‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 7 sur 63 · Et respiciens Jesum ambulanlem, dicit : Ecce Agnus Dei · texte numérisé non relu

Et respiciens Jesum ambulanlem, dicit : Ecce Agnus Dei

Jean ayant préparé le peuple à la venue de Notre Seigneur, et ayant rendu le témoignage pour lequel il avait été envoyé, devait diminuer j)eu à peu et disparaître, pour que tout le monde n'eût plus qu'à s'occuper de Notre Seigneur. Ces! pourquoi il fut lo premiet à hii fournir des disciples, dont l'un est saint

André, et raulre paraîtrait bien être S. Jean l'Évangélisle, qui, par modestie ne se nomme point. Notre Seigneur marchant dans les environs , le saint Précurseur le suivit des yeux, et le considéra avec un œil de complaisance el plein d'amour, et dit devant ses disciples : «Voilà l'Agneau de Dieu,» afin de leur inspirer l'amour qui le remplissait lui-même, et de les engager par là à suivre le divin Agneau. Et en effet il réussit parfaitement à leur inspirer ce désir. (*)

37. Et audierunt eum duo disci- 1 37. Et les deux disciples l'enlenpuliloquenfem, et secuti suntJesum. dirent parler ainsi, et ils suivirent

I Jésus.

Car aussitôt ils suivirent Jésus. Cela montre la bonne disposition de ces disciples, qui avaient un grand désir de se rapprocher du Fils de Dieu, et une grande simplicité de cœur et docilité d'esprit. Ce qui les disposa parfaitement pour la réception de la foi , et pour toutes les opérations de la grâce que Notre Seigneur faisait en eux. Quand ces trois qualités manquent , il est rare de voir une âme avancer et s'établir dans une foi parfaite; et Notre Seigneur ne peut guère établir en elle sa sainte familiarité , il y trouve sans cesse des obstacles à ses grâces.

38 Conversus autem Jésus, et vi- f 38. Or Jésus s'étant retourné et dens eos sequentes se, dicit eis : les voyant qui le suivaient, il leur Quid qugeritis? Qui dixerunt ei : dit : Que cherchez-vous? Ils lui Rabbi (quod dicitur inlerpretatuni répondirent : Rabbi (ce qui veut Magister), ubi habitas? (**) | dire, par interprétation, Maître), où

I deiueiirez-\ous?

Ici, dans toute cette histoire de la vocation de ces deux disciples, le saint Évangéliste nous montre la marche que Notre Seigneur suit pour appeler les âines

'*) Ceci par.ill avoir en lion jiprcs Ip io(oiir de >otri' Soigneur du dcsiMt "u il all.i dp suite après son baptême.

•*■ Cnci put lien re premier jour du relnur de Jésus auprès de Jean.

à lui . et [jour leui' t'aiie suivre la peiteclioii de son divin amour. Tous ceux qui ont le bonheur d'appartenir au divin Maître reconnaîtront dans ces trois versets leur propre histoire, ou l'histoire de la bonté, de la douceur et de l'amour de Jésus pour eux; car on voit en tout cela vraiment la douceur et la simplicité de l'Agneiiu de Dieu paraître avec éclat.

Le divin Maître veut attirer à lui et avoir ces deux disciples, il leur fait dire par saint Jean un mot pour les toucher ; car c'est ordinairement sa conduite de se servir, pour produire hi premier mouvement, de quelque moyen extérieur que la Providence de son Père amène. Dans le même temps qu'il fait porter le coup par son Serviteur, il touche dans l'intérieur et se montre de loin pour attirer ces bonnes âmes.

Les apôtres, touchés et ainsi attirés, sont tidèles à ce.tte grâce, ils suivent ce mouvement, quittent aussitôt saint Jean et vont à Jésus. C'est un point important pour une âme d'être tidèle à cetle première grâce. Jésus les voyant pleins de désirs et fidèles à suivre l'impulsion qu'il leur a donnée, ne les laisse pas courir longtemps après lui; et c'est ce qui arrive ordinairement. Une âme, touchée de cette première grâce, cherche Notre Seigneur avec de grands désirs de s'attirer ses regards. Si elle était obligée d'attendre longtemps avant d'obtenir ce divin regard, il arriverait souvent qu'elle se découragerait et retournerait en arrière. Mais le divin Maître ne fait pas attendre ceux qui le cherchent avec fidélité et avec de bons désirs; il leur fait comme à ces deux disciples.

Il se tourna vers eux pour leur faire comprendre qu'il savait qu'ils le suivaient. Cette complaisance de Notre Seigneur, avec laquelle il les regarda, était déjà

une ^lande grâce ef dut perler une grcuide consolation dans leurs cœui-s. C'est ce qui arme d'ordinaire. Notre Seigneur fait sentir à une :"irnp qm le recherche qu il la voit; il se tourne vers elle, et c'est une grande vonsolation pour cette âme. Après» leur avoir montré la complaisance quil mettait dans leur fidélité à Je suivre, et après les avoir attirés par ce regard de boulé et d'amour qui ravissait tous les cœurs, il leur adresse la parole.

Celte parole est ordinairement le dernier coup qui décide une âme à désirer Notre Seigneur. Cette parole est si pleine de consolation et remplit d'un si grand amour, que l'âme désire aussitôt entrer dans un rapport d'intimité et de familiarité avec son bien-aimé. Il leur dit: «Que cherchez-vous?» Par là il excite d'autant phis leur désir, en entrant précisément dans l'objet de leur désir. Ils désiraient ardemment le suivre ef jouir de sa sainte présence; il se tourne vers eux et leur demande ce qu'ils cherchent, afin de donner lieu à ce désir de se développer davantage, par l'espérance d'obtenir ce qu'ils cherchaient et par Tacte extérieur du désir qu'ils avaient dans l'intérieur.

Toutes lésâmes, dans les commencements, reçoivent ces paroles intérieures, qui excitent de plus en plus le désir par l'espérance d'y parvenir et par les actes réitérés de ce désir.

En même temps que Notre Seigneur agissait et parlait avec ses deux disciples, en même temps, comme cela arrivait toujours, il agissait aussi par sa grâce dans leur intérieur dans le même sens de ses paroles et de son action. Les deux disciples ressentirent le grand effet de ces paroles, et, ne cherchant qu'à jouir et à nourrir en eux le sentiment que le Fils de Dieu y prodni-

sait, ils voulurent rester pendmit quelque temps ave<* lui. atin de jouir un peu plus longUinips.

Ils n'étaient pas encore à ce point de perfection où, plus tard, ils abandonneront tout pour suivre leur iMaîlre, mais ils allaient, par intervalles, avec lui, s'attdchant a lui, pour le voir, Técouler, et jouir des grâces dont il les comblait. Ils élaienî comme sont loules les âmes dans les commencements, quand la grâce les a touchées, et que Notre Seigneur les poursuit et les attire. Elles cherchent à jouir de lui, el cela par intervalles, et aiment à y revenir.

Us ne répondirent pas directement : «Se'gneiir, c'est vous que nous cherchons. » Mais ils font comme toutes les âmes dans cet état, leurs idées ne sont pas suivies et régulières. La vivacité du senliment fat supposer et sous-enlendre plusieurs idées. Dans la grandeur de leur joie (le se voir avec l'Agneau de iMeu , de voir qu'il faisait attentioi) à eux, qu'il leur parlait, et cela avec une si grande bonlé. et sentant en même temps leur intérieur enflammé par sa grâce divine, ils crurent posséder déjà ce qu'ils cherchaient , et ne s'occupèrent que de se procurer ce bonheur pour quelque temps et pour d'autres fois. Car, c'est l'eiïet de lamour divin de Jésus, quand il entre dans une âme, il la rend insatiable. Voilà pourquoi les deux apôtres, tout préoccupés de ce désir, au lieu de répondre à la question que leur Maître leur faisait, lui en firent une autre, afin de satisfaire l'ardeur de leur désir. Mais Jésus savait mieux qu'eux ce qui se passait dans leurs âmes, il les attira de plus en plus par sa réponse.

.39. Dicii eis : Veriiie, et videle. : 39. 11 leur dit: Venez et voyez. Venerunt, el \idernnt ubi manerol, j lis vinrent, el virent où il dem'eiiet apud euni mansernnl die iilo. ; rail, et ils demeurèrent cliez lui ce Hora antem erat qnasi decimn. jour-là. Il était alor? environ la

I dixième henro.

.ri

40. iïral ;iiilfin Andréas, Irater Sinionis Fciri, uuus ex diiobus, qui juidieraiit il Joanne, ot sooiili ftii-riinl en m.

iO. Ur André, frert de Simon Pierre, oluil un des deux qui avaient entendu de Jean ce tt-moignage el qui avaient suivi Jé'îUS.

On voit ici la boule (ic notre divin Maître, qui accorde ainsi à ceux qui sont des hommes de désir tout ce qu'ils lui demandent , et plus largement qu'ils le demandent, parce qu'il connaît mieux les désirs des cœurs que ceux qui veulent les lui exprimer. Il aurait pu dire aux apôtres qu'il n'avait, pas de demeure, ou bien il aurait pu la leur indiquer de vive voix ; mais non, il les invite aimablement à venir avec lui et à voir par eux-mêmes. En même temps qu'il leur dit cela, il les attire dans leur intérieur par un grand attrait à le suivre et à s'attacher à lui.

C'est cette invitation qu'il fait aux âmes désireuses surtout dans les commencements, quand elles n'ont pas l'habitude d'être avec lui. Par le venite il excite leur désir, et met en elles une forte attraction vers lui ; et par le 'cidete il excite l'esprit et l'attire pour le connaître et le voir. Par là ensuite il s'empare entièrement de la volonté, qui en jouit quand lame le connaît, et se détermine à demeurer entièrement à lui et en lui; et c'est alors que l'âme s'établit dans la perfection.

Il y a trois mouvements dans une âme qui se donne entièrement à Notre Seigneur; et tous trois s'opèrent par sa grâce qui agit sur nos différentes puissances. Le premier, c'est cette attraction vers lui, cette recherche et ce désir qui nous y portent; le second, c'est l'application de l'esprit pour le voir, le connaître et s'en occuper. C'est là ce qui était jusqu'à présent dans les deux disciples. Le troisième vient à la suite de ces deux premiers, et seulement quand on le possède. Là

volonté en jouit et ^e détermine a être entièrement, définitivement à lui seul.

41. liivenil hic primuin fralrcm ?uum Sinionem, et dicit ei : Invenimuà Me?siaiH (quod est iulerpretalnin Clirislii?).

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