‹ Commentaire sur l'ExodeChapitre 17 sur 45 · Allusion à · texte numérisé non relu

Allusion à

14. « Loué avec tremblement. » En hébreu il ya: « redoutable en louanges. » Le poëte veut dire que, même en célébrant les louanges de Dieu, on doit être pénétré d’une crainte respectueuse.

15. La « sainte demeure » de l'Eternel est la montagne de Sion. (Comp. Ps. 78 : 54.)

14-16. L’accomplissement se voit Nomb. 22 : 3; Deut. 2:95; Jos. 2 : 9, 10. — « La Philistie » (voy. explication de Gen, 10 : 14). — « Le pays d’Edom » (Idumée), pays montagneux au sud de la Mer Morte. — « Moab. » Ce territoire était à l’orient de la même mer. (Voy. Gen. 19 :37, 38.)

17. La comparaison du peuple d'Israël avec une plante se retrouve Ps. 44 : 3 ; 80 : 9. — D’après le contexte la « montagne de l'Eternel » est la montagne de Sion où le temple fut élevé ; voy. vers. 13.

19. Quelques commentateurs, comme Keil et Gerlach, pensent que ce verset n’appartient plus au cantique, auquel il est pourtant rattaché dans le texte hébreu ; il est aussi à remarquer qu'il est étroitement lié au précédent par la conjonction « car. »

20, 21. Sous l’ancienne alliance 1l y a plusieurs exemples de femmes qui possédaient des dons prophétiques ; ainsi Jug. 4: 4 ; I Sam. 1 : 28. Le mot « prophète » a été expliqué à l’occasion de 7:14. — « Tambourin, » instrument de musique, formé d’un disque en peau, encore usité dans l'Orient, en Espagne, etc. Il faut traduire : « les femmes la suivirent avec des tambourins et des danses. » Ces « danses, » dont il est parlé quelquefois dans l’Ecriture comme accompagnant des cérémonies religieuses, étaient probablement assez semblables à des processions ; elles devaient exprimer l'allégresse, la reconnaissance envers le sunrême bienfaiteur ; voy. [ Sam. 18 : 6 ; 21 : 11. — Au verset 21 il faut traduire « Marie, à leur tête chantait » (littéralement : « Marie proclamait pour elles »), c’est-à-dire qu’elle entonnait le refrain que les femmes chantaient avec elle.

Chap. XV, 22-27; XVI, XVII, XVII.

$ 1. De la mer Rouge au désert de Sin.

22. Après avoir passé la Mer Rouge, les Israélites marchèrent pendant un certain temps parallèlement à cette mer, se dirigeant vers le sud-est, et ils eurent d’abord à traverser le désert de « Sur » qui s’appelait aussi « désert d’'Etham. » (Nomb. 33 : 8.) (Sur sa situation voir dans mon Commentaire ‘sur la Genèse l'explication de Gen. 16 : 7.)

93. « Mara, » nommé au commencement du verset par anticipation, est, à ce qu’on croit, le lieu nommé aujourd’hui « Howara, » à environ deux journées au sud de Suez ; on y trouve encore des eaux amères et salées. Mara signifie : amertume.

24. Les Israélites n’avaient sans doute pas oublié la grande délivrance qui venait d’avoir lieu, mais ils ne savaient pas appliquer les promesses à des épreuves comparativement légères. Souvent nous agissons de même,

25, 26. On ignore quel était ce bois, mais il faut reconnaître encore ici un fait miraculeux. Ge n’est pas arbitrairement que les Pères de l'Eglise y ont vu un type de la croix de Jésus-Christ, qui par là même qu’elle guérit le mal principal de l'humanité, apporte de l’adoucissement à tous Îles autres. — Il ne peut guères être question de lois particulièéres données dans ce lieu (elles le furent toutes auprès du Sinaï). Ces paroles « il lui donna un statut et une loi » signifient probablement que Dieu prit occasion des murmures des Israélites à Mara pour leur rappeler d’une manière générale l’obligation de se confier en lui entièrement et de lui obéir en toutes choses ; c’est à cette condition-là qu'ils pouvaient compter sur la continuation de son secours et sur l’ac-

r "A8 EXODE XV.

complissement de ses promesses. — « Il l’éprouva » par ces exhortations mêmes. — Cette magnifique promesse : « Je suis l'Eternel qui te guérit » doit être entendue dans le sens le plus large, comme s’appliquant au physique et au moral.

927. On pense assez généralement que le lieu nommé « Elim » se trouvait dans une vallée riante et fertile, nommée aujourd'hui Wadi Garandel, à deux lieues et demie au sud de Howara (Mara) ; on y voit encore des palmiers (dattiers) en grand nombre et des sources. Les Israélites passérent de Mara à Elim ; c’est ainsi que, dans la vie, Dieu fait succéder les joies et les consolations aux épreuves. Nonseulement ils trouvèrent à Elim un lieu de repos, de frais ombrages, des fruits savoureux et de l’eau pure pour restaurer leurs forces, mais Dieu avait disposé les choses de manière à leur faire trouver un gage de sa bienveillance dans le nombre même des sources et des palmiers. Douze et soiæante-dix sont en effet deux nombres dont la valeur symbolique est bien constatée. (Voy. sur ce sujet mon Commentaire sur la Genèse à l’occasion de Gen. 7 : 2.) Douze résulte de la multiplication de 3 par 4; or 3 étant le symbole de la Divinité (Trinité dans l’unité), et 4 le symbole du monde, on peut en inférer que 12 représente ceux des hommes du monde au milieu desquels Dieu habite d’une façon particulière, en d’autres termes, le peuple de Dieu. (Aussi nous voyons 12 fils de Jacob, 12 tribus, et sous la nouvelle alliance 12 apôtres ; nous retrouvons encore ce chiffre dans celui des portes de la nouvelle Jérusalem. Apoc. 21 : 12.) — Quant au chiffre 70 qui est formé par la multiplication de 7, symbole de la bénédiction divine, par 19, symbole de la perfection (voy. les preuves dans mon Commentaire sur la Genèse, p. 65, 66), il représente probablement une abondance de bénédictions, une extension du peuple de Dieu et de son royaume ; c'est pourquoi les anciens que Moïse se donne pour coadjuteurs dans le gouvernement d'Israël sont au nombre de 70 (Nomb. 11 : 16), de même les disciples auxquels notre Seigneur confie une première mission. (Luc 10 : 1.) Comp. aussi 1 : 5 et dans mon Commentaire sur la Genèse l'explication de Gen. 46 : 27.

CAP, XVI. — 1. Le « désert de Sin » occupe un espace considérable sur la côte orientale de la Mer Rouge, dans la direction du nord-ouest au sud-est. — Il s’était écoulé déjà un mois depuis la sortie d'Egypte ; des haltes plus ou moins longues avaient eu lieu dans les différentes stations ; il y eut aussi entre Elim et le désert de Sin une station qui n’est pas indiquée ici, mais qui l’est dans Nomb. 33 : 10. Nous disons que l’on mit wn mois depuis l'Egypte au désert de Sin; en effet, le « second mois » dont il est ici question, était le second mois de l’année (religieuse), le mois nommé Yvar qui succédait au Nisan. C’est ainsi que ce verset est expliqué par la tradition Juive. Il ne s’agit donc pas, comme on pourrait le croire au premier abord, du second mois à dater de la sorhie, Ce qui donnerait jusqu’à l’arrivée au désert de Sin un espace de six semaines. D'ailleurs on doit bien compter une vingtaine de jours pour les événements racontés dans ce chapitre et les trois suivants comme ayant eu lieu antérieurement à la promulgation de la loi. Comp. l'indication chronologique de 19 : 1.

$ 2. Envoi de la manne.

(Chap 16 : 2-36.)

2, 3. Les provisions emportées d'Egypte étaient sans doute épuisées et la contrée dans laquelle les Israélites étaient arrivés, n’offrant plus de ressources en fait d'aliments, ils recommencent à murmurer. Au lieu d'attendre avec confiance et patience le secours d’en haut, ils se livrent aux plaintes les plus extravagantes. Et nous aussi, dans nos détresses, nous nous montrons souvent ingrats envers Dieu, injustes envers nos meilleurs amis, animés des désirs les plus insensés |

4-8. Dieu « éprouve » les hommes quand il les place dans une position où ils ont le choix entre l’obéissance et la désobéissance. Dans ce cas particulier l’obéissance consistait à se conformer exactement aux ordres («ma loi ») queDieu donna sur la manière de recueillir la manne (vers. 5, 16, 20, 95, 26). — Ce nouveau miracle, aussi bien que tous ceux dont

ils furent les objets pendant le voyage, fut pour les Israélites comme une continuation de la première délivrance et une preuve que cette délivrance avait été véritablement une œuvre divine. Tel est le sens du verset 6. Chaque expérience nouvelle que nous faisons de la bonté de Dieu tend à affermir notre foi. — La « gloire de Dieu » (vers. 7) devait être manifestée par l'envoi de la manne. — C’est avec raison que les murmures du peuple contre ses conducteurs sont représentés comme proférés contre Dieu lui-même.

9, 40. Ces versets signifient probablement que les Israélites, sur l’invitation d’Aaron, se rassemblèrent près de la nuée (c'était « s'approcher de la face de l'Eternel, » puisque Dieu y était présent d'une façon particulière, comp. 43 : 21) et qu’alors elle brilla d’un éclat extraordinaire. Mais cette « gloire de l'Eternel qui se montra dans la nuée, » n’était qu’un signe avant-coureur de celle dont il est question au verset 7 et qui se montra le lendemain par l’envoi de la manne.

11, 19. On peut supposer que ce fut pendant qu’Aaron parlait au peuple que Moïse reçut de Dieu cette nouvelle révélation, dans laquelle le moment de l’envoi de la viande fut précisé. — « Entre les deux vêpres, » expliqué à l’occasion de 12 : 6.

13, 14. Des passages considérables de cailles se voient sans doute en Arabie, en Egypte ; mais leur arrivée en assez grande quantité pour nourrir tout un peuple était évidemment un fait extraordinaire, un miracle. (Comp. Ps. 78 : 27.) — Au verset 14 il faut traduire : « Lorsque la couche de rosée fut dissipée, voici sur le sol du désert quelque chose de menu et de floconneux, menu comme le givre sur la terre.» C’est à tort que nos versions disent menu et rond'.La manne était une substance granuleuse, blanche, nourrissante et d’un goût agréable (comp. vers. 31). On a voulu enlever à cet événement son caractère miraculeux ; on a prétendu que cette manne n’était autre chose que la résine également connue sous ce nom, qui se recueille sur un arbrissau de la presqu’ile du Sinaï. Mais, la manne ordinaire n’est point as-

4 L'expression « floconneux » (Wogue) nous paraît heureuse. D’autres versions portent : «granuleux, concassé, » ce qui donne à peu près la même idée.

sez abondante pour suffire à plus de 2 millions d'hommes ; d’ailleurs elle est plutôt une substance médicinale qu’un aliment. Comment enfin, si c’eût été une production naturelle, expliquer le fait qu'il n’y en avait point à recueillir le jour du sabbat? (vers. 27). L’historien sacré la représente évidemment comme un aliment surnaturel, venant directement du ciel et c’est parce que la manne portait ce caractère que notre Seigneur à pu prendre occasion de son envoi pour $e nommer lui-même le « pain descendu du ciel » (Jean 6 : 50), et pour enseigner que le croyant trouve dans sa personne, dans sa chair donnée pour la vie du monde, une nourritnre pour son âme, un aliment qui donne la vie éternelle. (Jean 6 : 91-51.) Enfin le récit de ce miracle doit être complété par ce que nous lisons dans I Cor. 10 : 3, où St. Paul nomme la manne un « aliment spirituel, » par où il entend non-seulement qu’elle était une figure du véritable pain de vie, mais encore que Dieu en usait comme d’un moyen pour fortifier la foi des Israélites, pour leur certifier son amour et pour entretenir aussi chez eux la vie de l'âme aussi bien que celle du corps. Ces paroles de l’apôtre établissent par là même un rapport typique entre la manne et le saint sacrement de l’autel, de même qu’il y en a un entre le passage de la Mer Rouge et le saint baptême. (Voy. explication de 14 ; 21, 22.)

15, 16. Pour bien comprendre le rapport de ce verset avec le verset 31, il faut savoir que la question‘ des Israélites : « Qu'est ceci ? » s’exprimait en hébreu par les mots : « MAN hou, » c’est pourquoi ils donnèrent le nom de MANNE à cette substance toute nouvelle pour eux. Moïse leur répond que c’est là le « pain » dont il leur avait promis l'apparition (vers. 8). — « Homer, » mesure qui correspondait à peu près à une livre.

47, 18. L’explication la plus naturelle de ces versets est celle des rabbins et des Pères de l’Eglise, qui y voient une dispensation miraculeuse, consistant en ce que la manne re-

4 Nous disons la question; c’est avec raison que les paroles du peuple sont ainsi rendues par l'immense majorité des traducteurs. En effet il est dit ensuite: « car ils ne savaient pas ce que c'était. » Cette traduction est beaucoup plus naturelle que celle adoptée par Kimchi et un ou deux commentateurs modernes : « C’est un don. »

cueillie, que ce fût peu ou beaucoup, se trouvait être toujours, quand on la mesurait, d’un homer par tête. Ce miraele ne devait pas autoriser la paresse ou la négligence-chez les Israélites ; il avait lieu en vue des inégalités dans la provision qui pouvaient résulter de circonstances indépendantes de leur volonté (faiblesse, maladie, etc.). Nous ne pouvons pas compter maintenant sur de pareils miracles; c’est à la charité qu’il appartient d'établir une sorte d'égalité entre riches et pauvres, et c’est la leçon que St. Paul veut tirer de ce passage qu’il cite dans IT Cor. 8 : 15.

49-91. Les Israélites devaient apprendre à se confier en Dieu jour après jour, et à compter sur sa promesse, sans s'inquiéter du lendemain. (Comp. Math. 6 : 34.)

29, 93. Les « princes (ou «principaux ») de l’assemblée » (vers. 22) n'étaient probablement pas les mêmes personnes que les « anciens » (voy. 3 : 16). Le mot « anciens » (en hébreu le même que « vieillards ») désignait une charge, une magistrature. Les « princes » possédaient une dignité inhérente à leur naissance ; c’étaient probablement les chefs des tribus ; ils formaient une sorte de noblesse, d’aristocratie. — « C’est ce que l'Eternel a dit » (vers. 23); Moïse avait déjà reçu de Dieu des instructions à ce sujet, mais c’est seulement alors qu’il les communiqua au peuple (par l’organe des princes). — Le verset 23 n’est pas favorable à l’opinion de quelques commentateurs qui pensent que la loi du sabbat n’avait pas été donnée à l’homme dès le commencement du monde et qu’elle était inconnue aux nombreuses générations qui se sont succédé depuis Adam jusqu’à Moïse. En effet, Moise parle ici du sabbat comme d’une institution déjà connue, respectée, et sur laquelle il n’était pas nécessaire de donner des explications ; il dit simplement : « C’est demain le repos, le sabbat saint à l'Eternel » (consacré à l'Eternel, appartenant à l'Eternel). A l’ouie de ces paroles les Israélites ne montrent aucune surprise, ils ne font aucune question, aucune objection, ce qui eût probablement eu lieu s’il se fut agi d’un commandement nouveau pour eux. (Voir dans mon Commentaire sur la Genèse l'explication de Gen. 2: 3.) — Il paraît que la manne se préparait de deux manières ; on pouvait la « cuire » (au four), ou bien la « bouillir. »

24-30. Les conséquences de l’obéissance des uns à la loi du sabbat et de la désobéissance des autres, se reproduisent constamment dans l’histoire du monde, sous la nouvelle alliance aussi bien que sous l’ancienne. Aucun travail accompli le jour du sabbat n’est accompagné de la bénédiction de Dieu. — Au verset 29 remarquons l'expression : « Considérez que l’Eterne]l vous à DONXÉ (plus littéral que « ordonné, établi » de nos versions) le sabbat ! » ; on voit que le repos du septième jour est pour l'homme non pas une charge, mais un bienfait, un privilége, un don de Dieu. — Au verset 30 il faut traduire comme la plupart des versions : « le peuple se reposa, » non: « le peuple se reposera » (Martin). En effet ce verset ne fait pas partie de l’allocution de l’Eternel, il énonce le fait que le peuple en grande majorité se montra obéissant.

31. Voir l'explication du verset 15. — « Coriandre, » plante de la famille des ombellifères, dont la graine est d’un goût agréable. Cette graine r’étant pas blanche, il faut admettre que la ressemblance ne consistait que dans ja forme.

32-36. Dieu voulut instituer un mémorial de cette merveilleuse dispensation. — Cette urne contenant la manne fut (plus tard) placée « devant l'Eternel, » dans le lieu auquel Dieu avait attaché sa présence et sa grâce d’une façon particulière, « devant le témoignage, » c’est-à-dire devant les tables de la loi dans le lieu très saint. La « loi » est fréquemment appelée « le témoignage, » parce que c’est par elle que Dieu a déclaré sa volonté; voy. Ps. 19 : 7. D’après la tradition juive, à laquelle St. Paul s’est conformé dans l'épitre aux Hébreux (9 : 4), l’'urne fut placée dans l'arche même.— Le verset 35 n’oblige pas à admettre que les Israélites n’usérent d'aucune autre nourriture que la manne pendant ces quarante ans; les troupeaux qu’ils menaient avec eux (17 : 3), les productions des pays qu'ils traversaient, enfin les vivres qu'ils pouvaient se procurer à prix d'argent, étaient aussi une ressource; mais la manne était leur aliment principal, celui qui ne leur faisait jamais défaut. — « L'épha, » me-

1 « Considérez que l'Eternel vous a gratifiés du sabbat, » (Traduction du rabbin Wogue.)

sure dont la valeur est déterminée par celle de « l’homer » (vers. 16).

$ 8. Manque d’eau à Rephidim.

(Chap. 17 : 1-7.)

CHAP. XVII. — 1. « Suivant leurs stations, etc. » (Ost., Mart.) n’est pas aussi clair ni aussi exact que : « faisant leurs stations selon l’ordre de l'Eternel » (Perret- Gentil). — € Rephidim, » à l’est du désert de Sin, un peu au nord du Sinaï.

2. Pour rendre lénergie du premier verbe il faut dire : « Le peuple se révolta contre Moïse. » (Comp. vers. 7). — « Tenter l'Eternel, » expression qui se rencontre plusieurs fois dans l’Ecriture (Deut. 6 : 16 ; Ps. 78 : 18 ; 106 : 14, etc.), et qui signifie : mettre à l'épreuve la bonté et la patience de Dieu par notre incrédulité, nos murmures, notre désobéissance. (Voy., dans mon Commentaire sur les Psaumes, l’explication de Ps. 78 : 18.)

4. La position de Moïse dans cette circonstance était singulièrement difficile et dangereuse ; mais au lieu de perdre courage, il eut recours à la prière. Exemple pour ceux qui, étant appelés à gouverner un peuple, une famille, une maison, peuvent se trouver dans des positions semblables.

D, 6. Moïse devait se faire accompagner par un certain nombre d'anciens (voy. explication de 3 : 16), afin qu’il eût des témoins pour constater qu’il n’y avait point d’eau naturelle dans cet endroit et que le miracle ne püût pas être contesté. — « Rocher en Horeb ; » il s’agit probablement d’une saillie de la petite chaîne de sommités qui formaient le « Horeb, » dont la position a été indiquée à l’occasion de 8 : 1.— Le commencement du verset 6 paraît indiquer une manifestation de l'Eternel (en la personne de l’ange de l'Eternel), destinée à fortifier la foi de Moïse comme aussi à établir que lapparition de l’eau était une œuvre divine. — Dans le même morceau de la 1re épître aux Corinthiens, où St. Paul représente le passage de la Mer Rouge et l’envoi de la manne comme des types des grâces que nous possédons

sous la nouvelle alhance, il mentionne aussi l’eau sortant du rocher. « [ls ont tous bu d’un même breuvage spirituel, car ils buvaient du rocher spirituel qui les suivait, et le rocher était Christ. » (1 Cor. 10 : 4) Ce « rocher qui suivait » les Israëlites, c’est-à-dire qui les accompagnait, pourvoyarnt à tous leurs besoins, c'était (dans la pensée de l'apôtre) non un rocher matériel (comme l’ont supposé quelques rabbins), mais leur tout puissant protecteur, c'était l'Eternel] lui-même, qui ailleurs encore est appelé « le Rocher. » (Deut. 32 : 51 ; Ps. 18 : 9, etc.) A cette époque Dieu ne s’était pas encore manifesté en la personne du Fils, mais St Paul écrivant pour ses lecteurs dont toutes les croyances se rattachaient à la doctrine de l’incarnation, aimait à représenter notre divin Sauveur comme le dispensateur de tous les biens et comme l’auteur de l’œuvre de miséricorde accomplie en faveur du peuple de l’ancienne alliance. C’est aussi de celte manière qu’un Père de l’Eglise, St Chrysostome, explique les paroles de l’apôtre. « Remarquons la sagesse de St. Paul qui représente Jésus-Christ comme le donateur des deux choses et qui ainsi met le type dans la relation la plus étroite avec la chose signifiée. Car, dit-il, celui qui leur donna l’une des choses nous a aussi préparé celte table ; celui qui a conduit les Israëlites à travers la mer, t’a aussi fait passer par le baptême ; à ceux-là il a donné la manne et l’eau, à toi son corps et son sang. » Sila manne préfigurait plus particulièrement le corps du Seigneur qui nous est présenté dans la sainte Cène, l’eau peut être considérée comme préfigurant son sang qui nous y est également distribué. (Comp. aussi Jean 4 : 10 ; 7 : 38.)

7. « Massa » signifie : fentalion , et « Meriba » signifie : révolte. Ce dernier mot est dérivé du verbe (r1b) par lequel commence le verset 2. On employa probablement tantôt l’un, tantôt l’autre de ces noms.

$ 4. Combat contre les Amalékites.

(Chap. 17 : 8-16.)

8. Les Amalékites habitaient un assez vaste territoire au nord du Sinaï ; ils descendaient d’un petit-fils d'Esaü, et s'ils sont déjà nommés dans Gen. 14 : 7, c’est sans doute par une de ces anticipations qui ne sont pas rares dans les compositions historiques. (Voy. explication de Gen. 36 : 19.)

r 4 re

9. Josué était l’un des princes de la tribu d’Ephraim. En lui confiant une mission importante, Moïse le préparait à devepir un jour son successeur. Son premier nom Üsée (secours) fut transformé en celui plus significatif de Josué (l'Eternel est le secours.) Voy. Nomb. 13 : 17.

10. « Hur » appartenait à la tribu de Juda (1 Chron. 2 : 18- 20) ; la tradition en fait un proche parent de Marie la prophétesse, suivant les uns son mari, suivant d’autres son on cle. — « Sommet du coteau, » probablement un plateau au nord-est de l'Horeb.

41, 12. Moïse priait sans doute en même temps qu'il élevait ce bâton qui déjà tant de fois (et encore récemment, comp. 9 et 6) avait été l'instrument de la puissance divine ; pendant ce temps Josué et les Israélites combattaient corps à corps avec l'ennemi. Il en doit être de même dans la vie; il faut tout à la fois prier et agir ; la victoire n’est qu'à ce prix. « Les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent. » (Bossuet.) — L'assistance qu’Aaron et Hur prêtaient à Moïse est une frappante image des bénédictions assurées à l’union fraternelle et à l’exercice de Ja charité. — Dans les versets 8, 10, 11, 13 on pourrait prendre « Amalek » comme le nom du peuple (les Amalékites) ; mais comme ici il est question d’Amalek et de son peuple, on doit supposer qu'Amalek était le titre porté par les rois des Amalékites, comme Pharaon était celui des rois d'Egypte.

14. L’exécution de cette sentence se voit 1 Sam. 15 : 2. — Ce «livre » était probablement le Pentateuque, dont une partie était déjà composée ; ce qui montre qu'il s’agit d’un livre déterminé, bien connu, c’est qu'il y à l’article ; il faut traduire : « dans Le livre » (Perret-Gentil, Version de Lausanne) et non : « dans un livre » (Osterwald, Martin).

15. « L’autel » servit peut-être d’abord à un sacrifice d’actions de grâces pour cette nouvelle délivrance ; puis il resta comme mémorial de événement. Le nom donné à l’autel exprimait que c'était sous la direction de l'Eternel et par son secours que la victoire avait été remportée. C’est aussi la devise du fidèle dans tous ses combats : L’'ÉTERNEL MA BANNIÈRE.

16. Les versions divergent assez dans la manière dont elles rendent ce verset, très concis dans l’hébreu. Il y a littéra-

VOYAGE DE LA MER ROUGE AU SINAI. o1

lement : « Parce que la main sur le trône de l'Eternel, guerre de l'Eternel contre Amalek de génération en génération. » La plupart des commentateurs, ainsique Martin, Osterwald et la nouvelle version de Lausanne, traduisent ainsi : « Parce que la main d’Amalek a été levée contre le trône de l’Eternel, il ÿ aura guerre de l'Eternel contre Amalek à toujours. » Mais si Moïse avait voulu exprimer cette idée, le nom d’Amalek aurait probablement été placé dans le premier membre de phrase. Il serait aussi un peu étrange que l’entreprise des Amalékites contre les Israélites fût qualifiée d’assaut contre ie trône de l’Eternel (c’est-à-dire contre l'Eternel lui-même), les premiers ignorant probablement à cette époque que les seconds étaient d’une façon particulière le peuple de l'Eternel et sous sa protection. Perret-Gentil à traduit, comme De Wette, en partant de la supposition que l’on doit dans le texte hébreu mettre « bannière » au lieu de « trône, »etiltraduit : (La main à la bannière de l'Eternel! guerre de l'Eternel contre Amalek d'âge en âge. » Il est vrai qu’en hébreu les mots qui signifient bannière et trône ne diffèrent que par la premiére lettre ( nes et Les), mais le respect que l’on doit au texte sacré interdit des corrections aussi arbitraires. L’explication la plus naturelle nous paraît celle qui consiste à traduire à peu près comme le fait la version anglaise : « Parce que PEternel à juré sur son trône, il y aura guerre de PEternel contre Amalek d'âge en âge. » On sait en effet que « lever la main » exprimait l’idée de serment (Gen. 14 : 29). La première partie du verset Se rattacherait ainsi au verset 14.

$ 5. Entrevue de Moïse avec Jéthro.

(Chap. 18.)

CAP. XVII. — 1-6. Cette entrevue eut lieu encore à Réphidim ou près de Ià (voy. vers. 5). On peut supposer que Moïse, lors de son retour en Egypte, avait renvoyé sa femme et ses enfants dans le pays de Madian, afin de ne pas les exposer à tous les dangers qu’il avait en perspective ; mais les circonstances ayant changé, cette séparation devait cesser. —- Sur Jéthro voy. explication de 2 : 18. Il avait lors de ses premières relations avec Moïse, déjà quelque connaissance

Fe EXODE XVII.

du vrai Dieu (voy. explication de 2 : 16), mais dès lors sa foi s'était affermie à l’ouie des choses merveilleuses que l’Eternel avait opérées en faveur de son peuple (voy. vers. 11). Nous pouvons retirer le même avantage de l’étude de lhistoire sainte et de l’histoire ecclésiastique. — Sur les fils de Moïse voy. 4 : 20. La signification du nom de l’ainé avait déjà été expliquée (dans 2 : 22); celle du nom du cadet Fest ici. « Elihézer » signifie : « Mon Dieu est secours » ; les paroles dans lesquelles Moïse développe sa pensée, «car le Dieu de mon père a été mon secours etil m'a délivrédel'épée de Pharaon » avaient un caractère prophétique, puisque lorsde la naissance d’'Elihézer la délivrance n’était pas encoreaccomplie. — « Montagne de Dieu, » expliqué à l’occasion de 3:41. Réphidim où les Israélites étaient alors campés, était près du Sinaï ; C'est pourquoi l'historien s'exprime comme il le fait à la fin du verset 5. 7, 8. Exemple touchant des égards à observer dans les relations de famille ; Moïse, le conducteur d'Israël, le prophète de l'Eternel, ne manque pas de « se prosterner » devant son beau-père, conformément aux usages des Orientaux. — « La tente, » celle de Moïse.

9-12. Au verset 11 il faut traduire : « Gar dans ce dont ils s’enorguellissaient (savoir, toutes les mesures prises pour opprimer et anéantir le peuple d'Israël), il a été plus fort qu'eux » (littéralement : (au-dessus d'eux » ). Le plus simple est de considérer cette seconde partie du verset comme se rapportant au même sujet que la première, c'est-à-dire aux faux dieux. Jéthro seles représente ici comme protecteurs des Egyptiens et comme les promoteurs de toutes les persécutions contre le peuple de Dieu. Cette idée reposait d’ailleurs sur un fait. (Au sujet de l’action des démons au sein du paganisme voy. l'explication de 7 : 11 : 12 : 12.) — Le verset 42 nous montre le pieux Jéthro donnant essor, par un sacrifice solennel, aux sentiments d’humble gratitude dont son cœur est rempli. Sur « holocauste » et « sacrifices » voy. l'explication de 10 : 25. Ces sacrifices furent offerts vraisemblablement par Jéthro lui-même. Un repas fraternel et joyeux termine la cérémonie religieuse; ces repas (dans lesquels on consommait une partie des victimes) furent réglés plus tard par la loi, mais ils étaient depuis longtemps en usage ; ils

étaient à la fois un lien entre les membres du peuple de Dieu et un symbole de leur participation bien réelle aux grâces que l’on recherchait par le moyen des sacrifices, pardon et assurance de la faveur de Dieu. C’est ainsi que, dans Ja sainte Cène, le pain sacré doit être non-seulement contemplé par les fidèles, mais mangé.— Les mots « en la présence de Dieu » indiquent le lieu où l’on offrait les sacrifices.

13-16. L’arrivée de Jéthro, événement réjouissant pour Moïse, devait aussi avoir des conséquences importantes pour le peuple entier. Jéthro, homme sage et expérimenté, ne tarde pas à découvrir que Moïse ne pourrait suffire à la longue à ses fonctions de juge et de législateur et qu’il devait nécessairement se procurer des aides. Moïse s’empressa de suivre cet avis: déférence que nous devons avoir pour les conseils de l’âge et de l’expérience. Dans l'Eglise comme dans la société civile, la division du travail est voulue de Dieu ; il y a diversité de dons, de facultés et d'emplois. Nous ne devons pas, par orgueil et présomption, repousser les secours et appuis qui S’offrent à nous providentiellement. (Comp. [ Cor. 49 : 21.) — « S’enquérir de Dieu, » c’est-àdire de sa volonté, pour apprendre ce qui est bon et juste à ses yeux. — Moïse, en sa qualité de prophète (Deut. 18 : 18), possédait toutes les lumières nécessaires pour prononcer dans chaque cas (vers. 16).

17-23. Au commencement du verset 18 le verbe est redoublé (littéralement : « s’épuiser, tu t’épuiseras ») pour exprimer l’entier épuisement : « Tu t’épuiseras complétement. » — Au verset 19 il faut traduire : « Maintenant écoute ma Voix ; je te conseillerai et que Dieu soit avec toi! (c’est-à-dire : qu'il aide dans l’exécution). Représente le peuple (littéralement : sois le peuple) auprès de Dieu et porte les affaires à Dieu. » — Au verset 21 l'expression « hommes vertueux » (Ost., Mart.) n’est pas exacte ; « hommes capables » (Perret- Gentil) rend mieux l’idée ; il y a en hébreu « hommes de force » (force intellectuelle et morale). — « Hommes véritables » (Ost., Mart.) doit être également remplacé par « hommes amis de la vérité » ou «sûrs. » — Au verset 93 il faut traduire : « Si tu fais cela, Dieu te donnera des ordres, etc. »

24-27. Nous voyons par Deut. 1 : 13-15 que le peuple luimême désigna ces nouveaux magistrats au choix de Moïse.

Chap. XIX-XL.

$ 1. Le peuple préparé à recevoir la Loi.

(Chap. 19.)

CHaP. XIX. — 1, 2. Le 4er verset doit se traduire : « Au troisième mois après le départ des enfants d'Israël du pays d'Egypte, en ce même jour, ils arrivèrent au désert de Sinaï. » Il est très probable que l’expression « ce même jour » doit indiquer le premier jour du 3%e mois. Aussi la traduction d'Osterwald et Martin est juste pour le fond, quoique trop libre dans la forme. D’autres traducteurs (par exemple Sacy) entendent par : « ce même jour, » le éroisième jour du trorsième mois ; mais si l’auteur sacré avait voulu indiquer cette date, il l'aurait sans doute fait plus clairement. Il s’était donc écoulé une quinzaine de jours depuis l’arrivée au désert de Sin, mentionnée 16 : 4. Le troisième mois dont il s’agit ici, c’est le mois de Sirvan, le troisième mois de l’année religieuse ; les mots « depuis le départ des enfants d'Israël du pays d'Egypte » indiquent seulement d’une manière générale le mois dans lequel la sortie eut lieu. On sait en effet que les mois se comptaient en prenant pour point de départ non pas le 15me, mais le 1er jour du mois de la sortie (Nisan). De plus il faut remarquer que les mois des Hébreux étaient des mois lunaires (de 28 jours). On peut ainsi calculer que l’arrivée au désert du Sinaï eut lieu environ le 48me jour après la sortie d'Egypte, ce qui s’accorde avec la tradition juive, d’après laquelle la loi fut promulguée le 6me jour du 3me

mois, 90 jours après la sortie. On peut en effet supposer qu’il s'écoula 3 à 4 jours depuis le moment de l’arrivée jusqu’à celui où Moïse commanda au peuple de se tenir prêt pour le troisième jour (vers. 15). - L’Horeb ou Sinaï forme, comme nous l’avons déjà dit, un groupe de montagnes, dont la sommité centrale porte encore aujourd’hui dans la contrée le nom de « montagne de Moïse » (Gebel Mousa). Tout porte à regarder comme bien fondée la tradition très ancienne d’après laquelle cette montagne est en effet celle où Moïse reçut la loi; c’est l’opinion du célèbre géographe Ritter et des voyageurs Laborde et Strauss. Au sud-est de cette cime s'étend une plaine, celle de Sebayeh, dans laquelle le peuple avait suffisamment d'espace pour s'établir pendant ce séjour qui dura une année. |

3-6. Une fois le peuple d'Israël délivré du joug étranger, le moment était venu où ses relations avec son Dieu devaient être proclamées par une alliance solennelle et réglées par un code destiné à compléter la loi naturelle (gravée dans la conscience de chaque homme) et les institutions peu nombreuses (sacrifices, sabbat, etc.) qui appartenaient à la révélation primitive conservée de père en fils chez les descendants d'Abraham. — Moïse commence par rappeler aux Israélites les bienfaits de Dieu, avant de leur donner des commandements (vers. 4). En effet, dans toutes les dispensations de Dieu envers les hommes, dans l’ancienne alliance comme dans Ja nouvelle, c’est toujours DIEU QUI NOUS PRÉVIENT, Dieu qui nous cherche avant que nous Payons cherché, Dieu qui « nous aime le premier » ([ Jean 4: 19). Toute alliance de Dieu avec les hommes à pour point de départ des bienfaits et des promesses qui doivent gagner le cœur de l’homme et le disposer à l’obéissance. C’est à ce principe de la grâce prévenante que se rattachent la circoncision et le baptême des enfants. Comp. le passage de l’épître aux Galates où Papôtre fait remarquer que la loi a été précédée par la promesse. (Gal. 3 : 17-19.) — « Portés sur des ailes d’aigle, » allusion aux soins touchants de l'aigle pour ses petits ; il les porte sur ses ailes lorsqu'ils commencent à voler ; comp. Deut. 32 : 11. — « Amenés vers moi, » c’est-à-dire, dans un lieu où les Israélites pouvaient servir Dieu en toute liberté,

contempler les signes de sa présence et apprendre à le connaître plus complétement. — « L'alliance » (vers. 5) n’était point un fait entièrement nouveau, mais la continuation et la conséquence de celle que Dieu avait traitée avec Abraham (voy. Gen. 12 : 1-3 ; 17 :2). — Nos versions ne rendent pas assez énergiquement le mot hébreu (segoula) qui signifie Ctrésor, joyau, propriété très précieuse. » — La fin du verset 9 doit se traduire « car toute la terre m’appartient, » paroles destinées à constater le droit que Dieu possède sur tous les peuples, et qui font pressentir qu’Il recevra un jour dans son alliance les autres peuples (vocation des Gentils), ainsi que l’Eternel l’avait déjà annoncé à Abraham (Gen. 12 : 1-5). C’est pourquoi St. Pierre était autorisé à appliquer aux fidèles de la nouvelle alliance cette déclaration divine relative aux priviléges et aux devoirs de l’ancien peuple de Dieu (I Pier. 2 : 9). — Le verset 6 doit se traduire : « Et vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » Le rabbin Wogue traduit : « Vous serez pour moi une dynastie de pontifes et une nation consacrée, » et 1l donne cette explication qui s’accorde avec la nôtre : «Tous les hommes doivent m’adorer, mais c’est vous que je charge de le leur apprendre et de me servir spécialement. Ce passage est extrêmement important : il contient toute la destinée et toute la mission d'Israël. » Les Israélites devaïent être « un royaume ; » ce qui signifiait non-seulement qu'ils devaient vivre en paix, en bon ordre, soumis aux lois de leur roi (céleste), mais encore qu’ils devaient (comme ses sujets) avoir leur part de sa gloire et de sa puissance et exercer une sorte de domination sur les autres peuples de la terre (comp. Deut. 33 : 9; Nomb. 24 :8, 17) ; de plus ce royaume devait être composé de «prêtres, » cest-à-dire, que les enfants d'Israël devaient, chacun en particulier et dans leur ensemble comme peuple, exercer un sacerdoce, un ministère, être les uns à l’égard des autres et à l’égard des autres peuples, les représentants de Dieu, ses ambassadeurs, ses ministres, chargés d’enseigner, d'éclairer, d’amener les hommes à Dieu; ce que les « prêtres » proprement dits faisaient par des rites sacrés et des cérémonies, ils devaient l’accomplir par l'exemple d’une sainte vie et par des paroles instructives

et édifiantes. Le mot que nous traduisons par « prêtres » a été expliqué à l’occasion de 2 : 16. La nation entière devait être « sainte, » c’est-à-dire, séparée de tout mal, de toute souillure, reproduisant l’image du Dieu qui est la sainteté parfaite (Esa. 6 : 3). Nous aussi, peuple de la nouvelle alliance, nous sommes « rois et prêtres » (Apoc. 1 : 6) ; nous avons reçu en Jésus-Christ le droit de porter dès ici-bas ces titres glorieux et la force de remplir la mission qu'ils représentent, en attendant une autre économie où nous participerons plus complétement à sa royauté et à son sacerdoce. (Apoc. 1 : 6 ; 5 : 10 ; 20 : 4-6.)

7, 8. Poussés par un sentiment de reconnaissance et par le désir des biens excellents qui leur étaient proposés, les Israélites s’empressent de déclarer leur adhésion à l'alliance, mais ils n'étaient sans doute pas exempts de présomption, d'une trop grande confiance en leurs propres forces (tels sont fréquemment les engagements des catéchumènes).

9. Cette nuée et les autres phénomènes qui devaient précéder et accompagner la promu;gation de la loi, avaient pour but de confirmer la mission de Moïse, de l’accréditer comme envoyé de l’Eternel, enfin de donner au peuple une impression profonde de la grandeur de Dieu et de sa sainteté.

10-15. La promulgation de la loi qui allait s’accomplir, exigeait une préparation solennelle de la part du peuple, préparation dans laquelle les actes extérieurs (ablutions, abstinences, etc.) devaient à la fois représenter, préfigurer la purification du cœur et de la vie, et aider à l’accomplir. C’est ainsi que Jacob avait préparé sa maison à la veille d’un acte religieux important. Gen. 35 : 1-4. (Voy. dans mon Commentaire sur la Genèse l’explication de ce passage.) Nous approuvons complétement les réflexions suivantes d’un commentateur catholique : « Pourquoi les chrétiens qui se disposent à participer aux sacrements les plus saints ne se feraient-ils pas un point de religion de pareilles réserves ? » Toute espèce d’abstinence facilite la domination de l'esprit sur la chair et par là même les actes de dévotion et l’accomplissement des devoirs religieux. C’est aussi ce que nous enseigne un passage du nouveau Testament, peut-être peu remarqué : « Ne vous privez point l’un de l’autre, si ce n’est

8s rl EXODE XIX.

par consentement mutuel, pour un temps, afin de vaquer au jeûne et à la prière ({ Cor. 7 : 5). — « L’Eternel descendra, » c’est-à-dire, manifestera sa présence. Le dernier verbe du verset 12 est redoublé dans l’hébreu, afin d'exprimer la certitude du châtiment; il en est de même pour le second et le troisième verbe du verset suivant; ce sont des nuances que les versions ne reproduisent pas toujours. — Nos versions considèrent le pronom qui se trouve dans le premier membre de phrase du verset 13 comme se rapportant à la montagne ; mais On a un nexe plus naturel, en le rapportant, comme Sacy et Keil, au coupable qui doit être mis à mort; ceux qui étaient chargés de l'exécution ne devaient pas le faire mourir avec la main, parce qu'eux aussi n’osaient pas s'approcher de la montagne ; ils devaient demeurer à distance et le tuer à coups de pierres ou à coups de flèches. — Osterwald a bien traduit : « quand le cor se renforcera » (littéralement : se prolongera). Le cor était usité pour les convocations, à la guerre, etc. C’est le même instrument qui est nommé « trompette » au verset 19. Une fois le signal donné, Moïse et Aaron pourraient s'approcher de l’Eternel sur la montagne. C’est le sens de la fin du verset 13. (Comp. vers. 24.) — L’abstinence commandée à la fin du verset 15 était motivée par le fait que chez les Orientaux, les Egyptiens, etc. les rapports sexuels (même au sein d’une union légitime) étaient considérés comme plaçant l’homme momentanément dans un état de souillure, et cela probablement parce qu’on y rattachait l’idée de la transmission du péché. (Voy. l’explication au sujet de la circoncision dans mon Commentaire sur la Genèse, p. 128.)

16-19. La promulgation de la loi devait avoir lieu avec la plus grande solennité, afin de faire pressentir les terribles jugements qui atteindraient les transgresseurs. Heureux ceux qui ont trouvé en Jésus-Christ un sûr asile contre les droits de la justice divine et les exigences de la loi! (Rom. 8 : 1.) — Ce qui est dit que « l'Eternel descendit, » qu’il parla avec Moïse, etc. doit toujours s'entendre d’une manifestation de Dieu par l’intermédiaire de l’Ange de l'Eternel (sur lequel voy. l'explication de 3 : 1, 2). C’est ce qui est constaté par Act. 7:38. Mais il paraît que dans cette cir-

ALLIANCE DE DIEU AVEC ISRAEL. Le 89

constance si solennelle l’Ange de l’Eternel fut accompagné d’autres Anges qui eurent une part dans la promulgation de la loi; c’est pourquoi St. Etienne disait aux Juifs : « Vous avez reçu la loi par le ministère des Anges» (Act. 7 : 53). Voy. aussi Deut. 33 :2 ; Gal. 3 : 19 ; Hébr. 2 : 2. — Nos versions ont bien rendu la fin du verset 19 : « Dieu lui répondait par une voix. » Il s’agit d’un entretien de Moïse avec Dieu, dont le sujet n’est pas indiqué, mais qui se rapportait probablement à la promulgation prochaine de la loi. M. Perret- Gentil traduit : Dieu lui répondait dans le tonnerre. » Il à suivi explication de Rosenmüller, qui nous paraît peu naturelle, car la réponse divine devait être donnée en paroles distinctement articulées.

20-25. La montagne avait été entourée de barrières, mais en outre la défense d’y monter est expressément renouvelée au moment où l’acte le plus solennel qui ait eu lieu depuis la création de l’homme jusqu’à la crucifixion du Fils de Dieu allait s’y accomplir. — Les prêtres dont il est parlé au verset 22, étaient des prêtres provisoires, le sacerdoce régulier (dans la famille d’Aaron) n’étant pas encore institué ; ils étaient probablement choisis parmi les chefs de familles. (Voy. mon Commentaire sur la Genèse, p. 166, note 2.) Leur dignité ne les dispensait point de l’obéissance aux pres-

criptions divines ; eux aussi devaient aussi bien que le reste

du peuple «se sanctifier » (purifications indiquées par versets 14, 15) et s'abstenir de monter sur la montagne. — Le verset 25 donne à entendre que, bien que Moïse fût autorisé à monter sur la montagne, il se trouvait au pied avec le peuple dans le moment où la voix de Dieu proclama la loi fondamentale que nous lisons dans les 47 premiers versets du chapitre suivant. (Comp. 20 : 18-21.)

$ 2. Le Décalogue.

CHAP. XX. — 1. Il paraît que c'est de la bouche même de l'Eternel que sortirent ces paroles, tout comme elles furent inscrites de sa propre main sur les tables de pierre (31 : 18);

dans l’un et l’autre cas la médiation de l’Ange de l’Kternel n’était pas nécessaire. Cette action directe de Dieu est peutêtre aussi indiquée par Deut. 5 : 4. Ce qui est certain c’est que les commandements énoncés dans les versets 2-17 ont toujours.été considérés comme ayant un caractère tout particulier d’autorité et comme renfermant la substance de la loi de Dieu, le centre autour duquel toutes les autres lois, morales, cérémonielles, politiques, venaient se grouper. La solennité avec laquelle cette loi fondamentale fut promulguée devait la distinguer profondément de toutes celles qui furent données postérieurement et qui n'étaient destinées qu à la développer ou à en assurer l’exécution de la part des enfants d'Israël. Aussi déjà du temps de Moïse (Deut. 4 : 15) cette loi était vénérée comme la loi fondamentale, elle était appelée «les dix paroles » (en hébreu : haseret devarim) ; le mot français Décaloque est dérivé du grec et signifie la même chose. Le Décalogue n’est point obligatoire pour le peuple d'Israël seulement ; il proclame la volonté de Dieu à l'égard de tous les hommes; aussi le voyons-nous confirmé de la manière la plus positive par notre Seigneur (Math. 5 : 19; 29 : 35-39) et par ses apôtres. (Rom. 13 : 19 ; Eph. 6 : 2, etc.) Si St. Paul nous enseigne que nous ne sommes point « sous la loi, mais sous la grâce » (Rom. 6 : 14), il ne veut nullement dire que nous soyons dispensés d'observer cette loi sainte et juste, mais seulement que ceux qui sont attachés à Jésus-Christ par la foi (une foi vivante, qui produit les bonnes œuvres) ne sont plus exposés à la condamnation prononcée contre les transgresseurs de la loi, et qu’ils sont reçus en grâce, pardonnés, Justifiés. Nous avons sans doute un ‘immense avantage sur les fidèles de l’ancienne alliance; ceux-ci avaient bien aussi des promesses de pardon, des prophéties qui annonÇaient la venue d’un Rédempteur, des sacrifices et des cérémonies qui préfiguraient une économie de grâce; maisils ne faisaient qu’entrevoir le salut à travers des ombres et des figures, et leur foi ne pouvait pas, comme la nôtre, s’appuyer sur de grandes réalités historiques, sur un fait, non pas seulement attendu, désiré, mais ACCOMPLI. Apprécions nos priviléges avec une humble et vive reconnaissance ; mais gardons-nous d’en abuser comme le fait

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l’antinomianisme, gardons-nous de négliger la moindre partie de cette loi, à laquelle le Fils de Dieu, loin de l’abolir, a donné une nouvelle sanction par tous ses enseignements, par l’obéissance parfaite qu’il lui a rendue, et surtout par le sang qu’il a versé pour en expier la violation.

Il y a deux manières de diviser les dix commandements. L'Eglise romaine ainsi que la communion luthérienne, se conformant à l'usage qui avait prévalu dans l'Eglise d'Occident depuis St. Augusiin, réunit le 4er et le 2me en un seul, et par compensation elle en fait deux du dixième (ce qui est peu naturel). Il est très probable que larrangement primitif est celui qui est adopté dans les églises de la eommunion réformée et qui l'était déjà par Josèphe, Philon, les Pères des trois premiers siècles, enfin par l'Eglise d'Orient. Quant aux docteurs et commentateurs juifs, la plupart font aussi du 40me commandement un seul commandement, mais ils réunissent le second au premier et considèrent ce que nous appelons la préface (le vers. 2) comme la première des dix paroles. (Sur cette question voy. l’article Décaloque dans l'Encyclopédie de Herzog.)

Josèphe (Ant. II, 5, 8) dit que chaque table portait 5 commandements. La seule chose que l'Ecriture nous apprend à cet égard, c’est que les caractères sacrés se trouvaient sur les deux côtés des tables. (32 : 15).

Quant au sens que nous devons donner au Décalogue, notre Seigneur nous à enseigné que nous ne devons pas nous arrêter à la lettre, à la forme des commandements, mais nous appliquer à en saisir l’esprit, l'intention, et que ce que le législateur suprême exige avant tout, c’est moins encore des actes extérieurs que l’obéissance du cœur, la sanctification de la vie tout entière (Math. 5 : 20-48). Mais c’est ce que les Israélites intelligents et vraiment désireux de connaître la volonté de Dieu et de la pratiquer, avaient déjà pu découvrir, au moins jusqu'à un certain point, et cela particulièrement en étudiant avec attention le 10me commandement qui nous donne la clef des autres et nous indique leur portée et leur sens profond. |

2. — PRÉFACE. Dieu commence par rappeler ses droits à l’obéissance de son peuple. Encore ici nous retrouvons le prin-

cipe de la grâce prévenante. Dieu ne commande qu’aprés avoir donné, cherché, délivré. (Comp. 19 : 4.) Pour les fidèles de la nouvelle alliance ces motifs sont encore plus pressants, puisque le bienfait de la rédemption surpasse de beaucoup celui de la sortie d'Egypte et que notre connaissance de Dieu, de ses divines perfections et de ses conseils de miséricorde est bien plus complète que celle des Hébreux.

93. — [ COMMANDEMENT. Littéralement : « Tu n'auras point d’autres dieux outre ma face » (en sus de ma face, c'est-à-dire : de ma personne). Ce commandement est placé le premier, parce que l'attachement exclusif au seul vrai Dieu est la base de toute la morale. Faire de quelqu'un ou de quelque chose un Dieu, c'est l'aimer par-dessus tout, se confier en lui, se consacrer à son service. Dieu, par là même qu'il est Dieu, ne peut tolérer aucun culte à côté du sien. Il va sans dire d'ailleurs qu'il ne s’agit pas seulement du culte des faux dieux, auquel les Israélites pouvaient se laisser entrainer, mais de tout attachement excessif pour les créatures, idolâtrie spirituelle, qui prend les formes les plus variées et à laquelle l’homme est enclin en tout temps ; aussi l’apôtre déclare que « l’avarice » (et ceci- peut se dire de toutes les passions) «est une idolâtrie » (Col. 3 :5). De là le devoir de veiller avec le plus grand soin sur tous nos penchants et tous les mouvements de notre cœur. — On traduit ordinairement « devant ma face,» ce qui exprimerait l’idée que

transgresser ce commandement, c’est insulter Dieu, provo- quer sa colère ; mais la traduction que nous donnons est probablement plus exacte.

4-6. — [me COMMANDEMENT. « Tu nete feras point d'image taillée ni aucune représentation de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux, plus bas que la terre ; tu ne te prosterneras point devant elles et tu ne les serviras point : car moi, l'Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui visite l’iniquité des pères sur les enfants, jusqu’à la troisième et à la quatrième génération, pour ceux qui me haïssent, et qui traite avec amour jusqu’à la millième

4 La préposition (hal) qui précède les mots « ma face, » peut bien signifier :

devant, contre, en opposition à; mais son sens primitif et ordinaire est: sur, par-dessus, au delà, outre.

ceux qui m'aiment et qui gardent mes ordonnances. » Le véritable sens de ce commandement se trouve expliqué par les mots qui commencent le verset 5, en sorte qu’on pourrait aussi traduire ainsi : «Tu ne te feras point d'image taillée ni de représentation, etc., dans l’intention de te prosterner devant elles et de les servir. » Ce qui est interdit, ce n’est pas de représenter des choses créées, soit par la sculpture, soit par la peinture, mais de faire ces images dans le but de les adorer, de leur rendre un culte, d’y mettre notre confiance ; c’est ce que faisaient les païens et les Hébreux pouvaient y être facilement entraînés. Ce qui prouve que tel est bien le sens de cette défense, c’est que dans l’un des chapitres suivants, à l’occasion du tabernacle, Dieu ordonne lui-même de représenter des fleurs, des chérubins, etc. Ce commandement n’est donc nullement destiné à entraver le développement légitime des beaux arts. Il ne condamne pas non plus l’usage des tableaux, des croix et d'objets symboliques dans les églises, comme on le croit souvent. Enfin il n’est pas équitable d’accuser les catholiques romains de le transgresser, car leur catéchisme leur enseigne que ce n’est pas à l’image (objet matériel) que doivent s'adresser leurs hommages. Mais ce qui est une transgression bien réelle et fréquente de ce commandement, c’est de laisser prendre à quelque créature trop de place dans notre affection, dans notre imagination, dans nos espérances. Telle « image » que nous suspendons dans le sanctuaire de notre cœur est mille fois plus dangereuse pour notre vie morale que celles qui sont en bois ou en pierre. — Le second commandement est, comme on le voit, un corollaire ou développement du premier ; il signale ce que l’on doit éviter avec le plus grand soin pour ne pas être entraîné à l'abandon du vrai Dieu. Aussi on comprend que ces deux commandements aient pu être quelquefois considérés comme un seul et même commandement. Cependant ils expriment deux idées distinctes et il faut s’en tenir à l’usage ancien qui les sépare. — A la fin du verset 4 nos versions portent : « dans les eaux sous la terre, » ce qui peut donner une idée erronnée, tandis que le texte sacré fait seulement allusion à la circonstance que les eaux (lacs, mers, rivières) sont plus bas que la terre ferme. — L'expression « Dieu

jaloux » se rencontre assez souvent dans l’Ecriture (Deut. 4:24; Jos. 24:19 ; Joël 2:18, etc.); elle est empruntée aux relations conjugales qui servent souvent à représenter l'union qui existe entre Dieu et les fidèles. Dieu ne se contente pas (il ne le peut pas, à moins de cesser d’être ce qu'il est) d’un cœur partagé ; il veut l'homme tout entier. — « Visiter » s'emploie en parlant soit de bénédictions, soit de châtiments. Ce dernier sens est exigé ici par le contexte. — La déclaration solennelle renfermée dans les versets 5, 6 s'applique, on le comprend, à tous les autres. Si elle est placée ici, c’est probablement parce que le second commandement est considéré comme le complément du premier Nous voyons! proclamer ici cette grande loi de la solidarité qui préside à toute l’histoire du monde‘, à celle des familles comme à celle des peuples, loi en vertu de laquelle chaque génération est appelée tantôt à porter la peine des fautes de celles qui l’ont précédée, tantôt à jouir des bénédictions accordées à leurs mérites. De pareilles dispensations ne portent point atteinte à la justice de Dieu ; les souffrances provenant des péchés de nos pères se transforment en épreuves salutaires et en bénédictions si nous les acceptons avec foi et patience, et-ce n’est jamais la porte du salut éternel qui peut nous être fermée par cette solidarité qui nous rattache aux générations précédentes. « L'âme qui aura péché (c’est-à-dire, persévéramment et Sans repentance finale) sera celle qui mourra.» (Ezéch. 18 : 20.) Remarquons enfin combien la grâce surabonde! Mais il n’en est pas moins vrai que la pensée des conséquences que notre conduite peut avoir (soit en bien, soit en mal) pour nos enfants et pour de nombreuses générations, est bien propre à nous maintenir dans la voie de l’obéissance. — Remarquons encore que ceux « qui aiment » l'Eternel se reconnaissent à ceci « qu'ils gardent ses ordonnances. » (Comp. I Jean 5 : 3.) Toute profession de piété est vaine quand elle n’est pas accompagnée de sainteté et de bonnes œuvres.

7. — [me COMMANDEMENT. « Tu n’employeras point le nom de l'Eternel ton Dieu pour des choses vaines ; car l'Eternel

1 Exemples: Jos. 7 : 24 ; IT Sam. 12: 14 ; I Rois 13: 34; Ps. 37 : 25.

ne tiendra point pour innocent celui qui aura employé son nom pour des choses vaines. » En hébreu il y a : «Tu ne porteras pas le nom de l’Eternel ton Dieu à la vanité. » Notre traduction fait mieux saisir le sens du commandement que la traduction ordinaire : « Tu ne prendras point le nom de l'Eternel ton Dieu en vain.» Rien n’est indifférent dans la vie morale et si le nom même de l’Être qu’on adore n’est pas entouré d’un très grand respect, la porte est ouverte à toutes sortes d’infidélités et de transgressions. Par « choses vaines » il faut entendre non-seulement le mensonge proprement dit, la fausseté (entre autres le faux-serment), mais toutes les circonstances où le nom de Dieu ne saurait être convenablement placé (conversations ordinaires, exclamations, etc.). Comparer le développement que ce commandement a reçu sous la nouvelle alliance (Math. 5 : 53-37). Mieux le « nom » de Dieu est connu (par sa manifestation en Christ) et plus il doit être révéré avec tout ce qui lui appartient.

8-11. — [Vme COMMANDEMENT. « Souviens-loi du jour du repos, pour l’employer saintement (héb. : « le sanctifier »). Six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est un repos pour l'Eternel ton Dieu ; vous ne ferez aucun travail, toi, ton fils, ta fille, ton serviteur, ta servante, ton bétail, et ton étranger qui est dans tes portes. Car en six Jours l'Eternel a fait les cieux et la terre, la mer, et tout ce qui y est, et au septième jour il s’est reposé ; c’est pourquoi l'Eternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. » Selon Keil et plusieurs autres commentateurs l'expression « souviens-toi » ne se rapporterait qu'aux instructions données peu de temps auparavant à l’occasion de la manne (chap. 16), mais elle a très probablement un sens plus profond et confirme ce que nous avons dit sur la très haute antiquité de linstitution du sabbat. (Voy. explication de 16:23 et mon Commentaire sur la Genèse, p. 17.) L'homme est naturellement si léger, si facilement absorbé par les choses terrestres, si oublieux des intérêts de son âme immortelle, qu'il fallait qu’il y eût dès le commencement du monde une institution destinée à entretenir et à ranimer constamment la vie religieuse, et à procurer au pauvre enfant d'Adam, avec le repos indispensable à son corps

épuisé par le travail (matériel ou intellectuel), Le loisir nécessaire pour s’approcher de son Dieu, pour lui rendre un culte public, pour faire le compte de ses voies et pour jouir d’un avant-goût du repos parfait auquel il est appelé (Hébr. 4 : 10). Ainsi la loi du sabbat est bien digne de la bonté de Dieu et de sa sagesse ; et nous devons la considérer comme un privilége, un bienfait. «Le sabbat a été fait POUR L'HOMME. » (Marc 2 : 27.) Si Jésus ajoute : «et non l’homme pour le sabbat, » ce n’est point pour dispenser ses disciples de l’observation de cette loi, ce qui eût été se mettre en contradiction avec lui-même, mais pour nous indiquer dans quel esprit nous devons l'observer et les limites que cette observation peut rencontrer dans des devoirs supérieurs. Ce dont 1l nous déclare affranchis, c’est des observances de leur propre invention que les docteurs juifs avaient ajoutées au commandement primitif (Math. 12 : 10 ; Luc 44 : 12-15), et c’est probablement aussi de ces traditions judaïques qu'il est question dans un passage de St. Paul (Col. 2 : 16) que l’on avance quelquefois contre la perpétuité de l'institution du sabbat. Un cœur simple et droit saura toujours distinguer entre les œuvres de nécessité ou de charité qui sont permises et celles qui, n'ayant en vue que le gain, le plaisir, etc., sont une profanation du sabbat. La grande règle c’est d’être bien décidés à ne pas « rechercher notre propre volonté dans le jour consacré à Dieu. » (Esa. 58 : 13.) — Le changement dù jour (dimanche au lieu du samedi) motivé par le fait de la résurrection du Fils de Dieu, fondement du christianisme, n’a porté aucune atteinte à la loi; il la laisse subsister dans son esprit, dans son essence. En effet, que le repos ait lieu le premier jour de la semaine au lieu du septième, c’est toujours un jour de repos après six de travail. — A Ja fin du verset il yale même verbe qu’à la fin du verset 11, et il signifie : « sanctifier, » mais dans notre langue nous avons cru devoir traduire le premier par «employer saintement, » car l’homme ne peut pas communiquer au sabbat un degré de sainteté qu'il ne possède pas déjà en vertu de l’action divine. — Remarquons que le verset 9 établit de la manière la plus positive l'obligation du travail (comp. dans mon Commentaire sur la Genèse l’explication de Gen. 2 : 15), et cette obligation,

bien comprise, est encore un bienfait. — Au verset 10 il y a littéralement : « un repos à l’Eternel ton Dieu ; » ce qui signifie que ce jour appartient à Dieu ; il se l’est réservé dès le commencement du monde et l’homme doit entrer dans l'intention de Dieu en le lui consacrant entièrement. — L’énumération des personnes qui doivent observer la loi est destinée à faire ressortir son universalité. Combien de parents qui n’inculquent pas assez soigneusement cette obligation à leurs enfants, combien de maîtres qui n’accordent pas à leurs serviteurs, ouvriers, employés, etc. le temps nécessaire pour observer le sabbat! Et combien de gens qui semblent avoir complétement perdu de vue que Dieu a établi le repos hebdomadaire pour «le bétail » non moins que pour les hommes ! — «Dans tes portes, » c’est-à-dire: dans les lieux que tu habites. — Le verset 11, en faisant reposer le sabbat sur l’acte divin qui eut lieu immédiatement après la création, nous parait appuyer l’idée qu’il avait été institué déjà pour nos premiers parents dans le Paradis et observé dès lors (sans doute plus ou moins complétement), au moins dans la race de Seth, de Noé et chez les descendants d’Abraham. — «Il s’est reposé » signifie que Dieu a cessé de créer et qu’il a contemplé son œuvre comme une œuvre achevée et parfaitement bonne. — Il a « béni le jour du repos et l'a sanctifié » signifie que Dieu a attaché à ce jour une vertu particulière, ce que connaissent par expérience tous ceux qui lemploient conformément à sa destination (sens du mot . « béni »), et qu’il en a fait un jour saint, réservé, mis à part (sens du mot « sanctifié »). (Voy. aussi mon Commentaire sur la Genèse, p. 17). |

Les 6 commandements qui suivent se rapportent aux devoirs envers le prochain, mais on peut aussi les considérer comme exprimant encore des obligations envers Dieu, non moins que les 4 premiers. Le 5me nous invite à honorer Dieu en la personne de ses représentants naturels (nos parents), les 4 suivants nous commandent de respecter l'image de Dieu en la personne du prochain, en nous abstenant de tout acte contre sa vie (6me com.), son bonheur domestique (7me com.), ses biens (8me com.), sa réputation (9me com.) ; enfin Je 40m commandement a un caractère plus général et nous

invite à veiller sur les mouvements de notre cœur qui pourraient nous porter à transgresser quelqu'un des commandements précédents.

49. Vme COMMANDEMENT. « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient prolongés sur la terre que l'Eternel ton Dieu te donne. » Ce commandement est placé en tête de ceux qui concernent le prochain, parce que la soumission à l'autorité paternelle («honorer » comprend respect, obéissance, amour) est le fondement de la société. Ici encore il faut aller plus loin que la lettre et établir par ce commandement le devoir d’obéir aux princes, magistrats, etc. que Dieu a investis d’une autorité en quelque manière paternelle sur les peuples (un ensemble de familles). Enfin on peut en déduire (par réciprocité) les obligations des parents envers les enfants, des princes envers les peuples, et généralement tous les devoirs de la vie de famille et de la vie civique. — Ce commandement est accompagné d’une promesse qu’il faut considérer d’abord par rapport aux Israélites. Pendant toute la période de l'ancienne alliance, les biens terrestres (vie, santé, richesse, famille nombreuse, etc.) étaient plus fréquemment proposés à l’espérance des fidèles que les biens spirituels et célestes. L'éducation des hommes se faisait (comme celle de nos enfants) par degrés; les vérités reli- . gieuses leur étaient enseignées l’une après l’autre, selon qu'ils étaient capables de les comprendre; c’est pourquoi avant la résurrection de Jésus-Christ la doctrine d’une vie future devait demeurer plus ou moins voilée‘. Rien de plus désirable ne pouvait être proposé à l’enfant d'Abraham qu’une jouissance prolongée du riche et bon pays de Ganaan. Le verbe est au présent (« le pays que ton Dieu te donne »), mais il a une valeur prophétique. Quant à nous, fidèles de la nouvelle alliance, cette promesse nous est applicable dans ce qu’elle a d’essentiel et de permanent; ce qui nous importe, ce n’est pas que notre vie terrestre soit beaucoup prolongée, c’est qu’elle soit vraiment heureuse et qu’elle nous prépare à la vie éternelle et glorieuse dont Dieu nous appelle à jouir après la mort ; or il est vrai de ce comman-

1 Voir sur ce sujet mon Commentaire sur les Psaumes. Vol. [, p. 38, 39.

dement comme de tous les autres que «la piété a aussi les promesses de la vie présente. » (1 Tim. 4:8.) Mais il y a plus ; c’est par l’obéissance à ce commandement là que nous entrons le plus promptement en possession des bénédictions divines. C’est pourquoi aussi il est accompagné d’une promesse spéciale ; c’est là ce que St. Paul entend quand il l’appelle « le premier qui ait une promesse » (Eph. 6 : 2), celle qui accompagne le second commandement ayant un caractère plus général.

43.— VIme COMMANDEMENT. « Tu ne tueras point. » Ce que le prochain à de plus précieux, sa vie, condition de la jouissance de tous les autres biens terrestres et moyen pour obtenir ceux d’un autre ordre, est placé sous la garantie du 6me commandement. (Comp. Gen. 9 : 6.) Les Israélites intelligents avaient sans doute déjà compris que ces paroles interdisent non-seulement l’acte matériel du meurtre, mais tout ce qui peut y conduire, actes de violence, haines, vengeances, etc. Un passage remarquable du Lévitique l’enseignait (Lév. 19: 16-18), et Jésus l’a déclaré expressément dans Math. 5: 21-92 ; enfin St. Jean nous avertit que quiconque « hait son frère est un meurtrier » (I Jean 3 : 15).

14. — VIIMe COMMANDEMENT. « Tu ne commettras point adultère.» Le bonheur domestique du prochain, le repos et l'honneur des familles sont placés sous la garantie de ce commandement. Mais ici encore il faut aller plus loin que la letire, ainsi que Jésus l’enseigne dans Math. 5 : 27-30. Il s’agit dans le texte de l’adultère proprement dit’, mais il est évident que Dieu a voulu défendre en même temps tous les autres péchés (actes, paroles, pensées) qui portent atteinte à la sainte institution du mariage, relations entre personnes non mariées, vices secrets, désirs impurs, paroles déshonnêtes, et St. Augustin a donc très bien indiqué la portée de ce commandement en disant : « Vous ne commettrez en général aucune impureté. » Comp. Eph. 5 : 3-19.

15. — VIIIme COMMANDEMENT. « Tu ne déroberas point. » Les biens du prochain doivent être respectés non moins que sa vie et son bonheur domestique, car ils sont aussi un don

1 C’est le sens du verbe hébreu, en sorte que le rendre par « paillarder » (Martin) ou « commettre fornication » (Sacy) n’est pas littéral,

de Dieu ; c’est le Diable qui dit par la bouche des socialistes et des modernes révolutionnaires que la propriété est un vol, une institution arbitraire, une injustice ; l’Ecriture tient un tout autre langage. D'ailleurs le mot « dérober » comprend, outre le vol proprement dit, toute espèce de fraudes, extorsions, supercheries (par exemple dans les marchés et ventes), toutes les infidélités petites et grandes qui enlèvent au prochain quelque portion de ses biens.

16.— IXme COMMANDEMENT. « Tu ne prononceras (litt. répondras) point de faux témoignage contre ton prochain. » La . réputation du prochain doit être respectée non moins que ses autres biens. Il est évident qu'ici encore il faut observer le commandement dans son esprit et qu’il ne s’agit pas seulement de témoignages judiciaires, mais des calomnies, médisances, etc. qui nuisent à la bonne réputation du prochain. Ce péché est un des plus communs, de ceux que l’on commet avec le moins de scrupule, et cela dans toutes les classes de la société !

17. — Xme COMMANDEMENT. « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à ton prochain. » Ce commandement se place très naturellement ici, puisque les désirs déréglés, l’envie, le mécontentement, sont la source de tous les attentats contre le prochain, qui viennent d’être défendus. Le mal doit être attaqué par la racine, au fond même de notre cœur (comp. Math. 15: 18-20). Et comme, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, les devoirs envers le prochain découlent de ceux envers Dieu, le dixième commandement nous enseigne que toute sa loi se résume dans cette invitation « Donne-moi ton cœur, » (Prov.93 : 26). Comp. ces paroles de Jésus-Christ « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? » (Jean 21 :15).— Le législateur entre dans les détails (maison, femme etc., etc.), parce que les objets sur lesquels se porte la convoitise sont très nombreux, en sorte que nous devons veiller avec Soin sur {ous nos désirs ct les tenir en bride.

48-21. La première impression de l’homme quand il se trouve en présence du Très-Haut est toujours la terreur, un sentiment plus vif de son état de culpabilité et de la sen-

tence de mort qui pèse sur lui (Comp. Luc 5: 8). Aussi les Israélites demandent que la voix de Dieu ne leur soit plus adressée. Moïse les rassure (vers. 20) et leur représente que si l'Eternel s’est ainsi approché d’eux, ce n’est point pour exercer sur eux ses jugements, mais pour les « éprouver, » c’est-à-dire pour les appeler à une obéissance libre et volontaire (Voy. explication de 16 : 4). Cependant le désir du peuple lui fut accordé ; désors Dieu cessa de lui parler directement ; toutes les aütres lois furent promulguées par un médiateur (Moïse).

$ 3. Lois concernant plus particulièrement le peuple d'Israël.

(Chap. 22 : 23-19.)

Ce morceau renferme un ensemble de lois qui devaient être promulguées avant la solennelle conelusion de l'alliance (Ch. 24). Le Décalogue renfermait les obligations imposées à tous les hommes généralement ; il restait à faire connaitre celles que les enfants d'Abraham selon la chair avaient à remplir en leur qualité de peuple choisi de Dieu entre tous les autres, pour être le gardien de la Révélation jusqu’à la venue du Rédempteur. Ces obligations particulières à Israël concernent les Chrétiens pour autant qu’elles sont l’expression de certains grands principes de moralité, de justice, de charité, de sainteté ; mais non dans ce qui était spécialement approprié aux Hébreux, à leur mission, à leur pays, à leur temps, aux coutumes de l’Orient, etc. Aussi ces lois, dont nous trouvons un sommaire dans ce morceau et qui sont reproduites avec des développements dans le reste du Pentateuque, ne furent point promulguées avec la même solennité que les Dix Paroles, et nous ne voyons pas que Jésus-Christ et les apôtres les aient confirmées pour leurs disciples (par ex. les sacrifices, le culte mosaïque, la distinction entre les animaux purs et impurs, les lois pénales, etc. ) La primitive Eglise, sous la direction du Saint-Esprit, a distingué dans là loi de Moïse ce qui devait être conservé de ce qui demeurait aboli et nous devons nous en tenir à ce qui a été ainsi réglé

dès longtemps. S'il nous vient des doutes sur quelque point, consultons nos conducteurs spirituels, et implorons les lumières d'en haut par la prière. :

Les lois diverses et en apparence incohérentes que nous trouvons consignées ici depuis le verset 22 de notre chapitre jusqu’au verset 19 du chapitre 23 forment un ensemble, une unité, et il est assez probable qu’elles furent données toutes à la fois, en un même jour, peut-être déjà le lendemain ou surlendemain de la promulgation du Décalogue.

Après une courte instruction sur le service divin (22-26), nous trouvons un premier groupe de lois relatives aux rapports des Israëlites entre eux (21, 22 : 1-17), puis un second groupe qui se rapporte à leurs obligations envers Dieu (22 : 18 à 23 : 19).

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