiles ! Que nous avons besoin d'être purs et saints quand nous sommes à la tête d'une
(çuvre ! Mais, lorsque l'orgueil est dominant dans un homme chargé d'une admnistralion, lorsque l'ambition et le désir d'être estimé sont les principes de sa conduite, et qu'il se présente un obstacle à ses vues d'orgueil, d'ambition et de vanité, alors on va jusqu'à l'excès de tous les maux, on s'aveugle complètement, on trouve des raisons graves pour se faire illusion et pour tromper les autres, et on porte les choses jusqu'à l'excès de tous les maux. C'est ce qui arriva aux prêtres et aux pharisiens dans cette circonstance.