‹ Commentaire sur l'évangile selon saint JeanChapitre 61 sur 63 · TU · texte numérisé non relu

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joie, ils (hanîcnl encore Benedrclus. Toutes les cérémonies sont des souvenirs de ce qui se faisait au second leniple, surtout vers la lin. De tout cela on peut conclure (fue cette cérémonie était profondément religieuse; et que ce fut sc!ilen)ent le transport d'une sainte joie qui anima le peuple en ce moment. Ils décernaient à leur Roi-Messie les honneurs qu'ils rendaient à leur Dieu dans son temple.

Ils appellent Notre Seigneur roi d'Israël par excellence et un Roi b^ni ({ui vient nu nom de Dieu.

li El iiiveiiit Josiis asellmn, ol 1 I i. Kt Jésus trouva un ànon, et sedil super piim, siiiil !fcri|)Uiin pst: s'assit dessus, comme il esl écril :

15 Noii (imere, filia Sioii : occt» \o. Ne craignez point, filles do rex tiuis vcnil secicns super pullum I Sion : voici voire roi qui vient, assis asinae. sur le petit d'une ànesse.

Jésus prit un ane pour faire son entrée triomphante ot royale à Jérusalem, parce que telle était la volonté de son Père, qui l'avait ordonné ainsi par son prophète.

On peut trouver plusicins raisons poiu" lesquelles le divin Messie devait ainsi prendre possession de son roy.iumc, assis sur une monture si pauvre et si humble. I" C'est [)our faire voir que son royaume n'était pas de ce monde; e! j)ar conséquent son trône ne doit pas être orné par les choses bi'illat^.ies do ce monde, et sji gloire ne doit être ({ui; spirituelle et non selon la terre. 2° Il devait montnM- par là l'humilité du règne du Verbe de Dieu sur ses créatures ; il s'est anéanti pour chercher un trône bien humble pour la gratideur de sa Majesté. 3*^ Il ne devait prendre possession de son règne que parles humiliations. 4° Il voulait montrer à ses disciples que toute leur grandeur consisleiait dans leur hunnlilé, et que ce ne serait qu'en s'hiîmiliant qu'ils parviendraient à la o-joiie de leur royauté. 5° (Vêlait pour apprendre à tous rcuK qui veiilcnt l'avoir pour leur roi ce qu'ils.

doivent èlrc cuix-inèiues pour (ju'i! ir^^ne sur eux. Un roi liuiiible comme Jésus ne prend possession des âmes que dans riiumilité. Un roi ainsi liumble ne saurait régner sur des sujets superbes. G" En (in, c'est parce que ses sujets sont bien petits et bien misérables.

D'ordinaire, la gloire du roi est dans ses sujets; ici c'est le contraire. Toute la gloire des sujets est dans ce divin Roi, de manière qu'ils sont très-glorieux d'avoir un tel roi, mais si d'ordinaire, la gloire du roi doit èlie dans les sujets, plus les sujets sont pauvres et misérables plus le roi doit être humble et modeste. Or, cela étant, le triomphe de Jésus devait être fort humble et fort modeste, cai- au lieu de gloire, il ne tire qu'humiliations et abaissements de ses sujels, en remplacement de sa gloire dont il les revêt. De cette façon son entrée humble est un véritable triomphe pour lui et pour nous. Pour lui, parce qu'elle montre que toute sa gloire est en lui seul et non ailleurs, et pour nous, parce qu'elle nous manifeste que nous avons un roi si grnnd el si glorieux en lui-même, qu'il ne reçoit rien de nous et qu'il nous donne sa gloire; si nous sommes un objet d'humiliation pour lui, il est un sujet de gloire pour nous. Si Jésus avait dû paraître pour ce qu'il est en lui-même, il aurait paru dans la splendeur d'une gloire qui aurait ébloui toutes les créatures ; mais devant paraître pour ce qu'il était par les sujets qu'il devait acquérir, il devait alors paraître dans l'humilité et la modestie.

4 6. Ha3cnon cognoveninl diï:cipii- 1 ii ejus priip.iim; .sed quaii.io glorilicalus est .losus, tune rocordali su ni. quia Iia3C eranl scrij)la de oo, et. lucc fecerunl ei.

16. Ses disciples ne comprirent point ceci d'aljord; mais quand Jésus lut entré dans sa gloire, alors ils se souvinrent, que ces choses élaienl écrites de lui, el qu'ils les lui avaient ap[)liquées.

Dans les commencements, les disciples ne connais-

saieiU pas cela, ils ne le suitiiit (in'ainès la gloiilicalion (le h'ur iMailrc. Car, :ilors , ils coinnicncèrenl à comprendre que Jésus possède toute ijjloire en lui-même et qu'il n'en reçoit pas de ses sujets. ïoule la gloire qu'il reçoit (le ses sujels est la sienne, que sa bonté leur avoit conimunicpiée. Il est glorifié de la compassion qu'il a daigné avoir d'un peuple de misérables, qui est maintenant revéïu des richesses et de la" gloire de son Roi. Les Apôtres voyant cela enfin après l'Ascension de leur Maîlre, comprirent ce qui avait été écrit de lui et de l'accomplissement qu'il avait doniu' à la divine volonté de son Père céleste.

On peut dire encore qu'avant l'Ascension les Apôtres avaient les yeux obscurcis et ne pouvaient encore comprendre le sens de l'Écriture; il ne leur fut découvert qu'après la descente du Saint-Esprit; alors ils se rappelèrent la parole de l'Jiciiture. et se souvinrent, combien sans le savoir, ils avaient paifaitement accompli la divine volonté.

M. Teslimoniiim crgo perliibebiil lurba qua^ cral ciiin eo quaiido Lazanim vocavil de iiionumenlo, el suscilavit eum a niorluis.

18. Proplerea el obviam venit ei tiirba quia audieriinl cuiii IVci.-se lioc siciiurn.

17. Or c'est ainsi que rendait léuioignage la nuillitiide qui était avec lui lorsqu'il a|)pela 1-azare du tombeau et le ressuscita d'entre les morts.

18. C'est pour cela aussi que la foule vint au-devant de lui, parce (]u'ils avaient appris qu'il avait faii ce miracle.

Les foules qui avaient assisté à la résurrection de Lazare, à son retour à Jérusalem parlèrent partout de la merveille dont elles venaient d'être témoins, et par là excitèrent l'admiration du peuple et lui donnèretit un grand enthousiasme et une confiance sans bornes, en celui qui opérait sans cesse tant de miracles, et toujours par la charité tendre d'une bienfaisance toute divine : Transiii

henefaciewlo. Ce fnl cette admiration qui fit venir la Ibule à sa rencontre, (^e fut cette ;illégrcsse et ces transports du peuple qui achevèrent de précipiter les Pharisiens dans le dernier excès dii crime , par l'effet de lenr horrible jolonsie. Plus l'empressement du peuple était grand, plus ils se pressèrent tie consommer leur projet détestable. Plus le miracle était éclatant et répandu parmi les peuples, plus ils se hâtèrent (Vqw détruire l'effet par un excès d'abomination dit^ne de leur malice.

On commence à comprendre maintenant, pourquoi le Sauveur y attacha une si grande importance, ou pourquoi il sembla y apporter une espèce de préparation que l'on ne voit pas dans d'autres miracles, et il l'exécuta avec \me sorte de solennité qui ne se voit pas ailleurs. C'est que ce miracle devait ammener le tlénouenient de la scène qui devait avoir lieu; ce devait être l'occasion immédiate qui devait le conduire à la croix et au salut du monde.

Ce fut peut-être là aussi le motif (jui le fit lant tarder à venir afin que les habitants de Jérusalem, (jui devaient propager le miracle , eussent le temps d'apprendre la mort (le Lazare, de venir visiîei" les deux sœuis, et afin que le n>iracle pût èlre fait dans toute sa force et avec toute la solennité convenable pour obtenir l'etfet qu'il devait produire, et ([ui était déterminé dans les décrets éternels du VhxQ.

19. Pharisœi ergo dixerunl arl pomolipso? : Videtis quia iiihil proficimiisP ecc(î niundus tolus posl

19. Les Pharisiens SG dirent donc entre eux ; Voycz-vons cpie nous ne i^agnons rien ? voilà que tout le

cuni abiit. 1 monde court après lui.

Les Pharisiens, apprenant ce miracle, étaient bien loin de partager les sentiments des peuples. Quand les passions nous ()réoccupent, nous ne sommes plus capables

(le bien voii- les choses. Les plissions agissent loiijours sur notre iiilelligence. Dès que la volonté cesse d'être maîtresse des passions, dès qu'elle s'y laisse entraîner , tout en nous est alors renversé. L'intelligence, qui doit être le guide de notre unie, se laisse elle-même conduire et traîner par les passions; elle nest plus capable de voir clair, elle se laisse servilement pousser par les passions, tendant (vers leur satisfaction ) et ne s'occupant plus que df l'objet des passions et en faveur des passions.

Les Pharisiens en étaient là. Jls devaient penser ainsi de prime abord : cet lioinme fait de grands miracles, il pouriail bien être envoyé de Dieu, (^etle pensée les aurait amenés à un examen sérieux, et. aurait peut-être (ini par les guérir. Mais non, ce n'est pas le fait qui commence à les préoccuper, mais leur passion. Ce n'est pas le fait miiaculeux de l'envoyé de Dieu qui frappe leur intelligence, parce que celle intelligence avait été profondément prévenue par la passion ; elle était sans cesse préoccupée du moyen de jse débarasser d'un censeur éclairé et importun, d'un homme capable d'attirer le peupic à lui. à leur détriment. Cet homme, qu'ils veulent détruire dans l'esprit du peuple, vient fort mal à propos, pour leur dessein, faire des miracles éclatants, et le peuple s'y laisse prendre malgré eux. La première idée qui frappe cette intelligence passionnée, c'est le non-succès de ces machinations. Cette pensée première impatiente, iirite . met au dés'^spoir. «Voyez donc, « nous avons beau faire, nous n'avançons à rien : tout " le monde court après lui, malgré tout ce que nous « faisons. » Ils pâlissent de désespoir et frémissent de rage. S'ils n'avaient pas tant fait contre lui, leur peine entêté moindre; mais ils disent, ils font tout ce qu'ils

peuvent iinn^iner poiii- le |)er(lie thins l'espiil du peiipli', il fait im miriicle et lours paroles sont méprisées, euxmêmes sont (Iciaisscs, et tout )e monde, en les abandondant, se range sous sa conduite. Ce qui les frappe le plus, c'est que tout le monde les abandonne et va à lui. Post cum abiil.

Bien des gens se Irouvenl dans le môme cas, dans ce siécle-ci : Combien de personnes ne se laissent pas préoccupei' par l'amour propre! Elles résistent alors au bien et aux hommes de bien. Une fois lancées, elles reviennent-rarement. Elles se fondent sur leur bonne foi, mais le fond de leur cœur est en défaut ; elles se sont laissé prévenir pni'une passion. Elles persécutent les serviteurs de Jésus-Clirist et le bien qu'elles ne croient pas voir, ou qu'elles ne voient réellement pas par suile d'une passion.

Qui pourrait leur assurer qu'elles n'auraient pas persécuté le divin Sauveur lui-même, si le cas s'était malheureusement présenté? Il est probable que ce malheur leur serait arrivé, si cela s'était rencontré, parce que, une fois prévenues, elles n'auraient pas plus été capables de reconnaître le Sauveur que ses serviteurs.

Qu'il est donc inq^ortanl de se piémunir contre la passion et contre la prévention! Qu'il est iniporlanl de juger toutes choses avec esprit de charité, de douceur, et dans une grande humilité et abnégation de soi-même, lorsque la chose semble contrarier ses piopres vues et ses propres intérêts. Si les pharisiens avaient pris ces préctmtions, il ne leur serait pas arrivé un si grand malheur que celui dans lequel ils se sont précipités comme à corps perdu.

20. Erant aiitein quidam (îoiUiles, ex liis qui asceiideranl ul adorarent in die feslo.

20. Or il y avait quelques gentils, (le ceii.x qui élaienl venus adorer à la fêle.

21. lli L'igo ucccsboninl aii IMiilippiiin. i|iii cT;Ua Uettisaida (lalila-jo, et ro|;al)aiil ciini, difenlori : Domine, voliimus Jesum \i(lerc.

"21. C.oiix-ci sapproclierL'iil de IMiilijipe, (pii ('lail de IJellisaïdo vt\ (jalilée, et ils le priaienl, disaiU: Seigneur, nous \oii(liioiis \oir Jésus.

L'Évangélislc ne; liipporle |)as ces tlcux faits sans dessein. l']l dans tous les siècles nous en lireions nn grand fruit si nous y faisons tant soit [)eu attention. Les pliarisiens rejettent le Sauveui- et les gentils le reclierclient. Il y a d'abord un sens mystérieux en cela qui est e\pli(|u6 au n'* 2IÎ. Mais le sens moral (pie nous en tirons est facile à concevoir. Pourquoi les pharisiens, avec toute la connaissance de la loi et des prophètes , rejettent-ils le Stuiveur, tandis (|ue les gentils, avec toute leur ignorance, courent après lui? lin posant la même question pour tous les siècles, on trouve toujours le résultat du m.èmc genre : Pourquoi les hommes de Dieu ont-ils toujours été répiouvés et contrariés, dans les œuvres qu'ils entreprenaient pour la gloire du 3laître, par ceux (jui étaient les [)lus capables de conq)rendre leurs bonnes intentions, l'esprit de Dieu qui les animait et l'excellence des œuvies (pi'ils entreprenaient, lantlis que les ignorants, et même ceux ((ui sont éloignés de Dieu, changent de vie et ont une pleine confiance en eux ?

Le rapprochement de ce fait, avec le verset 19 qui le précède, sendjie renlernier un sens mystérieux. Les pharisiens font tous les etlorts pour couvrir l'éclatante lumière de Dieu qui apparaît au milieu du peuple d'Lsracl, pour arrêtei' l'expansion de son éclat, et |)Our détruire son effet merveilleux; et, au moment oii leur malice est aux abois, non seulement le peuple juif vient en foule à la rencontre du Fils de Dieu incarné, lui rendant ses hommages et lui exprimant sa joie, mais les gentils mêmes accourent et vrultMit a\oii |)arl au bonheur du peuple.

Les paroles des Pharisiens soiil trappanles , ils disenl : Voyez, nous avons beau faire, tonl le monde le suit. Pauvres el aveugles Pharisiens, vous diles vrai, sans le savoir; tout h; monde enliei" court après celui que votre orgueil et voire endurcissement vous lait rejcler et |)ersécuter, mundus toim^. Et comment en sera-l-il autrement? La lumière vérilable, la lumière essenlielle qui éclaire tout homme est venue dans le monde, dans ce monde qui a élé créé par elle : comment le monde pourrait-il ne pas la suivre aussitôt qu'il aperçoit son éclat? La vérilé, qui échappe k rori;ueil pharisaïque en désespoir, commence à s'accomplii' au moment même; non seulement les Juifs mais encore les gentils courent après Jésus. Mais les gentils ne viennent qu'au moment où les chefs du peuple juif le repoussent. Il sembie donc que le S. Evangéliste veut faire ressortir, par ce rapprochement, la réprobation du peuple juif et la vocation des gentils.

Ce n'est pas Dieu qui a réprouvé le peuple juif, c'est ce peuple lui-même qui, livré à son orgueil et à sa malice, a repoussé la lumière divine qui lui appartenait comme par droit de naissance, et a ainsi consommé de ses propres mains sa réprobation. Le divin Sauveur n'a rejeté personne; non venit filius hominis ut jadicel niundum sed ut salvelur inundus peripsiun. Qui non crédit infUuni. hominis jam judicatua est. Dans son désir immense de sauver ce peuple, il a usé d'une condescendance et d'une délicatesse admirables envers lui, ménageant ses faiblesses et prévenant les mauvais effets de ses vices. Quel n'a pas été son désir ardent de sauver le monde entier? Etant venu pour l'éclairer, quel ne dut pas être son désir de ré|)andrc l'éclat brillant de sa grâce el de sa doctrine au milieu des ténèbres profondes de la gcnti-

iité? Miiis devant sau\iM' lus brebis e^^uiees des enlnnls d'Isiaël, il ne veut pas niènK.» donner an peuple des gentils les miellés qui lond)ent de la table des enfants. Il attend cjue ceux-ci l'aient loulé aux pieds, en refusant de se nourrir de ses dons et de ses bienfaits; alors il répand avec profusion ses i^râces et ses lumières sui- la multitude des gentils, vivant jusqu'alors dans un désert sec et aride et plongés dans un abîme de ténèbres. S'il s'était manifesté aux gentils en même temps qu'il avait apparu aux Juifs, ceux-ci, par un eflét de leur orgueil, auraient été jaloux et se seraient éloignés de la Vie que le Père leur envoyait. Le divin Sauveur, voulant nuMiager la faiblesse du |)euple de Dieu, contint Taideur du zèle qui le, dévora pour le salut de tous les hommes, et ne répandit parmi les i^entils la grâce qu'il était venu leur apporter, que lorsque son peuple n'en voulait pas. Mais les cliefs du peuple et un grand nombre avec eux ne voulurent pas profiter de cette bonté infinie. I^endanl que le peuple juif s'endurcissait, le Sauveur disposait de loin les gentils et les attirait par sa grâce, afin de les trouver prêts quand leur teuq)s serait venu. C'est ce que nous voyons dans le l'ait que le S. Évangile lapporte. Des gentils vinrent, non pas encore pour adorer le Fils de Dieu et pour se soun)eltre à sa doolrini', mais pouile voir, volumus Jesum vitlerc. Ils étaient bien |)rès du royaume de Dieu, mais ils n'y étaient pas entrés, parce que ceux qui étaient invités n'avaient pas encore repoussé, d'une manière irrévocable, les bienfaits du divin Epoux. Mais on remarque qu'au fui" et à Uicsure que les Juifs s'éloignent, les gentils s'approchent. Par la suite, les Apôlres imitent leur divin Maître; ils secouent, selon sa recommandation, la poussière de leurs pieds, quand les Juifs repoussent la parole de Dieu, et vont

rapporter aux Gentils; et lorsque le peuple (l'Isiaëi est eiilièrement rejelé, la <jjemililc vient en niasse.

(]clte condiiile de Dieu inéiile de lixer notre atlenlion. Dieu est infiniment et essentiellement saint. Celte sainteté de Dieu, dans ses rapports avec sa créature, se manifeste en deux ruanièies : par la miséricoixle, et par la justice. Quand elle se u)ani(éste par la miséricorde, elle se communique à la créature; quand c'est par la justice, elle la repousse.

Cependant, ne nous ayant créés que dans une pensée de miséricorde et pour se communiquer à nous dans sa sainteté, sa miséricorde ne nous est jamais enlevée ; elle dépasse toujours de beaucoup la justice dans les relations de Dieu avec nous; de plus, la justice de Dieu n'aj^it que forcément, c'est-à-dire, lorsque la créature refuse la miséricorde. D'abord clic agit furcément par la raison que Dieu a nécessairement des relations avec sa créature; ces relations ne peuvent être que pour la rapprocher de lui ou pour la repousser. Oi-, la créature refusant par sa volonté libre l'action miséricordieuse de Dieu qui la rapproche, il faut donc (ju'il exerce l'action répulsive, et c'est la justice.

L'une et l'autre action produisent sa gloire, parce que l'une et l'autre sont la manifeslalion de sa sainteté. Nous procurons donc nécessairement la gloire de notre Dieu créateur. Si nous ne voulons la produire pour notre bonheur, en acceptant sa divine miséricorde, nous la produirons pour notre malheur, en devenant l'objet de sa sainte et infinie justice.

En deuxième lieu gWqu'ckjU que forcément. Comme il est de l'essence de notre ciéatioii (juc Dieu se conmuinique à nous par sa siiinlc .Miséiicordc, Dieu tend à nous la connniinifpicr de toute la force de sa volontt' divine

v]ui nous a créés, el autan! sa volonté créatrice tend à nous communiquer sa sainteté de miséricorde, autant elle répugne à nous repousser par sa sainteté de justice.

Aussi la miséricorde dépasse sans mesure sa justice , et devient surabondante, môme envers les hommes pécheurs, tant qu'ils vivent sur la terre, c'est-à-dire tant qu'ils ont une volonté libre. Qitelle que puisse être l'intiltration du péché dans une âme, la justice de Dieu ne repousse pas l'âme, mais seulement le péché qui est en elle. De là, tant que nous vivons sur la terre, nous devons nous tenir pour assurés de la miséricorde de Dieu, et revenir à lui quel que soit notre état; désespérer de la miséricorde de Dieu, c'est renier son Dieu créateur, ou plutôt c'est nier sa qualité de créateur.

(^esl cette tendance de miséricorde du créateur, qui qui a produit les merveilles de l'Incarnation el de la Rédemption. La Rédemption est encore un deuxième rempart contre l'action de la justice divine. Elle est une «econde volonté de miséricorde envers les créatures. Par le fait de l'Incarnation et de la Rédemption, Dieu a établi une nouvelle relation avec ses créatures, pour leur communiquer sa sainteté avec une plus grande abondance, et avec une plus grande intimité de miséricorde. Comme le Fils de Dieu s'est incarné pour s'unir à toutes les créatures , comme il s'est immolé pour les racheter, les revivifier et les guérir toutes sans exception, il a pris une tendance nécessaire de se communiquera toutes, tant qu'elles sont en état de recevoir sa communication, c'est-à-dire, tant que leur volonté reste libre, tant qu'elles sont dans la voie. Voilà pour les créatures considérées dans leur individualité. Il y a une certaine différence , quand on considère les hommes réunis en peuple.

Dieu se choisit souvent, dans le monde, des peuple» en particulier, pour leur communiquer des grâces cl des dons spéciaux dans un dessein de miséricorde, pour toutou pour une giande partie du genre humain. Il en est alors comme des honimes isolés que Dieu se fornie et qu'il comble de dons spéciaux pour le salut d'un grand nombre tie leurs semblables.

Quoique ces dons et ces grâces soient accordés à ces peuples dans des desseins de miséricorde pour lout le genre humain , ces peuples ne laissent pas d'adirer l'amour de prédilection de Dieu et de profiler les premiers de ces dons et de ces grâces, s'il sont lidèles.

C'est ce qui est arrivé au peuple juif. Le monde était plongé dans un abîme d'erreur, de malice et de péché, alors Dieu s'est formé ce peuple qu'il destinait au salut du monde. Si ce peuple avait persévéré, s'il avait reconnu les dons immenses que le Verbe, incarné dans un de ses membres , devait lui apporter ; s'il était resté fidèle, il aurait vu des choses admirables et son bonheur eut été incalculable. Mais ce pi-uple, au lieu de reconnaître avec humilité et amour filial les bienfaits que Dieu lui avait accordés jusqu'alors, se prit d'orgueil, et se nourrit de la prétention que ces dons lui étaient dus; il s'élevait au-dessus des autres peuples et les méprisait. Au lieu d'entrer dans la pensée de Dieu pour leur salut, il ne pouvait souffrir que sa divine grâce leur fut communiquée.

Dès ce moment, il méritait que Dieu l'abandonnât, exerçant envers lui sa justice. Car il n'en est pas d'un peuple comme d'un individu : Dieu ne lui faisait ces grâces que dans un dessein de miséricorde pour les autres peuples et non pour lui, et par conséquent il n'avait droit à cette miséricorde qu'autant qu'il restait fidèle à la tendance de Dieu qui en était le principe, à

savoir : la miséricorde pour les autres peuples. Cepen- <lant, celle comiuiinicalioii de Dieu aux autres peuples devant se faire par le peuple juif, la lumière et la vie du Verbe incarné devaient profiler d'abord aux juifs avant <l'arriver aux j^enlils. ('/est pouicpioi le divin Sauveur ne voulait pas enlever le pain ^la enfants pour le donner aux chiens, c'esl-à-dire aux gentils, dont la vie était toute animale. Ceux-ci ne devaient recevoii- le pain de la vie que de la main des enfants.

Le peuple juif, par sonorgueil et sa jalousie, résistant aux desseins de Dieu, la divine. Bonté alla jusqu'à condescendre à ses faiblesses et h sa malice, afin de le corriger et de le reuche digne et capable de remplir la mission qu'il devait exécuter auprès des autres peuples. Le peuple choisi ayant résisté à celle nouvelle miséril'orde de Dieu à son égard, et s'cndurcissant de plus en plus dans son orgueilleux rebut, au point de rejeter les dons les plus précieux de Dieu, ces dons se retirèrent de lui, il fut livré à son enduicissemenl, et Dieu choisit quelques njembres plus fidèles de ce malheureux peuple pour opérer les grands desseins de sa miséricorde parmi les gentils; et ce peuple, une fois en dehors de sa vocation, tombe lui-même dans les ténèbres, la justice de Dieu s'exerce contre lui à la pince de la miséricorde qu'il a rejelée. La justice le repousse comme peuple, mais la miséricoide reste aux individus qui en font partie, parce qu'ils sont les créatures de Dieu ; ils ont été rachetés par le Fils de Dieu et ils conservent toujours la volonté libre pour profiler de la miséricorde de Dieu.

Ces réflexions méritent de fixer l'atlenlion des hommes choisis de Dieu pour évangéliser, pour sanctifier les j)euples. La sainteté se manifeste, se communique à eux sous forme de miséricorde, mais d'une miséricorde immense pour eux et pour un grand nombre.

Dieu fait de leurs âmes un dépôt, un réservoir de sa roiséricorde . d'oii elle doit s'écouler dans les autres âmes et les remplir. Ses vues sur leurs âmes sont nécessairement des vues de piédiiection et de sainteté, comme celles qu'il avait sur le peuple juif. S'ils sont fidèles, s'ils reçoivent ces grâces abondâmes, ils se sanctifieront de plus en plus, et alors ayant répondu aux desseins de Dieu , ils sanctifieront un grand nombre. Mais, s'ils sont infidèles, il leur arrivera ce qui est arrivé au peuple juif; la sainleîé de Dieu deviendra pour eux une sainteté de justice, et sa prédilection se changera en répulsion ; Dieu les rejettera de sa face, ils perdront ses dons précieux et surabondants, et ne lui serviront pas d'instruments pour le salut des âmes. Cependant, ils ne doivent pas désespérei-, quand après un temps ils auront reconnu leur infidélité : d'abord parce que Dieu patiente avec ceux qu'il comble d'une prédilection spéciale; il agit à leur égard comme le divin Maître a agi à l'égard du peuple juif, il les traite selon leur faiblesse et attend leur retour. En deuxième lieu, si Dieu attend d'eux de grandes choses et qu'il ne les ait pas obtenues à cause de leur infidélité, il ne laissera pas de leur faire miséricorde quand ils reviendront à lui ; seulement celte communication de la sainteté de miséricorde sera moindre , parce qu'ils auront rejeté les premières communications qui étaient abondantes. Cependant, si l'infidélité a été grande, persévérante, les retours sont rares. Veillons donc et prions. — Revenons au texte.

Erant quidam geniiles. Les gentils qui demandent à voir Jésus sont en petit nombre, quidam; le temps de grâce pour la multitude des gentils n'était pas encore arrivé, il fallait que le peuple juif eût d'abord refuse la lumière.

Ex iis (jui ascenderant ut adorareiit in die fe.Uu. Ces genlils élaienl do ceux qui élaient sortis de l'abîme ténébreux de la perversion et de l'idolâtrie, ils se dirigeaient vers les hauteurs où la lumière divine brille ave(^ éclat, ascenderant ut adorarent. Tanl qu'on est plongé dans les ténèbres de l'erreur et dans l'abîme du péché et de la vie des sens, on n'a pas envie de voir Jésus ni de près ni de loin; ou est à peine capable de savoir que la lumière et la vie sont en Jésus pour nous être communiquées. Une âme que l'erreur environne par Tenllurc do l'orgueil, ou dont les avenues sont fermées par la voie des sens, n'est pas en état d'être touchée pur la grâce; pour se rapprocher de la lumière, il lui laut un coup extraordinaire qui l'arrache de son abîme. Pour s'approcher de Jésus, pour désirer de le voir, il faut une disposition préalable; il faut la bonne volonté au moins, qui consiste à ne pas aimer le péché, la vie des sens et l'orgueil, et à désirer bien faii'e ; c'était la disposition de ces gentils ; cette disposition étant une fois dans un homme, il parvient à voir Jésus, et le voyant il est éclairé et sanctifié par lui.

Ut adorarent in die festo. Ces bons gentils étaient de ceux qui reconnaissaient un seul Dieu et qui venaient prendre part à l'adoiation du peuple choisi , sans cependant être assujétis à toutes les observances de la loi. Ces gentils avaient tout naturellement un sentiment humble d'eux-mêmes, et se regardaient comme bien inférieurs à ceux qui appartenaient à un peuple choisi de Dieu, possédant ses saintes lois, ses traditions patriarcales et prophétiques. Ce désir d'adorer le Dieu d'Israël, dont la connaissance ne leur avait apparu encore que sous un voile obscur, devait naturellement leur donner aussi le désii de voir Celui qui renferme en lui la lumière

essentielle dans loiile sa splendeur; et ce senlinienî humble d'eux-ioèines était une banne disposition pour obtenir la faveur désirée.

Hi ergo accesserunt ad Philippum. Ce sont ces gentils, tels que vous les voyez avec ces dispositions, hi, qui se présentèrent à Philippe pour lui demander à voir Jésus, Les enfants d'Israël, sanctifiés par la loi et les piophètes, préparés par saint Jean-Baptiste, pouvaient directement voir Jésus ; ils en avaient d'ailleurs reçu le droit par les pronjesses faites à leurs ancêtres ; les gentils ne devaient se présenter que par l'intermédiaire des enfants d'Israël, qui étaient destinés à devenir un peuple d'apôtres.

Nos gentils entrèrent dans les vues de Dieu par le sentiment humble d'eux-mêmes; ils n'osèrent se présenter eux-mêmes et s'adressèrent à Pliiiippe. (jui crat a Bellisaïda, (*) ce qui signifie la maison de la pêche.

Les gentils devaient arriver à Jésus par les pêcheurs d'hommes, c'est-à-dire par les apôtres. Leur arrivée était une des premières annonces de la grande et miraculeuse pêche qui devait se faire plus tard. On voit que c'est là Timpression qui s'est produite sur saint Philippe et sur saint André.

l'olumus JesiDii videre. I^auvres gentils, ils n'osent pas demander davantage; il leur suffit de le voir. Ils ont bien raison , il suffit de voir Jésus pour être transporté de joie et de bonheur, pour être consumé de son divin amour, pour être sanctifié par sa sainte présence. C'est un grand bonheur pour ces pauvres gentils de voir Jésus; mais que serait-^ce d'entendre sa (bvine voix, d'écouter sa sainte doctrine, de rencontrer son regard d'amour et

(•) Belhsaïde signifie maison de chassé et maison de pèche. Ici, il faut prendre la dernière signification qui est plus probable. Cet endroit était l'habitation des pécheurssur le bord du lac. N'oir d'ailleurs Chap. V. Probatica pitrina quœ rngnnminafur Uflhsaïda. ( note du V. P. )

(le complaisance, d'êlre fortitié el animé par sa divine parole, d'èlre éclairé, échauiré, dirigé par son adorable Inmiènr?

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