‹ Commentaire sur l'ExodeChapitre 21 sur 45 · II. OBLIGATIONS DES ISRAËLITES ENVERS DIEU · texte numérisé non relu

II. OBLIGATIONS DES ISRAËLITES ENVERS DIEU

Les lois qui sont renfermées dans la dernière partie de ce chapitre et dans les 19 premiers versets du suivant, quoique

=. se rapportant à des sujets assez divers, se rattachent toutes

à l'obligation d’être un peuple particulièrement saint, qui résultait pour les Israélites des bienfaits qu’ils avaient reçus de l'Eternel.

48. Le mot hébreu que nos versions rendent par «sorcière » est le même que celui qu’elles rendent par « enchanteurs » dans 7 : 11. Il s’agit de personnes qui s’adonnaient à la divination et à des pratiques de ce genre, avec le secours des malins esprits, des puissances infernales (voy. explication de 7 : 11), ce qui constituait un péché fort grave, une infidélité au vrai Dieu. Il n’est parlé ici que des femmes, parce qu’elles étaient

1 Littéralement : « il est venu avec son salaire. »

plus portées à ce péché que les hommes (par ex. la pythonisse d’'Endor, I Sam. 28 : 3-9), mais il est évident que dans la pensée du législateur la loi était applicable aux deux sexes. La chrétienté du XIXme siécle a ses diseurs de bonne aventure, esprits frappeurs, tables tournantes, etc., aberrations qui sont généralement considérées comme innocentes et par lesquelles pourtant on se met toujours plus ou moins en rapport avec le Prince des Lot

49. Littéralement : « Celui qui couche avec une bête mourra certainement » y verbe « mourir » est redoublé pour indiquer que le châtiment était inévitable). Le péché contre nature dont il s’agit, paraît avoir régné chez les Cananéens , avec lesquels les Israëélites allaient bientôt se trouver en contact (Lév. 18 : 3,22). L’impureté sous toutes ses formes est absolument inconciliable avec le caractère de membre du peuple de Dieu et elle livre celui qui la commet à l’empire de Satan. Dans les bibles hébraïques ce verset est réuni avec le précédent de manière à former un seul alinéa. «Ce fait, » dit le rabbin Wogue, « mérite attention. »

20. Une infidélité aussi prononcée devait être punie avec la plus grande sévérité. Il y a lieu de croire que dans ce cas la peine de mort était aggravée, comme elle le fut dans le cas d'Hacan, qui fut lapidé, puis brûlé (Jos. 7: 25), car la peine est ici indiquée par le même mot hébreu (Kerem) qui signifie : mettre à part, retrancher, anathématiser, excommunier, vouer à la destruction.

91-24. La charité envers les êtres faibles est rangée parmi les devoirs envers Dieu, motivée par la considération qu'ils sont sous sa protection spéciale. Combien sous ce rapport encore la législation mosaique se montre supérieure aux codes de l'antiquité ! La compassion envers les étrangers était encore motivée pour les Israélites par le souvenir des maux qu’ils avaient endurés en Egypte et de leur merveilleuse délivrance. — Au vers. 93 les trois verbes, affliger, crier, entendre, sont redoublés, afin de donner plus d'énergie à la pensée ; c’est ce in nos versions ne font pas assez sentir. Il faut traduire: « Si tu osais l'affliger , sache que lorsqu'il criera vers moi avec insistance, j’entendrai certainement son cri.

95-27. La compassion envers les pauvres se rattache aux devoirs envers Dieu par la même liaison d'idées que celle que nous avons signalée en expliquant les versets précédents. — II était interdit aux Israélites d'exiger quelque intérêt de leur argent quand ils le prêtaient à des compatriotes (Deut. 18: 19, 20) et surtout à des pauvres. Il est à remarquer qu’en hébreu le mot « intérêt » signifie proprement « morsure. » — Dans les vers. 26 et 27 il s’agit du vêtement supérieur, grande pièce de drap carrée, dont les Orientaux s’enveloppaient pendant le jour et se couvraient la nuit. — Au vers. 26 le verbe (prendre pour gage) est redoublé, probablement pour marquer que l’action n’a pas lieu sans une certaine répugnance. Cette nuance n’est pas exprimée par les versions françaises. On pourrait dire « Si tu veux absolument prendre pour gage eic., eic. »

28. Ce passage est un de ceux où les magistrats sont dans l’hébreu appelés « dieux » en leur qualité de représentants du Juge suprême (Voy. explication de 21 : 5). Aussi Ostervald, Martin, Sacy, ont bien fait de rendre par « juges » le premier substantif ; le second membre du verset indique que c’est aussi à des hommes et non à Dieu lui-même « qu'il faut rapporter le premier membre. C’est donc à tort que Perret- Gentil et la Vers. de Lausanne ont traduit par « dieu. » — Le premier verbe signifie « outrager » (« médire » de Martin n’est pas exact), le second « maudire. » — Il est d’ailleurs facile de comprendre pourquoi le respect envers les magis- trats est placé parmi les devoirs envers Dieu (Voy. l’explication du 9me commandement). Comp. Il Pier. 2 : 10. Là où il y a peu de piété, peu de crainte de Dieu, il y a aussi ordinairement esprit d’insubordination, mépris de l’autorité, révolutions incessantes.

29-50. «Tu ne retiendras (litt. ne différeras point) ce qui abonde et qui coule pour toi‘. » Tu t’empresseras de m’offrir les prémices de tes récoltes en denrées solides (grains, etc.) et en liquides (huile, vin, etc.). L’offrande des prémices était un acte public de reconnaissance envers le Bienfaiteur suprême. Dans son esprit cette loi est aussi pour nous. —

1 Littéralement : « ce qui pleure pour toi. » — Par une belle image la vigne et Volivier sont représentés comme répandant des larmes.

Pour la fin du vers. 29 voir l'explication de 43 : 2. — Ce qui est prescrit à la fin du vers. 30 (confirmé par Lév. 22 : 27), était motivé par la compassion due aux animaux.

31. La chair trouvée en de pareilles conditions était assimilée aux aliments impurs (voir mon commentaire sur la Genèse à l’occasion de Gen. 7 : 2), parce qu’on la considérait comme souillée par cette mort violente. Exerçons-nous à l’obéissance dans les plus petites choses et abstenons-nous même de « apparence du mal » (1 Thes. 5: 22). — « Vous me serez saints » rappelle 19 : 6.

CHaP. XXII. — 1-9. Ce morceau recommande l’impartialité dans l’accomplissement des devoirs de la justice et de la charité, sans se laisser influencer par le mauvais exemple, l'opinion publique, la position sociale des personnes, etc. L’impartialité découle de l’obéissance envers Dieu, juste juge, qui ne fait point acception de personnes, et devant lequel tous les hommes sont égaux. Au verset 1 il faut traduire : « Tu ne répandras (littéralement : tu n’éléveras) point de faux bruit. » — Pour bien faire comprendre le verset 2, il faut traduire : «Ne suis point la foule pour faire le mal, et ne prononce pas dans un débat en penchant du côté de la foule, contre le droit » (littéralement : « pour faire fléchir, » on sous-entend : le droit). L’homme est toujours fortement tenté de suivre les principes, les jugements, les habitudes du grand nombre, la mode, etc. Se : rappeler ce que notre Seigneur dit de la « voie large. » (Math. 7 : 13.) — Le verset 3 défend une compassion intempestive. « Tu ne favoriseras pas (littéralement : tu n’orneras pas) l’indigent dans son procès. » « Il y a (dit un commentateur) beaucoup de sagacité et de connaissance du cœur humain dans ce précepte. » — Les versets 4 et 5 enseignent qu’un ressentiment personnel ne doit en aucune manière nous influencer dans l’accomplissement des devoirs de bienveillance et de charité. L’amour des ennemis n’était point étranger à l'Ancien Testament, comme on le prétend souvent. — A la fin des versets 4 et 5 les verbes sont redoublés, afin de mieux marquer le caractère obligatoire de l’action : « Tu es tenu de le Jui ramener, etc. » — Le verset 3, très concis

dans l’hébreu, est traduit de différentes manières dans les versions. Voici la traduction qui nous paraît la plus exacte et qui se rapproche beaucoup de celle de Perret-Gentil : « Si tu vois l’âne de celui qui te hait couché sous son fardeau, et que tu hésites à le dégager, tu es tenu de le dégager avec lui » (c’est-à-dire, d'aider le maître de l'animal). Le verbe hébreu que nous avons rendu par « hésiter, » signifie proprement « ceSser, s’abstenir d’agir ; » ici il paraît exprimer le premier mouvement qui porterait à ne pas prêter secours à un ennemi. La traduction de la nouvelle version de Lausanne est trop libre, mais elle rend assez bien l’idée. — Les versets 6-8 nous rappellent qu'aucune considération (de gain, intérêt, etc.) ne doit nous détourner de la droite voie de la justice. — Au verset 8 il est question de présents que recevraient des magistrats, des juges, de la part de gens ayant intérêt à les corrompre. — Le verset 9 reproduit le commandement donné 22 : 20 et cela surtout afin de prévenir les injustices que l’on peut être tenté de commettre envers des étrangers qui ont moins de protecteurs que les enfants du pays. Ce précepte est motivé par une considération touchante, qui frappe surtout dans une traduction plus littérale que celles d'Osterwald et de Martin. Il y a : «vous connaissez l’âme (les sentiments, les souffrances) de l’étranger, car vous avez été étrangers dans le pays d'Egypte. »

10-19. Ces dix versets se rapportent aux temps sacrés, qui devaient être d’une façon particulière consacrés à Dieu, à son service, au souvenir de ses bienfaits. Ces prescriptions se rattachent d’une manière très naturelle à celles qui précèdent. C’est dans l’observation du sabbat, des fêtes et des cérémonies religieuses que l’homme trouve le secours le plus efficace pour remplir ses devoirs ; il est trop faible, trop enclin au mal, trop porté à se relâcher, pour pouvoir se passer de ces institutions, qui ont pour but de l’arracher aux préoccupations de la terre et de diriger ses pensées vers sa véritable patrie. C’est dans le même but que l'Eglise a établi, et cela dès les temps les plus anciens, des fêtes commémoratives des grands événements de l’histoire évangélique. Il n’y a que les sectaires et les puritains (presbytériens d’Ecosse, etc.) qui se dispensent de les observer. —

COM. SUR L'EXODE. ë

Le repos qui devait être accordé à la terre au bout de six années de culture (10, 11) se rattachait, aussi bien que l’affranchissement des esclaves après six ans de service (21 : 2), à la grande loi du sabbat et devait contribuer à l’enraciner dans les cœurs et les habitudes des Hébreux ; en même temps il avait (but secondaire) des conséquences bienfaisantes pour les indigents et pour les animaux. Aussi la loi du sabbat hebdomadaire est rappelée (vers. 12).— Il ne suffit cependant pas de sanctifier un jour sur sept ; les sept jours de la semaine appartiennent à Dieu et ils ne doivent être profanés par aucune parole indigne de ceux qui se disent son peuple. Cest le sens de verset 13. Telle devait être l'horreur des Israélites pour l’idolâtrie, qu’ils devaient s'abstenir même de prononcer le nom des faux dieux. Aspirons-nous à une pureté semblable dans nos conversations ? (Comp. Eph. 5 : 3, 4.) — Les versets 14-17 mentionnent les 3 principales fêtes annuelles sur lesquelles le législateur se réservait de donner plus tard de plus amples instructions (surtout dans Lév. 23). Remarquons encore que le mot hébreu (kag) que nous rendons par « fête, » est dérivé d’un verbe qui signifie « tourner, danser, se réjouir. » Nos fêtes, aussi bien que les fêtes israélites, doivent être des jours de reconnaissance envers le Dispensateur de tous les biens et nous devons en saluer le retour périodique avec un joyeux empressement. — La première fête ici mentionnée, celle des « pains sans levain » (la Pâque),; était déjà connue ; la seconde (vers. 16) qui se célébrait sept semaines plus tard, est connue sous le nom de Pentecôte ; la troisième est celle des Tabernacles. Dieu, qui est à la fois le Dieu de la nature et le Dieu de la grâce, avait disposé les choses de manière que la commémoration des principaux événements de leur histoire (sortie d'Egypte, promulgation de la loi, voyage à travers le désert) coïincidât pour les Israélites avec trois époques importantes dans la vie d’un peuple essentiellement agricole. C’est ainsi, que deux ordres de bienfaits leur étaient rappelés à la fois. Et pour nos fêtes chrétiennes on peut faire une remarque semblable ; l'apparition de Celui qui est la lumière du monde se célèbre dans le moment où les jours recommencent à s’allonger, sa résurrection à l’époque du réveil de la nature et

l’effusion du Saint Esprit lorsque la terre se couvre de sa plus riche parure. — L'obligation mentionnée à la fin du verset 15 de ne point négliger les offrandes prescrites pour ces jours solennels, s'applique aux deux autres fêtes aussi bien qu’à la Pâque. — L'apparition dans le lieu fixé pour la célébration de la fête (« devant l'Eternel, » vers. 17) était plus strictement obligatoire pour les hommes (d’après les idées de l'Orient, les représentants naturels du peuple), mais les femmes devaient également participer à ces fêtes solennelles, lorsqu'elles n’étaient pas retenues par des devoirs plus pressants. (Voy. Deut. 16 : 11, 14.) — La loi renfermée dans le verset 18 se rapporte à la célébration de la Pâque et répète ce qui se lit 12 : 10, 15. — Le verset 19 se rapporte d’une manière générale aux prescriptions sur le service de Dieu. La première partie du verset confirme 22 : 29. Il est ici pour la première fois question d’une « maison de l'Eternel. » Jusqu’alors le service divin s'était probablement célébré en plein air ou dans une tente semblable aux habitations ordinaires des Israélites. La mention d’une « maison de l’Eternel » devait préparer le peuple aux ordres qu’il devait recevoir bientôt pour la construction d’un édifice spécialement consacré au culte (ch. 25 et suivants). La seconde partie s'explique probablement par une raison semblable à celle qui motivait la loi de 22 : 30. Tout acte ayant une apparence de barbarie aurait été une souillure pour le peuple { Saint. »

$ 4. Promesses divines renouvelées.

(Chap. 23: 20-33.)

Ces promesses furent prononcées sans doute immédiatement après les lois que nous venons d'expliquer.

20-921. Cet « ange » dont l'Eternel promet aux Israélites la protection toute spéciale, est « l’ange de l'Eternel » par l'intermédiaire duquel Dieu se manifestait sous ancienne alliance (voy. explication de 5 : 2, 18: 21). C’est parce que cet ange était d’une façon particulière le représentant de Dieu, que l'Eternel pouvait dire « mon nom est en lui. » De

même que le nom d’un homme est la manifestation de son

individualité, souvent dans l’Ecriture le « nom » de Dieu indique sa puissance, son activité, l’ensemble de ses perfections ; voy. par ex. Ps. 23 : 3. — Les fidèles de la nouvelle alliance jouissent d’un privilége semblable, puisque le Nouveau Testament nous enseigne (Hébr. 1 : 14) que les saints anges sont (par quelque dispensation mystérieuse) chargés d’un ministère bienfaisant à notre égard, de même que dans une famille les frères aînés prennent soin des plus jeunes. De cette doctrine découle le devoir de ne pas contrarier par nos péchés l’action des saints anges.

22-23. L’obéissance sera récompensée par la victoire sur les ennemis du peuple et par l’entrée dans la terre promise. — Remarquons comment ici encore l'Eternel se fait représenter par l’ange médiateur (vers. 22 ; « sa voix, » « ce que je te dirai»). Sur les peuples ici énumérés; voy. l'explication de 3 : 18.

24. L'obéissance nécessaire pendant le voyage ne l'était pas moins après l'entrée en Canaan.

25-26. La fidélité à l'Eternel trouvera sa récompense ; fertilité du sol, exemption de maladies et d'accidents, vie prolongée jusqu’à l’âge ordinaire. Au sujet de promesses de ce genre, voy. l'explication de 20 : 12.

27-30. Paroles destinées à rassurer les Israélites contre la crainte que devaient leur inspirer les peuples dont ils avaient à traverser le territoire et surtout ceux qui se trouvaient alors en possession du pays de Canaan. Application à nos ennemis spirituels. — Il n’y a pas de raison suffisante pour voir dans les « frelons » une expression figurée, (comme le font Keil et Gerlach). Ce fait est mentionné comme accompli dans Jos. 24 : 12. Dieu qui s'était servi des sauterelles et même des insectes les plus vils pour châtier les Égyptiens, ne pouvait-il pas envoyer les frelons contre les Cananéens ? — L’extirpation graduelle des habitants de la terre promise avait probablement outre le but ici indiqué (culture du sol}, celui d'exercer la foi, la patience, le courage du peuple de Dieu. C’est ainsi que jusqu’au terme de notre carrière Spirituelle, nous devons nous attendre à des combats.

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