‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 60 sur 63 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Marie parfume les pieds de Jésus. Murmures de Judas. Les Juifs veulent tuer Lazare. Entrée de Jésus à Jérusalem ; des gentils demandent à le voir. Discours de Jésus à cette occasion. Trouble de Jésus. Voix du ciel. Puissance de la croix. Marcher pendant la lumière. Incrédulitédes Juifs. La parole de Jésits condamnera ceux qui ne la reçoivent pas.

1 . Jésus ergo ante sex dies Paschae venit Belhaniam, iibi Lazarus fuerat mortuus, quem suscitavil Jésus.

1. Jésus donc, six jours avant la la Pâque, vint à Bethanie, oîi était mort Lazare qu'avait ressuscité Jésus.

Jésus, devant se rendre à Jérusalem pour la fê(e de Pâques, passa quelques jours auparavant à Bethanie auprès de Lazare. Telle est la bonté du divin Sauveur. Lorsqu'il a accordé une première grâce à une âme, si cette âme en profite il la comble ensuite de ses grâces plus intimes, il lui rend de fréquentes visites pour achever sa sanctification. Un grand nombre de Juifs l'attendaient à Jérusalem et se disposaient à écouter sa doctrine sainte ; il les laisse et va trouver Lazare. Ce n'est qu'après avoir passé quelques jours avec Lazare, qu'il va au temple.

Ce mot ergo a rapport au coraraenccment du verset 55 du chapitre précédent : proximum autem erat Pascha.

Quoique Pâques fût de sept jours, l'Évangéiisle ne parle ici que de six, parce que le septième était comme une fête particulière.

Si on pouvait expliquer ainsi ce verset : avant les six jours qui précèdent Pâques, toute la difficulté disparaîtrait.

2. Fecerunt aulera ei cœiiam ibi ; etMarIha niinistrabat, Lazanis vero uniis erat ex discumbentibus cum eo.

2. On lui prépara là un souper; Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui.

S. Matthieu et S. Marc parlent aussi d'un repas fait au Sauveur à Béthanie dans cette circonstance, et ils disent que ce fut dans la maison de Simon le lépreux. S. Luc parle une fois d'un Sifnon le pharisien ; c'était peut-être le même, quoique les repas, dont il s'agit dans ces deux circonstances, ne fussent pas les mêmes.

L'Évangéiisle dit ici fecerunt, sans dire qui, c'est peutêtre pourquoi il est dit que Marthe servit à table ; ce qui ne serait pas nouveau si cela avait été chez elle ; comme aussi, il ne serait pas étonnant que Lazare fût au nombre des convives. Il eut bien fallu que le maître de la maison fût de ce nombre; car on voit bien qu'il s'agit d'un grand repas. Mais c'étaient des circonstances à indiquer si le repas eut lieu dans la maison de Simon.

Cependant, on pourrait dire que le Saint Évangile dit que Marthe servait à table, pour montrer que cette sainte, tout en avançant dans le divin amour, ne cessait pas d'aimer l'action, et que Marie continuait toujours dans son amour de contemplation. Pour Lazare, on en parlerait pour rappeler le grand miracle de sa résurrection. Toutefois, l'ensemble du texte dit l'un et l'autre,

c'est-à-dire indique que le repas ne fui. pas chez les deux sœurs, et montre aussi ces ol)servalions sur Marllie et sur Lazare.

•^. Maria ergo accepil librani unguenti narcii pislici , preliosi , el iinxil pedes Jesii , el extersil pedes ejiis capillis suis; et domus inipleta esl ex odore unguenli.

3. Or Marie prit une livre de parfum d'un iiard pur de grand prix; elle en oignit les pieds de Jésus, et les essuya avec ses cheveux , et la maison fut remplie do l'odeur du parfum.

Marie, toujours préoccupée de son amour, se livre à toute l'intensité de la tendresse de son cœur. On voit dans celte action une tendresse d'afleclion très-douce et très-violente en même temps. Qu'on se représente celle sainte âme ainsi blessée par un trait du divin amour, le cœur brûlant et doucement afi'eclé pour son bien-aimé ; elle se livre toute entière à ce saint mouvement de l'Esprit de Dieu, elle prend un baimie très-précieux et répand le vase tout entier sur les pieds et sur la tète du Sauveur. Sentant en elle le besoin pressant de satisfaire ce mouvement tendre et violent du saint amour qui lui brûlait dans le cœur, elle ne fit aucune attention au j)rix du parfum qu'elle employait pour une chose qui paraissait si peu importante. Car. Marie ne savait pas la signification de ce qu'elle faisait, elle suivait à l'aveugle le mouvement qui la pressait. Le véritable amour ne calcule pas. Sa profusion paraît surtout par ce qui esl marqué dans les autres évangiles. Elle ne se contenta pas d'employer une partie de ce baume ; elle cassa le vase, afin de le vider tout entier, ce qui montre une grande ferveur d'amour.

Dans les deux évangiles cités plus haut, il n'est pas parlé de l'onction des pieds dont parle S. Jean, mais il y est dit qu'elle versa le parfum sur la tète du Seigneur. S.Jean ne parle pas de cette circonstance parce qu'elle

('St déjà lapporléo dons S. Mallliieu cl S. iMcUt ; il dit ce qu'ils avaient omis. Il paraît donc (|ii'ollc coniniença par oindre les pieds de Notre Seigneur; par là on voit riinmililé de ramoui- de iMarie, elle se plaisait à être aux pieds de son Maîlre. On voit mérne que généralement, dans sa conduite, le divin amour prenait en elle cette tournure. Il arrive dans cette circonstance ce qui arrive ordinairement aux âmes (|ui ont un amour généreux et humble; cet amour augmente, les enhardit et devient plus familier, tout en conservant son humilité et une certaine réserve. Marie aux pieds du Sauveur, occupée à les essuyer avec ses cheveux, s'anime de plus en plus de cette tendresse d'amour, elle brise le vase qui renfermait le parfum et le versa tout sin- la (c(e de son bienaimé. Cetle augmenlation et cette familiarité de l'amour est un don de l'Esprit Saint, qui se communique avec une plus grande abondance aux âmes humblement dociles à ses divines impressions. Marie ne réfléchit pas, elle ne voit pas ce qu'elle fail, elle éprouve un mouvement violent qui la transporte, et elle s'y abandonne comme font ordinairement et ont toujours fait les amantes ferventes de Jésus. L'amour de Marie l'absorbe toute entière; c'est ce qu'on observe partout où on la voit sous celle sainte inlluence du divin amour.

Le baume était si précieux que son odeur remplit toute la maison. C'est une image de l'eflet ordinaire du véritable amour de Dieu, qui répand toujours sa bonne odeur partout.

4. Dixit crgo unus ex discipulis ejus, Judas Iscariotes, qui erateuni tradilurus:

5. Quare lioc unguentum non veniit Irecenlis denariis, pl datum est cgenis ?

4. Alors un de ses disciples, Judas Iscariole, qui devait le tratiir, dit :

^. l^ourquoi ce parfum n'a-l-il pas été vendu trois cents deniers, et n'a-t-il pas été donné aux pauvres:*

6. Dixit aulcm hoc, non quia de egenis pertinebat ad eum, sed quia fur erat, et loculos habens, ea qusG mittebantur, portabat.

6. Il dit cela, non qu'il se souciât des pauvres, mais parce qu'il était voleur, et qu'ayant la bourse, ,il portait ce qu'on y mettait.

Mais les âmes pieuses qui agissent dans ces saints mouvements de l'amour divin, ne sont pas toujours approuvées de tout le monde. Ceux qui n'ont pas l'amour de Dieu dans le cœur, loin de s'édifier des saintes ferveurs de ces bonnes âmes, s'en formalisent, les désapprouvent, parce qu'ils ne peuvent concevoir le sentiment divin qui anime ces âmes pieuses. Leurs actions deviennent pour eux quelque chose de repoussant au lieu de les toucher agréablement ; au moins ils y sont froids et prêts à les blâmer, dès qu'ils peuvent y trouver matière. Et cela est très facile à ces hommes vides d'amour, ils raisonnent sur tout, selon qu'ils se sentent portés eux-mêmes. Or, dans leur intérieur, ils ne sentent que froideur et indifférence ; leur esprit alors cherche des raisons pour désapprouver. Mais si, en outre, leur passion s'intéresse dans la cause contre les actions pieuses de ces bonnes âmes, alors ils se déchaînent avec violence. Ils prennent fait et cause en faveur de leur passion. Ils s'arment alors de raisons bonnes et religieuses en apparence, mais vides de l'Esprit de Dieu.

C'est ce qui arriva dans cette circonstance à Judas. Cet homme infidèle et endurci déjà dans son péché, était froid et vide de tout sentiment d'amour ; il était d'ailleurs animé par la passion de l'avarice, ce qui acheva de l'animer contre cette sainte action ; c'est ce que l'Evangéliste fait observer. Il y a en Judas deux mouvements, le premier est celui par lequel il ne peut goûter cette action de dévotion, parce qu'il était loin d'avoir en lui l'amour de son Maître, pour sentir ce que la sainte sentait, lui qui peu de jours après devait le livrer. Pré-

occupé de sa passion pour rar<^ent, il ne pouvait aimer son Maître. Le deuxième mouvement, c'est de vouloir qu'on eut vendu ce précieux baume, plutôt que de le perdre, comme il prétendait qu'on l'avait fait en embaumant son Maître, que la malice de ce disciple pervers devait livrer à la mort ; il eut voulu qu'on lui en eût donné le prix.

Dans S. Matthieu et S. Marc, on voit qu'au moins plusieurs autres disciples partagèrent l'idée de Judas, qu'il eut mieux valu vendre ce baume et le donner aux pauvres, et qu'ils manifestèrent leur mécontentement. Ici cependant l'Evangéliste attribue ces pensées à la passion de Judas. Cela donne à croire que Judas commença par élre choqué de cette action ; il manitésta hautement son mécontentement, il déclama contre la sainte femme, et allégua cette spécieuse raison des pauvres pour colorer sa mauvaise humeur. Ces autres disciples, bonnes gens, simples et peu éclairés dans les choses divines, s'y laissent prendre, et se rangent du côté du méchant contre la fervente amante du Sauveur. Mais ce n'est pas le défaut d'amour pour leur Maître, qui en est la cause, c'est l'ignorance et le défaut d'habitude de celte fervente dévotion. Ceci arrive bien souvent aux âmes peu éclairées dans les choses divines. Elles voient une action fervente qui n'est pas dans leurs usages, elles ont alors une grande facilité de condamner cette action comme imprudente, comme une fausse dévotion, parce qu'elles la jugent, non selon l'esprit de Dieu, mais par leur raison naturelle et d'après ce qu'elles éprouvent elles-mêmes. Elles se rangent très-facilement du côté des méchants mêmes, qu'elles entendent déclamer contre ces sortes d'actions. Elles tombent ainsi dans de graves erreurs, et commettent des fautes,

comiue les disciples clans celle circonstance, i.es disciples commirent ici une faute de présomption, La sainte femme faisait cette action sur Notre Seigneur lui-même, ils devaient présumer qu'il savait ce qu'elle faisait, lui qui connaissait même les choses les plus cachées. Or, la Sagesse éternelle laissant faire cette action, il y avait donc lieu de croire qu'elle la jugeait bonne. Mais, au lieu de consulter leur divin .Maître, ils se laissèrent aller au mouvement qui les animait et ils se trompèrent.

Ce qu'il y a souvent de remarquable, c'est que les personnes bien disposées qui se laissent ainsi tromper par leur présomption et l'ignorance des choses divines, parlent plus durement contre les âmes pieuses dont ils blâment les actions saintes, s'animent contre elles et agissent fortement en s'opposant à leurs saints desseins, quelquefois même plus fortement que les méchants, parce que ceux-ci, sentant leur malice et leur ignorance, ne prennent [)as toujouis chaudement le parti opposé, mais ceux-là se croient forts de leur justice, de leur bonne volonté, de la faveur de leur Maître, qu'ils servent bien ou croient bien servir ; et par cette assurance, ils agissent plus ouvertement. En outre, ils sont animés par un certain zèle de la gloire de Dieu, qu'ils croient intéressée dans la cause. S. Marc, en parlant des discii)les dont il s'agit, dit : Erant quidam indigne ferentes inlra semeiipsos — . un peu j)lus loin : Infremebant in eam.

7. ITix'd ergo Jésus : Sinile illam, ut in tliem sepultune mem servet itiud.

8. Paiiperes onini SLMiipor l)al:)olis vobisciim : me aiilcm non seni|)er liabelis.

7. Jésus lui dit donc : Laissez-la réserver ce parfum |)our le jour de ma sépulture.

8. Car les pauvres, vous les avez toujours avec vous, mais moi, vous no in"avez pas toujours.

Le divin Maîlie fait ici un double reproche à ces

(.lisciples inconsidéics. Car il u^ laul pas croire que les paroles de ces deux versets soient diles à Judas seuleineut, mais bien à lous les autres qui étaieul d'acc^ord avec ce méchant. Il dit : siiule. au pluriel.

Le prcmiiM' re[)roche est contre leui- i^^norancc. Ils reprenaient cette sainte personne inspirée de Dieu, parce qu'ils ne savaient pas pourquoi celte action devait être faite. Il y avait un mystère caché, et ces disciples, voulant faire les entendus dans les choses divines, faisaient voir leur ignorance.

Cette sainte femme faisait cette onction du baume pour ensevelir le corps de son Sauveur. Mais pourquoi Notre Seigneur tenait-il tant à cette image? On dit : c'était l'usage des Juifs d'embaumer les corps. Mais qu'est-ce. que cela faisait au Seigneur, que cet usage des Juifs fut conservé ou non? D'ailleurs, iNicodèrae et Joseph d'Arimatliie accomplirent cet usage pieux sur le corps du Seigneur. — On pourrait encore dire qu'il voulait que cela se fît pour ligurer sa passion et la manifester à ses Apôtres, mais il le leur avait déjà annoncé plusieurs fois, de vive voix et par figure. Dans les autres évangiles il dit : que partout où son Evangile sera prêché, cette action sainte sera rapporltîe.

C'était donc une inspiration extraordinaire de l'Esprit- Saint, à laquelle il attachait de l'importance, parce qu'elle renfermait un grand mystère. En effet, cette onction signilie l'union du Verbe avec la chair sacrée, même après la séparation de l'àme cl du corps, et c'est en i^reniier lieu ce qui rend son sépulcre glorieux. Cette vérité a été indiquée aussi par David : Non dédit sanctum suuin videic conupliuncm. Couunent peut-on appeler un corps inanimé le Saint de Dieu par excellence, sinon parce que c'est un corps uni au Verbe?

Rien ne présenle mieux l'union du Verbe avec la sainte Humanité que le baume. La sainte femme a choisi le baume le plus exquis, pour que cela manifestât que celte union du Verbe avec l'adorable Humanité était la plus parfaite possible. — Elle commença par faire une onction aux pieds, pour signifier l'onction du Verbe dans la chair : El verbum caro faciam est. Les pieds sont la partie infime du corps, la partie agissante ce qui représente le corps. Elle versa ensuite ce baume avec plus d'abondance sur la tête, qui représente l'âme sainte du Sauveur. Quoique le Verbe soit également uni au corps et à l'âme du Sauveur, cependant les émanations de dons sont plus grandes dans l'âme sainte de Jésus que dans son saint corps.

On peut dire encore que les pieds signifient les membres de Jesus-Christ dans son Église ; elle fit une onction bornée, car leur union avec le Verbe est bornée. La tête représente Notre Seigneur comme chef de sa sainte Église, où Tonction du Verbe et ses dons sont sans mesure et sans borne ; elle brise le vase et verse tout ce qui est dedans. La divinité habitait en lui substantiellement. La maison représentait l'Église en général; aussi, le chef sacré étant couvert de cette sainte onction, toute la maison de l'Église fut remplie de sa bonne odeur.

Elle faisait cela pour ensevelir Notre Seigneur. On pourra dire que la fraction du vase signifie la séparation du corps et de l'âme par la mort ; le corps, représenté par le vase d'argile, fut brisé, et c'est alors que l'onction du Fils de Dieu se répandit dans toute l'Église, dans celle de la terre et dans celle des limbes. Le corps fut rendu à la terre pour la féconder par son union avec le Verbe qui persévère, et l'âme alla délivrer l'Église des limbes par la toute-puissance du Verbe qu'elle possédait par suite de cette même union.

l.ii saillie remiiic iio connaissait sans doule [)as tous ces mystères ([u'elle lignrait, mais elle élail remplie d'amour el naissait avec simplicité sous l'impression du divin Es|)rit. C'est là le grand avantage des âmes sim|)les, bonnes et ferventes; elles ne raisonnent pas tant leurs actions; elles sentent le mouvement de la grâce et elles le suivent avec lidélité. Le plus souvent elles ont une hnnière au moins confuse et générale de la prudence et de la sagesse de leurs actes, et c'est cette lumière infuse (pii leur donne une certaine assurance dans leur action ; tandis (pie les âmes peu simples et qui ne vont qu'à denu avec Dieu, raisonnent sur toutes leurs démarches et veulent (jue rien n'y manque, et, par leurs recliiMclies des lumières humaines, elles se privent de celte lumière surnaturelle qui leur ferait bien mieux voir II! fond de leurs actions, et leur bien et leur mal.

Le second reproche que le Seigneur fait à ses disciples est mar(pié dans le verset 8. Il répond à la raison qu'ils donnent pour !)lâmer sainte Marie. Ils sont animés do la pensée que par cette dévotion , on faisait tort aux pauvres, et Notre Seigneur leur dit qu'ils trouveront toujours le moyen d'exercer leur charité envers les pauvres, mais ils ne pourraient bientôt plus exercer la charité envers son Humanité sainte, et par conséquent cette sainte femme faisait bien de répandre ce baume sur son corps sacré.

C'est une chose bien remarquable, notre Sauveur se conqjare aux pauvies et ne veut leur être préféré que pour une raison de dévotion si)éciale qu'on éprouverait, et dans une circonstance où la nécessité serait plus grande; cela montre sa grande bonté et sa grande tendresse pour les hommes.

Pour bien saisir la réponse (h' la diviiie Sagesse et

l'approfondir, il esl bon de savoir que deux tnolit's doivent nous animer dans !e choix de nos œuvres de iniséricoi'do. ^io^s avons à choisir (.mivQ deux, sortes (l'œuvre : \i\ première provient de noire amour envers Dieu, cl se laii par leligion envers hii, pour le culle qui lui esl dû, par exemple pour les orncnienls de ses aulels. en employant son bien pour le corps réel de Jésus-Christ. La seconde espi-ce est pour les besoins de ses membres mystiques, les pauvres, mais (onjours pour i'amour de Lui. Pour le choiic enire ces deux objets, qui sont en eux-mêmes lout-à-fait égaux, il peut être fondé sur une des deux raisons suivantes : la première est la dévotion intérieure. Tout le méiile de nos œuvres de miséiicorde réside dans !a charité et dans la religion dont elles sont animées, (^es disposilions en sont l'âme. Si ce mouvement porle quelqu'un vers Noire Seigneur dans l'ornement de son corps naturel, il faut qu'il se livre à ce sentiment et qu'il donne à cet objet. Si un directeur fondé sur des pi incipes généraux, le détourne et lui fait donner aux membres du corps mvslique pluiôt qu'à son corps naturel, il a souvent tort et lui enlève un grand mérite; car, ce n'est pas la raison du directeur qui doit régler la conduite du pénitent, mais bien la grâce intérieure qui porle sa religion vers Jésus-Chiist en lui-même; celui-là mérite le reproche du divin Maître : Quid molesli eslis ,

sinile (j'esl là une règle générale. On ne doit y

déroger que dans les cas spéciaux où l'on peut juger que la volonté de Dieu est que ce bien doit être employé à un autre objet que celui vers lequel on est porté.

Le second motif est dans la plus grande importance ou le plus grand besoin des œuvres entre les(juelles on a le choix. Quand on éprouve un désir général d'employer un bien à une bonne œuvre, et qu'on n'éprouve

])as d'nllrail spécial poui- (elle ou pour telle œuvre, alors <Hi'oii choisisse entre les œuvres diverses la plus importante et la plus nécessiteuse. Il faut bien noter que ceux (jui hésitent tant ii (|uelle œuvre employer leur bien , estiment beaucoup trop leurs dons; il faut être bien persuadé que ce n'est pas ce don en soi qui a le mérite, mais les dispositions ; par là le choix n'est j)lus si excessivement imporlanl, quoicju'il soit nécessaire et (ju'il doive être lait avec sagesse et discrétion.

Dans les cas extraordinaires, comme la famine etc., rKsj)rit-Saint ins[)irait à ses saints de préférer les pauvres H l'ornement de l'église; dans les cas ordinaires, il les portait à l'un et à i'aulre. Ainsi l'église romaine et d'autres anciennes églises étaient dès l'origine trèsriches en vases sacrés et en ornements; donc on approuvait cela dans l'Église; on avait cependant en môme temps gr;nid soin des pauvres, dans les calamités publiques; les SS. I^apes vendaient les vases sacrés, dépouillaient le corps naturel de leur Maître, pour venir au secours deson corps mystique affligé pour le moment.

Tout cela est renfermé dans les divines paroles du Sauveur: Simleeametc.Quidmolesli esliselc, dans d'autres Évangiles; laissez-la faire, vous êtes de mauvais direcleuis, vous ne voyez pas mon espiit qui l'excite à cela pour manifester mes mystères. Dans le verset 8 on voit l'égalité des œuvres en elles-mêmes et la préférence à donner à celle qui ))resse le plus.

9. Cognovit ergo lurba nmila ex Judœis quia illic esl; el venennit.

non propler Jesnm tantuni, spil ni Lazanim vidèrent, quem siisf^itavit

9. Une grande mnllitude de Juifs sut qu'il était là; el ils y vinrent, non a cause de Jésus seulemenl , mais pour voir I^azare qu'il avait

a morluis. ! ressuscité d'entre les morts.

L'arrivée de la muitiiude à Béthanie provenait d'un sentiment pieux qu'excitait dans ces hommes le prodige

de la résiirreclion de Lazcue. Ils élaieiil désireux d'entendre parler le grand prophète (pii avait apparu en Israël, et en môme temps ils étaient animés d'un pieux désir de voir celui sur lequel s'était opéré un si giarul miracle. Le simple peuple, qui n'était pas circonvenu ipar des vues d'ambition , croyait natuiellcment, après avoir vu et entendu des merveilles si étonnantes. La grâce avait accès dans leurs cœurs, pour- y opérer un commencement de toi. Si ce mouvement ne durait pas îtoujours autant qu'il devait, cela provenait de la légèreté de ce peuple, dont le cœur était comme ce terrain sur le roc; la semence y pi'enait, mais elle séchait bien vile, parce qu'elle n'y pouvait bien |)rendre racine.

(0. Cagilavermit aulom [)riiicipes sacerdotuni , ut et Lazarum interficerent :

11. Quia niiilli proplcr illiim abibant ex Judaeis, et crodebanl in Jesum.

10. Les |)rinces des prèlres songèr(Mit doiu; a fair(! ir.otirir Lazare lui-Miêine :

11. L'arce que beaucoup d'eniro les .luifs se reliraient d'eux à cause de lui, et erovaienl en .lésus.

Les Princes des prêtres n'étaient j)as disposés comme le peuple. Ils n'avaient pas la simplicité de ces gens pour se laisser loucher par ces miracles, il ai-rive encore maintenant bien souvent ce qui airiva à ces pauvres orgueilleux. Ils s'étaient hautement piononcés contre le Sauveur, et cela par un eU'et de leur orgueil et le leur jalousie. Il leur était difiicile de reculer après s'être si avancés. Il fallait donc soutenii- la condamnation qu'ils avaientsi injustement prononcée contrôle Messie. Il vient cependant de faire un miracle si éclatant à la j)ortc de Jérusalem, sur une personne bien connue dans la ville. Lazare était une preuve vivante de la divinité de Jésus- Christ, preuve qui confondait les chefs des pi-êtros. Ils voyaient un grand nombre ;)bondonner leur parti et se rendre à la vérité. Le moven le plus efticace, était de faire

(lispaiiiîlic l.azjirc mémo ; aussi «l:i pensée leur en vinl» et prohal)lement ils l'auraient exéculée, s'ils n'avaient pas réussi aussi vile dans leur dessein de faire mourir Jésus- (]iirisl lui-même. En l'aisanl mourir Notre Seigneur, ils croyaient couper court à toute inquiétude, et n'avaient plus besoin d'allenter à la vie de Lazare.

■12. In crasiimim ;iiilem turba | 12. Le lendemain, une foule nuilla cjune \eiiernt ad diom feslimi, I Mnnibreti.«e qui éiail venue pour la

cuni audissenl quia \onil .leroslyniam,

13. .\cce|)erunt ramos palmarum, processeruMi obviam ei, el clania-

fèle, ayant appris que Jésus venait de Jérusaloni,

< 3. Prit des rameaux de palmiers, et alla au-devarit de lui, criant: Ho-

banl ; Hosanna bcnediclus qui venil sauna, béni celui qui vient au nom iii noniiue bonuiti, Ilex Israël ! | du Seii;ueur, comme roi d'Israël!

Le peuple qui venait des provinces à Jérusalem pour honorer Dieu cl pour rapporter quelque consolation, était toujours avide de voii- et d'entendre le grand prophète, son jMessie, dont il enlendait raconter sans cesse tant de mci'vciiles. Toutes les Ibis qu'on arrivait , on se demandait s'il n'élait pas déjà à Jérusalem, ou s'il V viendrait l)ien!ot. Cette lois-ci, ils entendaient raconter de tous cùlés le miracle éclatant qui s'était opéré dans la personne de Lazare, ils en furent transportés de joie. Ils voyaient clairement que c'était leur P.oi-Messic, et ils se croyaient tout près d'èlre délivrés de la puissance de leui's ennemis. Ce fut là leur malheur. Ils connaissaient l'évidence de la venue du IMsssie, mais ils étaient dans l'erreur en j)ensant que le Messie devait leur procurer des avantages temporels. Dès qu'ils le virent dans ses divines faiblesses, ils ne suient plus qu'en dire et ils l'abandonnaient en l'insultant dans leur fureur.

Quand ensuite, après la résurrection, ils furent détrompés de leur grossière erreur, et qu'ils virent oonlinuer les miracles nombreux faits en son nom et par son.

pouvoir, mi grand nombre se rendirent à la vérité. (Vêtaient les plus sincèrement attachés à Dieu, et qui ne s'étaient éloignés que parce qu'ils se croyaient trompés. Ils comprirent mieux le rôle que le Messie devait jouer sur la terre. Leur cœur disposé avec simplicité et sincèrement porté vers Dieu devint fidèle à la grâce qui leur était montrée. Mais les plus grossiers parmi les Juifs et ceux qui étaient orgueilleux et passionnés pour le parti pharisien, et ce fut la grande majorité, tous ceux-ci ne revinrent pas de leur erreur et allèrent toujours en avant dans leur opposition à la vérilé. Les uns, par la grossièreté de leurs vues, ne pouvaient concevoir les biens spirituels que le Messie leur procurait : n'ayant pas de biens terrestres à espérer de Noire Seigneur ils ne voulaient l'admeltre comme leur Messie. Les autres résistaient par esprit de parti et s'endurcissaient dans leur erreur, par orgueil. Plus lard, quand ils virent les disciples de Notre Seigneur réussir et propager la Foi chez les payens, un esprit de parti se répandit parmi eux. la jalousie s'empara d'eux, et ils devinrent les ennemis mortels des disci[)les de Jésus-Christ, et celle haine dure encore maintenant.

Ce qui montre la joie et l'enlhausiasme religieux qui élaient dans ce peuple à l'appioche du divin Messie, c'est cette procession qu'ils firent en allant à sa rencontre. C'était l'usage les plus grands jours de fête ; ils avaient des branches de palmier el ils allaient en procession chantant : llosanna. iienedicius quivenitelc. Encore maintenant, dans leur synagogue, ils ont cet usage, qu'ils ont pris du second temple; h la fête des tabernacles, ils font tous les jours une procession dans l'inlérieur de leur synagogue avec desbranches de palmier en main et chantent llosanna ; le dernier jour, qui est le plus grand de leur

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